Le coin du polar… polonais

La Pologne réelle, corruption à tous les étages

Wojciech Chmielarz est un des grands auteurs « noirs » polonais. « La Colombienne », son livre précédent, avait présenté ses deux doubles révoltés Mortka, l’inspecteur chargé des enquêtes – dit le « Kub » -, et son équipière, le lieutenant Suchocka – dite « La Sèche » – que l’on retrouve dans cette nouvelle enquête à tiroirs, inscrite cette fois dans le marigot politique.
Une jeune femme d’origine ukrainienne, journaliste en herbe et baby-sitter d’un politicien retiré, viré par ses pairs pour corruption, un mal très répandu, qui cherche à revenir sur le devant de la scène politique. Le tout se passe dans « La Cité des rêves », qui donne son titre au roman, un ensemble huppé avec gardien et jardin intérieur. Continuer la lecture

Le coin du polar

Polars « historiques »
L’actualité éditoriale mêle rééditions et nouveautés pour nous faire sentir le poids de l’Histoire, des mémoires. La France se mêle au Japon et à l’Albanie poour éviter l’oubli et faire ressentir, via les codes du polar, les contraintes qui pèsent sur les individus et l’ascension des moins sensibles à la morale, à l' »thique. Jean Meckert écrit sur les illusions perdues de la Résistance, de ces copquins qui se hissent au premier plan sans avoir participé au combat, de ces collabos qui reprennent le haut du pavé. Inacceptable ! Seichô Matsumoto se penche sur les vies bouleversées par la guerre, par les bombardement américains qui obligent, pour la survie, à transgresser les règles et Danü Danquigny décrit le passage de l’Albanie de la dictature au néolibéralisme, autre forme de dictature. Dans chaque pays, la « victoire » des truands et de la corruption généralisée.
il fallait un peu de rire, de revanche dans ce monde grisâtre. Hannelore Cayre, via la lutte des femmes, nous en fait le cadeau via la reconnaissance de paternité remontant à… 1871 ! Continuer la lecture

Le coin du polar (1)

Une histoire des Etats-Unis : les sixties.

Les années 1960 sont des années de mort, l’assassinat de John Kennedy en 1963, celui de son frère, Robert le 6 juin 1968 et entre celui de Malcom X le 21 février 1965 et de Martin Luther King le 4 avril 1968 et de créations folles comme la musique soul, celle de James Brown d’abord et le free jazz qui cohabitent pour exprimer la rage, la colère contre cette société raciste et qui veut le rester. Malcom comme Luther King avaient compris le lien qu’il fallait faire pour le combat de classe et de race entre le politique, le social et la lutte contre la guerre du Viêt-Nam. Un programme qui dépassait les droits civiques pour les englober dans la mise en cause d’une société capitaliste embourbée dans la défense de ses intérêts particuliers. La ligne politique s’est incarnée dans le responsable du FBI, Edgar J. Hoover décrit dans toute sa plénitude par Clint Eastwood dans « Edgar J. ». Anti-communiste, raciste, homophobe – pourtant homosexuel -, le directeur du FBI faisait passer ses phobies avant la lutte contre le crime organisé. Continuer la lecture

Le coin du polar (2)


La guerre de 100 ans vue par des Angles – le nom des Anglais – habitants de Paris.

Jean d’Aillon poursuit les chroniques d’Edward Holmes et Gower Watson inspirées par Conan Doyle – il faut reconnaître l’intrigue – et habillées par les descriptions de la situation politique et militaire de la guerre qui se poursuit entre les armagnacs et les Bourguignons.
« La danse macabre » se situe en 1425 et voit Holmes – un clerc rappelons-le – et Watson s’affronter à leur ennemi redoutable, « le César du crime », James Moriarty qui se présente comme un mage pour faire couleur locale. Jean d’Aillon reprend la double fin de Doyle. Dans un premier temps il avait tué son personnage de détective un peu encombrant pour le réanimer ensuite sous la pression du public et de sa mère.
L’auteur sait réinvestir dans le contexte les intrigues de Doyle et en profite pour décrire vêtements, habitations, environnement tout autant que l’histoire de cette période pour le moins troublée. Jeanne d’Arc arrivera bientôt…
« La maison de l’abbaye », situé un peu avant, fin 1424, tient dans la rationalité de deux assassinats de femmes dans la même maison presque simultanément. Que s’est-il passé ? Qui est coupable ? L’une d’entre elle a été dépecée, l’autre nom. Etrange n’est-il pas ? Grâce à une loupe, Holmes expliquera ce double meurtre. Jean d’Aillon se laisse quelquefois aller à un cours d’architecture ou d’histoire du vêtement sans lasser le lecteur qui aime voir reculer la solution pour savourer ses intuitions.
Nicolas Béniès.
« La danse macabre », « La maison de l’abbaye », Jean d’Aillon, 10/18.

Des cadeaux à (se) faire.

Le Père Noël n’est pas toujours nécessaire pour faire des cadeaux. Toutes les périodes de l’année sont propices. Par les temps qui courent – et vite – il est nécessaire de se référer plutôt à la Mère Noël, c’est plus sur. Les cadeaux les plus importants ne sont pas forcément les plus chers ni les plus en vue. Il faut toujours se méfier d’un produit, d’un bien qui plait immédiatement. Il vaut mieux viser le moins évident, le plus hermétique pour un cadeau qui durera.
Mais ne gâchons pas le plaisir. Celui d’offrir bien sur. Un bon moyen de lutter contre la dépression qui vous prend devant la profusion de marchandises. Un cadeau, ce peut être un livre de poèmes. Il faut savoir y penser. Continuer la lecture

Le coin du Polar

Polar historique : entrer dans la « guerre des Deux Roses »
Paul Doherty, médiéviste dans le civil et auteur de plusieurs séries, nous entraîne avec ce nouveau « grand détective », Christopher Urswicke un peu aussi agent double, dans l’Angleterre de la Guerre des deux Roses, en mai 1471 pour le début de cette saga. Le personnage central est « La reine de l’ombre », titre de cette première enquête, soit Margaret Beaufort, mère du futur roi. L’ombre pour définir le pouvoir de cette femme qui met tout en œuvre pour sauver son fils et le faire accéder au trône. En 1471, les York triomphent dans le sang. Ils cherchent à supprimer tous les prétendants possibles qui pourraient mettre en cause leur légitimité et leur descendance. Continuer la lecture

Polar, l’Est raconte…

A l’Est que du nouveau.

Du côté de Varsoviee
Zygmun Miloszewski est salué, à juste raison à la lecture de « Te souviendras-tu de demain ? », comme un romancier qui compte. Il met en scène un couple de vieux amants mariés, Ludwik et Grazyna, vivant de nos jours à Varsovie. Par un mirage miraculeux, ils se trouvent reportés dans le temps, dans un Varsovie de 1963 sans rien perdre de leur mémoire de femme et d’homme de 80 ans. Le décalage est grand. Leurs souvenirs du temps de leur jeunesse ne leur servent pas totalement. La Pologne, Varsovie n’est pas tout à fait la même. Le pouvoir n’appartient pas au Parti Communiste qui se trouve dans l’opposition et offre, du coup, une alternative au pouvoir en place lié à la France. Les deux amants se perdront-ils totalement ? Rien n’est sur, l’incertitude reste le lot de tous les personnages qui tentent de surnager dans un univers décalé. L’uchronie, procédé à la mode – avec des « si », ce serait une autre Histoire – permet à l’auteur de dresser un portrait actuel de cet ville étrange qu’est Varsovie.
Une fois ouvert, l’intrigue colle au cerveau et le livre ne se referme qu’à la dernière ligne qui laisse encore l’esprit vagabonder pour essayer de saisir les données nécessaires à une explication rationnelle. Un travail obligé. Plongée dans Varsovie revue et corrigée est une expérience qui ne vous laissera pas tranquille. A lire de toute urgence.
N.B.
« Te souviendras-tu de demain ? », Zygmun Miloszewski, traduit par Kamil Barbarski, Fleuve éditions.

Et de celui de la Slovaquie.
Dans ce relatif jeune pays, issu de l’éclatement de la Tchécoslovaquie, le roman noir n’avait , paraît-il, pas de représentant, pas d’auteur. Arpad Soltesz, journaliste de son état, vient combler ce vide. Et de magistrale façon. « Il était une fois dans l’Est » est une saga complexe dont le centre est constitué par les agissements de la police secrète nommée « SIS ». Le révélateur de l’enchevêtrement des corruptions est, forcément, un journaliste qui mène l’enquête avec le concours de policiers qui se veulent intègres. Le point de départ, un enlèvement et un viol d’une adolescente qui trouve les ressorts nécessaires pour s’échapper. S’ensuit un, imbroglio de pressions, de détournements, d’accusations, d’arrestations, de juges truands, d’avocat véreux pour dessiner une fin de 20e siècle plus grise que noire et ouvrir la porte à un 21e siècle qui ne vaut guère mieux.
Soltesz, avec humour et un peu de distance, refuse la coupure des bons et des méchants. Les personnages apparaissent dans leurs contradictions, dans leurs rôles divers mariant le crime et la philanthropie. Il donne une image « grise » de la Slovaquie faite de trafics d’hommes et de femmes pour truander l’Union Européenne et ses subventions, via la communauté Tsigane, sans se préoccuper du sort des individus. Et si la police secrète était la seule à avoir le souci de l’ordre public, une morale même sans contrôle démocratique ? Question redoudable s’il en fut.
Souvent un peu lourd, indigeste dans la volonté de tout décrire, le roman se dévore pourtant tout en interrogeant sur le monde tel qu’il ne va pas.
La Slovaquie s’inscrit désormais comme un des pays importants du roman noir.
Nicolas Béniès
« Il était une fois dans l’Est », Arpad Soltesz, traduit par Barbora Faure, Agullo éditions.

Le coin du polar de l’été

Entre la fin et le début. Histoires noires de notre temps.

Portrait d’une Amérique profonde.
William Gray (1941-2012) est considéré, aux Etats-Unis comme le maître du « Southern Gothic », un genre qui mélange allègrement le noir avec des ingrédients tenant du grotesque ou du surréel venant en droite ligne de Faulkner et de ses personnages maléfiques dessinés par ce Sud des Etats-Unis toujours marqué par la guerre de Sécession. « Stoneburner » se partage en deux parties. « Thibodeaux », le nom de l’ami de Stoneburner, détective privé pour respecter les codes du roman noir, vit une drôle d’aventure, une sorte de rêve éveillé qui tourne au cauchemar et semble échapper à toute rationalité. La deuxième partie, « Stoneburner », vient apporter une apparence de raisons à une épopée maudite. En arrière-fond le traumatisme de la guerre du Vietnam qui avait réuni les deux amis.
Entrée dans le monde bizarre de William Gray pour approcher les codes de ce « South Side » comme on dit là-bas.
Nicolas Béniès
« Stoneburner », William Gray, traduit par Jean-Paul Gratias, Gallimard/Noir.

Histoire cachée du Havre.
Philippe Huet longtemps rédacteur en chef adjoint de Paris Normandie a voulu, dans « Une année de cendres », raconter l’histoire de deux truands qui ont tenu Le Havre de la fin de la seconde guerre mondiale à 1976. 30 ans de règne ! Qui s’achève dans le sang et les trahisons. Pour survivre, il faut continuer à avoir des projets de développement, quel que soit son âge. Dans le gangstérisme comme dans le business il faut savoir grandir sinon c’est la mort. Le capitalisme fait subir les mêmes lois à tous les protagonistes dont le but avoué est le profit. Drôle de morale pour une histoire étrange qui voit tous les personnages s’agiter en vain sous le regard d’un journaliste témoin de son temps.
Le Havre comme on le voit rarement.
N.B.
« Une année de cendres », Philippe Huet, Rivages/Noir.

Une saga argentine, tango et milonga.
Raoul Argemi, aujourd’hui journaliste, romancier et homme de théâtre, fut, en 1975, un des acteurs de la lutte armée contre la dictature. Cette expérience sert de toile de fond à ce roman, « A tombeau ouvert ». Il raconte 40 ans d’errance, de luttes, de reniements, d’amour fou entre Buenos Aires et Barcelone. Les changements d’identité pour se faire accepter et, finalement, le retour en Argentine pour retrouver ses « complices » et partager un trésor de guerre.
La mélancolie nappe les pages de cette histoire dans l’Histoire. Tout un pan de ces combats pour la démocratie et la révolution a été trop souvent oublié. Il faut prendre ce livre comme un torrent de mémoires, de souvenirs, comme une piqûre d’un 20e siècle qui a trop tendance à disparaître.
Un roman vrai.
N.B.
« A tombeau ouvert », Raul Argemi, traduit par Alexandra Carrasco, Rivages/Noir

Le coin du polar

Spécial James Lee Burke.

Dave Robicheaux, flic de Louisiane, est le personnage clé de l’œuvre de James Lee Burke, son double plus sans doute que ses autres personnages. Robicheaux c’est la Nouvelle-Orléans, sa corruption, ses ouragans – Katrina a laissé des traces durables – aussi sa musique bien sur, le jazz, le blues particulier de la Ville et sa générosité dans la violence et la sauvagerie. Burke a construit un personnage représentatif de la Ville, Clete Purcell. Trop pur, trop violent, alcoolique, remplit du sentiment naïf, évident de la fraternité. Un personnage entier qui ne fait la part de rien, loin de tout compromis. On aimerait le rencontrer. Il est possible de réaliser ce rêve entre les pages de ces romans de James Lee Burke. Continuer la lecture

Découvrir William R. Burnett


Un auteur laissé pour compte mais qui compte.

William R. Burnett, né à Springfield (Ohio), en 1899, a eu le choc de sa vie en arrivant à Chicago. La deuxième grande ville des Etats-Unis, la porte du Midwest, industrielle et corrompue, capitale de l’architecture mais aussi de la pègre dans les années 1920 – il arrive en 1927 -, années de la prohibition et de Al Capone. Le 18e amendement de la Constitution américaine interdisait de servir des boissons alcoolisées. Le mauvais alcool, Moonshine tel était son nom, proliférait, les fortunes aussi. Burnett, fort des travaux de l’école de sociologie de Chicago, mis en scène la Ville qui façonne les habitant-e-s et les formes d’intégration de ces populations rejetées, juive et italienne en particulier. Il écrira : « Je me sentais écrasé par sa taille, son grouillement, sa saleté, sa turbulence, sa vitalité frénétique. » Et c’est encore la sensation qu’elle donne sans oublier – et notre auteur ne l’oublie pas – le jazz. Continuer la lecture