Jazz. De Morricone, jeux de mémoire à Dominique Fillon jeux de fin

Deux ou trois choses à savoir de Ennio Morricone
Le compositeur sert toujours de référence aux musiques de films plus ou moins muets, pour habiter un silence qui en dit plus que bien des paroles. Les images, dans notre mémoire, tourbillonnent autour des recréations des deux compères, le bassiste Ferruccio Spinetti et le claviériste Giovanni Ceccarelli, un duo à la place d’un grand orchestre, une gageure. Gagnée. La reconnaissance – pas toujours, certaines musiques de série télé ne font pas forcément partie de notre patrimoine – s’allie à la découverte de sonorités, d’alliances, de mélodies étranges sorties de celles connues. Les surprises donnent du sel à ces recréations. Continuer la lecture

Les festivals de jazz pointent leur programme dans un environnement singulier.


Le printemps de l’automne.

Les festivals essaient de reprendre vie. Difficile dans l’atmosphère actuelle. Les angoisses se mêlent aux peurs transformées en autant de masques et de tests. Comment entendre, voir, participer surtout ? Comment retrouver le chemin des sensations collectives en communiant dans un concert ?
Les organisateurs de festival ne répondent pas directement à ces questions posées à la fois par la pandémie mais aussi par la crise profonde que traversent les secteurs de la culture soumis aux diktats souvent du marché.
Aller aux spectacles est une manière de réponse. Pour encourager le retour de ces structures, pour encourager les intermittent-e-s et réfléchir à la « réinvention » de la diffusion de la culture.
Deux festivals du printemps. Jazz sous les Pommiers et Europa Djazz, festival de jazz du Mans, s’essaient à retrouver des couleurs en cet automne gros de périls. Les mutations climatiques sont de la partie et jouent un rôle non négligeable pour donner l’impression que le printemps est encore là sinon même l’été. Curieuse rentrée qui voit tourner la terre à l’envers et conduit le calendrier aux oubliettes d’une histoire perdue dans tous les sens, surtout celui interdit.
Ces bouleversements ne peuvent faire oublier la musique, les rencontres pour s’aérer l’esprit faute de pouvoir enlever son masque. Continuer la lecture

Dave Liebman, présentation en janvier 1994

Dave Liebman, saxophoniste soprano et ténor, était venu à Paris pour présenter un album produit par Jean-Jacques Pussiau pour son label OWL (aujourd’hui disponible chez Universal) et se faire connaître et reconnaître. Ce broolyner – natif de Brooklyn, quartier de New York où il est né en 1946, est une des grandes voix du jazz surtout au soprano. Sa manière de jouer doit à tous ceux qui l’ont précédé sur cet instrument à commencer par Sidney Bechet dont il a la force expressive et, évidemment, à John Coltrane.
Faute de place pour le scanner, le titre et le chapeau manquent. Les voici :
Dave Liebman : Le jazz d’aujourd’hui
Du jazz et le vie. Expression et influences, histoire vécue et espoirs. Racines et évolutions. Enseignement et pédagogie. Une interview de Dave Liebman »
Rajoutons, la première en France.
Rouge n°1572 du 13 janvier 1994.

Jazz et Italie.

Pour bien commencer l’année.

Sarah Lancman avait défrayé la chronique avec un premier album. « Intermezzo », un titre adapté au deuxième album qu’elle signe, est une rencontre avec le pianiste Giovanni Mirabassi pour un répertoire issu des chansons italiennes, arrangées par le pianiste. Elle réussit, avec cette voix qui feule, miaule et envahit l’espace, à procurer des sensations sensuelles et déclencher des souvenirs habités par ces airs connus pour la plupart. Elle sait susciter les émotions.
Le pianiste met en valeur la voix qui erre entre les mots; pour les faire devenir musique tout en gardant leur sens. Les soli qu’il propose montre sa capacité à s’approprier tous ces thèmes pour en faire des standards du jazz. Pour certains d’entre eux, le saxophoniste Olivier Bogé s’ajoute pour donner une autre lecture et contester celle de la vocaliste pour donner plus de sel au duo et faire redécouvrir la voix.
Pour rêver d’autres mondes, Sarah sait susciter notre imagination. Ne ratez pas ce rendez-vous.
Nicolas Béniès.
« Intermezzo », Mirabassi/Lancman, Jazz Eleven.

La France telle qu’elle ne va pas

une analyse du macronisme
Dans « La guerre sociale en France », Romaric Godin propose une analyse à la fois de l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron et de l’offensive néolibérale pour imposer la déstructuration du « modèle social » français qui a résisté, grâce aux mobilisations sociales, jusqu’en 2008. L’entrée dans la crise systémique a changé la donne. Les deux lois travail, la contre réforme de la sécurité sociale, particulièrement du régime de retraite, montre la stratégie qui se met en place. Le sous titre en forme d’oxymore dit toute la problématique : « Aux sources économiques de la démocratie autoritaire »…
Un premier livre pour ce journaliste à Médiapart qui fait preuve de beaucoup d’optimisme quant aux capacités de résilience des populations. Il n’est que de constater l’absence de réactions face aux remises en cause systématique du gouvernement des plus élémentaires libertés démocratiques dont celle de manifester. La mobilisation des « Gilets jaunes » à la fois vient au secours de la thèse de l’auteur et font la preuve de la confusion idéologique liée à la progression du néolibéralisme dans les esprits et de l’absence d’alternative, de projet de société.
« La guerre sociale en France », Romaric Godin, La Découverte

Sur Marx

Marx, penseur actuel de la complexité du capitalisme.

Le livre, « Marx, le capitalisme et les crises » (La Ville brûle éditions) est une introduction. Il se veut lisible par toutes et tous.
Ces ajouts ont un but. Faire lire Marx. Plus encore. Tout en faisant la démonstration que l’analyse concrète d’une situation concrète (Lénine) est tout autant nécessaire. Les concepts et la méthode de Marx sont essentiels mais ils ne suffisent pas. Les ânonner ne sert à rien. Il faut les mettre en relation avec le contexte pour qu’ils deviennent des outils de la critique.

Il nous faut commencer par quelques indications supplémentaires sur le monde dans lequel nous essayons de vivre. Continuer la lecture

Yvan Robillard et Carsten Dahl, deux visages du piano

Du piano, encore du piano pour des voyages vers le bizarre.

« Objectif lune » est un album de Tintin resté dans les annales surtout pour sa fusée rouge et blanche qui ornait la couverture. Depuis, les hommes ont marché sur la lune qui reste un endroit, malgré ce fait, où chacun-e peut s’abriter de la réalité de notre planète. Yvan Robillard, pianiste et claviériste sait jouer de ce double entendre qui suppose de « toujours viser la lune », manière, suivant Oscar Wilde, de se tourner vers la création artistique. Prendre de la distance pour voir notre monde étrange, pour se servir de nos mémoires, de celle du jazz comme les autres. Ne rien oublier pour se situer dans le passé et prendre d’assaut le présent pour essayer de se projeter dans l’avenir.
Un programme que « YR3 », le nom de ce trio, Laurent David à la basse électrique et Eric Echampard à la batterie, propose sous le nom de « Big Rock », une manière aussi de ne pas oublier la danse. Être dans la lune prend ici une nouvelle consistance.
Carsten Dahl dessine des croquis qui peuvent devenir de véritables tableaux – comme sur « Autumn leaves » qui termine l’album – mélangeant les références des standards au folklore danois en passant par des compositions personnelles. « Painting Music » est le titre approprié. Le trio communique pour permettre d’apercevoir les contours d’un travail en train de se faire, un « work in progress ». Nils Bo Davidsen à la basse et Stefan Pasborg savent alimenter la palette du pianiste pour susciter des images qui titille notre mémoire en ouvrant des portes cachées.
Le seul reproche : ils font un peu trop penser au trio de Keith Jarrett…
Nicolas Béniès
« Big Rock », YR3, Klarthe Records ; « Painting Music », Carsten Dahl Trinity, ACT

PAN ! tout le monde au château… de Caen

Que vivent les tambours

Fini « La fermeture éclair », un lieu où le vent s’imposait comme le froid ou le chaud suivant les saisons, mais un lieu fumant, amical et ouvert sur toutes les cultures. Une sorte de loft à l’américaine. Un endroit fait pour le jazz qui s’y sentait à son aise et prenait ses aises. Fin de l’histoire.
Le collectif PAN ! en fut réduit à trouver un autre terrain de jeu.
Désormais, il faut migrer. C’est un peu la mode si l’on en croit les déclarations récentes de notre Président de la République qui rejoint la voix des extrême droite pour présenter les migrants comme les boucs émissaires faciles des difficultés présentes pour éviter d’analyser les crises en cours, évitant de trouver des solutions qui remettraient en cause les dogmes du néolibéralisme. Le jazz s’est toujours conjugué à la diversité, à l’ouverture vers les autres cultures. C’est le secret de sa jeunesse.

Migrer où ? Pour quels paysages ? Vers quelles contrées ? Vers quelles tentes ? Que Nenni, comme dirait l’amateur de termes du Moyen-Âge tombé depuis en désuétude. Un lieu prestigieux, un peu historique, un peu musées – ils sont deux dans l’histoire, Le Musée des Beaux-Arts et le Musée de Normandie -, un peu officiel : le château de Caen. Pour une fois que des migrants trouvent un hébergement haut de gamme !

Pour secouer toute la poussière accumulée, redonner des couleurs il fallait faire exploser toutes les habitudes, toutes les routines. Rien de mieux pour ce faire que les tambours, percussions et batterie qui seront les moteurs de cette édition qui se déroulera du 11 au 13 octobre. Continuer la lecture

Un coup de semonce.

Le 5 février 2018, les places financières chutaient…

Les marchés financiers souffrent d’une maladie à la mode, Alzheimer. Ils ne se souviennent pas du passé, font fi de tous les scénarios des deux crises financières précédentes – août 2007 et 2011, la crise dite de l’euro. Incapables de déceler les signes avant-coureurs, ils s’enfoncent dans leurs croyances en un marché autorégulateur. Le réveil sera amer malheureusement pas seulement pour ces traders.

Le 5 février, les marchés ont été secoués par une chute brutale de tous les indicateurs boursiers. Depuis, la volatilité – autrement dit l’impossibilité de prévoir les mouvements financiers au jour le jour – est revenue en force. Continuer la lecture

UIA Economie du 20 mars 2017, Dernière

Bonjour,

Pour cette dernière séance, je vous propose de faire le point via la « Note de conjoncture de l’INSEE » intitulé « Le pouvoir d’achat ralentit, le climat conjoncturel reste favorable » soit une contradiction : si le pouvoir d’achat ralentit, le marché final se rétrécit et la surproduction ouverte pourrait se traduire par la récession et la déflation donc par une conjoncture dépressive en remettant en cause « le climat favorable…
Pour l’heure, l’INSEE estime, pour la zone euro, la croissance à 0,4% pour le premier trimestre 2017 et prévoit 0?5% pour le deuxième. Pour l’économie française ce serait 0,3% et 0,5%. En rythmes annuel, 1,1% soit le même rythme qu’en 2016… Le terme « climat » montre toute sa dimension…
L’INSEE conclue sur les aléas « d’abord l’incertitude politique reste forte en Europe (…) incertitude sur les nouvelles sur les nouvelles orientations politiques aux Etats-Unis. » Et le pompon que je vous laisse digérer : « Enfin un aléa pèse sur la croissance des économies émergentes : la dynamique de reprise pourrait à nouveau s’y enrayer ou bien au contraire s’enclencher plus rapidement que prévu. » Une très belle manière de dire « je ne sais pas »…
Reprenons ces trois aléas. Les élections aux Pays-Bas ont inquiété les marchés financiers. La victoire de libéraux a rassuré. La Bourse de Paris, via le CAC40, a augmenté de plus de 3%, dépassant les 5000 points sans lien direct avec la croissance économique. Marine Le Pen semble, pour le moment, pas encore les inquiéter alors qu’elle est stable dans les sondages…
Pour les Etats-Unis, la dernière réunion du G20 a fait la preuve que la politique américaine n’était pas encore totalement arrêtée mais qu’elle se voulait plus autoritaire. les décisions seraient prises directement par Trump sans coopération internationale. La « loi du plus fort » dominerait sans que la stratégie apparaisse.
Pour le moment, les économies émergentes d’Amérique latine connaissent la récession et le renchérissement de leur dette via la hausse du dollar qui risque de se poursuivre en fonction de la politique monétaire de la FED d’augmentation des taux même si à coup de 0,25% – la taux directeur a été porté à 0,75%. La Chine n’est pas à l’abri d’une crise de la dette privée ni d’une surproduction même di Xi Liping cherche à centraliser le pouvoir
Comme d’habitude, l’aléa principal est oublié : la crise financière. Dans cette note, elle n’apparaît nul part comme si ce risque était inexistant. Or, les politiques monétaires expansionnistes ont créée la possibilité – la possibilité, le champ des possibles n’est jamais considéré au profit du quotidien comme si ce quotidien était immuable – d’une chute due à la création monétaire sans création de richesses.

Pour cette dernière, nous essayerons de décrypter cette conjoncture inédite…

Nicolas.