Que représente Macron ?

Quel avenir pour la démocratie ?

Plusieurs livres récents posent la question de la contestation de plus en plus visible de la démocratie, vue comme un système d’expression des intérêts du plus grand nombre reposant sur « la promesse d’égalité », pour citer Julia Cagé. La montée des extrêmes droites est un signal qu’il faut prendre au sérieux comme révélateur de la crise politique profonde qui agite nos sociétés.

Dix ans après la faillite de Lehman Brothers, les politiques d’inspiration libérale enregistrent un échec total. La crise financière est, de nouveau, à nos portes sans susciter ni interrogations ni réactions. Les politiques dites néo-libérales se poursuivent pourtant comme un effet d’inertie qui empêche des politiques nouvelles, hétérodoxes, de faire leurs preuves pour aborder les rives d’un autre monde. La société semble bloquée et prête imploser. L’espoir de changement a déserté sous le coup de butoir de l’acceptation par la gauche sociale-démocrate du néo libéralisme. Les éclatements politiques suscitent des interrogations « Une autre voie est possible », titre du livre cosigné par Eric Heyer, Pascal Lokiec et Dominique Méda (Flammarion)
Le constat est partagé et sert de point de départ à Laurent Mauduit – « La Caste, enquête sur cette haute fonction publique qui a pris le pouvoir » – et à Julia Cagé –« Le prix de la démocratie ». Le premier cible la formation d’une caste un groupe social détaché de la classe sociale des capitalistes et qui défend d’abord ses propres intérêts. Les années 1980, marquées par la victoire du libéralisme allié à la première grande défaite du mouvement ouvrier, celui des mineurs britanniques, permettra, en France, des coups d’État successifs de la haute fonction publique à la fois sur le CAC 40 et sur l’État via les privatisations. Mauduit démontre que le sens de l’intérêt privé a pris le pas sur celui de l’intérêt commun : les dirigeants du CAC 40 sont les hauts fonctionnaires chargés des privatisations qui n’ont de cesse de renforcer leurs privilèges. Une partie de l’explication des politiques menées en faveur des plus riches se trouve dans la « privatisation » de l’appareil d’État. Ces « coups d’Etat » sont permis par les institutions de la Ve République. L’auteur rappelle avec délectation l’analyse de François Mitterrand, en 1958, dans son essai « Le coup d’Etat permanent ». Macron, dans cette perspective, serait le dernier avatar de cette prise du pouvoir. Un représentant de la caste, Président de la République, est le dernier étage de cette construction.
Julia Cagé centre plutôt sa description sur les formes du financement de la démocratie. Elle insiste sur le poids, énorme, des financements privés renforçant la domination des intérêts des plus riches sur la vie publique en même temps que se définit une sélection des élites, des gouvernants. Pour sa démonstration, elle s’appuie sur des comparaisons internationales permettant de situer le système français. Le chapitre sur « le prix d’un vote » fera réfléchir sur la perversion de la privatisation. Elle en conclut qu’il faut renouer avec les principes de la démocratie en proposant d’abord un financement public des campagnes électorales pour permettre la diversité de la représentation nationale. Sa deuxième proposition, une « Assemblée mixte sociale et politique », repose sur le constat de la faiblesse des organisations syndicales et des corps intermédiaires pour, là encore, permettre la représentation de l’ensemble des citoyen-ne-s.
Ces deux essais, écrits un peu rapidement, alimentent un débat fondamental – même si grille de lecture et propositions sont à discuter – sur la nécessité de rompre avec les institutions de la Ve République pour promouvoir la défense des intérêts collectifs, du plus grand nombre, en rompant avec le libéralisme incapable de résoudre les crises. Incapacité visible qui renforce le risque du fascisme comme solution autoritaire, répressive pour « sauver le capitalisme », système de plus en plus remis en cause, aux Etats-Unis en particulier.
Nicolas Béniès.
Livres sous revue : « La caste », Laurent Mauduit, La Découverte ; « Le prix de la démocratie », Julia Cagé, Fayard

Des migrations à la crise de la construction européenne

Migrations et crise politique

Les média parlent de « crise des migrants » ou de « crise migratoire » pour diffuser l’angoisse des populations. « Crise », dans ce cadre, ne signifie rien sinon de faire retomber la faute, la responsabilité sur les victimes, les migrants, d’une situation qu’ils n’ont pas choisie.
Les migrations sont issues de toutes les crises qui secouent le monde en train de basculer. Elles révèlent, au sens photographique, les révolutions en cours. Un capitalisme, celui à dominante financière, est en train de pourrir sur pied, est quasi déjà mort, un autre capitalisme est en train de naître et doit, pour ce faire, révolutionner une fois encore le mouvement de l’accumulation du Capital. Un mouvement qui inclut des éclatements géopolitiques. Toutes les constructions sont menacées. Le monde tel qu’il s’est constitué depuis la fin de la deuxième guerre mondiale appartient au passé. La chute du Mur de Berlin en novembre 1989 avait marqué le début de la fin de ce monde. La crise systémique ouverte en août 2007 avait sonné son glas. Depuis plus de 10 ans, le capitalisme connaît les répliques de cette crise systémique. Lire la suite

Réflexions sur l’état du monde et l’avenir de la démocratie

Édito Radio Racailles du 8 juin 2018

Une Kolossale plaisanterie a secoué le monde la semaine dernière. L’auteur : Donald Trump comme il se doit. Devant la possibilité de se retrouver directement mis en cause par procureur spécial chargé d’enquêter sur ses liens avec la Russie pendant la campagne électorale, Trump, en un tweed forcément, a brandi l’idée qu’il pourrait s’auto-gracier. Une sorte d’aveu de culpabilité penseraient les mauvais esprits.
Le rire est vite devenu jaune. Il est capable d’utiliser le droit de grâce présidentielle pour lui-même. Que se passerait-il dans ce cas ? Personne ne peut répondre à cette question. L’auto-grâce d’un président en exercice représente la pointe avancée d’un iceberg menaçant : la tendance générale à des formes de dictature. Les gouvernants semblent se situer au-dessus des lois en piétinant allègrement les libertés démocratiques. Trump n’est pas seul, il est plutôt bien entouré. Regardons autour de nous. Les gouvernements des pays d’Europe de l’Est en font la démonstration tous les jours. Mais c’est surtout l’Italie qui raconte notre avenir. On parle de « populisme » pour unir dans une même enveloppe le mouvement 5 étoiles et la Ligue ex du Nord comme bien d’autres mouvements politiques. Ce qualificatif non défini cache une réalité plus prosaïque et plus tragique : les développements d’une forme de fascisme. Pas celle des années 1930 bien sur. Ce fascisme là s’habille des guenilles de la démocratie, démocratie qui subit une crise politique profonde qui se traduit par la montée inexorable de l’abstention. Lire la suite

Marx 200e

Un curieux « Bon anniversaire »

Karl Marx est né un 5 mai à Trêves et a failli être Français. Son spectre continue de hanter le monde armé de sa méthode et de ses concepts. L’analyse qu’il propose dans une œuvre ouverte, contrairement à une idée répandue, permet d’appréhender les ressorts des crises du capitalisme et les modalités de son fonctionnement. Marx a influencé en profondeur les grands théoriciens à commencer par John Maynard Keynes pour l’économie sans compter les philosophes, sociologues, ethnologues…
« Marx, une passion française », sous la direction de Jean-Numa Ducange et Antony Burlaud, propose une rétrospective des visages et des domaines couverts par l’ombre portée de l’auteur du « Capital » sans oublier les problèmes de traduction que pose la création des concepts souvent venus de la philosophie hégélienne et transposés dans un autre environnement théorique. Ainsi le « Marx des socialistes » prend, pour le moins, quatre formes différentes suivant les époques tout en restant la référence des renouveaux du PS, deux pour le Marx du Parti Communiste pour conclure sur celui de l’extrême gauche dans cet après 1968 qui voit la profusion des études marxistes ou marxiennes. Lire la suite

Un an après…

Cours, Macron, le vieux monde est en train de te rattraper !

Un an de présidence du jeune Emmanuel Macron et le nouveau monde se fait attendre. Les vieilles lunes du néolibéralisme sont encore de mise. Encore et toujours la réduction des déficits publics, le poids de la dette publique pour justifier la réduction drastique de la dépense publique et la déstructuration des servies publics. Le changement le plus significatif se trouve dans l’insigne faiblesse des responsables politiques, du Premier au plus obscur des secrétaires d’Etat.
« Redonner du sens à la mondialisation » avait dit le Président, sous-entendu lutter contre la perte de légitimité de la construction européenne et les tentations de repli sur soi qui frappe l’ensemble des pays de l’Union Européenne. L’ambition affichée de Macron, c’est d’accéder au rang de dirigeant européen de premier plan. Tournant le dos au réel, la réplique de la crise financière fait partie de notre présent, il suit la voie ouverte par Trump en baissant les impôts des plus riches et en déréglementant les marchés financiers. Lire la suite

Les curiosités du système judiciaire américain.

Polar et revendications des Africains-Américains

Attica Locke a choisi le roman pour exprimer la réalité de la société américaine d’aujourd’hui qui a permis à Donald Trump de remporter l’élection présidentielle en 2016 alors que lui-même se donnait perdant. Les déchirements, les éclatements, le racisme via des groupes fascistes qui reprennent vie comme les « suprématistes » de la race blanche. Les « bavures » assassines des policiers dans les villes américaines ont donné naissance à des nouveaux mouvements profonds de révolte nourris des « tweets » de Trump qui blessent toutes les sensibilités et légitiment toutes les violences des extrêmes droites. Lire la suite

Université populaire Économie du 23 janvier

Revenu de base ? Revenu universel ?

Les points d’interrogation viennent signifier l’incertitude de la dénomination. D »autres termes ont existé comme revenu de citoyenneté.
Sur le fond plusieurs théories s’opposent.

Revenu de base, un RSA généralisé ?
Le revenu de base est une politique qui se trouve justifiée par les théories de Milton Friedman et des « Chicago Boys ». L’idée est simple. La protection sociale – le « Welfare » aux Etats-Unis, des budgets votés tous les ans – se traduit par une intervention de l’État qui perturbe le bon fonctionnement des marchés. Il faut donc laisser faire la concurrence. Il propose d’instituer un revenu de base – au niveau du RSA par exemple pour la France – versé à toute la population en âge de travailler, sans critère. Ensuite, via – une hypothèse non démontrée – l’égalité des chances, chaque individu peut décider des moyens qu’il veut mettre en œuvre pour gagner plus ou s’en contenter. Chaque individu est libre en fonction de ses compétences.
La conséquence de ce revenu de base est de supprimer purement et simplement toute la protection sociale, y compris les allocations chômage – j’allais écrire surtout les allocations chômage, ceux et celles qui veulent travailler trouvent un emploi.
Les défenseurs de ce revenu de base aujourd’hui s’appuient – comme souvent – sur une réalité. Les démarches pour « toucher » le RSA sont humiliantes. Il faut se déclarer « pauvre » et pas seulement. Il faut apporter la preuve de sa pauvreté. C’est une des raisons qui expliquent que beaucoup d’allocataires potentiels refusent de remplir un questionnaire pour y avoir droit. Ensuite les « effets de seuil » jouent à plein. Votre revenu est légèrement supérieur à la barre fixée et vous êtes redevables du soi disant trop perçu.

Comment le financer ?
Ils ajoutent, ces partisans du revenu de base, la paperasserie et la bureaucratie inhérente aux critères qui permettent d’accéder au RSA – après le RMI, une idée de Rocard. Aujourd’hui ce versement, comme la plupart des dépenses sociales, sont des compétences départementales.
Ils prétendent – voir le débat Denis Clerc et Marc de Bastiat dans la revue « L’Économie politique » n°71 de’ juillet 2016 – que le versement automatique de ce revenu de base permettrait de telles réductions de dépense, moins de paperasse et moins d’emplois, que son élargissement serait autofinancé.
Derrière cette proposition, c’est toute la théorie néo-classique qui s’exprime, la confiance dans les mécanismes du marché et dans une perspective différente de la place de l’État.
Question subsidiaire et fondamentale : le revenu de base peut-il faire reculer la pauvreté ? Réduire les inégalités ? Si la disparition de la protection sociale est le prix à payer pour cet élargissement, il est intuitivement évident que les moins riches y perdront. S’il faut payer l’hôpital, les soins de manière générale sans sécurité sociale qui pourra se soigner ? Le droit à la santé sera fortement remis en cause.

Revenu universel comme résultat de la révolution numérique ?
Le revenu universel, tel que l’a proposé dans le premier temps – au moment des Primaires – de sa campagne, Benoît Hamon tenait d’une autre vision. La révolution numérique sera telle qu’il faut se dégager de la relation emploi/travail – les deux notions ne sont pas équivalentes – et revenu. Comme, dans cet avenir, l’emploi n’est pas assuré, le revenu doit s’autonomiser. Chacun-e doit pouvoir vivre. Le travail, du coup, supporterait une autre définition. Cette idée d’une part est loin d’être partagée, d’autre part pour pouvoir répartir de s richesses, il faut d’abord en créer.

Du coup, le revenu universel renvoie à la théorie. Dans le capitalisme, la valeur créée résulte de la dépense de travail humain via le travailleur-salarié. C’est la grande révolution du capitalisme par rapport aux modes de production qui l’ont précédés – esclavage, servage -, le travailleur libre de vendre sa force de travail. Si la dépense de travail humain disparaît, la valeur disparaît avec elle. C’est la grande leçon de Marx. La déconnexion du revenu et de l’emploi – beaucoup de théoriciens comme André Gorz parlent du « travail » – pose des problèmes d’abord théoriques.
Dans la pratique, mis à part le montant des richesses à distribuer – la société d’opulence est combattue par les inégalités profondes résultat des politiques libérales – se pose la question des possibilités de réalisation. Quelles forces sociales porteraient ce projet ? La revendication du revenu universel peut-elle favoriser les mobilisations sociales ?
Ne faudrait-il pas mieux axer sur la réduction du temps de travail d’abord pour vaincre le chômage de masse actuel qui pèse sur les capacités de mobilisation ? Pour combattre aussi l’intensification du travail ?
Comment intégrer toutes ces revendications dans un programme global qui inclut les réponses à la crise écologique et les mutations climatiques ?
Dans la crise systémique actuelle et le recul des utopies de transformation
sociale comment résister et construire un mode de production en rupture avec le capitalisme ?

On comprend que le thème de la semaine prochaine soit « La révolution numérique »…

Nicolas.

A lire pour poursuivre le débat
La revue « L’Économie politique » n° 67, juillet 2015, « Faut-il défendre le revenu de base ? »; n°71 : « Peut-on faire l’économie du bonheur ? » et le n° 73 : « La social-démocratie a-t-elle un avenir ? »
Erik Olin Wright, « Utopies réelles » qui défend le revenu universel (mais pas le revenu de base) comme « moyen d’éroder le capitalisme », en refusant le « grand soir » ou même l’idée de construire un autre système que le caîtalisme même s’il parle de « postcapitalisme », une expression – il ne le dit pas – qui a eu son heure de gloire aux débuts des années 1960, moment où il est question d’une nouvelle classe ouvrière soi-disant enfermée dans le capitalisme via la société de consommation.
Cette thèse fait partie des débats stratégiques nécessaires même si – surtout – elle est contestable.

L’idéologie libérale en crise

Brainstorming chez les économistes officiels.

La crise systémique du capitalisme qui commence en août 2007 a ouvert un basculement du monde dont les conséquences se font sentir sur l’idéologie. Le libéralisme a fait la preuve de son incapacité à analyser le monde, le capitalisme. La théorie néo classique des marchés auto-régulateurs a volé en éclats. Lire la suite

Chamboule tout. Sur le vote au deuxième tour.

Un choix difficile mais nécessaire.

Parlons éthique.
La question du vote au deuxième tour face au Front National se situe sur deux terrains que le mouvement syndical et politique ne peut ignorer. Sur le terrain éthique, il n’est pas possible de laisser croire que le vote FN s’inscrit dans le cadre des procédures démocratiques. En cas de victoire de Marine Le Pen, toutes ses promesses démagogiques de défense des salarié-e-s seront oubliées. Je ne suis pas sur que le « e » est, dans ce cas là, justifié. Ne subsistera que l’aspect raciste et répressif. Ce sera d’autant plus facile que le gouvernement Hollande a multiplié les lois dites « sécuritaires ». Quinze si j’ai bien compté depuis l’attentat de Charlie Hebdo. Sous prétexte de terrorisme, il est facile à un gouvernement d’extrême droite de gouverner en état d’urgence tout en supprimant l’état d’urgence. Les libertés démocratiques seraient plus encore menacées. Lire la suite

Le risque de l’écriture.

Une écrivaine est-elle par définition une terroriste ?

Naître un 8 mars – 1967 en l’occurrence – n’est-ce pas déjà le signe de la culpabilité dans une Turquie en proie à un coup d’Etat démocratique par le biais d’un référendum qui devrait donner tous les pouvoirs à Recep Tayyip Erdogan ? Asli Erdogan – sans lien de parenté, les Erdogan sont les Dupont de Turquie –, physicienne de formation devenue écrivaine, a été arrêtée le 17 août 2016 et emprisonnée à Bakirköys, cette prison effrayante d’Istanbul qu’elle avait décrite dans « Le Bâtiment de pierre » (Actes Sud 2013). Elle a été relâchée – et pas libérée – le 29 décembre. Elle est toujours accusée de terrorisme. La preuve ? Son travail de mémorialiste pour le journal « Ozgür Gündem », pro-kurde. Le Premier ministre turc a déclaré la guerre au PKK sous prétexte de lutte contre le terrorisme, terme que seul le pouvoir en place sait définir. Lire la suite