Jazz : partage générationnel suisse

Quand trois Suisses se rencontrent…

Ils se racontent des histoires de fondation, de création et de libération. Humair/Blaser/Kanzig, un trio remarquable, Daniel, batteur inestimable, peintre à toutes les heures, a participé à toutes les grandes aventures récentes du jazz, Samuel, tromboniste, sait se servir de toute l’histoire du jazz pour la faire sienne et Henri, contrebassiste, très demandé sur la scène internationale, maître du temps, capable de répondre à toutes les sollicitations. A eux trois, toutes les générations s’entremêlent. « 1291 », titre de cet album fait référence à la constitution de la Suisse, une sorte d’acte de naissance évidemment très contesté. Ils ont choisi la légende pour construire un répertoire qui laisse rêveurs dans leur capacité à construire une musique-fiction – comme on dirait « science-fiction ». Ils mêlent allégrement, avec un sens de l’ironie bien français pour le coup, des thèmes des premiers disques de jazz comme « Original Dixieland One Step » tiré du premier 78 tours de jazz signé par l’Original Dixieland Jass Band » – en 1917, les producteurs n’ont osé « jazz » -, des compositions traditionnelles et, enfin, des canevas de chacun des membres du trio comme des improvisations signées par le trio. La musique se veut concrète. A l’image du premier disque de jazz, « Livery Stable Blues », ils évoquent les prés suisses, les animaux des fermes, la nature, l’ouverture vers l’ailleurs.
Un album libéré qui fait sourire tout en ouvrant grandes les vannes des influences, des réminiscences et, last but not least, de prendre plaisir à cette musique actuelle comme sait l’être le jazz, rencontres de mémoires. Le passé comme ouverture vers l’avenir, l’espoir.
Nicolas Béniès
« 1291 », Humair/Blaser/Kanzig, Out Note/Out There

Samuel Blaser et le blues

Trombone qui rit, qui pleure, qui vit !

« Early In The Morning » – titre de l’album du tromboniste Samuel Blaser – est un tic de langage du blues. Tôt le matin, mal réveillé, la gueule de bois après avoir partagé sa couche avec « Mr Blues », les bleus à l’âme se traduisent par du noir et la perte de tout espoir. Tellement dans le 36e dessous qu’il ne reste plus qu’à en rire pour commencer une nouvelle journée qui s’annonce semblable à la précédente. Pourtant, la vie est là « simple et tranquille », la vie qui envahit l’espace pour indiquer un nouveau chemin, celui d’un autre monde.
Le blues ne se résume dans les 12 mesures qui semble s’être imposées depuis Robert Johnson, unificateur des blues en 1936/1937. Le blues, c’est plutôt un état d’esprit, une manière de raconter le monde, de narrer son environnement en langage codé. En ce sens, le blues est immortel. La moitié environ des standards est basée sur le blues, sur son architecture.
Samuel Blaser renoue avec les racines, les mémoires du jazz qui passent par le combat permanent pour la dignité, contre le racisme, pour la fraternité et la sororité. Continuer la lecture

JAZZ ou Jass ?

Un nom ou un acronyme ? Une musique ou des morceaux à ramasser ?

Un groupe qui s’appelle « JASS » est, forcément, nourri d’Histoire et d’histoires du jazz. L’année qui vient – 2017 – fêtera le 100e anniversaire du premier disque de jazz, plus exactement de « Jass ». En mars 1917 paraissait sous l’étiquette RCA-Victor le premier 78 tours de l’ODJB, pour Original Dixieland Jass Band. Les deux « s » remplaçait les deux « z » pour ne pas choquer le bien pensant. Comme le disait Eubie Blake, compositeur au début du 20e siècle, « je ne prononce jamais le mot « Jazz » devant une dame ». Continuer la lecture