polar. Afrique du Sud et Australie

Les racines de l’Afrique du Sud

Deon Meyer officiellement auteur de polar est, en fait, le chroniqueur politique, social et culturel de ce pays étrange qui a vu un ancien détenu devenir président, Nelson Mandela. « La proie », avant dernier opus, racontait sans vraiment de filtres, la présidence de Jacob Zuma, un brûlot politique qu’il faut lire pour comprendre la situation actuelle. Bien avant Trump, Zuma savait réécrire la réalité à sa convenance. Continuer la lecture

Une référence ?

Comment battre le virus ?
Ludmila Oulitskaïa a écrit ce scénario, « Ce n’était que la peste », en 1988. Il part d’une histoire réelle à Moscou en 1939. Un biologiste, Mayer, travaille sur la souche de la peste. Et il contamine 800 personnes qui assistaient à sa présentation. Le NKVD – la police politique de Staline – intervient, confine, isole, tue si nécessaire pour éviter la propagation. Et y réussit ! Au prix de la légitimation de la répression et de toutes les remises en cause des libertés. La question posée à toutes les démocraties d’aujourd’hui. Faut-il, pour combattre le virus, bafouer les libertés ?
Nicolas Béniès
Ce n’était que la peste, Ludmila Oulitskaïa, traduit par Sophie Benech, Gallimard.

Deux témoignages, blues et jazz

Sur les premiers temps du blues et du jazz
Robert Johnson et Louis Armstrong

Annye C. Anderson fait partie de la deuxième génération de la fin de l’esclavage. Elle sait raconter son enfance qu’elle a passé aux côtés de Robert Johnson, le musicien qui en l’espace d’enregistrements réalisés en 1936-1937, peu avant sa mort – il n’avait pas 30 ans – a révolutionné les mondes du blues en les unifiant. Il est une des grandes références encore aujourd’hui. Ses poèmes sont toujours chantés dont ce « Sweet Home Chicago » qui se retrouve dans le film « Blue Brothers » de John Landis. « Mon frère Robert Johnson », le titre du livre, est un témoignage de la vie des Noirs dans ce sud raciste des États-Unis. Le chapitre « La vie posthume de Robert Johnson » est une charge contre les « escrocs » qui se sont appropriés son œuvre. Un témoignage intéressant au-delà même de Johnson. Continuer la lecture

Un pianiste, un parcours

Un récital comme une plongée dans les mémoires

Pour ce double album, le pianiste Jimin Oh-Havenith nous convie à un voyage étrange dans le temps, en mêlant les pièces très connues du répertoire comme le « Prelude in C major » de Bach qui ouvre l’album avec d’autres qui restent dans la pénombre comme « Le bananier » de Gottschalk ou « Für Alina » de Pärt, qui termine l’album, une composition de 1976. Le titre « Known » – connaître – s’inscrit dans « Now » – maintenant. Tout un programme. Le pianiste revisite tous les thèmes en construisant des sortes de ponts entre les époques. Un voyage qu’il ne faut pas rater.
« K[NOW]N », Jimin Oh-Havenith, Audite Forum.

Ahmed Tiab dans « Vingt stations » (Éditions de l’Aube), mémoire de l’Algérie.

Algérie, la décennie noire

Oran peut-être de nos jours. Un homme monte dans un tramway. Il fera le tour de la ville en « Vingt stations », le titre de ce voyage à la fois dans la ville qui a beaucoup changée livrée aux promoteurs et dans sa mémoire tout en regardant les populations différentes de chaque station dévoilant des inégalités profondes découpant la ville. La mer devient fantomatique dans ce parcours d’un homme mort-vivant dans les affrontements de la « décennie noire ». Les assassinats se sont multipliés – s’en souvient-on encore ? – laissant toutes les populations algériennes en quête de lumière et de justice. Le gouvernement a préféré « faire comme si » il ne s’était rien passé s’abritant derrière une soi-disant « réconciliation nationale » pour rétablir l’ordre d’un pouvoir qui a perdu sa légitimité. Continuer la lecture

Les luttes féministes nécessaires pour construire une société plus juste

La Corée du Sud comme il faut la voir grâce à ce faux vrai roman « Kim Jiyoung, née en 1982 » de Cho Nam-joo, une autrice à découvrir .
Dans un article qui date – le début des années 1980 -, le PDG de Sony, avouait que son arme économique secrète – secret economic weapon – était la surexploitation des femmes. Le Japon, disait-il, ne bénéficie pas de migrants, comme les anciens colonisateurs ou les États-Unis que l’on peut presser comme des citrons mais des femmes. Le Japon se trouvait au dernier rang de l’égalité salariale, la différence moyenne entre le salaire d’un homme et d’une femme était de 50%. En France, elle est autour de 27%… Aucun pays ne réalise l’égalité salariale.
La Corée du Sud se trouve dans la même fourchette avec des conditions de travail iniques. La journée de travail, comme en Chine, s’allonge démesurément, jusqu’à minuit pour rentrer chez soi par le dernier métro, lorsqu’on habite Séoul. Travail le dimanche, aucun jour de repos. Les femmes, serrées dans les traditions ancestrales – dont se sert le capitalisme -, travaillent autant que les hommes sans reconnaissances ni salariales ni de compétences sans parler de qualification et se chargent des tâches domestiques diverses tant à la maison que dans l’entreprise. Sans oublier le harcèlement, les mains baladeuses dans les transports surpeuplés et tellement d’autres choses indiquant l’asservissement des hommes incapables de vivre leur sexualité. Continuer la lecture

Jazz Retour sur l’année 1998

Sur quelques nouveautés et rééditions en jazz.

Chez Blue Note (distribué par EMI) tout d’abord. Greg Osby, saxophoniste alto, a intitulé son album « Zéro », sans doute pour nous indiquer que c’est un ensemble vide. Il n’a rien dire et en plus il le dit mal.
Kurt Elling en est à son troisième album, This Time It’s Love, cette fois c’est l’amour, pour nous aussi. Il fait penser à beaucoup d’autres, en premier lieu à Mark Murphy – qu’il faudrait bien (re)découvrir1 -, et Chet Baker, tout en affirmant une belle autorité.
Pat Martino est un guitariste qui fait peu parler de lui. Dommage. Il a apporté dans les années 60 une nouvelle façon d’aborder la guitare, utilisant les leçons de Tal Farlow – qui a eu la mauvaise idée de nous quitter ce 25 juillet 1998. C’est un virtuose et un chercheur. Dans ce Stone Blue, il utilise le blues pour rendre compte de la Ville, New York, de ses angoisses, de ses joies, de sa laide beauté comme « la fusion » – un style musical qui a quelque 30 ans – pour faire écouter sa musique aux jeunes générations. Ce n’est pas toujours réussi. Le malheur lui convient mieux pour nous faire partager l’idée d’un ailleurs différent. Il permet de découvrir un jeune saxophoniste – qui a déjà enregistré sous son nom – Eric Alexander. Continuer la lecture