Le déshonneur ne payait pas

Le Morvan, hiver 1438
Le thème d’un trésor caché a toujours fait flamber les convoitises. De ce point de vue le Père Noël a de beaux jours devant lui. Pour s’approprier ce Graal, le comte Henri de Jarcourt en ses terres du Morvan en cette année 1438 devra passer un Pacte avec le Diable, sous la forme d’un soudard en quête de rapines. Une vieille idée, celle de Faust, que Max Clanet utilise de manière originale même si le fin est connue, par l’intermédiaire du lieu où devrait nicher le trésor, une abbaye composée de nonnes. Continuer la lecture

Qui espionne qui ?

Espionnage et idéologie
« L’espion et le cardinal », de Jacques Baudoin, est à la fois une leçon de géopolitique via le Vatican du pape François, une fable philosophique sur les effets négatifs de l’autoritarisme, l’aveuglement de la réalité par les biais idéologique et une curieuse histoire qui tient en haleine. Au milieu du développement de l’intrigue, le lecteur s’interroge sur la bonne santé mentale soit de l’auteur soit de ses protagonistes. Il poursuit aussi pour le savoir et pour des personnages proches de leur modèle. Conclusion presque inattendue. Responsables du renseignement, chef de l’État jupitérien au mépris facile, croqués, représentés de manière tellement réelle qu’il est possible d’y croire.
NB
« L’espion et le cardinal », de Jacques Baudoin,nouveau monde, sang froid

Comment devenir riche sans se fatiguer ?
« L’honorable correspondant », autrement dit un espion qui ne sait pas toujours qu’il travaille pour les services secrets mais qui a été piégé un jour pour qu‘il fasse le travail prévu pour lui. A l’insu de son plein gré ! Le couple s’installe à Tel-Aviv, les capitaux affluent et ils vivent bien. Ivan Sand, officier de l’armée de l’air, met en scène, décortique l’engrenage qui conduira le couple à servir le Mossad via une entreprise israélienne de construction d’un système de surveillance. Benjamin Curiel – un nom qui résonne –, dessiné en officier spécialiste de la Russie au départ, voudra se libérer de l’emprise du Mossad et…se trouvera dans l’obligation de de servir deux maîtres. Documentaire et angoissant.
NB
« L’honorable correspondant », Ivan Sand, nouveau monde, sang-froid

Etats-Unis : prédateurs d’hier et d’aujourd’hui

Un combat toujours actuel
Le 2 mars 1955, une collégienne, Claudette Covin refuse, de laisser sa place à une Blanche dans le bus à Montgomery, un geste politique improvisée due à la fatigue. Elle le paiera cher. Elle le racontera et créera vers la fin de sa vie une fondation. Elle a participé, seule, sans soutien, à la lutte contre la ségrégation.
Quelques jours plus tard, Rosa Parks (1913-2005) sera au centre de l’attention. Présentée souvent comme une vieille femme fatiguée par sa journée de labeur, elle est une militante pour les droits civiques depuis longtemps. Caroline Rolland-Diamond retrace sa vie. Nécessaire !
NB
« Rosa Parks », Caroline Rolland-Diamond, Folio/Biographies

Roman d’espionnage ? Reportage ?

« Le dossier du président », paru en 2020, se présente comme une recherche d’un dossier secret des services secrets russes – le FSB bien connu – sur le président des États-Unis nouvellement élu, un magnat de l’immobilier propriétaire de Tours un peu partout dans le monde,à New York comme à Panama. Toute ressemblance avec le président actuel est justifié. Le dénouement est conforme à la main mise du pouvoir sur la CIA et le FBI. L’affaire Epstein – il est impossible de ne pas y penser – est une illustration en plusieurs dimensions de l’intrigue ici développée.
James A. Scott nous entraîne dans ces mondes où les trafiquants de toute sorte se rencontre notamment les oligarques poutiniens qui s’enrichissent sur les dos des Russes sans créer de valeur. Des pilleurs et des prédateurs qui font école avec Trump aux États-Unis.
L’auteur décrit, c’est la partie documentaire, les mécanismes de blanchiment de capitaux via les projets immobiliers du Président. Il explique les circuits, les formes et les raisons qui font de l’immobilier le vecteur de l’exportation illégale de capitaux Un dossier explosif qui mêle perversions sexuelles et emprise politique et financière. Un polar qui nous fait aussi visiter la Fédération de Russie et ses oppositions pour comprendre la dimension interne de la guerre en Ukraine. Le tout enveloppé dans une action sans répit. A lire de toute urgence.
NB
« Le dossier du président », James A. Scott, traduit par Christophe Goffette, éditions nouveau monde, collection sang froid


Mémoire de l’esclavage

« Sous le règne du fouet, une histoire orale de l’esclavage aux États-Unis » réuni 27 parcours, surtout des femmes, collectés dans les années 30 par le Federa lWriter’ Project. Témoignages qu’il faut corriger par celui ou celle qui le recueille pour trnir compte des biais possibles. Bouleversants souvent, codés toujours, ils ouvrent des portes à l’analyse de la société américaine d’aujourd’hui. La préface de Françoise Vergès va bine au-delà de la présentation en abordant des questions du colonialisme et du néo-colonialisme à la fois système d’oppression mais aussi d’aliénation culturelle . Un débat à poursuivre.
NB 
« Sous le règne du fouet », textes réunis et traduits par Elsa Quéré, Éditions Ici-bas

Jeux sur les temporalités. Fantômes du futur unissez vous

Illusion d’une Venise

Jean-Luc Bizien est un pro du mélange, des genres, des références et des époques. Pour cette « Enquête ,à Venise », tome deux des la série « Le cabinet des illusions », il place son magicien pas vraiment chinois malgré les apparences et son nom « Chung Ling Soo face au futur fantôme de l’Opéra, roman policier de Gaston Leroux dans une Venise qui doit beaucoup à Hugo Pratt dont le père ou le grand-père à un rôle dans cette histoire comme la franc maçonnerie.
Pas de miracles ni de magie dans une investigation classique secouée par les numéros de prestidigitation qui suppose tout un appareillage et une préparation méticuleuse de toute une équipe qui doit savoir faire semblant naturellement. La ballade dans cette Venise forcément noyée de brume, sujette à la montée des eaux – déjà en 1907, année où se passe cette histoire – qui fait que la ville lacustre ne se reconnaît pas elle-même cachée par ces masques qui répondent à ceux portés par les Vénitiens plus souvent que les Vénitiennes. Les fêtes données dans les beaux quartiers pourraient servir de bruit de fond.
Le coupable de la mystification apparaît logiquement. C’est le seul possible. Par contre ses mobiles ne sont pas très convaincants. Pourquoi un fantôme alors qu’un magicien se produit dans le théâtre Rossini et, surtout pourquoi les meurtres ? Hugo Pratt sans doute ferait appel à Corto Maltese pour dire que l’absurde est la seule explication possible.
Nicolas Béniès
« Le cabinet des illusions, enquête à Venise, 1907 », Jean-Luc Bizien, édition Maison Pop

poésie noire

Portrait d’une femme dévorée par les diables déguisés en curé

« Notre-Dame des-Démolies », un titre remarquable pour un portrait de femme, servante, gouvernante perclus de préjugés, de peurs, d’angoisses mais aussi de sévices divers sans doute sexuels qui la conduisent inexorablement vers la folie. Personne ne s’en préoccupe préférant se servir d’elle. Lorsque sa folie qui voit le diable s’en prendre aux enfants qu’elle veut protéger est trop visible, on l’a licencie. Jusqu’à ce jour de 1968 où elle tue sa patronne de 9 coups de couteau croyant vaincre les horribles serpents et autres représentations de Satan grouillant dans le corps de la vieille dame. Avant de se livrer Marthe – c’est le nom qu’on lui donne – habillera sa patronne pour qu’elle soit présentable. Continuer la lecture

Enquête paresseuse dans une ville étonnante, Venise

Voir Venise en 1742

« La gondole des ténèbres » – titre de ce policier historique – sert de guide à une visite de cette ville presque sous l’eau aux palais luxuriants appartenant à une noblesse décatie victime de folies meurtrières pour créer un autre univers à partir d’un matériel humain. Le musée des horreurs est une vieille rengaine reposant sur l’être humain comme modalité de création.
Le carnaval de l’année 1742 dévoiles les fastes et les faux semblant d’une aristocratie qui veut, avant tout, se faire voir, se faire admirer au-delà de ce qu’elle est réellement.
En journaliste, Robert Laroche donne à voir. Son intrigue, un peu mince et sans rebondissements, lui permet de nous faire naviguer sur ces canaux où les gondoliers amènent chacun et chacune vers son destin. Le détective, Flavio Toscarini, n’a pas grand-chose à faire…
Nicolas Béniès
« La gondole des ténèbres », Robert de Laroche, Folio/Policier

Nuit et brouillard encore présents en 1948

Polar dans l’histoire

Rééditer le « prix du quai des orfèvres  1948 » est à la fois une redécouverte d’un auteur oublié, Yves Fougères (1921 – 1953) et une manière de ressusciter l’ambiance de ces temps étranges où le nazisme est encore présent suscitant beaucoup de fantasmes. Les travaux d’historiens montrent que les hauts fonctionnaires fascistes sont restés très présents dans les pays d’Europe de l’Ouest protégés par la « chasse aux sorcières » communistes.
Le prix du quai des orfèvres, comme le rappelle Marc Lemonier dans ses « Ballades policières dans Paris » (nouveau monde éditions), est décerné par un jury présidé par le de la police judiciaire et doit respecter « l’exactitude matérielle des détails et du respect du fonctionnement de la Police et la justice française », rien de moins. Continuer la lecture

Mais qui est Faraday ?

La fée électricité ? Ou sorcière ?

« Le laboratoire des ombres », titre évocateur du thème central de ce roman signé David S. Khara, science sans conscience n’est que ruine de l’âme comme aurait dit un auteur du passé. C’est aussi un vrai laboratoire dans lequel l’auteur nous fait pénétrer, celui de Faraday qui, à Londres ici en 1841, poursuit empiriquement ses recherches sur l’électricité pour en faire un outil au service de tous.
Il présente ses recherches au public par des conférences et note toutes ses recherches sur de petits carnets. L’un d’entre eux sert de fil conducteur à cette enquête menée par le seul agent des services spéciaux à cette époque, un dénommé Gaston. Les débuts de la recherche du groupe qui veut supprimer les grands de ce monde grâce à l’utilisation des découvertes de Faraday fait penser à une nouvelle version de James Bond. Les références sont là. Le chef du service veut se faire appeler « M »… Continuer la lecture

Une recette pour devenir végétarien

Un polar cuisiné aux petits oignons
Une journaliste, qui avait de grands projets, a une idée géniale pour « faire » de l’argent : filmer en direct et sans prévenir les cuisines de restaurants choisi au hasard. Elle tombe sur… Karl Angus qui cuisine, seul, des êtres humains. Scandale aux multiples facettes pour commissariat de Fontainebleau, la commissaire, Catherine Hardy et ses deux capitaines Rachel Kuldinski et William Toulouze – qui a du mal avec le téléphone, la hiérarchie – mènent l’enquête contre les notables, procureur, préfet et autres mouillés dans le trafic d’êtres humains pour en faire des plats cuisinés. Continuer la lecture

Désagrégation de l’URSS

Un pays éclaté, corrompu.

La réédition en poche de cette saga de soldats perdus appelés « Afghans » pour leur participation à la guerre menée par l’URSS en Afghanistan, soldats perdus d’une défaite dont personne ne veut se souvenir comme à chaque fois et quelque soit le pays, est totalement dans notre actualité la plus brutale. « Le dernier afghan », d’Alexeï Ivanov, est un roman un peu onirique, vécue dans les brumes des drogues illicites et de la vodka d’une cohorte de jeunes gens rejetés de la société qui essaient de trouver les voies et les moyens de survivre et d’exister sous la conduite d’un chef charismatique et leurs déchirements. C’est aussi l’histoire d’une société en train de perdre tous ses repères, toutes ses références pour entrer dans un nouveau monde en même temps qu’une corruption qui gangrène tous les rapports sociaux et amicaux. Continuer la lecture