Quelque part dans le faux-vrai pour dire sans dire

Autobiographie à deux sujets pour parler de soi sans vraiment se dévoiler

Alain Gerber, à l’aube de ses 80 ans, a voulu retracer son itinéraire profondément ancré dans le jazz. La plupart de ses romans, à commencer par Le faubourg des coups de trique (Livre de poche), utilise les rythmes, le découpage du jazz, en privilégiant la voix intérieure, la nôtre, celle que nous entendons, si différente de notre voix « extérieure » qui, elle, participe au jeu social. Son premier roman, La couleur orange, devait beaucoup à La Nausée, même si le début faisait la démonstration d’une voix singulière, ajoutant simplement « tu sais » : « La couleur, tu sais, orange », titre inspiré d’une composition de Charles Mingus pour situer là encore l’importance du jazz. Critique de jazz, son titre de gloire – gloire très relative -, directeur de la collection « Quintessence » (Frémeaux et associés), il est aussi batteur amateur. Continuer la lecture

Jazz, une nouvelle venue, Nicole Glover et un trio retrrouvé


Découvri-r une saxophoniste

Nicole Glover publie son deuxième album – le premier s’intitulait « First Record », on ne saurait être plus précis – au titre en forme de définition du jazz « Memories, Dreams, Reflections » – titre de l’autobiographie de Jung. Les mémoires elle les diffuse par sa sonorité, les rêves infusent sa manière de jouer et les réflexions sur le jazz d’aujourd’hui. La saxophoniste ténor a choisi un trio, à la Sonny Rollins, un pionnier en la matière. Tyrone Allen II est le bassiste et Kayvon Gordon le batteur pour un échange intense se servant de toutes les mémoires du jazz pour aller vers de rêves forcément d’avenir. Elle corse les réflexions par le remplacement, pour deux plages, du bassiste par un violoncelliste, Lester Saint-Louis pour ouvrir d’autres portes, d’autres rêves pour faire vivre le jazz. Dans son jeu s’accumule les sonorités des saxophones du passé, à commencer par Albert Ayler, sonorités qui viennent habiter notre présent.
A écouter de toute urgence.
Nicolas Béniès
Un CD Savant

Sauvé des eaux de l’oubli
Un trio mythique dans les années 1992-93, Joachim Kühn, piano, Daniel Humair, batterie, Jean-François Jenny-Clark, contrebasse, saisi en public dans toute sa force créative. Superbe, une musique qui devrait convaincre le monde entier comme ce fut le cas ces années là, de la nécessité du jazz, d’un jazz libre qui ne connaît aucune frontière.
Je me souviens de ce trio comme si c’était hier. J’avais longuement discuté avec Jean François Jenny Clark, contrebassiste étonnant qui arrivait à faire passer dans sa musique ce qu’il était : un homme chaleureux qui n’était pas étranger à toutes les misères d’un monde qui n’en manquent pas. Sa mort, à 54 ans m’avait profondément affectée.
N.B.
Un CD Frémeaux et associés, « On Tour 1992-1993 »

Jimmy Gourley, un oublié qui résiste

Le jazz sans frontière

Le jazz de l’après Seconde Guerre mondiale s’est façonné aussi à Paris. La fin de l’Occupation a suscité le besoin d’oublier, nécessaire pour aller de l’avant. Les jeunes ne voulaient rien à voir avec la génération d’avant tenue pour responsable. Le be-bop – une révolution dans le jazz initiée par Charlie Parker et codifiée par « Dizzy » Gillespie – débarque à Paris en 1946 via les enregistrements que Charles Delaunay, directeur de la revue Jazz Hot, s’était procurés aux États-Unis, à New York. Le local de la revue, rue Chaptal, réunissait tous les jeunes musiciens avides d’intégrer ce nouveau langage. Continuer la lecture

Rien à voir avec la littérature ?

Autobiographie à deux sujets pour parler de soi sans vraiment se dévoiler

Alain Gerber, à l’aube de ses 80 ans, a voulu retracer son itinéraire profondément ancré dans le jazz. La plupart de ses romans, à commencer par « Le faubourg des coups de trique » (Livre de poche), utilise les rythmes, le découpage du jazz en privilégiant la voix intérieure, la notre, celle que nous entendons sans être la voix «extérieure qui, en général, nous perturbe tellement elle participe du jeu social. Son premier roman, « La couleur orange », devait beaucoup à « La Nausée » même si le début faisait la démonstration d’une voix singulière en ajoutant simplement « tu sais » : « La couleur, tu sais, orange », titre inspiré d’une composition de Charles Mingus pour situer là encore l’importance du jazz. Critique de jazz, son titre de gloire _ gloire très relative-, directeur de la collection « Quintessence » (Frémeaux et associés) il est aussi batteur amateur. Continuer la lecture

Regards sur les États-Unis, autobiographie de Maya Angelou et le reste

Vivre ! Libre !

Maya Angelou, née Marguerite Johnson dans une bourgade du Sud des États-Unis, vit, dans ce troisième tome de son autobiographie romancée – les souvenirs sont un roman -, dans la grande ville de la Côte Ouest San Francisco. Le titre, traduction littérale de l’original, fait défiler le programme de cette jeune femme, mère célibataire, dans le début des années cinquante – elle a moins de trente ans à la fin du périple – « Chanter, swinguer, faire la bringue comme à Noël ». Un un laps de temps raccourci, elle se marie, se sépare d’un conjoint qui veut la confiner au statut de ménagère, devient disquaire, chanteuse, danseuse et, pour finir, est engagée dans l’opéra « Porgy and Bess » pour une tournée mondiale qui l’éloigne de son fils malade de l’absence de sa mère. Elle culpabilise forcément… . Toutes ces aventures, ces rencontres baignent dans Ia tonalité de la jeunesse, bien rendu par la traductrice Sika Fakambi. Continuer la lecture

Idées cadeaux Musique. Le Patrimoine revisité.

Qui se souvient de Christian Chevallier ?
Arrangeur, compositeur, chef d’orchestre. Salué par l’Académie du Jazz le coffret Frémeaux et Associés qui lui est consacré décoiffe. D’abord parce qu’il reprend la musique du film de Melville, « Deux hommes dans Manhattan » – mystique des films noirs, comme ont uniquement en Français -, avec Martial Solal au piano, ensuite parce qu’il présente les orchestres qu’il a dirigés, enfin parce qu’il donne à Christian la place qui est la sienne. Indispensable.
N.B.
« « Deux hommes dans Manhattan », suivi de l’intégrale Christian Chevallier, le prince du jazz français 1955-1962 », coffret de trois CD, livret de Olivier Julien, Frémeaux et associés

Tout le monde connaît Quincy Jones !
Il fallait bien à la fois se souvenir qu’il fut un chef d’orchestre de jazz, arrangeur, compositeur, qu’il étudia avec Nadia Boulanger et forma un orchestre avec Eddie Barclay. Frémeaux propose de reprendre ses premiers albums sous son nom de 1957 à 1962 en 4 CD – soit l’équivalent de 8 albums et quelques reprises de ses années suédoises en 1953 – pour s’alimenter de ce temps où tout semblait possible. Il faut découvrir aussi les musiciens, musiciennes – la tromboniste Melba Liston, la pianiste Patti Bown – qui forment une cohorte joyeuse et soudée.
N.B.
« Intégrale Quincy Jones, 1957-1962, Soul Bossa Nova », coffret de 4 CD, livret de Olivier Julien, Frémeaux et associés.

Musiques, Pierre Schaeffer et une fantaisie de toutes les musiques

Passages du sonore au musical

Musique concrète ou musique acousmatique – emprunté à Pythagore pour perception auditive – a été marquée par le travail de Pierre Schaeffer au sein de la Radiodiffusion française qui invente cette nouvelle forme d’expression artistique. Un travail sur l’enregistrement puis sur toutes les techniques comme sur les bruits « naturels », une porte qui grince par exemple. Il sera rejoint par Pierre Henry et s’ouvrira à d’autres compositeurs comme Xenakis. Un double CD pour rendre compte de ces recherches qui ont permis de faire surgir d’autres manières de jouer avec les bruits et l’électronique.
NB
« Pierre Schaeffer & Pierre Henry Musique concrète 1956-1962 », livret de Olivier Julien, Frémeaux et associés

Fantaisie jules vernienne
Un groupe qui manie l’oxymore, « Free Human Zoo » – soit le Zoo des humains libres -, a quelque chose à dire de notre monde qui a tendance à délaisser la liberté tout comme l’égalité et la fraternité. Inspirée de Jules Verne et de « Vendredi » de Michel Fournier se déploie une nouvelle île mystérieuse – « The Mysterious Island. Gilles Le Rest, batterie, percu, compositeur et parolier associe musique et contes, références et hommages, toutes les cultures, tous les sons pour construire un récit d’un monde qui naît, vit et s’écroule. Une fable sur la crise climatique, sur un monde en train de disparaître.
NB
« The Mysterious Island », Free Human Zoo, ODUSSEIA/ L’Autre Distribution

Le temps des coffrets.

Les festivals s’essaient à vivre. Le variant actuel devrait, de nouveau, provoquer des règles quelques fois mortelles pour des manifestations en reconquête d’un public. Les clubs de jazz parisiens, le Sunset, le Sunside, envisagent des initiatives mais pour l’instant c’est plutôt l’attente. Il nous faut donc puiser dans d’autres ressources, (re)découvrir notre passé à l’occasion des anniversaires par exemple. Continuer la lecture

Pour Claude Bolling

Prince des alliances et du jazz français.

Claude Bolling s’est fait connaître – comme Michel Legrand – par ses musiques de film à commencer par Borsalino en dosant les souvenirs des années 1920-1930 avec la musique dite classique et les jazz plus modernes. Portrait d’un coloriste et arrangeur.
Il gardait les oreilles grandes ouvertes tout en servant le propos du réalisateur. Il avait été aussi sollicité pour illustrer les séries télévisées françaises comme, la plus connue, Les Brigades du tigre. Condensées d’évocations diverses pour retrouver un climat qui donne au public la sensation d’être transporté dans un ailleurs connu sans être reconnu. Le paysage sonore est un élément essentiel pour donner aux images sonores la profondeur qui s’impose. La leçon de Gershwin n’avait pas été oubliée : le spectateur doit pouvoir siffler la mélodie, condition essentielle du succès. Continuer la lecture

PATRIMOINE : Dario Moreno

La chanson française à l’heure des rythmes latins

Les années 1950, en France et aux États-Unis notamment se verront submerger par les rythmes afro-cubains et par les danses comme la rhumba, le cha-cha, le calypso, la samba… Il sera question d’orchestres typiques pour qualifier cette vogue en France. Un chanteur personnifie la folie de ère : Dario Moreno. La chanson qui fera de lui une star, « Si tu vas à Rio » reste à jamais l’emblème de l’époque. De temps en temps, la mémoire de ces musiques, de ces danses refait surface et c’est reparti pour la grande fête du corps. Continuer la lecture