Un tour de piste ?

QUAND LE BLUES REVIENT !

On le croyait oublié, perdu à jamais, emporté dans la grande vague du rock, du hard rock ou du metal. Il fait son grand retour, une fois de plus. Musique éternelle de ces griots modernes que sont les chanteurs et instrumentistes du blues. Les « bleus » – il faut toujours se souvenir que blues est au pluriel, qu’il existe plusieurs bleus, comme les couleurs de l’arc-en-ciel – affirment en force.
En 1959 deux jeunes amateurs français – Jacques Demêtre et Marcel Chauvard, ce dernier décédera en 1968 – décident de partir pour un « Voyage au pays du blues » qui sera publié en épisodes dans la plus ancienne revue de jazz française, alors dirigée par Charles Delaunay, « Jazz Hot ».(1)
Ils sont les premiers à s’intéresser aux lieux dans lesquels prospère cette musique. Paul Oliver, (2) le musicologue anglais de référence, n’a pas encore publié ses ouvrages, et Samuel Charters est en train de mettre le point final à son premier. Jacques Demêtre lui-même n’a encore rien fait paraître. Lire la suite

Histoire à écrire.

Du Rock, du Rhythm and Blues ou du blues ?

Le titre, en ces temps de controverses moraniennes – néologisme qui gagnerait à être utilisé, formé à partir de Nadine Morano, comme équivalent à la bêtise raciste -, fait problème : « Race Records, Black rock music forbidden on US Radio, 1942 – 1955 ». Levons une ambiguïté. Les hommes marketing aux Etats-Unis se sont aperçus dans les années 20, grâce au succès d’un 78 tours de Mamie Smith, « Crazy Blues » en l’occurrence, qu’il existait un marché spécifique, celui des populations noires des ghettos. Ils se sont précipités sur ce filon en créant des sous marques pour gagner ce public. Ils ont ainsi créé les « race series » destinées au public noir.
Après la guerre, période traités surtout par ce coffret de trois CD, en 1946 le terme de « race series » a été abandonné remplacé par celui, plus neutre, de Rhythm n’ Blues. Là encore, il s’agissait de viser la population des ghettos noirs. Se sont créée deux « hit parade » – pour parler en Français -, l’un pour le RnB, l’autre pour le public caucasien, les variétés.
Pour dire que le rhythm n’ Blues n’est pas un genre musical mais une création des industriels de l’entertainment – comme on dit aux États-Unis – pour cibler un créneau du marché.
Dans ces années 1950, le rock envahira toutes les chaînes de radio. A l’exception des DJ des radios en direction des ghettos noirs, les grands musiciens noirs qui font encore danser aujourd’hui seront ignorés, dans une large mesure, du public blanc. Mais pas interdits contrairement à ce que dit le titre de ce coffret.
Ce coffret permet de les redécouvrir. Et se rendre compte que le courant passait entre musiciens. Elvis Presley notamment fut toujours attentif à « Beale Street », le ghetto noir de Memphis où il était né. Ces musiciens noirs seront aussi influencés par les blancs. La musique ne connaît pas ces frontières de « race ». Le terme, soulignons-le en passant, a plutôt une signification sociale aux Etats-Unis. Blessure toujours ouverte de l’esclavage.
Tous les musicien(ne)s réunis sont à citer. Il faut aller les découvrir. Certains d’entre eux sont plus connus que d’autres. C’est le cas de Wyonnie Harris ou de Howlin’ Wolf, Muddy Waters ou Big Maybelle mais tous les autres sont à entendre. Et si vous voulez organiser une soirée dansante, ce coffret vous servira de guide…
Nicolas Béniès.
« Race Records, black rock music forbidden on US Radio, 1942 – 1955 », livret signé par Bruno Blum, Frémeaux et associés.

Relecture des années 1970.

Le cas Bowie et les autres…

Rétrospectivement, les années 1970 apparaissent comme une fin de révolutions commencées au début du 20e siècle. Les années 1960 avaient marqué la renaissance des utopies inspirées par celles du passé, à commencer par la révolution russe débarrassée du stalinisme. La volonté de construire un monde meilleur s’inscrivait dans ces références. La musique, surtout le jazz et le rock, s’inscrivaient dans ce champ des possibles qui semblait infini. La musique pouvait changer le monde. Le free-jazz exprimait cette perspective. Comme tous les rockers de ce temps. Ornette Coleman, Jimi Hendrix – pour n’en citer que deux – savaient que « Tomorrow is the question », demain est la question, et qu’il fallait construire quelque chose d’autre, « Something Else », pour citer les titres des deux premiers albums de Ornette Coleman qui servent quasiment de devise et qui ont été enregistrés à l’orée de ces années 60. De son côté le « modal » de « Kind of Blue », l’album phare de 1959 construit par Miles Davis et son sextet – Bill Evans et John Coltrane en particulier – servait d’introduction pour le jazz et le rock qui allaient suivre.(Voir « Le souffle bleu », Nicolas Béniès, C&F édition) Lire la suite

Proust en musique

Des « madeleines », à chacun(e) la sienne…

rock instrumentalsLes surpat’ ont un peu disparu au profit des raves. Chaque génération forge ses souvenirs à l’aune de son temps. Il doit arriver qu’on danse encore le rock. Il est sur qu’il s’apprend. Certains en font même une profession… Une danse un peu ringarde mais le slow – un rock très lent – reste quand même le meilleur moyen de rapprocher les garçons et les filles.
Bruno Blum, dans ce triple album « Rock instrumentals story », joue avec nos émotions. C’est le terrain de la musique sans paroles, de cette musique qui sûrement nous a fait danser en mettant quelques pièces dans le juke box ou en venant chez des copains avec le dernier 45 tours. Lire la suite

Faut rigoler….

Henri Salvador, pataphysicien borisien et vianesque.

salvadorDéjà le volume 4, pour cette « Intégrale Henri Salvador », déjà les années 1956-1958 qui voient la collaboration avec Boris Vian prendre réellement son envol. Tous les rythmes vont y passer, rythmes à la mode en ces années de fin de la IVe république, Calypso, jazz, chansons sentimentales et rock pour se terminer par le charleston qui fait un retour de mode. Pour corser ce tout, Henri chante aussi en anglais. Je ne sais si ces 45 tours se sont bien vendus outre atlantique mais le résultat vaut le détour d’oreille. Lire la suite

Essai d’histoire culturelle à travers chanson française et rock

Histoire culturelle française.

Frémeaux et associés nous propose un voyage dans les temps. D’abord en compagnie de l’orchestre de Ray Ventura, en trois CD et trois périodes : « 1928-1934 » soit les prolégomènes, « 1935-1940 », la gloire, l’esprit des temps avec « Tout va très bien Madame la Marquise » un véritable hymne national et « 1946-1956 », une sorte de fin en feu d’artifice avec l’arrivée d’un guitariste plein de jazz, Sacha Distel, le neveu. Une plongée nécessaire, une reconnaissance d’une histoire aussi intéressante que l’histoire officielle. Denis Lallemand nous présente Ray Ventura et quelques-uns des collégiens – c’est le nom de l’orchestre souvenir de jeunesse à Janson De Sailly – ainsi que Paul Misraki, compositeur de génie qui a su saisir les sentiments de la période de ces années 1930. On ne peut comprendre ni le Front Populaire ni la chanson française de l’après guerre comme la force du jazz, son importance dans la culture française sans écouter cette musique à la fois joyeuse et triste comme celle de Trenet qui s’en inspirera. Lire la suite

La Luciole, Alençon, transporté en Louisiane une fin de dimanche après midi le 6 octobre 2013

Un concert étrange dans un endroit d’ailleurs.

La Luciole est un drôle d’endroit. Qui a une histoire. Cette salle, avant d’être rénovée, a accueilli la fine fleur de la chanson française à commencer par Bernard Lavilliers pour une « contenance » d’environ 100 personnes.

Aujourd’hui, située un peu en dehors d’Alençon (dans l’Orne), elle en jette. C’est le terme qui convient. Ornée de deux cheminées renversées et unies à leur (fausse) base, elle semble dominer les routes qui, comme à l’accoutumée, se croisent. Lire la suite

Histoire culturelle des Etats-Unis, une leçon de dialectique

L’Afrique et l’Amérique, un choc !

Le jazz, musique forgée par les Africain(e)s déporté(e)s aux États-Unis pour devenir esclave, est le résultat dialectique d’un choc de cultures ou plutôt d’un choc d’acculturations. Les Européen(ne)s arrivé(e)s sur le sol américain en quête de liberté exportaient dans le même temps leur propre culture. Ces origines diverses de plusieurs strates d’immigration expliquent les spécificités des villes américaines, des accents qui se retrouvent dans la musique. Boston, pas exemple, fut contaminée par l’accent irlandais. Les Africain(ne)s étaient porteurs de cultures spécifiques, orales celle-là, aussi différentes que celles des Européens. Les nations africaines ont leur existence même si les Etats construits par les colonisateurs ne correspondent pas aux Nations anciennes. Les grands propriétaires terriens, esclavagistes – et pas seulement dans le Sud des États-Unis, dans le Nord aussi – avaient comme politique de séparer les familles, les ethnies pour éviter les révoltes. Du coup, à l’intérieur de ces grandes propriétés fermées, c’est un mouvement d’acculturation qui s’est enclenché. Un mouvement qui a duré. Une des résultante fut le vaudou comme synthèse des grands mythes de cette Afrique mais, du coup, l’Afrique se faisait rêve d’un eldorado, d’un Éden passé. Lire la suite

Elvis et nous.

Un pan de notre mémoire.

Bruno Blum, par l’intermédiaire des coffrets publiés par Frémeaux et associés sur Elvis Presley, poursuit son œuvre de salubrité publique mêlant les souvenirs, le travail de mémoire et l’histoire culturelle. Le tout à travers la trajectoire d’Elvis Presley. Le volume 1 s’arrêtait en 1956, au moment où Elvis commence à connaître la gloire. Ce tome 2 ne couvre qu’une année, 1956-1957, mais remplie de bruits et de fureurs, de dénigrements, de calomnie, d’accusations plus imbéciles les unes que les autres de ces « ligues » de défense de la morale, de ces Eglises qui ne savent qu’exclure, excommunier. Peter Guralnick, cité ici, dans sa monumentale biographie d’Elvis (traduite aux éditions du Castor Astral) reprend tous les articles, toutes les déclarations contre Elvis. Bruno Blum rajoute les appréciations de Boris Vian qui – il l’a affirmé à plusieurs reprises – n’aimait pas le rock. Il trouvait – et il n’a pas toujours tort – que c’était une simplification du blues et qu’il était souvent vulgaire faute d’introduire le « double entendre », comme disent les Américains, du blues, cette ironie singulière qui transforme la grossièreté apparente en une poésie étrange. Lire la suite

Deux «dictionnaires » (publié dans la revue de l’Ecole Emancipée)

Une ou deux histoires de la culture…

Deux «dictionnaires » viennent illustrer notre histoire et nos histoires. Comme le rappelle Gilles Verlant dans Je me souviens du rock (Actes Sud collection Variétés) – sur le modèle de « Je me souviens » de Perec – le rock a quelque chose à voir avec notre vie. Et L’auteur réussit à parler à chacun d’entre nous. Et chacun d’entre nous, et là l’âge importe peu, pourrait se souvenir d’événements en relation avec cette musique, qu’André Francis dans un petit opuscule sur le Jazz (« Jazz » au Seuil) qualifiait de musique de voyous. C’est le moindre de ses mérites… Si « on » m’en laissait l’occasion, je me souviendrai de 1963, de ce concert gigantesque où j’avais découvert le sens du mot « masse », sans parler des « mouvements de masse », de la révolte de cette jeunesse et de son désir de changer le monde. Verlant n’hésite pas à dire qu’il n’a rien vérifié, montrant par là la différence entre mémoire – un travail, une recherche – et le souvenir qui suppose une part d’oubli comme le notait justement Blanchot. Lire la suite