La virtuosité humaniste d’Oscar Peterson.

La geste du piano

Oscar Peterson, le piano dans toute sa plénitude, dans toute sa rigueur qui sait parcourir les 88 touches à la vitesse d’un champion olympique de 100 mètres. Oscar, un « Dieu » bis. « Dieu » premier – pour le piano -, Art Tatum, fut ainsi qualifié par « Fats » Waller un soir où Tatum entrait dans un club où officiait Fats. Une anecdote peut-être apocryphe qui dit bien le respect et plus encore de tous ces grands artistes envers la virtuosité tatumienne. Même le plus grand ne pouvait rivaliser. Lire la suite

Verlaine et Rimbaud, un concert révolutionnaire.

Esprit de corps

Mon premier était né à Metz, mon second à Charleville (Ardennes), leurs pères étaient capitaines – pour l’un dans le Génie, pour l’autre dans l’infanterie, Verlaine était mauvais élève, attiré par d’autres plaisirs et sensations, Rimbaud un élève surdoué remarqué par ses enseignants. Leur attirance venait d’abord de la poésie avec comme référence commune Charles Baudelaire, révolutionnaire endurci de la langue française et des formes du poème, rejeté par tous les biens-pensants – pansants.
Arthur Rimbe, Ribaude suivant les temps de Paul, reçut comme un don de la terre la poésie de Paul qui l’incita à se lancer dans l’aventure. Une aventure pas seulement intellectuelle. Le besoin de révolution ne s’agite pas seulement en une seule dimension, il est en 3D au moins. Lire la suite

Jazz pas forcément d’hier…

Retours en avant

Le nom de cet orchestre dévoile son projet, « Vintage orchestra ». Le premier album était u hommage à Thad Jones. Un hommage bienvenu. Thad n’était pas seulement un grand trompettiste, un des plus fins et intelligents de son temps – la notoriété de Miles Davis a laissé l’ombre s’écraser sur lui – mais aussi un compositeur et un arrangeur de talent. Le « Vintage » nous a laissés sans nouvelles depuis 8 ans. Diable ! Ce deuxième opus se veut rappeler la capacité de Thad à arranger pour Joe Williams d’un côté et de Ruth Jones de l’autre, respectivement en 1966 et 1968. D’où le titre et le sous titre : « Smack Dab in the Middle, the vocal side of Thad Jones ». Lire la suite

Le Jazz quand même….


Frontières, je vous hais !

Hubert Dupont, bassiste et contrebassiste, est en train de construire une musique d’un temps qui fait des explosions une manière de survivre en détruisant. Le chamboule tout est devenu le sport à la mode.
Est-il possible de créer dans cet environnement mortifère ? Comment vivre et résister tout en appelant à un monde fraternel de rencontres de cultures pour forger une modernité ? Il a voulu relever le gant en se servant des cultures des opprimés, des cultures qui restent populaires tout en étant savantes. Il a forgé un groupe et des compositions pour répondre aussi à un projet politique, la lutte des Palestiniens pour faire reconnaître leurs droits. « Golan » – dont c’est le volume 2 – en est résulté. Golan est une question de frontières et de définition aussi du possible État palestinien. Un symbole. Lire la suite

U.P Jazz du 10 mai 2017 (suite)

Bonjour,

J’ai commencé la présentation de ces deux dernières séance de cette année – nous poursuivrons l’année prochaine pour un voyage de côte à côte, cote à cote – avec l’article intitulé UP du 3 et du 10.
Pour éviter l’encombrement, j’ouvre ce nouvel opus. Pour la suite de ce spécial saxophone.
Pour faire le lien, je vous propose, en ouverture, un enregistrement de 1975 (octobre) réunissant Al Cohn et… Dexter Gordon. Dex, « Long Tall », a une place spécifique dans le jazz des années d’après seconde guerre mondiale. il est l’un des introducteurs du bebop sur la côte ouest. Il est né à LA, son père était dentiste (pour rappel). Al Cohn, né à Brooklyn, est un des représentants des « frères »… Lire la suite

U. P. Jazz des 3 et 10 mai 2017

Bonjour,

Terminer l’année – la notre, celle de l’UP, pour le reste cette année 2017 semble interminable et si je peux me permettre ce n’est pas fini… – en beauté est toujours difficile. Surtout sur la côte ouest où le soleil fait semblant de briller où le pont de San Francisco attire tous les regards – souvenez vous d’un James Bond avec un Roger Moore vieillissant et un superbe « Requin » – ou sur Hollywood Boulevard à la recherche des stars perdus qui, souvent, ont laissé des traces, des mains par exemple. Ou partir dans le ghetto noir de Watts en compagnie de Walter Mosley et de Charles Mingus, contrebassiste, pianiste et compositeur avant qu’il n’émigre à New York. Ces contrées sont très fréquentées. Noirs et Blancs se partagent « La Scène ». C’est le titre d’un polar de Clarence Levi Cooper, un quartier de drogués et de dealer de New York mais qui peut se transposer à Los Angeles dans ce milieu des années 50.
Pour ces deux dernières, bien placées dans l’entre deux tours, je vous propose un spécial saxophone ténor. Lire la suite

Interview de Charlie Haden dans La Gazette Mosaic

Charlie Haden
Exclusive interview with FBPO’s Jon Liebman
September 5, 2011

The source of this thoroughly disarming 2011 interview with Charlie Haden is a site called For Bass Players Only, but John Liebman’s conversation with Haden speaks to many more who care about music and one of its most distinguished practitioners and human beings.

Charlie recounts his early years in Oklahoma on his family’s radio show, and then his cross-country travels that encompassed, of course, Ornette Coleman, but also the Liberation Music Orchestra and Quartet West. -Nick Moy Lire la suite

Université populaire Jazz, le 5 avril 2017

Bonjour,

Ah la west coast, ses villes – Los Angeles, San Francisco – son soleil mythique, ses plages belles par définition : Hermosa Beach est le lieu du Ligthouse où se produisent Howard Rumsey et ses groupes pour des jam sessions forcément endiablées qui drainent toute la jeunesse.
Nous avons entendu ses groupes issus soit de l’orchestre de Woody Herman soit de celui de Stan Kenton. Ces Big Bands ont fait l’objet de la dernière session en même temps que les chanteuses qui ont marqué l’orchestre de Stan Kenton.
Je n’ai pas fait mention des arrangeurs, pièce importante de ces ensembles. Un travail de l’ombre. Désormais, ils et elles sont crédité-e-s au générique. Une bonne chose.
L’arrangeur du concerto de la fin de tous les concertos est un Sicilien d’origine, Pete – Pietro – Rugolo. Il a le sens de l’humour mais aussi une connaissance approfondie des compositeurs de la musique contemporaine, Stravinski et surtout Berg et Schönberg tout en ayant été l’élève de Darius Milhaud – un des seuls de la bande des quatre qui a fait le voyage dés les années 20 à Harlem pour découvrir ce que Hughes Panassié, plus tard, bien plus tard, appellera le « vrai jazz. Lire la suite

Université populaire jazz le 22 mars 2017

Bonjour,

Une date anniversaire d’un temps révolu qui laisse planer une odeur de révolte dans un environnement « chamboule tout ». Nous vivons un présent inédit même s’il est angoissant.
Revenons à nos moutons… les musiques.

Julie London en 1958

Une journée en suffisant pas, les femmes sont encore sur le devant de la scène. Au sens figuré et au sens propre. D’abord pour une chanteuse qui, sous une forme fantomatique sort d’un 33 tours dans le film « The Girl can’t help it » – « La blonde et moi », le film qui révéla Jayne Mansfield -, sorti en 1956, Julie London. En 1955, elle avait sorti un album promis à un grand succès, « Cry Me A River », avec Barney Kessel à la guitare. C’est sur ce thème qu’elle sort du disque dans le film précité (photo ci-contre) et vient envahir le living room de l’imprésario Tom Miller (incarné par Tom Ewell) qu’elle vient de quitter. Frank Tashlin, le réalisateur, se moque des liens entre la pègre et le show biz dans ce film plus subtil qu’il ne le semble au premier abord, la poitrine de Jayne faisant obstacle à la compréhension des mâles… Lire la suite

Sonny Rollins à propos de son album Freedom suite (1958)

Sonny Rollins, dans la Gazette de Mosaïc – une petite compagnie spécialisée dans la réédition de coffrets richement documentés – réagissait à un article sur les liens jazz/mouvements pour les droits civiques. (La Gazette du 5 mars 2017). Comme concluait Cuscuna, il devrait écrire son autobiographie…

It was quite distressing to see that the JazzTimes article on protest music in jazz jumped from Louis Armstrong’s “(What Did I Do to Be So) Black and Blue” and Billie Holiday’s “Strange Fruit” right to 1960 and Max Roach’s We Insist! The Freedom Now Suite. Well, before that was Freedom Suite.

Sonny Rollins réagit à un article publié dans la revue de jazz américaine, « JazzTimes » sur la musique de protestation allant de louis Armstrong jusqu’à le disque publié par Candid en 1960 signé par Max Roach, nous insistons ! Liberté maintenant suite. Comme conlut Rollins, avant il y eut « Freedom suite »…

I had an activist grandmother, and when I was a little boy, 3, 4, 5 years old, she used to take me on marches up and down Harlem for people like Paul Robeson and segregation cases on 125th Street. That was just a part of my upbringing. Later, when I was playing music and making a little name for myself, I was able to record “The House I Live In,” which was very much a civil-rights anthem at the time. And I made an early record with Miles Davis, “Airegin,” which was Nigeria spelled backwards. It was an attempt to introduce some kind of black pride into the conversation of the time. That was my history.

Il avait une grand mère militante qui l’amenait dans des marches pour Paul Robeson – un chanteur de Negro Spirituals mondialement connu, membre du Parti Communiste Américain et comme tel blacklisté – et contre la ségrégation sur la 125e rue – Harlem. Une part de son éducation. Il a enregistré, plus tard lorsqu’il s’est fait un nom dans la musique, « The House I Live In », un véritable hymne des droits civils en ce temps – années 1950. Il a composé « Airegin » pour Nigeria, qu’il a enregistré avec Miles Davis. C’était un tentative d’introduire la fierté noire. C’est mon histoire… (traduction personnelle, NB)

The record Freedom Suite was made in the beginning of 1958. It was a trio recording with Max Roach and Oscar Pettiford, and it was an important album. The producer, Orrin Keepnews, took a lot of heat for that record. I made a statement [about civil rights on the back cover of] that record, and he even had to say at one time that he wrote the statement, which is ridiculous. But he wanted to record me on his Riverside label, and that was the piece that he had, and he accepted it.

L’enregistrement de « Freedom Suite » (Liberté) a été réalisé début 1958. Un trio, lui (Rollins) Max Roach (Batteur, dr) et Oscar Pettiford à la contrebasse (b) pour cet album important. Orrin Keepnews, le producteur des disques Riverside, a subi des pressions pour cet enregistrement. Sonny avait fait un commentaire sur les droits civils sur la pochette (l’envers comme il se doit ) et Orrin, sans même lui dire, l’avait change en écrivant d’autres notes de pochette ridicules. Mais il voulait m’enregistrer sur Riverside et il avait accepté cette suite.

I took some heat for it as well. I was playing a concert in Virginia, something at a school down there, and I remember being confronted—not in a hostile or violent way, just verbally—about why I made this record, and so on and so forth. There were a lot of those [incidences]. It wasn’t a big deal for me, because as I said, it was quite normal. I was born into a family that was always very cognizant of those things. I do remember that the controversy was slightly scary—but not too much, because I was a big, strong guy, and when you’re young you think you’re indestructible. But in retrospect it was a little scary, yes. And it was also one of these situations where some people talked with me about it and some people didn’t, but it was always there, hanging over everything. Especially at that time; 1958 was pretty early on in the consciousness of the civil-rights movement.

J’ai aussi subi des pressions. Lors d’un concert en Virginie, je me souviens d’avoir été confronté à des violences verbales sur les raisons pour lesquelles j’avais fait ce disque. Il répète qu’en ce temps, 1958, c’était les débuts de la prise de conscience du mouvement des droits civils.

So it wasn’t like something that nobody knew about; it was a controversial record. They actually changed the title to Shadow Waltz [when the album was reissued by the Jazzland label in the early 1960s]. “The Freedom Suite” took up one half of the album, and the other half was standard compositions. So they took a name from the other half of the record.

Un disque controversé. le titre en était changé « Shadow Waltz » au lieu de « Freedom Suite » dans la réédition « Jazzland » en 1960.

Anyway, it’s history—but it is history. And that’s why I was distressed to see it omitted from the list. In the modern jazz era, that was the first record that reflected the civil-rights period. That was the first that I know of. It was an important thing, a groundbreaking record. I just don’t want to be written out of history.

De toute façon c’est de l’histoire, et c’est pourquoi je suis déçu qu’il soit omis d ela liste. Dans le jazz moderne, c’est le premier disque qui reflétait la période des droits vils. Le premier à ma connaissance (dit Sonny)…

(Traduction et compression personnelle, NB)