Un tour de piste ?

QUAND LE BLUES REVIENT !

On le croyait oublié, perdu à jamais, emporté dans la grande vague du rock, du hard rock ou du metal. Il fait son grand retour, une fois de plus. Musique éternelle de ces griots modernes que sont les chanteurs et instrumentistes du blues. Les « bleus » – il faut toujours se souvenir que blues est au pluriel, qu’il existe plusieurs bleus, comme les couleurs de l’arc-en-ciel – affirment en force.
En 1959 deux jeunes amateurs français – Jacques Demêtre et Marcel Chauvard, ce dernier décédera en 1968 – décident de partir pour un « Voyage au pays du blues » qui sera publié en épisodes dans la plus ancienne revue de jazz française, alors dirigée par Charles Delaunay, « Jazz Hot ».(1)
Ils sont les premiers à s’intéresser aux lieux dans lesquels prospère cette musique. Paul Oliver, (2) le musicologue anglais de référence, n’a pas encore publié ses ouvrages, et Samuel Charters est en train de mettre le point final à son premier. Jacques Demêtre lui-même n’a encore rien fait paraître. Lire la suite

Exposition, autour de paysages.

« Paysages » d’Henri Cartier-Bresson

« Paysages » d’Henri Cartier-Bresson se mêlent à un décor naturel, celui de l’Abbaye de Jumièges, sise entre Rouen et Le Havre, manière de confronter les visions, celle du photographe qui interprète les paysages et le votre qui s’emmêle entre le lieu physique et les lieux devenus mythiques dessinés par Cartie-Bresson.
Le « Centre des Arts visuels » qui a élu domicile dans l’Abbaye, propose de découvrir 105 photographies vues une seule fois en France, en 2002 à Orléans, alors qu’elles ont fait le tour du monde. Des paysages d’Europe, d’Asie, des États-Unis permettent de discerner les thématiques du photographe, les arbres, la neige, la brume, le sable, les toits, les rizières, le train, les escaliers, l’ombre, les pentes, les cours d’eau… A chaque fois le fond s’accorde avec la forme, la chose vue et la manière de la voir. Une façon de faire vivre les thématiques, de mêler l’objectif – dans les deux sens du terme – et le subjectif. Celui qui regarde transforme le paysage…
Jusqu’au 20 septembre.

Fin d’un monde

Le temps des guerres et des révolutions

Photographe de guerre 14-18La guerre de 1914-18 est restée dans toutes les mémoires. Elle fait l’objet cette année d’une commémoration qui cherche, comme souvent derrière ces cérémonies du souvenir, à occulter la recherche des causes de cet événement majeur pour en rester à l’émotion. Les discours oscillent entre la valorisation de l’unité nationale et la dénonciation de la guerre sans s’interroger sur les raisons et les conséquences de ce tremblement de terre qui a vu, via la révolution russe d’octobre 1917, la naissance de ce « court 20e siècle ». Dans le même mouvement, les révolutions esthétiques se sont succédé. Le surréalisme, le jazz, le dadaïsme et… la photographie. « 1914-1918, la violence de la guerre » est une compilation de photographies réalisées principalement par deux sous-officiers au début de la guerre, devenus officiers. Ils ne racontent pas la guerre mais mettent en scène les tranchées et ces soldats qui souffrent au-delà de tout respect humain. Leur travail a, peut-être, inspiré Tardi. Cette succession de clichés fait témoignage de la place désormais importante de la photographie. Ils ouvrent la voie à tous les artistes qui suivront. Il faut lire et regarder cet ouvrage avec ces deux entrées, la représentation de la violence de cette Grande Boucherie et l’accession de la photographie à un nouveau statut.
Cette guerre a permis aussi une transformation fondamentalecombat de femmes, 14-18 dans les rapports entre les hommes et les femmes. Dans la guerre, les femmes deviennent les productrices de richesses. Elles font tourner la machine économique. Il faut enlever des têtes les clichés traditionnels : elles ne sont pas seulement infirmières. Dans un premier temps, elles se situeront du côté de l’Union Sacrée contre l’ennemi pour, un peu plus tard, faire partie, des pacifistes. Le syndicalisme au féminin sera aussi de la partie pour imposer un salaire minimum aux femmes. A la fin de cette guerre, elles seront sommées de retourner dans leur foyer. Elles n’obtiendront pas le droit de vote contrairement aux femmes américaines ni des droits nouveaux. Pourtant, surgira, dans ces années 1920, la figure de la « garçonne » qui marquera un nouveau pas dans la lutte pour la reconnaissance des droits. « Combats de femmes 1914-1918 » fait partie de ces ouvrages essentiels qui permettent un travail de mémoire en luttant contre les oublis du souvenir.
Nicolas Béniès.
« 1914-1918. La violence de la guerre », Stéphane Audoin-Rouzeau, Gallimard/Ministère de la Défense-DMPA
« Combats de femmes, 1914-1918. Les Françaises, pilier de l’effort de guerre », dirigé par Évelyne Morin-Rotureau.

Emile Savitry, peintre, photographe et amateur de jazz…

Un film maudit, un photographe redécouvert.

Ce livre là est à plusieurs entrées. Un film, de Carné et Prévert, « La fleur de l’âge », commencé en 1936, terminé en 1947, jamais vu dont les bobines ont disparu avec comme sujet les maisons de redressement, celle de Belle-Île en l’occurrence. Un sujet social par excellence qui avait suscité la colère et la révolte de Jacques Prévert. Il a fallu attendre un siècle, dans les années 1970, pour que ces « maisons » soient supprimées. Carole Aurouet raconte cette saga avec ce qu’il faut d’empathie avec le sujet et une érudition qui tient de l’enquête policière.

C’est aussi la redécouverte d’un photographe et peintre, Émile Savitry. Il ne reste de ce film que ses photos. Elles donnent envie d’en savoir plus sur ce personnage qui avait fait découvrir Louis Armstrong à Django Reinhardt…

« Émile Savitry. Un récit photographique », présenté par Carole Aurouet suivi d’un portrait de Savitry, « Savitry est peintre » de Sophie Malexis, Gallimard.

Travail de mémoire

Pour une mémoire vivante...

Le travail de mémoire est difficile.i Il suppose la recherche historique, l’écoute des témoins, une éthique qui vise à rappeler le contexte pour faire partager l’expérience, à éviter les prises de position par trop catégorique, tout en situant son propos sur le terrain de la lutte des classes. Comprendre l’histoire du mouvement ouvrier est vital pour appréhender notre présent et construire des possibles pour le futur. Sans passé, nous sommes sans futur. C’est une des façons de répondre aux tentations millénaristes qui pense la fin du monde au lieu de penser la fin d’un monde… Ces sectes qui prolifèrent dont le carburant se trouve dans les peurs et les angoisses provoquées par la crise culturelle profonde qui marque cette fin de millénaire. Nous sommes entrés dans le 21e siècle depuis novembre 1989, date qui voit le monde basculer dans d’autres règles, une autre structuration. Le monde ancien est en train de mourir, un autre monde se profile avec comme seul horizon celui des lois de fonctionnement du mode de production capitaliste. Toute alternative a disparu. Les États-Unis restent la seule superpuissance qui s’essaie à imposer son ordre, en l’occurrence celui des marchés pour le plus grand bénéfice des firmes transnationales. La guerre du Golfe en 1991 avait indiqué les voies et les moyens de ce nouvel ordre, comme les bombardements sur la Serbie. Les dirigeants russes ont compris la leçon en pratiquant la même sorte de guerre contre la Tchétchénie, s’abritant derrière la lutte contre le terrorisme islamique, comme le gouvernement américain s’était lui réfugié derrière le « droit d’ingérence » pour justifier les bombardements, en défense des droits de l’homme.
Lire la suite