Pour Pontoise le 20 septembre 2016

A propos de comédies musicales.

« Stormy Weather » qui fut une comédie musicale avant d’être porté à l’écran n’est pas vraiment un film mais une suite de numéros sauf un moment onirique autour de Lena Horne dans toute sa beauté triomphante, mais raté. On s’y ennuie et on voudrait que la séquence soit écourtée. Il a pourtant des lettres de noblesse. C’est le premier long métrage – il y eut des courts métrages et des « soundies » – dans lequel seuls jouent des Africains-Américains comme on dit aujourd’hui.

Eubie Blake

Eubie Blake

Ce n’était pas la première comédie musicale. En 1921, « Shuffle Along » s’affichait à Broadway. Elle était due à Eubie Blake, qui avait commencé sa carrière comme pianiste de ragtime – né à Baltimore le 7 février 1883 et mort centenaire – et à Noble Sissle, né le 10 juillet 1889 à Indianapolis.
200px-im_just_wild_about_harry_1bLe grand succès de cette comédie musicale, « I’m just wild about Harry », est un peu tombé dans l’oubli. Pas « Memories of you » devenu un des grands standards du jazz.
Noble Sissle

Noble Sissle

Noble Sissle avait commencé sa carrière de chanteur et de violoniste – et même un peu batteur – en s’engageant dans l’armée américaine pour se retrouver aux côtés de James Europe Reese, lieutenant à la tête du 369th Infantry Regiment, un orchestre présent dans la 200px-noble_sissle_001première guerre mondiale. Ces musiciens se se sont distingués dans la fin de guerre reconnus par l’armée française. L’armée américaine a toujours refusé de reconnaître mérites et médailles pour ces Noirs…
Noble Sissle se distingue comme chanteur dans le dernier enregistrement signé par James Europe Reese sorti en mars 1919.
A la fin des années 20, il engagera Sidney Bechet…
Quelques versions de « Memories of you » :

Judy Garland

Louis Armstrong

Anita O’Day

Big Sid Catlett avec Ben Webster

Lionel Hampton en 1939

Thelonious Monk en 1956

Pour terminer sur « Stormy Weather », deux intérêts s’en dégagent. Le premier, rappeler la chronologie en partant du retour des troupes aux Etats-Unis et leur « galère » ensuite pour se réinsérer. Rien n’est dit explicitement mais suggéré comme est suggéré le racisme sans le montrer, ce film en noir et blanc manque singulièrement de Blancs et on a pourtant l’impression de les voir…
Le deuxième intérêt, c’est Bill Robinson dit « Bojangles », le plus grand des « tap dancers ». dans le film, « Swing Time du début des années 40, Fred Astaire lui rendra directement un hommage.
La cerise sur le gâteau, suivant la formule consacrée, Cab Calloway et son orchestre et les Nicholas Brothers dans un numéro époustouflant…
Nicolas Béniès.

Le film « Stormy Weather » est sorti en 1943. Cette année là mourrait le pianiste et chanteur, un représentant du piano harlémite, « Fats » – Thomas pour l’état civil – Waller qu’on voit dans le film dans le bouge de la chanteuse, c’était sa dernière apparition.

Auto portait de Carl van Vechten

Auto portait de Carl van Vechten

Nous avons ensuite évoqué la « Renaissance Nègre » dont le siège social fut à Harlem dans ces années 20. Le poète Langston Hughes – qui rédigeait aussi des chroniques de jazz sous le nom de Mr Simple mais aussi la chronique de Harlem -, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, l’anthropologue et romancière Zora Neale Hurston – son autobiographie parue aux Éditions de l’Aube en français, « Des pas dans la poussière », est essentielle, Carl Van Vechten, écrivain et photographe,
Portrait de bessie Smith, l'impératrice du blues par Carl van Vechten

Portrait de bessie Smith, l’impératrice du blues par Carl van Vechten

accessoirement mécène des artistes de cette Negro Renaissance sans oublier tous les musiciens de jazz.
Darius Milhaud au moment du Groupe des 6 créé sous l'égide de jean Cocteau et de Erik Satie. Tout le monde se retrouvait au "Bœuf sur le toit" pour faire "une jam". D'où l'expression "faire le bœuf".

Darius Milhaud au moment du Groupe des 6 créé sous l’égide de jean Cocteau et de Erik Satie. Tout le monde se retrouvait au « Bœuf sur le toit » pour faire « une jam ». D’où l’expression « faire le bœuf ».

Darius Milhaud pensait, comme Ravel, que le jazz était la grande chose de son temps – dans les années 20 – fit le pèlerinage d’abord à Broadway – il fut déçu par la musique – et à Harlem. Il avait transcrit des soli des musiciens qu’il avait entendu. Ce travail le servit pour composer le ballet « La création du monde » en 1923, décrié par la critique de l’époque et porté aux nues par cette même critique lors de la reprise au milieu des années 30. la période avait changé, les Big bands étaient devenus à la mode, la musique populaire s’inspirait directement du jazz, y compris en France.
« The Jazz Age » s’applique, dans les histoires culturelles américaines, à cette période des années 20, les « roaring twenties » qui va voir une révolution dans les mœurs. les « garçonnes » seront représentatives de tous ces changements de l’entre deux guerre, du côté d’une avant-garde. L’Age du jazz correspond à la prohibition, l’interdiction de vendre et de consommer de l’alcool en public ouvrant grande la porte aux trafics et à l’argent facile. Gatsby, le héros de Francis Scott Fitzgerald, fait partie de ces « nouveaux riches », de ces gangsters qui cherchent la respectabilité dans une société américaine qui les refuse parc qu’ils ne répondent aux critères du WASP, Blanc, anglo-saxon et protestant. Ses tentatives d’intégration le laisseront sur le carreau. Le « moonshine », ce whisky frelaté qui tuai aussi sûrement que l’arsenic, avait coulé à flot. Les Italo-Américains aimaient le jazz et la mafia allait ouvrir ses clubs au jazz. Le club le plus connu et le plus coté, le « Cotton Club tenu par Owney Madden membre influent de la mafia, en 1923 alors qu’il est emprisonné à Sing Sing. La grande vedette sera Duke Ellington à partir de 1928. Il y aura aussi Bill « Bojangles » Robinson – appelé Williamson dans le film -, Cab Calloway…
Harlem allait redevenir un ghetto après le déclenchement de la crise de 1929. la Negro Renaissance disparaissait de l’horizon… Le chômage, la disette, la queue dans les soupes populaires prenaient le pas sur tout le reste.
Le jazz restait en se transformant. C’est l’ère des « Big Bands », des grands orchestres. On parlera, pour accentuer la confusion, de « Swing Era », avec une majuscule pour différencier ce Swing du swing…
Fin 1935, on aura trouve « The King of Swing », Benny Goodman.
Le créateur de ces Big Bands, de la section des tp, des tb, des saxes et section rythmique, s’appelait Fletcher Henderson, « Smack » pour les intimes. La première grande vedette de son orchestre en 1924-25, Louis Armstrong. L’influence de Louis allait permettre à Coleman Hawkins de faire du saxophone ténor, l’instrument qu’il est devenu.
Le jazz est musique populaire, autant aux Etats-Unis qu’en France…
Ci-après quelques extraits entendus.

Fletcher d’abord pour ce « Christopher Colombus » de 1936, une sorte de classicisme

Un des grands orchestres de Harlem dans le milieu des années 30, l’orchestre de Jimmy Lunceford avec un trio vocal arrangé par « Sy » Oliver – trompettiste et chanteur – et dont la vedette était le tromboniste Trummy Young, aussi chanteur bien entendu. Le batteur, Jimmy Crawford, est un élément essentiel du swing de l’orchestre. Deux thèmes de 1939
« T’aint what you do » et « Ain’t she sweet ? »

Un des grands oubliés de cette période, le saxophoniste alto, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre Don Redman. En 1933, il signait ce « Shakin’ the African »

Enfin Duke Ellington, en 1943, signait ce portrait de Bill Robinson, « Bojangles »

A la semaine prochaine pour Hellzapoppin…

Nicolas Béniès.

PS Conseil d’achat. Le DVD est disponible sur Amazon ou la FNAC. Il est souvent cher. Attention aux propositions alléchantes. Souvent sans sous titres ou visible seulement en Amérique du Nord. Traduisez, il ne fonctionnera pas sur votre lecteur de DVD…

Crest 2016, les villes du jazz, Philadelphie et Pittsburgh

Sur Philly
Pour tenir compte de notre espace temps confiné, je vous propose un parcours balisé. la figure de Lee Morgan, trompettiste et compositeur, nous servira de fil d’Ariane. Musicien prodige, il commence sa carrière professionnelle à 15 ans. A 17, il entre dans l’orchestre de « Dizzy » Gillespie. Dans la foulée, Lee_Morganil enregistre, en 1956, son premier album, « Indeed! », pour Blue Note. Il fera un succès inattendu – pour Alfred Lion le producteur mais pas pour lui – avec « The Sidewinder » enregistré le 21 décembre 1963 et publié début 1964.
On a dit « prodige » mais le terme ne convient pas. C’est l’environnement de la ville, de la famille, cette fameuse « Philadephian connection » qui explique la formation et l’émergence de ce maître de la trompette de jazz.
Nous suivrons ses premiers pas pour nous rendre compte de cet environnement, de la fraternité intergénérationnelle qui fait le prix de cette ville minière à l’époque et qui tient une grande place dans l’histoire de la formation sociale américaine. Il n’empêche que le racisme existe aussi de même que le ghetto…

Pour Pittsburgh, le guide sera Art Blakey et ses jazz messengers lieu de rencontre entre les différentes villes du jazz. Notamment Philly – c’est le petit nom de Philadelphie. Ville de batteurs que Pittsburgh. 220px-Kenny_ClarkeKenny Clarke y est né et y a grandi, de même que Blakey. Tous les deux se convertiront à l’Islam après la seconde guerre mondiale.

Ethel Waters

Ethel Waters

La pochette d'un des albums importants de Stanley Turrentine - né à Pittsburgh - en compagnie de Shirley Scott - née à Philly -, son épouse à l'époque (1964)

La pochette d’un des albums importants de Stanley Turrentine – né à Pittsburgh – en compagnie de Shirley Scott – née à Philly -, son épouse à l’époque (1964)

Nous n’aurons garde d’oublier les joyeux ancêtres. Ethel Waters à Philly
de même que Earl Hines
Roy Eldridge à Pittsburgh

On s’attachera de plus aux batteurs puisque Philly Joe Jones – comme son surnom l’indique – est né et a grandi à Philadelphie…

Un parcours donc en trois temps

Le film « Philadelphia story », une comédie du remariage, la pièce fut initialement écrite pour permettre le retour de Katherine Hepburn… Opération réussie. Avec le film de Cukor, sorti en 1940, la réussite fut décuplée.

Mercredi, un parcours avec comme guide Lee Morgan
Jeudi le guide sera Art Blakey
Vendredi les ancêtres
et samedi tous ceux et toutes celles qui ont marqué ces deux villes.

Un des albums de Benny Golson, né à Philly un des "meneurs" de la philadelphia connection"

Un des albums de Benny Golson, né à Philly un des « meneurs » de la philadelphia connection »

Ci-après, quelques photos pour fixer les esprits. D’autres sont disponibles sur ce site datant de d’il y a deux ans. Voir Université populaire, comme mot clé.

A mardi.

Nicolas BENIES.

 ittsburghers-Earl-Fatha-Hines-with-eye-patch-Erroll-Garner-Billy-Eckstine-and-Maxine-Sullivan-with-Mary-Lou-Williams-at-the-piano.-circa-1950.-Photo-by-Charles-Teenie-Harris-earl-hines-erroll-garne


ittsburghers-Earl-Fatha-Hines-with-eye-patch-Erroll-Garner-Billy-Eckstine-and-Maxine-Sullivan-with-Mary-Lou-Williams-at-the-piano.-circa-1950.-Photo-by-Charles-Teenie-Harris-earl-hines-erroll-garne

Clifford Brown

Clifford Brown

couverture du livre, en deux volumes de Seth Greenberg

couverture du livre, en deux volumes de Seth Greenberg

pochette du disque de Billy Bean the trio

pochette du disque de Billy Bean the trio

Jazz, La machine à remonter le temps (3)

Concerts à domicile (3)

Pour ce dernier concert, il est possible d’inviter très largement, d’ouvrir le bal, de laisser les invité-es siffler, se déhancher au son de cette musique « soul ».
Le lieu est différent. Au « Caméléon », un de ces clubs mythiques de Paris qui restera en activité longtemps mais pas assez pour la génération d’aujourd’hui puisse le visiter sinon à travers les souvenirs de ceux et de celles qui y ont participé. Bernard de Bosson, pianiste amateur dans les années 1960 – futur PDG des disques Warner – le décrit dans les notes de pochette signées Michel Brillé.
Ce 28 juillet 1961, le club reçoit la visite du trio de Les McCann qui vient de triompher au festival d’Antibes Juans-les-Pins. Le public est nombreux pour entendre la nouvelle attraction. Une musique inspirée par la dance et même les tap dancers mais aussi par le gospel. Les McCann fait partie de la même école que Ramsey Lewis qui pratique lui aussi ce mélange. Le succès est au rendez-vous. Il faut noter que « The Truth » signé ici par Les ressemble furieusement au « Wade in the Water », un traditionnel que Ramsey Lewis allait aussi enregistrer (en 1966 !)…
Les deux sets sont ici repris en deux CD, de quoi boire jusqu’à plus soif cette musique souvent répétitive. Autour d’un verre pour oublier un monde oublieux de toute fraternité, elle sera une compagne nécessaire. D’autant que Les n’oublie pas les standards… Lire la suite

Jazz. Revoir New York ?

Tout autour de Gershwin

New York, le savez-vous ?, est une ville changeante et pas seulement sous la pluie. Elle se transforme à une vitesse sidérante. La ville qui ne dort jamais – pour citer la chanson du film éponyme de Scorcese – est aussi celle qui connaît destructions et reconstructions. Absentez-vous quelques temps, revenez sur les lieux que vous avez connus et vous êtes gagné par une « étrange familiarité » qui fait que vous ne reconnaissez rien tout en ayant l’impression de tout reconnaître.
Gershwin, George tout, autant que son frère Ira – diminutif de Israël – sont liés à New York celle des années 1920/30, cette ville qui danse au son du jazz. George marquera de sa musique cette ville. Elle lui avait permis, New York, avec ses quartiers habités par des populations aux cultures diverses et aux musiques dansantes de se former, de prendre ici ou là de quoi se constituer son propre bagage et d’offrir, en retour une sorte de synthèse permettant de sortir de l’acculturation pour construire une autre référence, pour permettre l’accession à une citoyenneté nouvelle. Lire la suite

Rendez-vous à Coutances

Le jazz au temps du Front Pop.

Le 3 mai 1936, deuxième tour des élections législatives. La Parti Socialiste est en tête. Un nouveau gouvernement est possible. Léon Blum, futur Président du Conseil, attend. Respectueux des institutions, il ne veut pas prendre la pouvoir mais l’occuper. Les grèves se déclenchent, joyeuses. La danse est omniprésente. On danse dans les usines devant les machines, devant les étals morts des grands magasins, dans les rues. Au son de l’accordéon à qui il arrive de prendre des accents nouveaux. Tony Murena, Gus Viseur entre autres, le feront sonner swing.
On chante. Tout va très bien madame la marquise, une manière de conjurer le sort. De vouloir être heureux.

C’est difficile. Le patronat n’aime pas les danses. Ni le jazz, musique de « Nègres » comme on dit à l’époque soit pour la valoriser, soit pour la dévaloriser. Les mots, comme les insultes ont une histoire, un contexte. Lire la suite

Un festival de jazz, des …

Le jazz et son printemps.

Les « feuilles mortes » disparaissent de notre paysage. Les « Sons d’hiver » et autres festivals de cette saison se sont terminés. Une saison étrange, sans neige, avec une chaleur étrange qui ne fait plus douter de l’existence du réchauffement climatique.
Le calendrier nous oblige à passer au printemps sans que le temps – celui qu’il fait – le fasse réellement sentir. L’impression est quelque fois inverse. Comme un retour en arrière. Comme si après le faux hiver, le vrai voulait se faire sentir. Le jazz s’en fout.
Il fête le printemps via les festivals. Il accueille, entre autres, « europa djaz » pour sa 37e édition et « Jazz sous les Pommiers », pour sa 35e. Un peu avant les débuts de ces deux réunions, « Banlieues Bleues » continue à organiser les rencontres entre les jazz et les publics.

2016, année qui nous aura fait travailler un jour de plus, fête l’Ascension beaucoup plus tôt que l’an dernier. Comme si, l’appel vers les cieux était, d’un coup, plus urgent. Mettre ce jeudi encore férié début mai – le 5 – a obligé Denis Le Bas et l’ensemble des organisateur(e)s de Jazz sous les Pommiers » à commencer le 30 avril. Lire la suite

Jazz. En direct du Brésil

Tromboniste et Carioca, Raul de Souza, entre samba et jazz.

RaulRaul de Souza est né en 1934 à Rio de Janeiro. Il a donc 81 ans. Il part, une fois encore, sur les routes pour une tournée internationale sur la base des compositions de cet album, « Samba jazz » toutes de sa plume. Ce trombone à coulisses est un curieux instrument. Il sonne fortement les temps dans ses premières années à la Nouvelle-Orléans – il faut entendre Kid Ory figure importante du style « tailgate » – pour s’émanciper via Jack Teagarden ou Dickie Wells et devenir un soliste sans attache par la grâce de Jay Jay Johnson.
Raul de Souza connaît visiblement cette histoire. Son trombone sait se faire mémoire du jazz en y mêlant celle de la samba, de la bossa nova, de l’air respiré à Rio. La poésie, la grâce de Jobim, les mots de Vinicius de Moraes se retrouvent en train de jongler avec la dureté, la hargne, la colère de Sonny Rollins et du jazz en général.
Dans cet album, « Brazilian Samba Jazz », il permet aussi de découvrir des musiciens de la génération d’aujourd’hui qui lui donnent la réplique dans ce dialogue intergénérationnel nécessaire pour permettre au patrimoine de vivre avec de nouvelles couleurs.
Pourtant, à vouloir un peu trop jouer sur la nostalgie et les ballades les compositions n’arrivent pas à de détacher les unes des autres. Un peu plus de violence, de révolte ouverte – le trombone est l’instrument pour ce faire – n’aurait pas desservi le propos. Cocktail qui aurait permis de se rendre compte que coller jazz et samba n’est pas une sinécure surtout lorsqu’il s’agit de tempo.
Ces réserves ne doivent pas empêcher d’entendre ce musicien et ses compagnons qui expriment un aspect de la réalité culturelle. Il faut ajouter qu’un label qui a décidé de s’appeler « Encore Merci » ne peut pas être fondamentalement mauvais…
Nicolas Béniès.
« Brazilian Samba Jazz », Raul de Souza, Encore Merci distribué par Rue Stendhal

Jazz, Paris, 1958 et 1960. De la peur à la peur et la joie du jazz.

JATP à Paris, Olympia et Pleyel.

JATP à ParisLe Jazz At The Philharmonic est l’idée personnelle de Norman Granz. Avant d’être producteur de disques de jazz et créateur de labels indépendants – NorGran, Clef, Verve et Pablo -, il avait voulu ouvrir les Philharmonic au jazz. Mis à part les concerts au Carnegie Hall, dés 1937 avec Benny Goodman, et surtout les « From Spiritual To Swing » de décembre 1938 et 1939 organisés par John Hammond, critique de jazz mais aussi membre d’une des grandes familles américaines, les Philharmoniques étaient fermées au jazz, considéré comme une musique de bordel.
Le 2 juillet 1944, Norman organise son premier concert avec la volonté de faire cohabiter, sur scène des styles, des musiciens différents pour faire surgir… on ne sait quoi. La lumière ? La nouveauté ? Le miracle ? S’il fallait choisir j’opte à coup sur pour cette dernière solution. Plus l’opposition était forte, mieux c’était…
En 1958 – le 30 avril – la formule était rodée. Le public parisien, clairsemé – la période est trouble, les coups d’État menacent, la IVe république est en train de mourir, la guerre d’Algérie menace la République – assiste à un concert qui réunit deux monstres sacrés, Coleman Hawkins, l’inventeur du saxophone ténor et Roy Eldridge dit « Little jazz », trompettiste capable de franchir toutes les limites pour gagner la première place – même s’il ne sait pas de quel concours il s’agit. Se rajoute Sonny Stitt, saxophoniste alto et ténor, plus original au ténor qu’à l’alto, en tournée en France et que Norman a recruté pour l’opposer à Coleman Hawkins, un peu plus de sel dans les confrontations qu’il aime, et une section rythmique conduite par le pianiste Lou Levy avec Herb Ellis à la guitare, Max Bennett à la contrebasse et Gus Johnson à la batterie. Lire la suite

JAZZ, Les aventures de l’Oiseau se poursuivent

Parker 11e (clap de fin 1952)

Intégrale Charlie Parker volume 11A l’écoute de ce coffret, le 11e donc que consacre Frémeaux (et surtout Alain Tercinet), « This Time the Dream’s on Me » aux aventures de Charlie Parker, Bird, deux évidences s’imposent. La première est connue et je ne fais que la rappeler tellement elle pourrait s’oublier, le Bird est la figure du génie de ce 20e siècle. Un génie de grande envergure. Une fois encore – je me répète, je le sais bien – Julio Cortazar, dans « L’homme à l’affût », avait saisi la singularité du créateur et de celui-là en particulier. La deuxième évidence en découle. Elle se trouve aussi chez Cortazar. Le temps avec Parker se distend, s’étend, se transforme, s’accélère. Né à Kansas City en 1920, il s’impose en 1945 sans contestation possible. L’éclosion d’un génie déjà sur de ses possibilités et capacités. Son champ s’élargit. Il s’envole. L’enthousiasme, l’allégresse de la découverte baignent les enregistrements.
En 1952, là où nous amène ce volume, c’est déjà la fin de cette jeunesse. L’art de Parker se stabilise. Devient adulte. Les envolées sont plus maîtrisées. Il s’impose. Personne, à cette époque, n’est capable de le suivre dans les stratosphères où il a pris position. Il a des émules, des suiveurs, des copieurs. Il suscite des réflexions mais aussi la nécessité de définir de nouveaux territoires, lunaires et ensoleillés, là où il ne règne pas. Miles Davis, absent pendant cette année essaiera, à partir de 1954, de fréquenter d’autres contrées. Lire la suite

Jazz, Volume 2 de la collection Quintessence consacrée à Sonny Rollins pour les années 1957-1962

Sonny Rollins, l’inclassable new-yorkais

Sonny Rollins 2 Fremeaux.Walter Theodor – pour l’état civil – Rollins est l’une des incarnations du jazz. Ses méandres, ses oxymores, un moderne/traditionnel, ses retournements, sa volonté de vouloir toujours être ailleurs dissimule sans doute, comme Alain Gerber le laisse entendre dans son essai « Un ailleurs où aller » – qui ouvre le livret du volume 2 -, un manque de confiance en soi comme la nécessité de ne pas se laisser embaumer, enfermer dans une case. Il aurait pu refaire, sa vie durant, les improvisations de l’album « Saxophone Colossus » dont ce « Blue Seven » contenu dans le volume 1 de cette collection « Quintessence » dirigée par Alain Gerber et enregistré le 22 juin 1956 pour le label Prestige. Il refusa pour continuer à vivre et à créer. A surprendre. Pour ce faire, il se tourna le dos. Lire la suite