Jazz sous les Pommiers, 36e éditions

L’Ascension du jazz

flyer_pageCette année se situe après l’élection présidentielle mais avant la fin des élections législatives. Un contexte que ne perturbera pas le festival, seulement les festivalières et festivaliers. Le soleil sera de cette fête des jazz et des musiques cousines, un peu de bossa, un peu de funk, un peu de Dub, sans parler du hi hop, du reggae ou du rap comme de l’électro. Il faudra ajouter à ces musiques noires, celle du Portugal – le fado -, de la Turquie – une pensée pour ce pays -, de la Syrie en proie à une répression violente. Les musiques permettent aussi de prendre conscience des drames d’un monde en train d’éclater. Naïssam Jalal, flûtiste franco-syrienne, évoquera les combattants de la liberté en Syrie et en Palestine.
Jazz sous les Pommiers, comme tous les autres festivals, n’oublie pas les scolaires, les jeunes pour les faire pénétrer dans cet univers particulier. Un effort nécessaire pour éviter que le festival ne se fasse à côté d’elles et eux, pour les intégrer et éviter tous les clichés autour du « jazz, musique d’intello ». Lire la suite

Jazz, La machine à remonter le temps. (1)

Concert à domicile (1)

Les festivals, les concerts permettent de voir le jazz. Cette dimension est nécessaire pour cette musique qui sait vivre. Certains de ces concerts sont enregistrés. Plus ou moins bien. Surtout, il arrive que le swing soit sur la bande par une alchimie miraculeuse. C’est souvent le cas pour ceux réalisés à l’Olympia (Paris). Peut-être parce qu’ils se trouvent sous le label « Pour ceux qui aiment le jazz », l’émission phare – à 22h30 – de Daniel Filipacchi et Frank Ténot sur Europe n°1 et réunissent une grande partie de la jeunesse qui se retrouve dans cette « musique de sauvages » comme on dit à l’époque, une musique – on ose – immorale. Les bien pensants critiquent à n’en plus finir ce jazz qui pervertit les jeunes esprits trop malléables. J’exagère ? Même pas. Il faut relire ce que ces « ligues » ont écrit pour se rendre compte de la bêtise sans nom qui les possède. Je sais, la bêtise ne recule pas si facilement si l’on en croît les propos d’un élu du FN sur Erik Satie…
Les vacances permettent de prendre le dessus sur le temps qui passe et même sur celui qu’il fait. Prenez le temps donc. Un après midi par exemple. Seul ou en groupe à votre convenance. De ceux et de celles qui partagent cette passion un peu dévorante. Commencez doucement en enlevant le cellophane du premier CD. Horace Silver à ParisDans l’ordre chronologique pourquoi pas. Ce 14 février 1959 la météo est douce et le temps politique à l’orage. La crise politique est ouverte malgré les coups d’État du général de Gaulle le 13 mai 1958, le vote de la Constitution en octobre 1958. La « guerre d’Algérie » – une guerre qui ne veut pas dire son nom, on parle d’opérations de police – engloutie des jeunes hommes dans l’engrenage infernal de la barbarie, celle de la torture. Les généraux, eux, deviennent « factieux » et l’O.A.S commence ses opérations terroristes. Le climat est délétère.
Le jazz lui résiste. Permet des effets de génération, de se sentir bien contre le monde qui vacille. Une nouvelle se répand. Horace Silver est à Paris et donne, comme il est d’usage, deux concerts, l’un à 18 heures, l’autre à minuit. Je ne suis pas sur que l’Olympia soit « full up » ni que le public connaisse bien ce pianiste/compositeur, l’un des plus importants du moment. Lire la suite

Le champ jazzistique vu à travers les festivals de l’été.

Errances dans le jazz d’aujourd’hui.

L’été, malgré tout, est le temps des festivals de jazz, de ce temps élastique qui fait, souvent, entrer 2 dans 3 ou 4 dans 3. Un temps élégiaque qui permet de flâner, d’errer en des endroits bizarres que le jazz fait découvrir dans le même temps qu’il se découvre. C’est un bon guide, que le jazz, musique sans nom qui a scandé les espoirs et la barbarie de ce 20e siècle.
Je vous propose quelques endroits, en France, des musicien-nes à découvrir pour finir sur deux ou trois enregistrements récents. Lire la suite

JAZZ, le 37e festival Django Reinhardt.

Changements dans la continuité

Samois s/Seine, tous les ans renaît de ses cendres en faisant appel à un esprit Django toujours différent et toujours renouvelé pour essayer de définir le jazz. Django – « j’éveille » est la traduction de Django chez les Roms et il tenait à son pseudo, Baptiste – est le seul génie européen incontestable du jazz. Il a influencé tous les guitaristes et pas seulement ceux qui se réclament du jazz dit manouche. Joe Pass, Jimmy Raney, Tal Farlow, Oscar Moore… ont reconnu leur dette. Dés la parution, en 1938, du premier 78 tours du quintet de Hot Club de France sous l’étiquette Commodore de Milt Gabler, aux États-Unis, la formule fait des émules. Existent désormais des quintets de Hot Club partout dans le monde et un festival, aux États-Unis, qui les réunit à intervalles irréguliers.
Jusqu’à sa mort, Babik, le fils de Django, a dirigé le festival en le faisant vivre et vibrer par sa présence. Les producteurs ont essayé de le faire jouer comme Django mais, lui – comme le montre ses enregistrements – était plutôt attiré par les sons des guitaristes classés sous l’étiquette « Fusion » pour être de son temps et non pas d’un autre qui ne le concernait pas directement.
Pour cette 37e édition, les organisateurs s’interrogent sur « l’esprit Django ». Ils et elles en donnent une traduction ouverte sur les « musiques du monde » et sur les jeunes pousses qui défraient la chronique aux États-Unis et ailleurs. Le jazz est musique d’ouverture fraternelle, de révolte qui aide à se sentir bien contre le monde tel qu’il est. Le jazz emporte participant-es et public dans une vaste sarabande de révolte lorsqu’il est lui-même. Lire la suite

Un festival de jazz, des …

Le jazz et son printemps.

Les « feuilles mortes » disparaissent de notre paysage. Les « Sons d’hiver » et autres festivals de cette saison se sont terminés. Une saison étrange, sans neige, avec une chaleur étrange qui ne fait plus douter de l’existence du réchauffement climatique.
Le calendrier nous oblige à passer au printemps sans que le temps – celui qu’il fait – le fasse réellement sentir. L’impression est quelque fois inverse. Comme un retour en arrière. Comme si après le faux hiver, le vrai voulait se faire sentir. Le jazz s’en fout.
Il fête le printemps via les festivals. Il accueille, entre autres, « europa djaz » pour sa 37e édition et « Jazz sous les Pommiers », pour sa 35e. Un peu avant les débuts de ces deux réunions, « Banlieues Bleues » continue à organiser les rencontres entre les jazz et les publics.

2016, année qui nous aura fait travailler un jour de plus, fête l’Ascension beaucoup plus tôt que l’an dernier. Comme si, l’appel vers les cieux était, d’un coup, plus urgent. Mettre ce jeudi encore férié début mai – le 5 – a obligé Denis Le Bas et l’ensemble des organisateur(e)s de Jazz sous les Pommiers » à commencer le 30 avril. Lire la suite

20 ans et toutes ses envies

Le collectif Jazz de Basse-Normandie s’étend.

aff 1MJN16 33x33La fusion des deux Normandie a déjà un effet. Le collectif Jazz ex Basse Normandie devient le Collectif Jazz en Normandie. Toute la nouvelle Région est désormais susceptible d’être touchée par la grâce du jazz. Enfin, pas tout à fait. Pas encore. Mais la route est tracée. Pour l’heure, le jazz se baladera surtout entre la Manche, le Calvados et l’Orne pour ce mois de mars 2016 avec l’objectif de fédérer d’autres réseaux que Focus Jazz pour alimenter les lieux du jazz.
Suivez le calendrier que vous pouvez consulter en cliquant sur le lien ci-dessous pour découvrir à la fois les musicien(ne)s officiant dans l’ex-Basse-Normandie, sans oublier le « Petit Label » qui enregistre tous ces musiciens et beaucoup d’autres et les « invités » dont Bernard Lubat renouant son histoire d’amour avec la batterie et l’ONJ – Orchestre national de Jazz – en clôture de ce mois de jazz.
Nicolas Béniès.

CP 1MJN 2016

JAZZ, un, deux… festivals de jazz et d’autre

En automne, les festivals de jazz fleurissent

Le soleil, on le sait, se couche à l’Ouest et la Bretagne est aux premières loges. Penn Ar Jazz, membre du Syndicat des Musiques Actuelles (SMA) ; organise pour la 12e année son « Atlantique Jazz Festival » qui se déploie de Brest à Quimperlé. Chicago est la ville de référence du jazz – et de la mafia mais aussi des syndicats, de l’architecture, de la sociologie et de bien d’autres choses encore – et elle se transporte en Bretagne pour fêter les 50 ans de l’AACM, une association qui veut promouvoir la créativité des musicien(ne)s. Le groupe le plus connu en France fut l’Art Ensemble of Chicago… Aujourd’hui la scène est en train de changer. Le label « RogueArt », sous l’impulsion de Alexandre Pierrepont, permet de suivre les créations de ces jeunes musicien(ne)s. Ils et elles seront présent(e)s de même que les groupes de l’Ouest de la France. Une nouvelle version de la conquête de l’Ouest…
De l’Ouest au Nord le pas est vite franchi. 29 ans désormais que va exister le festival « Tourcoing Jazz » pour une programmation qui fait la part belle à la fois aux groupes de jazz français et aux nouveaux venus de la scène du jazz comme « Snarky Puppy » ou Hugh Colman ainsi qu’aux têtes d’affiche comme Manu Katché ou Lee Konitz sans oublier le blues de John Mayall ou d’Otis Taylor. Au-delà de cette programmation, se met en place des initiatives multiples notamment avec les élèves des écoles pour faire connaître cette musique trop souvent qualifiée d’intello, insulte suprême.
29e édition aussi pour le « D’Jazz Nevers Festival » qui nous oblige – c’est tout relatif – à descendre un peu vers le sud. Les musicien(ne)s de jazz français sont ici bien mis en valeur même si les « vedettes » s’appellent Jack DeJohnette (avec Ravi Coltrane), Enrico Rava, John Scofield en compagnie de Joe Lovano (ou l’inverse) et, de nouveau, Hugh Colman. Une programmation prometteuse pleine de surprises et de découvertes. Des tables rondes sont organisées, des séances de cinéma, des conférences pour faire comprendre l’importance de cette musique et son aura.
« Jazz au fil de l’Oise » fête, lui, son 20e anniversaire, un bel âge. Stéphane Kérecki – « Nouvelle vague » sera amputé de son pianiste John Taylor mort quasi sur scène cet été – viendra, tout comme Henri Texier, de Nevers pour se produire dans les villes du Val d’Oise qui s’ouvriront aussi aux Big bands de Laurent Mignard et de Michel Pastre pour un hommage conjoint à Duke Ellington et Count Basie. Comme souvent désormais, les musiques dites du monde seront présentes. Yom, superbe clarinettiste, pour la musique Klezmer et Ibrahim Maalouf qui servira la musique de la grande chanteuse égyptienne, Oum Kalthoum. Il ne faudra par rater le « Sacre du Tympan » ou Renaud Garcia-Fons ou Avishai Cohen…
Nicolas Béniès.
Atlantique Jazz Festival, du 2 au 18/10, rens. 02 29 0040 01, www.penn-ar-jazz.com
Tourcoing Jazz Festival, du 10 au 18/10 www.tourcoing-jazz-festival.com
D’Jazz Nevers Festival, du 6 au 14/11 rens. 03 86 57 00 00, www.djazznevers.com
Jazz au fil de l’Oise, du 6/11 au 13/12, rens. 01 34 48 45 03, www.jafo95.com

MUSIQUES DU MONDE
Pour la 16e édition du « Festival villes des musiques du monde », la Seins Saint Denis se transforme en « Andalouses » pour une rencontre de cultures. Les musiques andalouses proviennent de plusieurs sources. Elles sont à la fois judéo-espagnol – Isabelle la Catholique avait décidé d’expulser tous les Juifs d’Espagne à la fin du 15e siècle mais les traces sont restées -, arabo-andalouse, gitane pour faire la démonstration que le créer ensemble est la seule façon de nourrir les cultures. Sinon, elles disparaîtraient. C’est une leçon d’espoir dans un monde en train de basculer. Le flamenco aujourd’hui se trouve, comme la plupart des autres musiques, obligé de se refonder, se servir de la tradition pour la bousculer, faire naître une autre manière d’entendre le monde.
N.B.
« Les Andalouses », Bals, concerts, Ateliers, Repas, Croisière musicale… Seine Saint-Denis, Paris, Andalousie, du 10/10 au 8/11, rens. 01 48 36 34 02, www.villesdesmusiquesdumonde.com

Minifest 10e (2)

Un petit format de festival… pour rencontres et découvertes.

minifest2015Jean-Benoît Culot est batteur… de jazz. Ce n’est pas là le moindre de ses défauts. Il est aussi, et depuis 10 ans désormais révolus, organisateur d’un « Minifest » en compagnie du saxophoniste ténor Nicolas Leneveu.
Ce « Minifest » est aussi conçu comme un lieu de rencontres – des « jam sessions », des « bœufs » en français concluent chacune des 5 journées – et de découvertes de musiciens encore inconnus mais qui ne demandent qu’à pulvériser la scène du jazz et le jazz lui-même. Pour lui faire répondre à sa définition, s’outrepasser une fois encore.
C’est encore le cas cette année avec le « Brothers trio » du bassiste français Géraud Portal dans la lignée à la fois de Jimmy Garrison – le contrebassiste du quartet historique de John Coltrane -, de Charles Mingus et aussi de toute l’école actuelle new-yorkaise et de Chicago, en lien avec le pianiste Matthew Shipp et la bassiste William Parker. Étienne Deconfin, pianiste qui se reconnaît les mêmes influences – rajoutons, pour faire bonne mesure, McCoy Tyner – que son ami bassiste et le jeune batteur, 23 ans, Kush Adabey complètent ce trio capable de soulever des vieilles pierres pour y trouver des trésors insoupçonnés. Un batteur qui provient d’une lignée de batteurs et qui a commencé à étudier la musique, comme il se doit, à 5 ans.
Kush-Abadey-Promo-Shot-11Un batteur de jazz qui rompt avec la pléiade des batteurs d’aujourd’hui plus percussionnistes que batteurs. Il sait ce que la tradition veut dire. Il a écouté tous les grands batteurs et il en fait son quotidien. Une puissance de feu qui fait plaisir à entendre. Noter bien son nom, il fera d’autres étincelles et mettra des feux à d’autres plaines.
Les deux autres ne s’en laissent pas compter. Le plaisir de jouer ensemble est perceptible. Ils réchauffent la flamme. Ils ne sont pas là pour « faire le job » mais pour enchanter le public en s’enchantant – ne pas oublier « chantant » – eux-mêmes. Des compositions originales dues à la plume des trois énergumènes pour terminer avec un hommage à Coltrane autour de « Naïma ».
BrothersIls viennent de sortir un CD, « Brothers » (Jazzia Prod) à écouter…

Merci à Jean-Benoît pour ce moment intense de musique et de fraternité partagée.

Ce n’était pas la seule découverte pour beaucoup de ces nombreux – relativement au lieu, petit, de la cave de ce café « El Camino » – spectateurs. Le saxophoniste alto et soprano Baptiste Herbin a fait, une fois encore – je l’avais vu à Coutances et j’en étais ressorti ébloui -, la preuve de son désir de jouer et de jouer encore. A la manière de Roland Kirk, il ne craint de souffler dans ces deux saxophones à la fois pour faire entendre une section de saxophones. A lui seul, les morts vivant qui peuplent trop souvent nos univers ont intérêt à bien se tenir. Il pourrait les réveiller pour leur faire découvrir un autre monde.
Il a mûri tout en conservant un enthousiasme mâtiné sans doute de désillusions. La reconnaissance de son talent se fait attendre. Si les programmateurs n’étaient par trop obnubilés par la nécessité de la réussite à tout prix, ils auraient mis en avant ce musicien qui ferait – et a fait – un tabac, comme on ne dit plus depuis que fumer est interdit dans les lieux publics. Ce soir là, vendredi 2 octobre, il était en compagnie de Jean-Benoît Culot à la batterie obligé de se dépasser fouetté qu’il était par ce jeune homme sympathique et « qui en veut », Rénald Fleury à la contrebasse poussé à crier le blues et le reste et Emmanuel Dupré pianiste réputé même s’il semble sous estimé, assisse nécessaire pour que les trois autres s’évadent.
Le public sort de là épuisé tout en redemandant, en voulant achever les musiciens en s’achevant soi-même.
Ces soirées, ces musiciens laissent un peu dans l’ombre les autres participant(e)s de ces rendez-vous. Ce serait un tort. Priscilia Valdazo, contrebassiste, chanteuse et, pour l’occasion de son solo, pianiste a présenté un florilège de chansons argentines, espagnoles et brésiliennes pour parfaire sa définition. Dans les mondes du jazz, elle est surtout reconnue comme bassiste. Un répertoire qui demande à être peaufiné. La reprise des « petits riens » de Gainsbourg pourrait faire l’objet d’un spectacle…
François Chesnel, en piano solo, sait faire visiter quelques thèmes un peu trop oubliés comme « The Peacoks » de Jimmy Rowles (que Jimmy avait enregistré en duo avec Stan Getz), donner toute sa place à Monk – « We See » – et improviser une fin sur des rythmes d’aujourd’hui.
Au total, et comme souvent au cours de ces 10 ans – un anniversaire important les 10 ans pour n’importe quel festival – un « Minifest » qui a permis, à un public pas aussi vieux qu’ailleurs, de fusionner avec des musicien(ne)s qui ne veulent tomber dans des routines qui tuent le plaisir de jouer.
Rendez-vous pour la 11e édition !
Nicolas Béniès.

Le Minifest a eu lieu du 29 septembre au 3 octobre 2015 pour sa 10e édition.

Un visiteur au regard neuf du Minifest, Jean-François Viaud

Jean-François Viaud est lyonnais et chroniqueur à « Jazz Rhône Alpes, un site qui s’est donné pour objectif de faire connaître – et de rendre compte – de toutes les initiatives autour du jazz dans la Région. Nous nous sommes rencontrés à Crest en un temps où le festival « Crest Jazz Vocal » faisait une gazette.
Il était de passage à Caen pour l’ouverture du Minifest et il nous livre ses impressions et ses photos…
Réactions à envoyer à jeanfrancois.viaud@orange.fr
PS la première photo a une position curieuse. Je l’ai laissée tel que pour jouer avec la réalité et rendre hommage à Fred Astaire dans « Mariage royal »…

Dixième, Première ! Clap de départ.

IMG_0622C’est en chantant : « Happy Birthday MiniFest… », que Jean-Benoît Culot, le batteur et responsable de l’atelier BeBop Caen Jazz Action et Nicolas Leneveu, saxophoniste et programmateur du festival, ont présenté cette dixième édition du festival Caennais. Le batteur a fait une allusion à la coupe du monde de rugby qui a déjà bien démarrée, mais c’est en trois sets gagnants que va se jouer cette première soirée du festival MiniFest à El Camino. Pour l’occasion, la cave est au complet avec un public que l’on verra connaisseur et passionné et qui sera conquis et enthousiaste au fil de la soirée.
Le premier set est consacré à l’Atelier Be-Bop Caen Jazz Action, dirigé par Jean-Benoît Culot qui emmène avec passion et pédagogie ses élèves sur les rythmes des standards Bop. Le swing va s’imposer doucement mais sûrement avec l’entrée des musiciens au fur et à mesure des morceaux. Sur un Night and Day revisité sur un tempo Bossa Nova, c’est un trio rythmique avec Luc Verdiere à la Contrebasse, Marc Fourret et/ou Pierre Dorbay à la guitare et Jean-Benoît Culot à la batterie qui démarre. Les lignes du contrebassiste sont discrètes mais omniprésentes dans l’assise rythmique et le jeu du guitariste est fluide, précis et délicat passant tour à tour de la mélodie à la rythmique. Le leader assure un jeu délicat sur les peaux de ses fûts et aérien sur les cymbales, il s’accompagne en marmonnant le thème IMG_0615et en motivant ses élèves tout au long du set avec des encouragements bienveillants. Le deuxième titre est également détourné de son tempo avec une version cubaine pour un Love for sale sur un rythme de clavé. Ce morceau fera entrer en scène les autres musiciens de l’atelier avec Patrick Bibaut au piano pour un complément de rythmique solide et Ella au chant qui maîtrise les standards d’une voix posée mais que l’on aimerait voir prendre plus de puissance pour qu’elle développe tout son potentiel. Viendront s’ajouter la section de cuivre avec Serge Pogam au saxophone ténor, Christophe Leveque à la trompette et au bugle et Eddy Roges au saxophone baryton, ces deux derniers attaques par un solo chacun sur le titre. Ils prendront ensuite des solos individuels et suivront les chorus en trio selon les morceaux. Les standards se succèdent avec It Don’t Mean a Thing (If It Ain’t Got That Swing) sur lequel on note un bel échange de solo entre le trompettiste et le batteur. On passe à You don’t know what love is ou l’ensemble nous emmène dans le registre de la ballade avec une belle intro de la contrebasse et de la batterie. Un solo au bugle et un solo du baryton donnent un ton blues à ce titre. Les trois cuivres terminent en beauté sur le chorus en trio. La rythmique de la guitare, de la contrebasse, du piano et de la batterie est soudée derrière les solistes. Pour le titre suivant, Appel Jump, Nicolas Leneveu rejoint le groupe au ténor avec un solo fluide et très maîtrisé qui emmène ses partenaires dans un swing Bop énergique. Après un solo de piano soutenu par les rimshot du batteur les soli de la guitare et des cuivres s’enchaînent. Le premier set s’achève avec pour rappel, une composition personnelle du leader Blues for Pierre, en hommage à l’écologiste Pierre Rabhi. Tous les musiciens prennent un solo sur ce blues et la chanteuse termine par un scat pour ce final.

Le deuxième set accueille le duo de Clémence Gaudin à la contrebasse et Betty Jardin au chant. Les deux musiciennes se sont déjà produites au MiniFest l’an dernier et sont à nouveau programmé pour cette édition et pour le plaisir de tous ; mais avec des surprises annoncent-elles. On reste dans un univers Bop mais la configuration de la formation change avec un style affirmé et une ambiance intimiste. L’attaquent de la contrebasse est franche sur That there, qui donne tout de suite le ton d’un rythme rapide et solide. La voix a une tessiture affirmée mais reste délicate et se risque rapidement à quelques scats discrets. Une version swinguante et délicate de Night and Day annonce une belle osmose du duo pour la suite de la prestation. La voix délicate mais déjà puissante met en valeur les phrases des chansons avec le soutien des lignes musicales de la contrebasse. L’exercice du duo voix avec un instrument acoustique n’est pas facile. On pense évidemment à Musica Nuda, avec Petra Magoni au chant et Ferruccio Spinetti à la contrebasse dans un registre jazz plus influencé de Pop ; mais aussi au duo Une voix, dix doigts de Claude Nougaro et Maurice Vander au piano. Tout l’art consiste dans cet exercice, à se compléter et se mettre en valeur mutuellement sans se faire de l’ombre, ici les deux jeunes femmes y parviennent ! La reprise Ain’t No Sunshine de Bill Withers, va leur donner l’occasionIMG_0612 de s’exprimer dans le registre du blues avec cette mise en valeur réciproque de la voix et de la contrebasse. Sur la composition originale qui suit, la contrebassiste démontrera la dextérité et la délicatesse de son jeu à l’archet, tandis que sa partenaire montrera sa maîtrise du scat et des effets vocaux sans s’imposer. Sur I’m A Fool To Want You, la voix est sincère et interprète le thème avec conviction. La précision et la délicatesse des lignes de basse souligne et met en valeur la voix. Le morceau suivant est une composition originale, il s’agit d’un blues composé avec le batteur Jean-Benoît Culot qui rejoint le duo sur scène pour l’interpréter. Le trio est rapidement en osmose, avec la chanteuse qui scat et le batteur qui vient mélanger ses onomatopées pour s’accompagner. Un échange délicat a lieu entre la contrebasse et la batterie aux balais sur les fûts et les cymbales. Le batteur fera un usage tout aussi précis aux mailloches sur Love or leave me pour accompagner la parfaite prononciation et intonation de la voix sur ce thème. Pour la composition originale suivante c’est en quartet avec un saxophone que le groupe va s’exprimer dans un style plus free, tout en gardant une écoute mutuelles pour produire un échange de qualité. Ils poursuivront dans cet esprit sur le morceau suivant, cette fois en quintet, avec un pianiste. On sentira la chanteuse portée par ses partenaires sur Everybody Wants to be a cat, l’osmose a également pris à cinq ! C’est sur Say It Ain’t So, Joe, que le groupe termine par un rappel avec ce onzième titre, pour un retour au calme sur le tempo d’une ballade et en douceur pour ce final.

La soirée se termine par un troisième et dernier set sur une jam ouverte à tous les musiciens. Les amateurs présents se joignent aux élèves de l’atelier BeBop. Les standards et les soli s’enchaînent avec passion au rythme des musiciens qui se remplacent avec plaisir sur la scène. Tous les ingrédients du bœuf sont réunis ce soir : une direction de l’échange par des anciens confirmés, un répertoire connu de tous, un niveau équilibré des participants et la joie ainsi que la passion de chacun. On verra défiler sur scène plusieurs batteurs, pianistes et contrebassistes. Une chanteuse viendra terminer élégamment un titre après les solos d’un saxophoniste et d’un trompettiste. Ce dernier terminera la jam avec un titre dans lequel un échange avec une flûtiste traversière donnera un beau dialogue musical. Cette soirée démontre bien le dynamisme de la scène jazz de Caen, qu’elle soit amateur ou professionnelle. Souhaitons au MiniFest que pour ses dix ans, toute la semaine se déroule sur la même tonalité de la passion et de la bonne humeur.

Jazz Festival MiniFest 10 ans
Chronique Duo Gaudin/Jardin
El Camino à Caen
29 septembre 2015

Le minifest fête ses 10 ans

Il est temps mais le temps a tendance à passer sans laisser de traces, seulement des vagues. Soudain il plus qu temps…
Plus encore, 10 ans pour le Minifest, un festival qui ne s’est pas vu vieillir. A cause de sa petite taille qui l’a protégée des vautours et autres prédateurs ? Il a su poursuivre en restant fidèle à lui-même ce qui lui donne cet air de jeunesse.

Le Minifest commence ce 29 octobre, comme d’habitude au El Camino en face de l’Église de Vaucelles, à 20h45. L’heure ne change pas jusqu’au 2 octobre. Le 3 (samedi) ce sera, suivant la tradition établie par le batteur/programmateur (ou l’inverse), Jean-Benoît Culot, ce sera une « masterclass » autour du rythme en ateliers avec la batteur Kush Abadey, le contrebassiste Géraud Portal et le pianiste Étienne Deconfin – trio qui fera la deuxième partie du concert du soir. Master classe qui aura lieu à 15 heures à la Maison de la musique à Hérouville Saint-Clair et le concert à 20h45 et il ne faudra pas rater la première partie, François Chesnel en piano solo mélangeant les références, Monk bien sur mais aussi Neil Young et Bach, le tout sans doute mâtiné d’une pointe de Keith Jarrett.
Le mardi, ce soir, sera aussi conforme à la tradition, les musicien(ne)s de l’Atelier Be-Bop de Caen Jazz Action, suivi d’un duo Contrebasse, Clémence Gaudin/Chant, Betty Jardin qui avait remporté les suffrages l’an dernier.
Mercredi singera un retour, celui de Patrick Martin, saxophoniste et flûtiste dans la lignée d’un musicien par trop ignoré, Eric Dolphy. Il sera en compagnie de Rénald Fleury, évidemment à la contrebasse et de Jean-Benoît himself. Un autre trio lui succédera, un trio classique orgue (Galaad Moutoz), guitare (Andrzejewski) et batterie (Damien Roche).
Jeudi on retrouvera, avec plaisir, Nicolas Leneveu avec de nouveaux compagnons suivi du quartet du trompettiste Julien Alour;
Vendredi Priscilla Valdazo tentera l’aventure du solo ou plutôt d’un dialogue avec elle-même puisqu’elle se dédoublera en contrebassiste et vocaliste;
Le « Ron é Ben quartet permettra de retrouver Rénald et Jean-Benoît qui accueillent une vieille connaissance, le pianiste Emmanuel Duprey – un plaisir partagé – et un jeune saxophoniste alto plein de fougue et de désir de jouer, fonceur comme on aimerait en voir beaucoup plus, dans la tradition McLean, celle de New York, Baptiste Herbin. Ne passez pas à côté. Vous en resterez complétement ébahi.

Chaque soir la soirée se conclut par une jam session.

Ne passez pas par là, venez-y…

Nicolas Béniès.

Dernière minute La masterclass est annulée faite d’inscrits. le rendez-vous est fixé à 18 heures pour une rencontre informelle avec le trio sur le lieu du concert au El Camino.