Le coin du polar (2)

Mélanges de temps.

Jean d’Aillon a eu une idée qu’il faut bien qualifier d’intelligente : se servir des intrigues de Conan Doyle et les projette en plein 15e siècle, en 1422 par exemple pour ce recueil de nouvelles qui se déroule pendant la guerre de 100 ans entre Armagnac et Bourguignon. Paris souffre de la disette et presque de la famine. Rien ne va plus. Dans ce contexte qui a vu Jeanne d’Arc faire couronner Charles VII, puis sa condamnation comme « sorcière » par l’évêque Cauchon, des intrigues se nouent. Peu de traces dans les histoires du temps mais suffisantes pour susciter l’imagination de l’auteur capable de « coller » les enquêtes de Sherlock Holmes. Lire la suite

Le coin du polar.

Guerre civile

A partir des expériences des Zadistes – de ZAD, zone à défendre -, Jérôme Camut et Nathalie Hug construisent « Islanova », un pays sis du côté de l’île d’Oléron gardé par une intelligence artificielle et surveillé par des drones. Les habitant-e-s se nomment les « 12-10 », jour où Colomb a découvert l’Amérique, et prêtent serment pour faire partie de l’armée du 12 octobre. Une sorte de gourou, Vertigo, conduit ce petit monde jusqu’à son assassinat par un mercenaire. A partir de là, la guerre civile commence. L’Etat, le gouvernement, ne peut permettre l’éclatement du territoire national… Le tout s’organise dans un projet d’alimentation en eau de tout le continent africain. Lire la suite

Polar historique

Londres, 1381.

Paul Doherty est une usine à polar historique. Il plonge dans toutes les périodes de l’Histoire de ce Moyen Age anglais. « Le Héraut de l’Enfer », dernier en date, décrit une fois encore la révolte à Londres des « Hommes Justes » contre le pouvoir de Jean de Gand qui détient la réalité du pouvoir alors que Richard II n’avait que 14 ans. Les complots sont nombreux et les hommes au pouvoir veulent utiliser la révolte populaire qu’ils ont eux-mêmes provoquée par leur politique. Lire la suite

Le coin du polar

Un polar historique
Claude Izner poursuit sa nouvelle saga sur la France du jazz et de la chanson dans cette année 1921. Jeremy Nelson, jeune pianiste de jazz, Américain et Français, continue à chercher fortune et sa famille. Entre Londres et Paris, il enquête. « La femme au serpent » est le deuxième de la série – le premier, « Le pas du renard » est réédité en poche – pour une plongée dans les mondes du spectacle via une série de meurtres dont le point commun est d’être signé d’un portrait de Simonetta Vespucci, modèle de Botticelli, et d’une vipère. Une plongée dans les mondes du spectacle et une relecture des grands compositeurs américains comme français. Clément Doucet et Jean Wiener, un duo de pianos entre musiques contemporaines et jazz (ragtime souvent pour l’époque)… Le monde des années folles, des Roaring Twenties comme si on y était…

Barbaries libérales.
Pour faire de l’argent, tout est permis ? Le sordide, le barbare en tête ? Elsa Marpeau, dans « Les corps brisés », nous enduit de cette mort qui fait semblant d’être vivante. Et elle sait nous y enfoncer. Sarah, coureuse de rallye est victime d’un accident. Elle est sur un fauteuil roulant et a perdu l’espoir de vivre. Notre société n’aime pas les losers et ne fait rien pour permettre aux handicapé-e-s de trouver une nouvelle place. Elle préfère les ignorer… Sarah intègre un centre perdu en haute montagne pour retrouver ses capacités mentales, pour lutter. La peinture de sa compagne de chambre la sauvera de la barbarie. La résistance, le combat contre l’horreur, la solidarité participent de l’espérance.

Aoste, Italie.
Vivre à Aoste ne rend pas de bonne humeur. Le vice-préfet – nouveau nom de commissaire de police en Italie – Rocco Schiavone en est un bon exemple. Mauvaise humeur qui s’alimente d’un meurtre : une femme retrouvée pendue dans son appartement. L’enquête fait découvrir le quotidien de ses habitant-e-s mêlée de réflexions sur l’Italie contemporaine et les secrets nécessaires à toute bonne intrigue. Antonio Manzini dans « Froid comme la mort » sait mêler le noir de la nuit, la poésie et le temps qui sait être relatif sous sa plume. Le tout pimenté d’humour et d’ironie, de fantômes qui empêchent de dormir et de beaucoup d’autres choses qui forment la trame de ce qu’il est convenu d’appeler notre vie quotidienne. Faussement décontracté, le style et le vice-préfet pour déguiser le désespoir.

La Suède, pays fantasmagorique.
Une histoire surnaturelle qui mêle mythologie chinoise et autres croyances de l’au-delà pour dénoncer, comme Elsa Marpeau, l’utilisation mercantile de la souffrance. La révolte perce via ce personnage de mère et de soldate, le lieutenant Jasmine Pascal-Anderson. La guerre n’est pas seulement celle des champs de bataille – ici le Kosovo – mais aussi celle du « Playground » – titre de ce thriller » -, des sites qui alimentent le cauchemar de l’ultra violence pour « faire » de l’argent encore et encore. L’espoir a-t-il perdu toute actualité ? Le libéralisme est un profondément liberticide nous dit Lars Kepler…

Nicolas Béniès.
« La femme au serpent », Claude Izner, 10/18 ; « Les corps brisés », Elsa Marpeau, Série Noire/Gallimard – son précédent, « Et ils oublieront la colère » est réédité en Folio/policier- ; « Froid comme la mort », Antonio Manzini, traduit par Anaïs Bouteille-Bokobza, Folio/Policier ; « Playground », Lars Kepler, traduit par Lena Grumbach, Actes Sud.

Le coin du polar

Un nouveau – nouvelle – Détective.

Annelie Wendeberg, née es Allemagne de l’Est, est microbiologiste. Elle se sert de sa matière pour construire des romans policiers qui pourraient s’intituler « scientifiques », comme il en est historique. Elle réunit les deux caractéristiques situant son environnement dans les années de règne de la Reine Victoria, fin du 19e siècle.
Elle décrit la manière de construire des vaccins, ceux du choléra et du tétanos en l’occurrence dans cette Grande-Bretagne victorienne. La structure de cette société ne reconnaît pas aux femmes le droit d’être médecin. Anna Kronberg, notre détective, est obligée de se transformer en Anton Kronberg, le prénom de son père, pour pouvoir exercer son art. Lire la suite

Le coin du polar


Visite du nouveau 36 quai des orfèvres…

Le siège de la Police Judiciaire à Paris est un lieu mythique, rempli de toutes ces histoires de policiers et de truands, plus ou moins légendaires à commencer par Vidocq créateur de cette police après avoir été un truand, un lieu aussi agréable avec vue sur la Seine, le Tribunal et le quartier latin. Cette année 2017 verra la fin du « 36 » pour un transfert dans la ZAC de Batignolles, dans le 17e arrondissement. Un changement difficile pour tous les personnels. A voir les photos, le bâtiment est fait d’un grand rectangle en forme d’un Titanic et d’une structure ressemblant à trois voiles allant de la plus petite en haut à la plus grande en bas. Il ne donne pas l’impression de respecter les lois de l’équilibre ou, plus exactement, d’un équilibre flottant comme dans un tableau de la peinture abstraite. Sous un autre angle il prend les traits d’une forteresse qui se veut imprenable, un petit air de château fort stylisé. Lire la suite

Le coin du polar

Au cœur de New York

La cathédrale Saint-Patrick est un curieux monument, réplique d’une Eglise de la vieille Irlande du côté du Rockefeller Center, en plein Manhattan au milieu des gratte-ciel qui la surplombent. A Noël, elle fait le plein de curieux et de croyants. C’est dans ce cadre et à cette période que Stéphanie Pintoff situe son « Preneur d’otages » pour un thriller étrange fait de secrets qui relient Eve Rossi, l’agent profileuse du FBI et le preneur d’otages sur fond des effets de la guerre en Afghanistan ou en Irak. En bonne raconteuse d’histoire, elle égrène les révélations et les personnages qui s’agglutinent autour d’elle. Un retournement final à la fois attendu et retors avec ce qu’il faut de « bavures » nécessaires. Une sorte de description des Etats-Unis d’aujourd’hui, de cette folie paranoïaque, de cette colère qui ne trouve pas de débouchés qui se sont vues à l’œuvre avec l’élection de Trump.

Jeux de la vie et jeux d’échecs

Ingrid Astier s’est décidée à se pencher, sans tomber, sur la « Haute Voltige », titre de son dernier roman où passe une pléiade de personnages – elle les présente à la fin – pour répondre à une interrogation centrale qui agite autant le flic, Suarez, que le personnage principal, Ranko, « Qu’est ce que vivre ? » qui passe par comment se sentir vivant. Par le jeu d’échecs jusqu’au mat final ou le pat ? Les noms des personnages sont à clé. Passe un Mesplède – spécialiste du polar – ou d’autres, un petit jeu supplémentaire pour ce gros volume qui est aussi une sorte de « road movie » européen. Elle s’est laissée porter par son imagination. Une manière de se sortir de la poussière qui envahit notre monde. En plus un bonheur d’écriture pour une histoire d’amour impossible qui se termine mal…

« Être ou ne pas Être »

Le Barde, William Shakespeare, est au cœur de cette intrigue se situant dans les derniers moments de vie de la reine Elisabeth, première du nom. Nous sommes à Londres en 1603 et deux comédiens interprétant des ambassadeurs danois dans « Hamlet », sont assassinés. Pourquoi ? Qui est visé ? Les comédiens ou les ambassadeurs aussi présent lors de cette représentation ? « La conspiration du Globe » est la deuxième aventure du capitaine Kassov, Hongrois, ici accompagné de son neveu Mattheus. Le complot n’est pas la partie la plus intéressante. Il faut prêter attention aux descriptions des sortilèges commandés par Shakespeare pour faire apparaître les spectres dont il a besoin pour rendre crédibles les délires de Hamlet. Comme de son théâtre, celui du Globe. Une leçon d’histoire de cet art étrange…
Nicolas Béniès
« Preneur d’otages », Stéphanie Pintoff, traduit par Maxime Shelledy, Mercure Noir ; « Haute Voltige », Ingrid Astier, Série Noire/Gallimard ; « La conspiration du Globe », Thierry Bourcy et François-Henri Soulié, 10/18/Grands détectives.

Le coin du polar.

Un monde barbare

Un monde à feu et à sang
2 mai 2014, Odessa, une opération commando, un dérapage ? Des morts, entre quarante et plus de deux cents… Que s’est-il passé ? Qui a commandité des assassinats ? Ces questions restent, pour l’instant sans réponse. Ces faits réels servent de décors à cette enquête étrange d’un jeune journaliste Web au journal belge « Le Soir ». Fred, au passé douloureux qu’il cherche à transcender, reçoit un coup de téléphone…d’un mort. Sa volonté de savoir le conduira à Odessa pour offrir une solution à l’énigme… et résoudre ses problèmes…
Malgré une écriture un peu relâchée et une résolution pas assez travaillée, « Zanzara » – moustique en italien – se lit d’une traite. Lire la suite

Polar

Polar et Histoire.

Ariana Franklin – morte en 2011 à 78 ans – nous projette, par le biais de la traduction française des aventures de sa jeune « médecin légiste », Adelia Aguilar, dans le royaume de Henri II Plantagenet qui n’en finit pas de guerroyer pour préserver son unité. En 1176, au moment où commence la troisième aventure de cette jeune femme « qui fait parler les morts », il est au pays de Galles pour réduire la rébellion. Il a besoin de prouver que Arthur – celui des chevaliers de la table ronde – est bien mort pour éviter les superstitions qui alimentent les révoltes contre son pouvoir.
L’Abbaye de Glastonbury, associée à la légendaire Avalon du roi Arthur, vient de subir un incendie et on a retrouvé les cadavres d’un couple qui pourrait être Arthur et la reine Guenièvre. De nouveau, Adelia est sollicitée par Henri pour émettre une hypothèse sur l’identité du couple. Elle est en compagnie de son fidèle Maure qui fait semblant, pour éviter les accusations de « sorcière », d’être le médecin et elle retrouve, comme à chaque fois, le père de sa fille, l’évêque Rowley. Il lui faudra découvrir « Le secret des tombes » et on verra que le pluriel s’impose. Lire la suite

Polar, Qui mène l’enquête : le tueur ou la police ?

Un tueur en série sympathique.

Kate Watterson est une auteure originale. Elle nous met face aux conséquences de l’éducation, de la formation de ces enfants, orphelins, placés en famille d’accueil. Le meurtrier « en série » – parce qu’il tue plusieurs fois mais pour la même raison – est présenté comme un justifier. On le serait à moins. Un pasteur pédophile et d’autres maltraitances dans ces familles « propres sur elles ». Lire la suite