La France telle qu’elle ne va pas

une analyse du macronisme
Dans « La guerre sociale en France », Romaric Godin propose une analyse à la fois de l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron et de l’offensive néolibérale pour imposer la déstructuration du « modèle social » français qui a résisté, grâce aux mobilisations sociales, jusqu’en 2008. L’entrée dans la crise systémique a changé la donne. Les deux lois travail, la contre réforme de la sécurité sociale, particulièrement du régime de retraite, montre la stratégie qui se met en place. Le sous titre en forme d’oxymore dit toute la problématique : « Aux sources économiques de la démocratie autoritaire »…
Un premier livre pour ce journaliste à Médiapart qui fait preuve de beaucoup d’optimisme quant aux capacités de résilience des populations. Il n’est que de constater l’absence de réactions face aux remises en cause systématique du gouvernement des plus élémentaires libertés démocratiques dont celle de manifester. La mobilisation des « Gilets jaunes » à la fois vient au secours de la thèse de l’auteur et font la preuve de la confusion idéologique liée à la progression du néolibéralisme dans les esprits et de l’absence d’alternative, de projet de société.
« La guerre sociale en France », Romaric Godin, La Découverte

Sur Marx

Marx, penseur actuel de la complexité du capitalisme.

Le livre, « Marx, le capitalisme et les crises » (La Ville brûle éditions) est une introduction. Il se veut lisible par toutes et tous.
Ces ajouts ont un but. Faire lire Marx. Plus encore. Tout en faisant la démonstration que l’analyse concrète d’une situation concrète (Lénine) est tout autant nécessaire. Les concepts et la méthode de Marx sont essentiels mais ils ne suffisent pas. Les ânonner ne sert à rien. Il faut les mettre en relation avec le contexte pour qu’ils deviennent des outils de la critique.

Il nous faut commencer par quelques indications supplémentaires sur le monde dans lequel nous essayons de vivre. Continuer la lecture

Yvan Robillard et Carsten Dahl, deux visages du piano

Du piano, encore du piano pour des voyages vers le bizarre.

« Objectif lune » est un album de Tintin resté dans les annales surtout pour sa fusée rouge et blanche qui ornait la couverture. Depuis, les hommes ont marché sur la lune qui reste un endroit, malgré ce fait, où chacun-e peut s’abriter de la réalité de notre planète. Yvan Robillard, pianiste et claviériste sait jouer de ce double entendre qui suppose de « toujours viser la lune », manière, suivant Oscar Wilde, de se tourner vers la création artistique. Prendre de la distance pour voir notre monde étrange, pour se servir de nos mémoires, de celle du jazz comme les autres. Ne rien oublier pour se situer dans le passé et prendre d’assaut le présent pour essayer de se projeter dans l’avenir.
Un programme que « YR3 », le nom de ce trio, Laurent David à la basse électrique et Eric Echampard à la batterie, propose sous le nom de « Big Rock », une manière aussi de ne pas oublier la danse. Être dans la lune prend ici une nouvelle consistance.
Carsten Dahl dessine des croquis qui peuvent devenir de véritables tableaux – comme sur « Autumn leaves » qui termine l’album – mélangeant les références des standards au folklore danois en passant par des compositions personnelles. « Painting Music » est le titre approprié. Le trio communique pour permettre d’apercevoir les contours d’un travail en train de se faire, un « work in progress ». Nils Bo Davidsen à la basse et Stefan Pasborg savent alimenter la palette du pianiste pour susciter des images qui titille notre mémoire en ouvrant des portes cachées.
Le seul reproche : ils font un peu trop penser au trio de Keith Jarrett…
Nicolas Béniès
« Big Rock », YR3, Klarthe Records ; « Painting Music », Carsten Dahl Trinity, ACT

PAN ! tout le monde au château… de Caen

Que vivent les tambours

Fini « La fermeture éclair », un lieu où le vent s’imposait comme le froid ou le chaud suivant les saisons, mais un lieu fumant, amical et ouvert sur toutes les cultures. Une sorte de loft à l’américaine. Un endroit fait pour le jazz qui s’y sentait à son aise et prenait ses aises. Fin de l’histoire.
Le collectif PAN ! en fut réduit à trouver un autre terrain de jeu.
Désormais, il faut migrer. C’est un peu la mode si l’on en croit les déclarations récentes de notre Président de la République qui rejoint la voix des extrême droite pour présenter les migrants comme les boucs émissaires faciles des difficultés présentes pour éviter d’analyser les crises en cours, évitant de trouver des solutions qui remettraient en cause les dogmes du néolibéralisme. Le jazz s’est toujours conjugué à la diversité, à l’ouverture vers les autres cultures. C’est le secret de sa jeunesse.

Migrer où ? Pour quels paysages ? Vers quelles contrées ? Vers quelles tentes ? Que Nenni, comme dirait l’amateur de termes du Moyen-Âge tombé depuis en désuétude. Un lieu prestigieux, un peu historique, un peu musées – ils sont deux dans l’histoire, Le Musée des Beaux-Arts et le Musée de Normandie -, un peu officiel : le château de Caen. Pour une fois que des migrants trouvent un hébergement haut de gamme !

Pour secouer toute la poussière accumulée, redonner des couleurs il fallait faire exploser toutes les habitudes, toutes les routines. Rien de mieux pour ce faire que les tambours, percussions et batterie qui seront les moteurs de cette édition qui se déroulera du 11 au 13 octobre. Continuer la lecture

Un coup de semonce.

Le 5 février 2018, les places financières chutaient…

Les marchés financiers souffrent d’une maladie à la mode, Alzheimer. Ils ne se souviennent pas du passé, font fi de tous les scénarios des deux crises financières précédentes – août 2007 et 2011, la crise dite de l’euro. Incapables de déceler les signes avant-coureurs, ils s’enfoncent dans leurs croyances en un marché autorégulateur. Le réveil sera amer malheureusement pas seulement pour ces traders.

Le 5 février, les marchés ont été secoués par une chute brutale de tous les indicateurs boursiers. Depuis, la volatilité – autrement dit l’impossibilité de prévoir les mouvements financiers au jour le jour – est revenue en force. Continuer la lecture

UIA Economie du 20 mars 2017, Dernière

Bonjour,

Pour cette dernière séance, je vous propose de faire le point via la « Note de conjoncture de l’INSEE » intitulé « Le pouvoir d’achat ralentit, le climat conjoncturel reste favorable » soit une contradiction : si le pouvoir d’achat ralentit, le marché final se rétrécit et la surproduction ouverte pourrait se traduire par la récession et la déflation donc par une conjoncture dépressive en remettant en cause « le climat favorable…
Pour l’heure, l’INSEE estime, pour la zone euro, la croissance à 0,4% pour le premier trimestre 2017 et prévoit 0?5% pour le deuxième. Pour l’économie française ce serait 0,3% et 0,5%. En rythmes annuel, 1,1% soit le même rythme qu’en 2016… Le terme « climat » montre toute sa dimension…
L’INSEE conclue sur les aléas « d’abord l’incertitude politique reste forte en Europe (…) incertitude sur les nouvelles sur les nouvelles orientations politiques aux Etats-Unis. » Et le pompon que je vous laisse digérer : « Enfin un aléa pèse sur la croissance des économies émergentes : la dynamique de reprise pourrait à nouveau s’y enrayer ou bien au contraire s’enclencher plus rapidement que prévu. » Une très belle manière de dire « je ne sais pas »…
Reprenons ces trois aléas. Les élections aux Pays-Bas ont inquiété les marchés financiers. La victoire de libéraux a rassuré. La Bourse de Paris, via le CAC40, a augmenté de plus de 3%, dépassant les 5000 points sans lien direct avec la croissance économique. Marine Le Pen semble, pour le moment, pas encore les inquiéter alors qu’elle est stable dans les sondages…
Pour les Etats-Unis, la dernière réunion du G20 a fait la preuve que la politique américaine n’était pas encore totalement arrêtée mais qu’elle se voulait plus autoritaire. les décisions seraient prises directement par Trump sans coopération internationale. La « loi du plus fort » dominerait sans que la stratégie apparaisse.
Pour le moment, les économies émergentes d’Amérique latine connaissent la récession et le renchérissement de leur dette via la hausse du dollar qui risque de se poursuivre en fonction de la politique monétaire de la FED d’augmentation des taux même si à coup de 0,25% – la taux directeur a été porté à 0,75%. La Chine n’est pas à l’abri d’une crise de la dette privée ni d’une surproduction même di Xi Liping cherche à centraliser le pouvoir
Comme d’habitude, l’aléa principal est oublié : la crise financière. Dans cette note, elle n’apparaît nul part comme si ce risque était inexistant. Or, les politiques monétaires expansionnistes ont créée la possibilité – la possibilité, le champ des possibles n’est jamais considéré au profit du quotidien comme si ce quotidien était immuable – d’une chute due à la création monétaire sans création de richesses.

Pour cette dernière, nous essayerons de décrypter cette conjoncture inédite…

Nicolas.

JAZZ, sans un mot, un jazz Babel ?

Un jazz mondialisé ?

Alex Maksymiw, guitariste et leader de ce groupe pour cet album « Without a Word », sans un mot ce que permet la musique, est, peut-être le prototype d’un musicien de jazz de nos temps étranges. Né à Toronto de parents ukrainiens, il a fait ses études à Amsterdam, joué dans des grands orchestres comme Amsterdam Jazz Orchestra ou le Village Vanguard Orchestra – créé par Thad Jones et Mel Lewis, il continue, chaque lundi à se produire au Village Vanguard de New York sans ses créateurs – ou d’autres, à cheval sur les deux continents, européen et américain. Comme Mike Stern, guitariste un temps de Miles Davis, il se trouve au confluent de toutes les influences. Il a du mal, la pression est forte, à se sortir du langage et de grammaire du be-bop tout en subissant les vagues venues du free jazz et de Coltrane en particulier en passant par Miles ou le jazz fusion via John McLaughlin. Pat Metheny et John Scofield sont aussi présents dans le style du guitariste. Continuer la lecture

Deux festivals de jazz

JAZZ
Le printemps est là !

« Banlieues bleues » à peine terminé en ce début du mois d’avril – un festival qui a tenu quelques-unes de ses promesses – que s’ouvre « europa djazz », ex festival du Mans. Depuis quelques temps déjà, il prend ses aises sur presque toute l’année en multipliant les initiatives surtout en direction des collégiens et des lycéens et en organisant concerts, conférences. Se prépare aussi « Jazz sous les Pommiers » à Coutances, qui suit une voie semblable. Ces deux festivals de nos printemps – le premier fête sa 36e année, l’autre sa 34e – se sont imposés comme des lieux incontournables pour les musicien(ne)s d’aujourd’hui. Ils réussissent un tour de force : présenter à la fois des figures connues, quelque fois des légendes comme Pharoah Sanders qui se produira à Coutances le vendredi 15 mai, ou des inconnu(e)s qu’il faut découvrir.
Les organisateurs, toujours sur le fil du rasoir de la baisse des subventions publiques malgré leur notoriété, sont obligés à la réussite. Il faut attirer du public pour justifier des crédits publics. Curieuse société que la nôtre qui oblige au succès ! Malgré cette épée de Damoclès, ils continuent de programmer des artistes jeunes qui ont besoin de ce coup de pouce. Les résidences servent aussi à permettre à un(e) musicien(ne) de créer une performance. Ce sera le cas à Coutances. Airelle Besson, trompettiste, présentera son travail de l’année. Le jazz fait ainsi la preuve de sa vitalité. De jeunes musicien(ne)s se tournent vers cette musique sans que, paradoxalement, le public ne rajeunisse…
« Europa djazz » a invité Vincent Peirani et Emile Parisien pour un « régional tour » (jusqu’au 10 avril) pour mettre en bouche avant les « Rendez-vous du printemps », une sorte de sacre, avec des Nuits – de la salsa, du jazz manouche, des fanfares – et un final, du 6 au 9 mai dans la belle Abbaye de l’Epau – fondée en 1229 par la Reine Bérangère de Navarre – qui verra Matthieu Donarier et Sébastien Boisseau pour un duo saxophone/contrebasse, la saxophoniste Alexandra Grimal, Louis Sclavis, Dominique Pifarély – un violoniste sensuel et actuel -, Airelle Besson, Paolo Fresu et beaucoup d’autres…
Coutances, localité de la Manche avec sa cathédrale en guise de promontoire, chevauchera les dates du Mans en commençant, cette année, le vendredi 8 mai avec le film « Whiplash » à propos duquel le batteur Mourad Benhamou donnera un aperçu de son talent, pour aller jusqu’au samedi 16 mai. Comme à l’habitude, le festival s’adapte au jeudi de l’Ascension. Le dimanche est réservé aux fanfares – ils ont prévu le soleil – et le mardi au blues. Larry Garner sera l’invité de cette soirée. On ne l’a pas vu sur les scènes françaises depuis longtemps et il ne faudra pas le rater… Kenny Garrett, Jacky Terrasson, Joe Lovano, Guillaume Perret – un saxophoniste qui s’affirme –, Henri Texier, un habitué, Paolo Fresu comme beaucoup d’autres… seront de ce feu d’artifice des jazz. Je donnerai, comme tous les ans, une conférence sur le 70e anniversaire de la fin de la guerre en faisant écouter la révolution de ce temps, le bebop.
Ces rendez-vous sont des moments de découvertes, de musiques, de musicien(ne)s. Il ne faut pas rater les concerts de midi, sous chapiteau, qui font, souvent, les madeleines de demain.
N.B.
Rens. Europa djazz, 02 43 23 78 99, www.europajazz.fr,
Jazz sous les Pommiers, 02 33 76 78 50, jsp@jazzsouslespommiers.com

Télémaque

Une poésie sans mots.

Télémaque catalogueTélémaque, peintre français né à Haïti en 1937, fait l’objet d’une exposition au Centre Pompidou et d’un livre proposant une monographie de ses œuvres couvrant les années 1958 à 2014. 250 reproductions pour faire connaissance avec cet artiste jouant avec ses souvenirs, objets du quotidien qui servent de points de repères, pour les noyer dans la mémoire de notre temps. Il aime la concurrence avec la poésie, déniant aux mots leur capacité de prendre la place de la peinture. Les explications des auteurs permettent d’interroger les œuvres pour pénétrer dans un univers étrange qui oblige à voir autrement.
NB
« Télémaque », Gérard Durozoi, David M Lemaire, Alexia Guggémos, Henri Griffon, Flammarion, exposition jusqu’au 30 avril.

Séminaire jazz du mercredi 26 novembre 2014

Bonjour,

Semaine chargée pour moi et pour vous.

Après l’économie, le jazz. Mercredi 25 novembre.

Nous quittons Kansas City (Missouri) à regret. Il me restait des musiciens à vous faire entendre.

je vous propose un échantillon – de références – de ce que nous avons entendu
Andy Kirk and his Twelve clouds of joy, avec Mary-Lou Williams, pianiste, compositeur et arrangeure. Des sorties récentes font la part belle à Mary-Lou. Voir les chroniques sur ce blog/site.

Je vous mets ci-après quelques extraits en MP3 de ce que je vous ai fait entendre.

Big Joe Turner, son grand succès « Corrine Corrina » (je vous ai fait entendre Rebecca…)

Le pianiste Pete Johnson, compère attitré de Turner, and his boogie woogie boys, « Cherry Red »

Mary-Lou Williams en trio, « Little Joe from Chicago »

Pete Johnson et Joe Turner dans ce premier grand succès « Roll ’em Pete »

Lester Young premier enregistrement en 1936, « Lady be Good », en compagnie de Count Basie (p), Jo Jones (dr) notamment. Sous le nom de « Jones-Smith inc. », le trompettiste Carl Smith a peu enregistré et on ne connaît pas de solos de lui, mais il fut un premier trompette important de l’orchestre de Basie. Les 13 musiciens étaient au Reno Club à KC et la musique ne s’arrêtait jamais sauf pour le changement d’orchestre…

Harlan Leonard and his rockets que je n’ai pas eu le temps de vous faire entendre, l’arrangeur Tadd Dameron, pianiste du groupe, deviendra un des grands compositeurs du bebop. « My gal Sal » de 1940

Lester Young en 1941 accompagnant Una Mae Carlisle dans « Blitzkrieg Baby »

Lester Young en 1944, « Blue Lester »

1942, premier enregistrement de Charlie Parker avec le Big band de Jay McShann, « Swingmatism »

Charlie Parker et « Dizzy » Gillespie avec Slam Stewart, bassiste fredonnant et le guitariste Slim Gaillard, MC, pour cette jam gravée en 1945 pour Savoy.

Julia Lee en 1947, pianiste et vocaliste, son grand succès « Snatch and grab it »

Quand Ravel et son infante servent de matériau pour un très bel arrangement pour deux musiciens dont l’élégance est le point commun, le trompettiste Buck Clayton et le tromboniste Vic Dickenson, en compagnie de Hal Singer (ts) pour ce « The Lamp is low » titre américain.

Décembre 1945, Lester Young à la sortie de l’armée, « These foolish things »

Un beau final…

Nous quittons donc le Missouri pour partie de nouveau vers le nord industriel, Philadelphie est notre arrêt pour 4 rendez-vous.
skylineLa ville de Benjamin Franklin a été, un temps, une concurrente de New York. Ville des arts et des sciences. Sa gare en forme de temps, inspiré par La Grèce et Rome – mais aussi la « Ville Blanche » de Chicago, au moment de l’exposition universelle.
Sans parler des Amish toujours présent, héritage du fondateur de la ville, Penn et des Quakers. Le film de Peter Weir, « Witness », « Témoin sous surveillance » pour le titre français », fait de la communauté Amish le personnage principal de ce film, avec Harrisson Ford (1985). Communauté présente au marché couvert de Reading Terminal. Repas et commerces tenus par la communauté…
Aujourd’hui, Philly fait bien silencieuse face à Big Apple qui ne dort jamais…
university-city-philadelphia-skyline-day-1400vpUn jazz spécifique est pourtant né là… Beaucoup des musicien(ne)s de cette Ville marqueront le jazz – et le jazz de New York – de leurs empreintes…

Les photos ci-dessous, de Francine Béniès, en guise d’entrée dans la ville de Philly. Elles datent du 17 septembre 2014

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Ci-dessus quelques tableaux sur les murs de Philadelphie et ci-dessous l’entrée du Musée d’art moderne.

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A mercredi, 18 heures – 19h30 au Café Mancel.

Nicolas BENIES.