Le coin du polar (2)

Mélanges de temps.

Jean d’Aillon a eu une idée qu’il faut bien qualifier d’intelligente : se servir des intrigues de Conan Doyle et les projette en plein 15e siècle, en 1422 par exemple pour ce recueil de nouvelles qui se déroule pendant la guerre de 100 ans entre Armagnac et Bourguignon. Paris souffre de la disette et presque de la famine. Rien ne va plus. Dans ce contexte qui a vu Jeanne d’Arc faire couronner Charles VII, puis sa condamnation comme « sorcière » par l’évêque Cauchon, des intrigues se nouent. Peu de traces dans les histoires du temps mais suffisantes pour susciter l’imagination de l’auteur capable de « coller » les enquêtes de Sherlock Holmes. Lire la suite

Histoires des Etats-Unis et de France.

« Toute histoire est vraie ».

John Edgar Wideman n’écrit pas vraiment des romans. Plutôt des contes qui se passent souvent dans les ghettos noirs de Pittsburgh ou de Philadelphie. Il fait de ses histoires, autobiographiques, biographiques, rêvées ou réelles peu importe, la trame de ses récits. La mémoire est le lieu principal qu’il visite encore et encore. Une mémoire à la fois individuelle et collective. Les Africains-Américains vivent sous le joug de leurs rapports avec les Blancs et sont le centre de cette société américaine qui fait du racisme une de ses composantes essentielles. Encore aujourd’hui, en 2017. Lire la suite

A propos du film « Django » de Étienne Comar

Django, Affiche

Le titre de ce film bien documenté ne reflète pas le véritable propos du metteur en scène. A travers le périple de Django qui le conduit de Paris à la frontière suisse sur le lac Léman, c’est le génocide des Tsiganes – le « s » désigne toutes les confréries, les manouches comme les autres – qui est le sujet de ce film comme le montre les dernières images. Django ne sert que de révélateur.
Il aurait fallu trouver un autre titre pour dire cette volonté des nazis d’éradiquer les Roms comme les Juifs.
En 1943, année clé de la guerre mais le cinéaste n’en laisse rien percer, Django prend peur. A juste raison. Il se croit pourtant protégé par un certain « Docteur Jazz » dont il parle à plusieurs reprises. « DR Jazz » est une composition de Jelly Roll Morton qui en fait un remède quasi universel. Qui est ce fameux « Dr Jazz ». Plusieurs hypothèses viennent à l’esprit. Un haut gradé de l’armée allemande ? Possible d’après le témoignage de Charles Delaunay, « Django, mon frère ». Plus surement Hughes Panassié, un des premiers critiques de jazz, fondateur avec Charles de Jazz Hot, la première revue de jazz française, du label « SWING » – les deux en 1937 – et du Hot Club de France, manager toujours avec Charles du « Quintet du Hot Club de France ». Dans ces années d’Occupation, Hughes collabore plus ou moins écrivant dans des journaux, animant des émissions de radio.
Dans ces années aussi – voir mon livre « Le souffle de la liberté », C&F éditions – les concerts de jazz sont pleins, ils débordent. Comme l’indique le film, il est interdit de danser. Les consignes des troupes d’occupation ne sont pas respectées ni en France ni en Allemagne. Les contrôles sont rares mais les arrestations nombreuses surtout de ces zazous qui peuvent sortir avec une étoile jaune où il est écrit « je suis swing »… et se retrouvent au camp de concentration.
Django devient, par la production de ces concerts de jazz, une grande vedette. Il a la grosse tête et ne craint pas – c’est un peu évoqué dans le film – d’exploiter son frère, « Nin-Nin » qui pense sa propre carrière. Il enregistrera quelques 78 tours dont certains à la guitare électrique. Il sera la grande influence de Babik…
Séparé de Stéphane Grappelli resté à Londres parce qu’il a laissé partir le dernier bateau sur lequel Django s’est précipité, le guitariste change de style. il s’éloigne du « jazz manouche » qu’il a créé pour composer un nouveau répertoire dont « Rythme futur ». Il faut entendre cette nouveauté pour éviter de considérer l’œuvre de Django comme juste du « jazz manouche ».
La figure de Charles Delaunay est maltraitée. Il n’est pas seulement l’imprésario, il est aussi résistant et organisateur de tous les concerts qui se réalisent pendant cette période. Il réunit et enregistre tout ce que le jazz français a de talents et ce, dés la fin 1940 lorsqu’il revient de « la drôle de guerre ». S’il insiste pour envoyer Django en Allemagne à l’instar de Edith Piaf, Charles Trenet – qui lui aussi n’en a pas envie – ou Jean Cocteau c’est pour apaiser la Gestapo et faire silence sur ses activités. Peut-être aussi de se servir de la tournée de Django pour faire passer des informations. Le jeu est plus dangereux que ne le montre le film.
Nicolas Béniès.

« Festival swing » publié par les disques swing, avec Charles Delaunay lui-même en MC, date du moment où Charles rentre à Paris après la drôle de guerre. Chaque musicien est cité.

« Rythme futur » est une des grandes compositions de Django

« Folie à Amphion » s’explique dans le film

Le coin du polar.

Guerre civile

A partir des expériences des Zadistes – de ZAD, zone à défendre -, Jérôme Camut et Nathalie Hug construisent « Islanova », un pays sis du côté de l’île d’Oléron gardé par une intelligence artificielle et surveillé par des drones. Les habitant-e-s se nomment les « 12-10 », jour où Colomb a découvert l’Amérique, et prêtent serment pour faire partie de l’armée du 12 octobre. Une sorte de gourou, Vertigo, conduit ce petit monde jusqu’à son assassinat par un mercenaire. A partir de là, la guerre civile commence. L’Etat, le gouvernement, ne peut permettre l’éclatement du territoire national… Le tout s’organise dans un projet d’alimentation en eau de tout le continent africain. Lire la suite

Dreams and Daggers : Rêver l’impossible ?

La chanteuse de jazz : Cécile McLorin Salvant.

D’abord une pochette étrange de ce double album Mack Avenue, écrite à la main et au design inhabituel, création de la dame qui ne se contente pas de chanter. Original mais pas très lisible pour le lecteur que nous sommes. Mais il faut reconnaître le talent certain de se faire remarquer. N’est-ce pas l’essentiel dans les bacs des disquaires ? Là où les disquaires existent encore…
Cécile McLorin Salvant est ici enregistrée « live » au Village Vanguard et au DiMenna Center, sis à New York, qui lui permet de se démultiplier en compagnie d’un public complice. C’est sur scène, comme elle le dit dans une interview à DownBeat dont elle fait la couverture du numéro d’octobre, qu’elle est le plus elle-même. DownBeat ne craint pas de titrer : « Gets Surreal » pour bien indiquer la place prédominante qu’elle est en train de prendre. Et c’est mérité. Lire la suite

Calendrier des rendez-vous avec le jazz, à Coutances.

Bonjour,

Cette année, j’inaugure l’UIA de Coutances avec deux conférences sur le jazz autour de la « définition du jazz ». La première aura lieu le 9 octobre aux Unelles, à 14h.
J’aborderai les difficultés de définir une « musique sans nom » – jazz est un terme rajouté – et la nécessité d’un travail de mémoire pour appréhender cette musique.
Je développerai la problématique de mon dernier livre, « Le souffle de la révolte », C&F éditions, à paraître fin novembre. La Première guerre mondiale marque l’entrée dans le 20e siècle. la révolution de février et d’octobre – pour nous le 8 mars, journée internationale des femmes et novembre – transformera le monde construisant une nouvelle architecture. Le monde sera partagé en deux. partout dans le monde s’élèvera un énorme espoir de changement, la possibilité réalisée de sortir du capitalisme.
Le jazz sera le chant de cette révolte, de cet espoir.
Coïncidence troublante, révélatrice de cet « esprit des temps – « Zeitgeist » pour employer le concept hégélien – le premier disque où le nom de jazz est accolée à cette musique est enregistré en février et paraîtra en avril 1917.
James Europe est sa troupe du 369th débarquera les 31 décembre 1917 et 1er janvier 1918 à Saint-Nazaire et Brest. Ils combattront dans les tranchées, connaîtront d’énormes pertes comme toutes les troupes engagées dans cette guerre meurtrière, morts et « gueules cassées ». En 1918, leur tournée sera triomphale.
(à suivre)
Nicolas Béniès.