Une froide chaleur

Le festival PAN une réussite.
Le trio O.R.B.I.T.

Ce soir, 8 décembre 2017, « La fermeture éclair » a connu un moment de grâce. C’est rare. Le trio O.R.B.I.T. était sur scène. Tom Rainey est un batteur qui sait remplir nos rêves de rythmes brisés alliés à une pulsation qui assure la continuité du propos. Le voir est un spectacle réjouissant. Les batteurs ne sont pas morts, tués par les percussions. Au plaisir des yeux qu’il ne faut pas bouder s’ajoute celui de l’oreille. Il sait se faire soliste tout en laissant croire qu’il accompagne.
Sébastien Boisseau, comme ses illustres prédécesseurs – ce soir, il m’a fait penser à Eddie Gomez et à quelques autres contrebassistes plus ou moins connus qui ont su se faire les hérauts d’un jazz qui s’est appelé libre – sait faire chanter la contrebasse ou la transformer en instrument rythmique capable de rivaliser avec la batterie tout en la faisant pleurer ou rire et même crier.
Stephan Oliva, le denier à se mettre en orbite, allie colère et émotions rentrées en une élégance du toucher qui donne à cet instrument la capacité de se transformer. C’est le troisième instrument percussif de ce trio pour permettre à chacun de s’envoler vers d’autres cieux. L’art de Stéphane tient dans l’éventail des possibilités qu’il laisse entrevoir pour en choisir une à un moment donné. Tous les styles sont convoqués à cette table où il ned manque aucun ingrédient. Intégrer Bill Evans, Cecil Taylor, Don Pullen, toutes celles, tous ceux qui ne viennent pas à l’esprit est un petit miracle.
Comment croire que ces trois là ne se voient pratiquement pas. Le batteur est à New York, le bassiste à Nantes et le pianiste à Montpellier… Ils donnent l’impression de se connaître de toute éternité, comme si le jazz venait juste d’abolir les distances.
Dans cet endroit voué à être détruit en 2018, le froid s’appliquait à se montrer envahissant. On pourrait même parler de harcèlement. Pourtant la chaleur de la musique envahissait les esprits ce pendant que les corps restaient quasi sans vie. Cet engourdissement a-t-il favorisé la réception d’une musicale original faite de composition de Stéphan ou de Sébastien dans des arrangements nouveaux dus à la plume de Stéphan.
CE concert, même dans le froid, avait le goût des grands étés, des grandes chaleurs sympathiques qui obligent le corps comme à l’esprit à devenir un peu liquides pour trouver de nouvelles portes d’entrée face à un monde qui semble ne connaître que la guerre pour régler ses problèmes.
Cette musique ne donne pas de leçons, elle ouvre le cœur et l’esprit. Une fois entendue, elle ne laisse provisoirement plus de place à d’autres.
Que le dernier groupe trouve aussi mes excuses. Je ne voulais pas rompre le charme. Ce charme là est devenu tellement rare que j’ai voulu le garder le plus longtemps possible.
Pour l’instant ce trio ne trouve pas de producteur…

Nicolas Béniès.

Festival PAN, le 8 décembre 2017

Un festival détonnant

Le festival PAN aura lieu en partenariat avec « La fermeture éclair », lieu où se produira le festival, quoi François Mitterrand, à Caen.
Il annonce ci-après les changements dans sa présentation. Avant, tous les mois, il proposait un groupe ou deux, désormais il se transforme en un festival d’un jour et ce, tus les trimestres.
Je suppose que les contraintes budgétaires ne sont pas étrangères à ces changements.
La programmation est alléchante. Le travail de programmation est bien fait. Trois groupes se partagent l’affiche

« Ciel mes bijoux » à 19 heures, un groupe à découvrir que j’avoue ne pas connaître…

Le clou, à mon avis, le trio O.R.B.I.T. à 20h30 avec le pianiste Stephan Oliva, dans la lignée de Bill Evans mais aussi influencé par Cecil Taylor, une sorte de synthèse de tous ces jazz conduite par une sensibilité à fleur de peau. Il fait passer un frisson par un jeu de piano fait de ruptures, de surprises dans une sorte de continuité étrange.
Si vous ne connaissez pas ce pianiste, il faut vous presser à la Fermeture éclair pour une mise en orbite garantie.

La soirée se terminera avec « April Fisches », prévu à 21h30

N’hésitez pas.

Nicolas BENIES

Le communiqué de PAN :

La saison du Collectif PAN change de formule !

Pour cette saison 17/18 la programmation sera trimestriel, pour chaque saison nous vous préparons une grosse soirée pour découvrir la variété du jazz; une en hiver, une au printemps et une en été. La première aura lieu le 8 décembre prochain avec au programme :

Ciel! Mes Bijoux! à 19h

Trio O.R.B.I.T à 20h30

April Fishes à 21h30

En Partenariat avec :

TARIFS :
10 € plein
7€ réduit
gratuit moins de 12 ans

Jazz sous les Pommiers, 36e éditions

L’Ascension du jazz

flyer_pageCette année se situe après l’élection présidentielle mais avant la fin des élections législatives. Un contexte que ne perturbera pas le festival, seulement les festivalières et festivaliers. Le soleil sera de cette fête des jazz et des musiques cousines, un peu de bossa, un peu de funk, un peu de Dub, sans parler du hi hop, du reggae ou du rap comme de l’électro. Il faudra ajouter à ces musiques noires, celle du Portugal – le fado -, de la Turquie – une pensée pour ce pays -, de la Syrie en proie à une répression violente. Les musiques permettent aussi de prendre conscience des drames d’un monde en train d’éclater. Naïssam Jalal, flûtiste franco-syrienne, évoquera les combattants de la liberté en Syrie et en Palestine.
Jazz sous les Pommiers, comme tous les autres festivals, n’oublie pas les scolaires, les jeunes pour les faire pénétrer dans cet univers particulier. Un effort nécessaire pour éviter que le festival ne se fasse à côté d’elles et eux, pour les intégrer et éviter tous les clichés autour du « jazz, musique d’intello ». Lire la suite

Jazz, La machine à remonter le temps. (1)

Concert à domicile (1)

Les festivals, les concerts permettent de voir le jazz. Cette dimension est nécessaire pour cette musique qui sait vivre. Certains de ces concerts sont enregistrés. Plus ou moins bien. Surtout, il arrive que le swing soit sur la bande par une alchimie miraculeuse. C’est souvent le cas pour ceux réalisés à l’Olympia (Paris). Peut-être parce qu’ils se trouvent sous le label « Pour ceux qui aiment le jazz », l’émission phare – à 22h30 – de Daniel Filipacchi et Frank Ténot sur Europe n°1 et réunissent une grande partie de la jeunesse qui se retrouve dans cette « musique de sauvages » comme on dit à l’époque, une musique – on ose – immorale. Les bien pensants critiquent à n’en plus finir ce jazz qui pervertit les jeunes esprits trop malléables. J’exagère ? Même pas. Il faut relire ce que ces « ligues » ont écrit pour se rendre compte de la bêtise sans nom qui les possède. Je sais, la bêtise ne recule pas si facilement si l’on en croît les propos d’un élu du FN sur Erik Satie…
Les vacances permettent de prendre le dessus sur le temps qui passe et même sur celui qu’il fait. Prenez le temps donc. Un après midi par exemple. Seul ou en groupe à votre convenance. De ceux et de celles qui partagent cette passion un peu dévorante. Commencez doucement en enlevant le cellophane du premier CD. Horace Silver à ParisDans l’ordre chronologique pourquoi pas. Ce 14 février 1959 la météo est douce et le temps politique à l’orage. La crise politique est ouverte malgré les coups d’État du général de Gaulle le 13 mai 1958, le vote de la Constitution en octobre 1958. La « guerre d’Algérie » – une guerre qui ne veut pas dire son nom, on parle d’opérations de police – engloutie des jeunes hommes dans l’engrenage infernal de la barbarie, celle de la torture. Les généraux, eux, deviennent « factieux » et l’O.A.S commence ses opérations terroristes. Le climat est délétère.
Le jazz lui résiste. Permet des effets de génération, de se sentir bien contre le monde qui vacille. Une nouvelle se répand. Horace Silver est à Paris et donne, comme il est d’usage, deux concerts, l’un à 18 heures, l’autre à minuit. Je ne suis pas sur que l’Olympia soit « full up » ni que le public connaisse bien ce pianiste/compositeur, l’un des plus importants du moment. Lire la suite

Le champ jazzistique vu à travers les festivals de l’été.

Errances dans le jazz d’aujourd’hui.

L’été, malgré tout, est le temps des festivals de jazz, de ce temps élastique qui fait, souvent, entrer 2 dans 3 ou 4 dans 3. Un temps élégiaque qui permet de flâner, d’errer en des endroits bizarres que le jazz fait découvrir dans le même temps qu’il se découvre. C’est un bon guide, que le jazz, musique sans nom qui a scandé les espoirs et la barbarie de ce 20e siècle.
Je vous propose quelques endroits, en France, des musicien-nes à découvrir pour finir sur deux ou trois enregistrements récents. Lire la suite

JAZZ, le 37e festival Django Reinhardt.

Changements dans la continuité

Samois s/Seine, tous les ans renaît de ses cendres en faisant appel à un esprit Django toujours différent et toujours renouvelé pour essayer de définir le jazz. Django – « j’éveille » est la traduction de Django chez les Roms et il tenait à son pseudo, Baptiste – est le seul génie européen incontestable du jazz. Il a influencé tous les guitaristes et pas seulement ceux qui se réclament du jazz dit manouche. Joe Pass, Jimmy Raney, Tal Farlow, Oscar Moore… ont reconnu leur dette. Dés la parution, en 1938, du premier 78 tours du quintet de Hot Club de France sous l’étiquette Commodore de Milt Gabler, aux États-Unis, la formule fait des émules. Existent désormais des quintets de Hot Club partout dans le monde et un festival, aux États-Unis, qui les réunit à intervalles irréguliers.
Jusqu’à sa mort, Babik, le fils de Django, a dirigé le festival en le faisant vivre et vibrer par sa présence. Les producteurs ont essayé de le faire jouer comme Django mais, lui – comme le montre ses enregistrements – était plutôt attiré par les sons des guitaristes classés sous l’étiquette « Fusion » pour être de son temps et non pas d’un autre qui ne le concernait pas directement.
Pour cette 37e édition, les organisateurs s’interrogent sur « l’esprit Django ». Ils et elles en donnent une traduction ouverte sur les « musiques du monde » et sur les jeunes pousses qui défraient la chronique aux États-Unis et ailleurs. Le jazz est musique d’ouverture fraternelle, de révolte qui aide à se sentir bien contre le monde tel qu’il est. Le jazz emporte participant-es et public dans une vaste sarabande de révolte lorsqu’il est lui-même. Lire la suite

Un festival de jazz, des …

Le jazz et son printemps.

Les « feuilles mortes » disparaissent de notre paysage. Les « Sons d’hiver » et autres festivals de cette saison se sont terminés. Une saison étrange, sans neige, avec une chaleur étrange qui ne fait plus douter de l’existence du réchauffement climatique.
Le calendrier nous oblige à passer au printemps sans que le temps – celui qu’il fait – le fasse réellement sentir. L’impression est quelque fois inverse. Comme un retour en arrière. Comme si après le faux hiver, le vrai voulait se faire sentir. Le jazz s’en fout.
Il fête le printemps via les festivals. Il accueille, entre autres, « europa djaz » pour sa 37e édition et « Jazz sous les Pommiers », pour sa 35e. Un peu avant les débuts de ces deux réunions, « Banlieues Bleues » continue à organiser les rencontres entre les jazz et les publics.

2016, année qui nous aura fait travailler un jour de plus, fête l’Ascension beaucoup plus tôt que l’an dernier. Comme si, l’appel vers les cieux était, d’un coup, plus urgent. Mettre ce jeudi encore férié début mai – le 5 – a obligé Denis Le Bas et l’ensemble des organisateur(e)s de Jazz sous les Pommiers » à commencer le 30 avril. Lire la suite

20 ans et toutes ses envies

Le collectif Jazz de Basse-Normandie s’étend.

aff 1MJN16 33x33La fusion des deux Normandie a déjà un effet. Le collectif Jazz ex Basse Normandie devient le Collectif Jazz en Normandie. Toute la nouvelle Région est désormais susceptible d’être touchée par la grâce du jazz. Enfin, pas tout à fait. Pas encore. Mais la route est tracée. Pour l’heure, le jazz se baladera surtout entre la Manche, le Calvados et l’Orne pour ce mois de mars 2016 avec l’objectif de fédérer d’autres réseaux que Focus Jazz pour alimenter les lieux du jazz.
Suivez le calendrier que vous pouvez consulter en cliquant sur le lien ci-dessous pour découvrir à la fois les musicien(ne)s officiant dans l’ex-Basse-Normandie, sans oublier le « Petit Label » qui enregistre tous ces musiciens et beaucoup d’autres et les « invités » dont Bernard Lubat renouant son histoire d’amour avec la batterie et l’ONJ – Orchestre national de Jazz – en clôture de ce mois de jazz.
Nicolas Béniès.

CP 1MJN 2016

JAZZ, un, deux… festivals de jazz et d’autre

En automne, les festivals de jazz fleurissent

Le soleil, on le sait, se couche à l’Ouest et la Bretagne est aux premières loges. Penn Ar Jazz, membre du Syndicat des Musiques Actuelles (SMA) ; organise pour la 12e année son « Atlantique Jazz Festival » qui se déploie de Brest à Quimperlé. Chicago est la ville de référence du jazz – et de la mafia mais aussi des syndicats, de l’architecture, de la sociologie et de bien d’autres choses encore – et elle se transporte en Bretagne pour fêter les 50 ans de l’AACM, une association qui veut promouvoir la créativité des musicien(ne)s. Le groupe le plus connu en France fut l’Art Ensemble of Chicago… Aujourd’hui la scène est en train de changer. Le label « RogueArt », sous l’impulsion de Alexandre Pierrepont, permet de suivre les créations de ces jeunes musicien(ne)s. Ils et elles seront présent(e)s de même que les groupes de l’Ouest de la France. Une nouvelle version de la conquête de l’Ouest…
De l’Ouest au Nord le pas est vite franchi. 29 ans désormais que va exister le festival « Tourcoing Jazz » pour une programmation qui fait la part belle à la fois aux groupes de jazz français et aux nouveaux venus de la scène du jazz comme « Snarky Puppy » ou Hugh Colman ainsi qu’aux têtes d’affiche comme Manu Katché ou Lee Konitz sans oublier le blues de John Mayall ou d’Otis Taylor. Au-delà de cette programmation, se met en place des initiatives multiples notamment avec les élèves des écoles pour faire connaître cette musique trop souvent qualifiée d’intello, insulte suprême.
29e édition aussi pour le « D’Jazz Nevers Festival » qui nous oblige – c’est tout relatif – à descendre un peu vers le sud. Les musicien(ne)s de jazz français sont ici bien mis en valeur même si les « vedettes » s’appellent Jack DeJohnette (avec Ravi Coltrane), Enrico Rava, John Scofield en compagnie de Joe Lovano (ou l’inverse) et, de nouveau, Hugh Colman. Une programmation prometteuse pleine de surprises et de découvertes. Des tables rondes sont organisées, des séances de cinéma, des conférences pour faire comprendre l’importance de cette musique et son aura.
« Jazz au fil de l’Oise » fête, lui, son 20e anniversaire, un bel âge. Stéphane Kérecki – « Nouvelle vague » sera amputé de son pianiste John Taylor mort quasi sur scène cet été – viendra, tout comme Henri Texier, de Nevers pour se produire dans les villes du Val d’Oise qui s’ouvriront aussi aux Big bands de Laurent Mignard et de Michel Pastre pour un hommage conjoint à Duke Ellington et Count Basie. Comme souvent désormais, les musiques dites du monde seront présentes. Yom, superbe clarinettiste, pour la musique Klezmer et Ibrahim Maalouf qui servira la musique de la grande chanteuse égyptienne, Oum Kalthoum. Il ne faudra par rater le « Sacre du Tympan » ou Renaud Garcia-Fons ou Avishai Cohen…
Nicolas Béniès.
Atlantique Jazz Festival, du 2 au 18/10, rens. 02 29 0040 01, www.penn-ar-jazz.com
Tourcoing Jazz Festival, du 10 au 18/10 www.tourcoing-jazz-festival.com
D’Jazz Nevers Festival, du 6 au 14/11 rens. 03 86 57 00 00, www.djazznevers.com
Jazz au fil de l’Oise, du 6/11 au 13/12, rens. 01 34 48 45 03, www.jafo95.com

MUSIQUES DU MONDE
Pour la 16e édition du « Festival villes des musiques du monde », la Seins Saint Denis se transforme en « Andalouses » pour une rencontre de cultures. Les musiques andalouses proviennent de plusieurs sources. Elles sont à la fois judéo-espagnol – Isabelle la Catholique avait décidé d’expulser tous les Juifs d’Espagne à la fin du 15e siècle mais les traces sont restées -, arabo-andalouse, gitane pour faire la démonstration que le créer ensemble est la seule façon de nourrir les cultures. Sinon, elles disparaîtraient. C’est une leçon d’espoir dans un monde en train de basculer. Le flamenco aujourd’hui se trouve, comme la plupart des autres musiques, obligé de se refonder, se servir de la tradition pour la bousculer, faire naître une autre manière d’entendre le monde.
N.B.
« Les Andalouses », Bals, concerts, Ateliers, Repas, Croisière musicale… Seine Saint-Denis, Paris, Andalousie, du 10/10 au 8/11, rens. 01 48 36 34 02, www.villesdesmusiquesdumonde.com

Minifest 10e (2)

Un petit format de festival… pour rencontres et découvertes.

minifest2015Jean-Benoît Culot est batteur… de jazz. Ce n’est pas là le moindre de ses défauts. Il est aussi, et depuis 10 ans désormais révolus, organisateur d’un « Minifest » en compagnie du saxophoniste ténor Nicolas Leneveu.
Ce « Minifest » est aussi conçu comme un lieu de rencontres – des « jam sessions », des « bœufs » en français concluent chacune des 5 journées – et de découvertes de musiciens encore inconnus mais qui ne demandent qu’à pulvériser la scène du jazz et le jazz lui-même. Pour lui faire répondre à sa définition, s’outrepasser une fois encore.
C’est encore le cas cette année avec le « Brothers trio » du bassiste français Géraud Portal dans la lignée à la fois de Jimmy Garrison – le contrebassiste du quartet historique de John Coltrane -, de Charles Mingus et aussi de toute l’école actuelle new-yorkaise et de Chicago, en lien avec le pianiste Matthew Shipp et la bassiste William Parker. Étienne Deconfin, pianiste qui se reconnaît les mêmes influences – rajoutons, pour faire bonne mesure, McCoy Tyner – que son ami bassiste et le jeune batteur, 23 ans, Kush Adabey complètent ce trio capable de soulever des vieilles pierres pour y trouver des trésors insoupçonnés. Un batteur qui provient d’une lignée de batteurs et qui a commencé à étudier la musique, comme il se doit, à 5 ans.
Kush-Abadey-Promo-Shot-11Un batteur de jazz qui rompt avec la pléiade des batteurs d’aujourd’hui plus percussionnistes que batteurs. Il sait ce que la tradition veut dire. Il a écouté tous les grands batteurs et il en fait son quotidien. Une puissance de feu qui fait plaisir à entendre. Noter bien son nom, il fera d’autres étincelles et mettra des feux à d’autres plaines.
Les deux autres ne s’en laissent pas compter. Le plaisir de jouer ensemble est perceptible. Ils réchauffent la flamme. Ils ne sont pas là pour « faire le job » mais pour enchanter le public en s’enchantant – ne pas oublier « chantant » – eux-mêmes. Des compositions originales dues à la plume des trois énergumènes pour terminer avec un hommage à Coltrane autour de « Naïma ».
BrothersIls viennent de sortir un CD, « Brothers » (Jazzia Prod) à écouter…

Merci à Jean-Benoît pour ce moment intense de musique et de fraternité partagée.

Ce n’était pas la seule découverte pour beaucoup de ces nombreux – relativement au lieu, petit, de la cave de ce café « El Camino » – spectateurs. Le saxophoniste alto et soprano Baptiste Herbin a fait, une fois encore – je l’avais vu à Coutances et j’en étais ressorti ébloui -, la preuve de son désir de jouer et de jouer encore. A la manière de Roland Kirk, il ne craint de souffler dans ces deux saxophones à la fois pour faire entendre une section de saxophones. A lui seul, les morts vivant qui peuplent trop souvent nos univers ont intérêt à bien se tenir. Il pourrait les réveiller pour leur faire découvrir un autre monde.
Il a mûri tout en conservant un enthousiasme mâtiné sans doute de désillusions. La reconnaissance de son talent se fait attendre. Si les programmateurs n’étaient par trop obnubilés par la nécessité de la réussite à tout prix, ils auraient mis en avant ce musicien qui ferait – et a fait – un tabac, comme on ne dit plus depuis que fumer est interdit dans les lieux publics. Ce soir là, vendredi 2 octobre, il était en compagnie de Jean-Benoît Culot à la batterie obligé de se dépasser fouetté qu’il était par ce jeune homme sympathique et « qui en veut », Rénald Fleury à la contrebasse poussé à crier le blues et le reste et Emmanuel Dupré pianiste réputé même s’il semble sous estimé, assisse nécessaire pour que les trois autres s’évadent.
Le public sort de là épuisé tout en redemandant, en voulant achever les musiciens en s’achevant soi-même.
Ces soirées, ces musiciens laissent un peu dans l’ombre les autres participant(e)s de ces rendez-vous. Ce serait un tort. Priscilia Valdazo, contrebassiste, chanteuse et, pour l’occasion de son solo, pianiste a présenté un florilège de chansons argentines, espagnoles et brésiliennes pour parfaire sa définition. Dans les mondes du jazz, elle est surtout reconnue comme bassiste. Un répertoire qui demande à être peaufiné. La reprise des « petits riens » de Gainsbourg pourrait faire l’objet d’un spectacle…
François Chesnel, en piano solo, sait faire visiter quelques thèmes un peu trop oubliés comme « The Peacoks » de Jimmy Rowles (que Jimmy avait enregistré en duo avec Stan Getz), donner toute sa place à Monk – « We See » – et improviser une fin sur des rythmes d’aujourd’hui.
Au total, et comme souvent au cours de ces 10 ans – un anniversaire important les 10 ans pour n’importe quel festival – un « Minifest » qui a permis, à un public pas aussi vieux qu’ailleurs, de fusionner avec des musicien(ne)s qui ne veulent tomber dans des routines qui tuent le plaisir de jouer.
Rendez-vous pour la 11e édition !
Nicolas Béniès.

Le Minifest a eu lieu du 29 septembre au 3 octobre 2015 pour sa 10e édition.