Le coin du polar… polonais

La Pologne réelle, corruption à tous les étages

Wojciech Chmielarz est un des grands auteurs « noirs » polonais. « La Colombienne », son livre précédent, avait présenté ses deux doubles révoltés Mortka, l’inspecteur chargé des enquêtes – dit le « Kub » -, et son équipière, le lieutenant Suchocka – dite « La Sèche » – que l’on retrouve dans cette nouvelle enquête à tiroirs, inscrite cette fois dans le marigot politique.
Une jeune femme d’origine ukrainienne, journaliste en herbe et baby-sitter d’un politicien retiré, viré par ses pairs pour corruption, un mal très répandu, qui cherche à revenir sur le devant de la scène politique. Le tout se passe dans « La Cité des rêves », qui donne son titre au roman, un ensemble huppé avec gardien et jardin intérieur. Continuer la lecture

Jazz, Henri Texier ses compagnons, ses fantômes

Henri et les siens, une chance !

« Chance », titre de cet album, signe le sens des rencontres de Henri Texier, rencontres amicales, musicales, d’autres cultures, d’autres manières de voir le monde, de l’analyser pour le connaître et se donne une…chance de le transformer. Les patrimoines du jazz dont se trouve héritier le contrebassiste se mêlent activement à ceux de ses compagnons dont les compositions viennent habiter l’univers de Henri pour partager une maison commune. Univers en mouvement vers une sorte de sérénité striée par des éclats de fureur, face à la négation de la fraternité.
Free jazz, rock, musiques venues d’ailleurs viennent construire un environnement mouvant comme si s’arrêter marquait la fin définitive. Chacun vient apporter sa pierre à un édifice qui tient beaucoup du travail de Pénélope, toujours à faire et à défaire. Rien n’est acquis, tout est temporaire, tout est dans le souffle de vents contraires pour contraindre le laid, le tordre dans tous les sens et faire surgir une beauté toujours défaite, toujours remise en question.
Il faut dire que le quintet fait la preuve d’une unité souvent désunie qui, dans les déséquilibres, donne une sensation d’équilibre comme seuls peuvent le faire les funambules. Sébastien Texier, saxophone alto, clarinette et clarinette basse toujours à la recherche de nouvelles sonorités mêle son chant à celui de Vincent Lê Quang, saxophones ténor et soprano comme à celui de la guitare de Manu Codjia qui semble enfin avoir trouvé sa voie entre toutes ses influences. Gautier Garrigue, batteur subtil et brutal, est le remède qu’il fallait à cette cohorte pour lui donner une sorte d’unité en lien avec Henri Texier tout à tour soliste et maître d’un temps élastique. Une musique qui sait se laisser aller et sortir de tous les cadres tout en étant fidèle au jazz multicolore, facteur d’énergie, de révolte et de bleus.
Nicolas Béniès.
« Chance ! », Henri Texier Quintet, Label Bleu/L’autre distribution.

Jazz, Toku, trompettiste et vocaliste

Un japonais à Paris

Toku, trompettiste et vocaliste, fait partie intégrante de la scène japonaise du jazz. Et, désormais de la scène française. Il s’était découvert en France par l’intermédiaire d’un album de Sarah Lancman, emportant l’adhésion du public. « Toku in Paris », titre de son album français, lui permet de faire la preuve de l’étendue de ses talents. Il se fait entendre à la tête d’un ensemble composé de Pierrick Pedron, énergie vitale du saxophoniste alto, de André Ceccarelli à la batterie remplacé par Lukmil Pérez pour certaines plages, de Thomas Bramerie à la contrebasse remplacé par Laurent Vernerey et de Giovanni Mirabassi au piano. Des musiciens qui ne s’en laissent pas conter lui offrant la répartie dont il a besoin. Ils sont aussi autant de cerises sur un gâteau qui arrive à les mettre en valeur. La dernière cerise n’est pas la moindre : Sarah Lancman qui rend la pareille à Toku.
Le trompettiste doit beaucoup à Miles Davis dans sa façon d’aborder l’instrument mais aussi à Art Farmer si l’on voulait d’autres références et le chanteur fait penser… à Grégory Porte ; voix puissante, plongeant dans les graves pour faire frémir les mânes de tous les ancêtres et pour notre plus grande joie..
Le tout est mâtiné de quelques influences japonaises sensibles dans les compositions de Toku et un peu moins dans les standards, pour construire un album qui se laisse écouter avec plaisir.
Nicolas Béniès
« Toku in Paris », Toku, Jazz Eleven.

Jazz, Sara Murcia, Raymond Boni

Faire parler la basse.

Sarah Murcia manie la contrebasse avec une espièglerie qui lui permet d’allier profondeur et légèreté pour, de rebondissements en rebondissements, obliger à l’écoute. Lorsqu’elle rencontre le tuba de François Thuillier, on ne sait plus qui est le ou la contrebassiste. Le tuba est aussi appelé basse à vent, c’est lui qui se fait entendre dans la plupart des premiers enregistrements du jazz. Pour « Eyeballing », un titre bien de notre époque, et supporte au moins deux traductions, « surveillance » et « à vue d’œil », manières de se jouer des apparences. Continuer la lecture

Conteur du présent

Actualité du conte

Le conteur est un commentateur de l’actualité se cachant derrière le fantastique ou la parabole. Les contes sont souvent revus, corrigés par le contexte. Ils sont vivants et dépendent d’un travail collectif d’interactions entre le conteur et le public. Stuart Heritage, journaliste au Guardian, a repris la tradition à son compte. Il mêle, comme le titre l’indique « Boris Johnson et les trois ours », les histoires immortelles racontées à nos enfants et les personnages de l’actualité pour faire surgir rires et réflexions sur notre époque plutôt étrange. Une réussite.
Nicolas Béniès
« Boris Johnson et les trois ours et autres contes sarcastiques pour rire un peu de notre temps », Stuart Heritage, traduit par Cécile Roche, Editions Autrement.

Le coin du polar

Polars « historiques »
L’actualité éditoriale mêle rééditions et nouveautés pour nous faire sentir le poids de l’Histoire, des mémoires. La France se mêle au Japon et à l’Albanie poour éviter l’oubli et faire ressentir, via les codes du polar, les contraintes qui pèsent sur les individus et l’ascension des moins sensibles à la morale, à l' »thique. Jean Meckert écrit sur les illusions perdues de la Résistance, de ces copquins qui se hissent au premier plan sans avoir participé au combat, de ces collabos qui reprennent le haut du pavé. Inacceptable ! Seichô Matsumoto se penche sur les vies bouleversées par la guerre, par les bombardement américains qui obligent, pour la survie, à transgresser les règles et Danü Danquigny décrit le passage de l’Albanie de la dictature au néolibéralisme, autre forme de dictature. Dans chaque pays, la « victoire » des truands et de la corruption généralisée.
il fallait un peu de rire, de revanche dans ce monde grisâtre. Hannelore Cayre, via la lutte des femmes, nous en fait le cadeau via la reconnaissance de paternité remontant à… 1871 ! Continuer la lecture

Concerts de jazz

Jazz magazine fait ses concerts.

Notre confrère s’est lancé dans la programmation. Pour « Le Bal Blomet » tout d’abord, avec pour février, du jazz manouche et du blues, de Memphis et du Mississippi. Il propose aussi « Women in Jazz » avec, le 19 mars au Bal Blomet, Natascha Rogers et Cynthia Abraham, le 20, Leila Martial et Anne Paceo et le 21 Terez Montcalm, à l’Alhambra Pour ces deux dernières.
Banlieues Bleues (voir aussi l’article sur les « Arabofolies ») se poursuit jusqu’au 3 avril et il ne faudrait pas oublier de traverser le périph pour fréquenter Le Triton et découvrir de nouveaux talents ou Pannonica à Nantes.
NB
Bal Blomet, www.balblomet.fr ; banlieuesbleues.org ; info@letriton.com ; www.pannonica.com

Une biographie de Frank Sinatra

C’est l’histoire d’un p’tit gars…

Être né en 1915 – comme Billie Holiday -, quasiment avec le 20e siècle, aux Etats-Unis, à Hoboken (dans le New Jersey, en face de New York), issu de l’émigration sicilienne a forcément des conséquences sur la formation de l’individu. Frank Sinatra n’a jamais renié ses origines. Ni l’importance de sa mère, Dolly, dans sa carrière. Ses liens avec la mafia, notamment avec « Lucky » Luciano, ont beaucoup joué dans sa chute en 1951 et dans sa renaissance en 1953. Continuer la lecture

Arabofolies à l’Institut du Monde Arabe (IMA)

Connaître et reconnaître les cultures arabes.

« Engagements ! », tel est le thème générique de cet acte IV des « Arabofolies » qui se décline en forme de concerts, de cinéma, de forums de conférences et même de banquet, à l’IMA, pour démontrer la force à la fois des musiques arabes qui se déclinent au présent, de la place de la littérature – un hommage sera rendu au poète Jean Sénac – et des combats pour les droits et la démocratie. Engagements au féminin pour le forum : « Citoyennes ! Les sociétés civiles à l’épreuve », le 6 mars, autour de trois tables rondes : « Féminisme et révolution », « Créer en communauté et en sororité » et « Lutter contre les violences faites aux femmes » pour indiquer la place fondamentale du combat pour les droits des femmes dans la construction d’une société plus juste. Femmes de Bahreïn, d’Algérie, du Soudan, d’Arabie Saoudite, des Émirats Arabes Unis, de Palestine, de Mauritanie, du Maroc et d’Irak engagées dans les luttes dans leur pays et à l’échelle mondiale pour que le féminisme s’inscrive dans les mobilisations pour la démocratie et contre la corruption qui soulèvent les populations du monde entier. Continuer la lecture

Jazz, Paul Jost

Paul Jost, « Simple Life » ?

Paul Jost a déjà une carrière derrière lui comme batteur, arrangeur et compositeur issu de la ville de Philadelphie, pas seulement connu pour Benjamin Franklin mais aussi comme terreau du jazz. Il est devenu vocaliste pour ce premier album, « Simple life » référence à la chanson « Give Me the Simple Life », un vœu plutôt qu’une réalité. Il fait la preuve dés l’entrée de toutes ses qualités. Un arrangement original, un scat qui défie toutes les frontières et une assise rythmique solide, c’est bien le moins.
Il a su s’entourer. Joe Locke au vibraphone, invité sur quelques plages, brille de tous ses feux jusqu’à brûler la politesse au leader et un trio – Jim Ridl au piano, Dean Johnson à la contrebasse et Tim Horner à la batterie – qui apporte le background nécessaire à toutes les envolées du chanteur pour le servir au mieux tout en faisant la preuve qu’ils constituent un vrai trio.
Une découverte un peu gâchée par la présence de fantômes à qui Paul Jost fait un peu trop penser : Tony Bennett – il lui ressemble un peu – et Mark Murphy. Des noms évocateurs qui limite mon plaisir…
Nicolas Béniès
« Simple Life », Paul Jost, Jammin’ colorS distribué par L’autre distribution