Une saga américaine écrite par un Anglais

Le jazz, fil conducteur d’une histoire noire des Etats-Unis.

Ray Celestin, linguiste et scénariste britannique, s’est lancé dans une grande aventure. Raconter l’histoire des Etats-Unis du côté de leur face cachée, noire dans tous les sens de ce terme. Point de départ, la Nouvelle-Orléans en 1919, ses quartiers, ses activités économiques, son racisme et ses transformations dues à l’arrivée, après la guerre de Sécession (1861-1865), des « Yankee » transportant une nouvelle façon de vivre. Deux éléments dominent ce premier opus, « Carnaval », d’abord le déclassement des « Créoles » issus des familles officieuses des colons français. Ces « métis » avaient une place sociale singulière entre les colons blancs et les Noirs des bas quartiers. La « race » aux Etats-Unis structure la société. Les « Yankee » supprimeront le statut particulier des Créoles pour les considérer comme des Noirs. L’arrivée des nouveaux migrants, Siciliens pour la plupart, renforcera cette perte de reconnaissance. Lire la suite

Compléments au « souffle de la révolte », une photo

Bonjour,

« Le souffle de la révolte » est en train d’être « finalisé » – mot étrange qui vient sous la plume faute d’un terme plus approprié. Les photos, la musique est en train d’être négocié. Pas toujours simple. La parution est fixé, nouvelle « dead line » – il faut bien parler anglais pour suivre notre Président – fin juillet au plus tard.

En attendant une photo étrange prise à Harlem à l’été 1958 à l’instigation du magazine Esquire. La photo ci-dessus est extraite d’un CD réalisé à l’occasion de la sortie d’un documentaire réalisé par Jean Bach qui a été récompensée par un Oscar. « A Great Day In Harlem » est à la fois le titre de la photo, du documentaire et de l’album Columbia paru en 1995 qui reprend des thèmes des musiciennes et musiciens présent-e-s dans le film de Jean Bach. Une musique qui a tendance à partir dans tous les sens, qui fait l’intérêt de l’album. En mélangeant les Jazz Messengers qui débute à Gene Krupa et son orchestre pour finir presque évidemment par Thelonious Monk en passant par Duke Ellington, Mingus – présent sur la photo -, Lester Young… En passant, signalons que Charles Mingus composera « Good Bye Pork Pie Hat » en 1959 à la mort de Lester, nom du chapeau que portait le saxophoniste ténor. Lire la suite

Compléments au souffle de la révolte

Bonjour,

La parution n’est pas pour demain. Pb de mise en page, d’arrivée d’argent… Le livre – qui sera le plus épais de tous ceux que j’ai écrit et sera le résultat de plusieurs années de travail et de réflexions – devrait être là bientôt. Ce terme est volontairement flou. Il était annoncé au salon du livre de Caen mais il faudra attendre la mi-juillet selon toute vraisemblance.
Encore quelques compléments qui ne changent pas ce que j’i écrit mais qui éclairent quelques aspects des rapports raciaux aux Etats-Unis. Ici, un livre de Didier Combeau, « Polices américaines », un pluriel qui interroge dés l’abord.

Dans « Polices américaines » (Gallimard, collection « La suite des temps »), Didier Combeau insiste sur les différences de construction de l’État entre, notamment, la France et les Etats-Unis. Il décrit les responsabilités des structures administratives dans les tâches de maintien de l’ordre au détriment de l’État fédéral. États, county, municipalités ont la main sur les forces dites de l’ordre. Il met aussi en lumière les changements qui ont suivi les scandales de corruption. La police a servi de rabatteurs pour les élections pour devenir des forces au services des capitalistes. Ainsi, écrit-il pages 51-52 « A la fin du 19e, les villes américaines sont dirigées par des « machines » politiques, sous la coupe de patrons « boss », qui érigent le clientélisme et la corruption en système de gouvernement. » la corruption touche la police. Les nominations d’agents sont politiques et ils viennent pour la plupart de l’immigration irlandaise, allemande dans une moindre mesure. Lire la suite

Jazz, Whirlwind – un label indépendant -,

côté saxophonistes

Tim Armacost et le NYSQ.
Une carrière déjà bien remplie pour Tim Armacost, saxophone ténor et soprano -, né à Los Angeles et qui a créé son quartet, comme les initiales l’indiquent – NYSQ – à New York. Récompenses multiples pour ce musicien qui a commencé à se faire connaître au Japon. Il se situe, pour cet album « Sleight of Hand » – tout de passe-passe -, apparemment dans la lignée de Sonny Rollins et de toute la tradition du bop et du hard bop. Les compositions choisies en témoignent avec trop d’évidence, de « Soul Eyes » à « Lover Man » en passant par « Ask Me Now » et « I Fall In Love To Easily » ou une recréation d’un thème de Hank Mobley. Une seule composition originale due à la plume du pianiste du groupe, David Berkman… « Sleight Of Hand » qui résume la démarche de « NYSQ », faire supporter aux oreilles et au cerveau un semblant de reconnaissance pour mieux tromper la connaissance.
Le groupe est soudé – Daki Yasukagawa à la basse et Gene Jackson à la batterie complètent le quartet – et sait faire s’envoler les notes pour aller au-delà des apparences. Une sorte d’illusion dans l’illusion. Si vous ne connaissez pas, une découverte nécessaire.
Nicolas Béniès
« Sleight of Hand », NYSQ, Whirlwind Lire la suite

La saga du siècle, du jazz et de Louis Armstrong, volume 15


Les incidences d’une grève.

Pour mémoire : Louis Armstrong est né le 4 août 1901, quasiment avec le siècle. Il incarne le jazz dont il fut le génie tutélaire. Daniel Nevers s’est lancé dans cette grande aventure de l’intégrale qui ne peut être exhaustive. Il n’est pas vraiment possible, ni intéressant de reprendre tous les enregistrements publics des groupes, Big Bands conduits par le trompettiste, génie incandescent puis grande vedette du show biz. La carrière de Sidney Bechet, soit dit en passant, suivra la même trajectoire. Tel que, les 15 volumes parus à ce jour permettent à la fois de suivre les évolutions de sa musique, de revenir sur la chronologie du 20e siècle et d’apercevoir les changements sociaux et sociétaux des États-Unis. Louis Armstrong a façonné les références culturelles de la première moitié du siècle dernier et laissé sa marque sur toutes les musiques dites de variété.
L’après seconde guerre mondiale le verra accéder au rang de star, traînant sa gouaille et sa voix, un peu moins la trompette – mais ce n’est pas le cas en cette année 1948 – sur toutes les scènes du monde, utilisé par le Département d’État américain comme ambassadeur. Au début des années 1960, Dizzy Gillespie sera lui aussi un « ambassadeur » de la diplomatie américaine. Une manière de se payer, de nouveau, un grand orchestre.
L’année 1948 avait commencé, avec le volume 14. Satchmo, comme tout le monde l’appelle et comme il se présente « Louis, Satchmo Armstrong » en oubliant Daniel son deuxième prénom – s’était tourné vers les petites formations. L’ère des Big Band tiraient à sa fin. Il fallait trouver un autre format. Le volume 14 montrait les premiers pas de la formule présentée notamment au festival international de jazz de Nice sous l’égide de Hughes Panassié. En juin 1948, pour des émissions de radio à Chicago et à Philadelphie, le « All-Stars » – le nom est adopté après des hésitations comme le raconte Daniel Nevers dans le livret – se met en place. Lire la suite

Un intitulé étrange, « Jazz From Carnegie Hall »

Un concert exceptionnel

Le Carnegie Hall, sis à New York City, est des hauts lieux des concerts d’abord classiques, symphoniques même si des vedettes de la chanson française comme Charles Aznavour s’y sont produites. Il avait ouvert ses portes, entrouvert serait plus juste au jazz dés 1932 pour accueillir Benny Goodman et son orchestre en 1937 et les concerts organisés par John Hammond en décembre 1938 et 1939, « From Spiritual To Swing ». Une histoire qui aurait pu être d’amour mais il n’en fut rien, du moins en cette fin des années cinquante.

Kenny Clarke au premier plan

Pourquoi, en tenant compte de cette mémoire, appeler une série de concerts et de tournées qui prenaient exemple sur les « Jazz At The Philharmonic » – JATP pour les intimes – « Jazz From Carnegie Hall » ? Une idée du britannique Harold Davison confondant volontairement tous les philharmoniques pour bénéficier de la renommée du lieu. Le titre n’a sans doute pas plus d’importance qu’anecdotique mais il est révélateur des méconnaissances de l’époque de la vie aux Etats-Unis. Il faudrait faire une étude des relations du jazz et des salles de concert exception faite de ces JATP voulus par Norman Granz pour faire reconnaître le jazz, les musicien-ne-s et casser les codes des frontières entres les branches de la musique et lutter contre le racisme. Lire la suite

JAZZ, Cecil Taylor, départ pour l’éternité.

Ne rien oublier.

Un auteur, que je ne citerai pas, vient de commettre un ouvrage sur Chopin. La belle affaire me direz-vous. Cette publicité m’a conduit à me demander si, en remplaçant Chopin par Cecil Taylor, l’éditeur se serait fendu d’une publicité. La réponse négative s’impose d’elle-même. Pourtant, Cecil fait plus partie de notre présent que Chopin. Je ne demande pas que Chopin soit ignoré mais que puisse se faire reconnaître, le génie intransigeant de Cecil Perceval Taylor, mort à Brooklyn le 5 avril 2018. Lire la suite

Eric Dolphy, enfin !

Une biographie nécessaire.

Écrire une biographie n’est pas toujours un instrument de connaissance de celui ou de celle figé-e dans une curieuse éternité. Figer un individu dans sa vie, le vider de tous ses possibles conduit à l’embaumer pour mieux l’oublier. La biographie est un art difficile.
Paradoxalement le jazz résiste à l’enterrement, à la commémoration. Pas toujours, il va sans dire mais souvent la biographie permet de rendre la vie à un musicien trop tôt disparu de nos écrans. L’explication réside dans l’imbrication de la vie des musicien-ne-s de jazz avec la création.
Guillaume Belhomme, prenant en compte l’absence au mieux, le dénigrement au pire de Eric Dolphy a voulu proposer cette biographie. Né le 20 juin 1928 à Los Angeles, Dolphy est mort en Allemagne le 29 juin 1964, à 36 ans quasiment pile, d’un diabète non diagnostiqué. Il a payé le prix fort de clichés sur les musiciens de jazz tous junkies. Ses symptômes n’ont jamais été pris au sérieux. C’est une première entrée qui lutte contre les rumeurs dont l’une dit qu’il avait peur des médecins et ne voulait pas aller à l’hôpital. Lire la suite

Un essai de Laurent Cugny

Qui est Hughes Panassié ?

Hugues Panassié, un des premiers critiques et discographe du jazz a suscité émois, idolâtrie et rejets. Il a souvent été présenté – je l’ai fait dans « Le souffle de la liberté » – comme « collaborateur » pendant la deuxième guerre mondiale. Le « Pape de Montauban » comme l’appelait à la fois ses thuriféraires et ses détracteurs, a beaucoup écrit et dans beaucoup de publications y compris pendant cette période tout en restant enfermé dans Montauban.
Comment rendre compte de « l’œuvre panassiéenne et sa réception » ? Laurent Cugny s’est donné cet objectif dans cet essai biographique limité à la période qu’il analyse dans le tome 1 de son « Histoire générale du jazz en France » (Outre Mesure, 2014), autrement les années 1920-1930 avec quelques incursions dans d’autres œuvres de Panassié en forme d’autobiographie.
« Hugues Panassié » – titre aussi de cet ouvrage – publie « Le Jazz Hot » en 1934. Il a alors 22 ans et c’est sa première incursion dans l’édition. En 1936, il sera traduit aux Etats-Unis. Rentier, il a l’argent pour acheter les disques et le temps de les écouter. Il fait aussi un travail de recherches discographiques en demandant à chaque jazzman qui vient en France les noms des musicien-ne-s présent-e-s dans le studio pour tel ou tel enregistrement. Un peu plus tard, pour « Swing – le label qu’il fonde avec Charles Delaunay – il organisera une séance d’enregistrement avec le poète Pierre Reverdy, une rencontre réussie avec le jazz. Lire la suite

JAZZ, De Bechet à Jaspar

Mémoires.

La mémoire du jazz se conjugue souvent au pluriel. Quelque fois même elles se télescopent pour faire surgir un futur qui le fait paraître totalement différentes. C’est une des raisons pour lesquelles les rééditions sont nécessaires. Pas n’importe lesquelles. Celles qui font l’objet d’un travail de mémoire, de poètes pour expliquer, mettre en scène le passé et en faire un lieu de possibles.
Jouer avec la mémoire, les mémoires, c’est le propre du jazz qui n’oublie rien. L’oubli est un gouffre. Là git sans doute la difficulté du jazz, l’inclure dans le murmure du temps.
La collection Quintessence dirigée par Alain Gerber nous propose deux plongées dans cette mémoire, Sidney Bechet d’abord, Bobby Jaspar ensuite, pour faire des rapprochements étranges et porteurs d’avenirs. Lire la suite