Sur la littérature américaine

De Philip Roth aux révoltés d’aujourd’hui

Philip Roth, né le 19 mars 1933 – au moment où Roosevelt pris ses fonctions de Président -, a décidé, en 2015, d’arrêter d’écrire. Une décision salutaire. Beaucoup de romanciers n’arrive pas à quitter la scène à temps. Tout le monde n’a pas la chance de mourir jeune et de conserver une image positive pour les générations futures…
Claudia Roth Pierpont, journaliste et sans lien de parenté avec l’écrivain – il lui aurait dit « Vous ai-je épousé sans m’en souvenir ? » – en a profité pour l’interroger longuement. Le résultat, un essai biographique, « Roth délivré, un écrivain et son œuvre » pour mêler réalité et fiction, faits réels et leur transformation dans l’imagination d’un romancier à l’ironie et à l’humour féroce. Chaque intitulé de chapitre est une référence au titre d’un roman. L’auteure utilise la technique rothienne. Cette distance renforce l’argumentation de la biographe spécialiste du monde de Roth. Lire la suite

Le coin du polar

Révoltes
jules_durandbLe Havre, 1910. La CGT a décidé la grève générale dans ses orientations. Jules Durand est charbonnier sur le port. Militant cégétiste, il est accusé de meurtre dans le cadre d’une grève. La guerre sociale ne connaît pas de limite. Le patronat décide de supprimer un élément gênant. Aidé des juges et des notables, il fait condamner sans preuve cet homme coupable de s’être opposé au pouvoir de ces patrons sans foi ni loi. Condamnation à mort, pas moins. Indignation des salariés. La CGT mène l’enquête avec l’aide de l’Humanité et de Jaurès. Cette lutte des classes exacerbée expliquerait-elle la boucherie de la première Guerre Mondiale pour gagner cette guerre sociale ? Un bon polar historique avec tous les ingrédients qu’il faut. Histoire vraie pourtant, un peu oubliée certes que raconte Roger Colombier dans « Jules Durand : une affaire Dreyfus au Havre (1910-1918) ». Pour parfaire le noir, Jules libéré en 1918 terminera sa vie dans un asile d’aliénés… Lire la suite

Retour du « Califat » ?

Contre toutes les oppressions, la démocratie.

Du despotismeAbd al-Rahmân al-Kawâkibî, Syrien (1849-1902), ne jouit sans doute pas, dans nos contrées, d’une grande reconnaissance ni même d’une connaissance. Son essai, « Du despotisme », publié en 1902 au Caire, vient juste d’être traduit. Il faut lui reconnaître le statut d’un grand texte fondateur. Avec d’autres, il défend la venue du nationalisme arabe, la construction d’Etat-Nation, Etats de droit, pour combattre l’asservissement des populations qui prive le monde arabe de la force vive de l’intelligence et de la réflexion. L’argumentation qu’il utilise est étrange pour l’Occidental laïque. Il s’appuie sur les sourates du prophète, qu’il veut débarrasser de ses exégèses, pour justifier la nécessité de mettre fin à la tyrannie qui s’appuie sur une lecture du Coran qui permettrait de la justifier. Dans le même mouvement, il s’appuie sur les philosophes français, des « Lumières », pour indiquer un chemin, pour le monde arabo-musulman, d’entrée dans la modernité. Il s’oppose, de ce fait, au « panarabisme » pour permettre les avancées démocratiques et sociales. Lire la suite

Faible croissance mondiale, crise financière…

Les nuages noirs s’accumulent.

Toutes les institutions internationales se rejoignent pour prévoir une croissance mondiale inférieure à 3% et cette prévision est continuellement revue à la baisse, la déflation dans les pays capitalistes développés s’inscrit dans la réalité et la crise financière n’en finit d’être combattue par les banques centrales. Dans ce contexte, l’économie française peut-elle connaître une embellie ?

Suivant la dernière Note de conjoncture de l’INSEE datée du 17 mars, l’économie française bénéficierait d’une croissance de 0,4% par trimestre et d’une baisse du chômage en juin de moins 0,1% grâce à la reprise, constatée, des créations d’emploi. Cette croissance serait tirée par les exportations vers les autres pays de l’Union Européenne et plus spécifiquement la zone euro par le biais d’une compétitivité retrouvée. Autrement dit, la baisse du coût du travail sera plus importante en France que chez les partenaires européens. S’agit-il là de la fonction du projet de loi sur le travail ? La baisse des cotisations sociales des entreprises et les aides diverses gouvernementales – CICE, Pacte de responsabilité – au prix d’attaques répétées de la protection sociale ont permis d’augmenter les profits des entreprises/L’INSEE prévoit donc une hausse timide des investissements. Lire la suite

Essai. Un monde étranger.

Une complexité au service d’une nouvelle barbarie.

Sakia Sassen ExpulsionsLa thèse de Saskia Sassen, sociologue spécialisée dans l’analyse de la « ville globale », dans « Expulsions », se résume facilement. Les années 1980 ont vu se dessiner une nouvelle forme du capitalisme dominé par l’idéologie libérale, un régime d’accumulation à dominante financière pour employer le langage des économistes de l’école de la régulation, langage que la sociologue n’utilise pas. Elle est consciente que les critères de la finance se sont imposés pour régler les orientations de l’économie dans toutes ses facettes.
Cette forme a combiné – elle en fait la démonstration – une complexité de plus en plus sophistiquée aux montages inextricables comme le montre une fois encore les « panama papers » et une brutalité extrême. La combinatoire s’explique par la nécessité pour tous les capitalistes d’extraire le profit maximum – et non plus optimum comme dans la période des « 30 glorieuses » – et à court terme, dans les deux mois. La conséquence la plus importante, pour elle, des expulsions dans tous les domaines se traduisant par un rétrécissement de la base économique. Une idée à creuser. Elle signifie que, contrairement aux « 30 glorieuses », les politiques actuelles d’austérité ne se posent plus la question de la demande pour faire face à la surproduction mais privilégient l’entreprise et même la grande entreprise et ses profits pour qu’elle soit compétitive. L’avenir apparaît, de ce fait, semblable au passé et bloque toute possibilité de construire un futur. Lire la suite

JAZZ. Musique de la mémoire

Histoires rêvées

cd-sebastien-texier-quartet-dreamers-Un quartet à la fois étrange et traditionnel. Orgue, Olivier Caudron, guitare, Pierre Durand, batterie, Guillaume Dommartin soit un trio qui fleure bon la fin des années 50, de ces groupes formés par Jimmy Smith pour faire avancer l’orgue Hammond B3 sur le devant de toutes les scènes, une formule qui sera reprise jusqu’à son usure totale. Étrange tout de même par l’adjonction du leader de ce quartet, Sébastien Texier, clarinettiste et saxophoniste alto venu avec ses rêves pour transformer ce trio classique en rêveurs d’un nouveau monde. « Dreamers », un titre qui nous va comme un gant. Nous aussi nous sommes embarqués sur le même bateau. Un « radeau de la Méduse » transformé en voilier par la force d’une imagination partagée.
Les compositions de Sébastien s’inspirent de toutes les cultures matinées d’une référence omniprésente aux groupes de Ornette Coleman caressée par une mémoire du jazz qui sert de ligne directrice. L’énergie pousse le groupe souvent en dehors de ses propres définitions pour aller voir ailleurs si le monde est plus fraternel.
Il arrive pourtant qu’un thème fasse trop penser à un des précédents et provoque une perte d’attention mais le suivant relance les dés… Le son de la clarinette retient toujours l’oreille. La rencontre avec cet instrument tient, pour le leader de son rêve d’amour le plus fou et le plus total. La clarinette et Sébastien font corps et pas seulement corps à corps. L’alto transbahute moins de mystères mais plus de mémoire, une alliance nécessaire.
Le tout est un des albums convaincants de ce mois.
Nicolas Béniès.
« « Dreamers », Sébastien Texier Quartet, Cristal Records, distribué par Harmonia Mundi.
Le quartet sera en concert à Jazz Sous Les Pommiers, Coutances (50)

Polar. Une reconstitution

Londres, 1956.

John Layton retour de flammesLe polar historique est, dans ce « Retour de flammes », poussé à l’extrême. Le souci du détail est manifeste dans la description de cette Grande-Bretagne qui a perdu son rang de première puissance mondiale mais ne veut pas en prendre conscience. Le gouvernement, dominé par les Tories, prépare l’invasion de Suez en lien avec la France et Israël contre l’avis des États-Unis. Eden, le Premier ministre, est considéré comme « fou » dans le sens clinique du terme. L’opération sera un échec. Nasser en ressortira grandi. Interminablement, ce Royaume plus vraiment uni parle de la guerre, omniprésente. Ses traces, pourtant, commencent à s’effacer. La reconstruction est quasi finie.
Le Royaume est secoué par les prémices de l’affaire Profumo, dite aussi Keller qui va voir la révélation d’espions à la solde de Moscou au plus haut niveau de l’establishment, de l’élite de cette nation encore pleine de sa grandeur passée et dépassée. Philby est sur la sellette bien qu’il se défende efficacement.
Avril 1956, l’inspecteur en chef Troy est contacté pour devenir supplétif de la Special Branch – une partie des services de renseignements dits MI5 et MI6 – dont la mission est de servir à la fois de garde du corps de Khrouchtchev en visite en Grande Bretagne et de l’espionner. Troy, si on se souvient de « Black Out » – le premier de cette série qui en comptera 7 – parle le russe puisque sa famille est originaire de ce pays. Son frère, Rod, est MP, membre du Parlement, travailliste. Ils vivent dans l’aisance grâce la fortune léguée par leur père. Deux sœurs jumelles et leurs époux complètent la famille. Lire la suite

Des nouvelles du jazz en Allemagne

Pianiste, compositeur, chef d’orchestre, Alexander von Schlippenbach.

Dans la série « European Jazz legends », le magazine allemand « Jazzthing » propose une série de portraits de musicien-nes européen-nes qui ont marqué le jazz. Un des numéros était consacré à Enrico Pieranunzi dont nous avons parlé dans une chronique précédente.
Alexander von SchlippenbachLe numéro 4 de cette série donne à Alexander Schlippenbach, créateur du « Globe Unity » en 1966, ensemble qui a beaucoup choqué les contemporains, la possibilité de montrer sa capacité de synthèse de toute la mémoire du jazz mais aussi de la sienne. Un héritage qu’il ne faut pas laisser perdre. A 77 ans, il a intitulé cet album Intuition « Jazz Now ! », le jazz maintenant ou maintenant du jazz ou encore le jazz toujours parce que se conjuguant au présent. Il fait la part belle Thelonious Monk se souvenant peut-être que deux de ses plus belles réalisations étaient dédiées à ce compositeur. En même temps, il reprend des thèmes de Herbie Nichols dont les talents n’ont jamais été reconnus à leur juste valeur. La production de Herbie est surtout le fait de 3 albums Blue Note en 1954-55 qui sonne résolument contemporain. Il a exercé une grande influence sur une partie de la scène du jazz allemande. Des « Herbie Nichols project » ont vu le jour. Lire la suite

De la théorie à l’idéologie passant par un pragmatisme critique.

L’idéologie libérale fracassée par la réalité

Je vous propose une réflexion à la fois sur les théories économiques qui devraient permettre d’expliquer le monde et sur la tendance à transformer la théorie en idéologie, comme c’est souvent le cas pour les théories néo-classiques, le nom officiel du libéralisme économique.
Pour ce faire, nous nous servirons de deux propositions de politique économique, celle qui sert à justifier la loi dite « El Khomri », sur le « travail et celle émanant de Mario Draghi, le président de la Banque Centrale Européenne (BCE).

Dans une pétition publiée par Le Monde, qui a réuni 31 signataires dont le Prix Nobel d’économie 2014, Jean Tirole et le titulaire de la chaire d’économie au Collège de France, Philippe Aghion pour défendre le projet de loi. Ils affirmaient qu’en « réduisant fortement l’incertitude attachée à la rupture des contrats de travail, le projet de loi incite les entreprises à revenir vers des embauches en CDI. » Ils reconnaissent aussi que la conséquence sera de « flexibiliser le CDI » soit de précariser l’ensemble des salarié –es. Ainsi pour lutter contre les inégalités et la précarité, leur objectif, ils arrivent à élargir la précarité. Tous précaires donc disparition de la précarité !
Plus important, c’est la philosophie économique, la théorie économique qui sous tend cette prise de position qui est importante. Pour eux, embauches et licenciements doivent obéir aux règles du marché. Pour y arriver, il faut libérer le jeu de l’offre et de la demande des entraves, le droit du travail en l’occurrence, qui empêchent la réalisation de l’allocation optimum des ressources, le point d’équilibre optimal. C’est l’alpha et l’oméga de toutes les théories néo-classiques. Le marché doit être libre de toute contrainte pour réaliser, par ses mécanismes, l’équilibre général. Steve Keene, un économiste australien, avait démontré dans « L’imposture économique » – aux éditions de l’Atelier – les hypothèses et les développements coupés de toute réalité et de toute logique de ces théoriciens. Le marché n’a jamais fonctionné sans règles sinon la confiance dont ces économistes parlent beaucoup disparaît. Tout marché est structuré par l’État ! Lire la suite

Un festival de jazz, des …

Le jazz et son printemps.

Les « feuilles mortes » disparaissent de notre paysage. Les « Sons d’hiver » et autres festivals de cette saison se sont terminés. Une saison étrange, sans neige, avec une chaleur étrange qui ne fait plus douter de l’existence du réchauffement climatique.
Le calendrier nous oblige à passer au printemps sans que le temps – celui qu’il fait – le fasse réellement sentir. L’impression est quelque fois inverse. Comme un retour en arrière. Comme si après le faux hiver, le vrai voulait se faire sentir. Le jazz s’en fout.
Il fête le printemps via les festivals. Il accueille, entre autres, « europa djaz » pour sa 37e édition et « Jazz sous les Pommiers », pour sa 35e. Un peu avant les débuts de ces deux réunions, « Banlieues Bleues » continue à organiser les rencontres entre les jazz et les publics.

2016, année qui nous aura fait travailler un jour de plus, fête l’Ascension beaucoup plus tôt que l’an dernier. Comme si, l’appel vers les cieux était, d’un coup, plus urgent. Mettre ce jeudi encore férié début mai – le 5 – a obligé Denis Le Bas et l’ensemble des organisateur(e)s de Jazz sous les Pommiers » à commencer le 30 avril. Lire la suite