Jazz : Alain Gerber à l’écrit et à l’oral

Découvrir Sonny Criss

Alain Gerber a l’habitude des autobiographies imaginaires. Le « je » qu’il emploie doit être compris comme « double je », le personnage central, ici le saxophoniste alto Sonny Criss, un créateur sous estimé, sans concession vis-à-vis de la marchandise, de la soupe et celui de l’auteur qui donne à entendre la vie, l’environnement du musicien. Le propos, dans « Ne laissez pas le soleil se lever sur vos larmes » – une composition de Louis Jordan, une sorte de haïku – , toujours documenté, est triplement intéressant. D’abord pour Criss lui-même perdu dans les profondeurs de l’oubli, pour l’évocation de Parker, son influence profonde sur les musiciens de la côte Ouest des États-Unis et sur l’appréciation de ce style West Coast bien caractérisé comme une réunion d’individualité dont sont souvent exclus les musiciens nés à Watts – où certains habitent toujours – le ghetto noir de Los Angeles. Continuer la lecture

Etats-Unis : prédateurs d’hier et d’aujourd’hui

Un combat toujours actuel
Le 2 mars 1955, une collégienne, Claudette Covin refuse, de laisser sa place à une Blanche dans le bus à Montgomery, un geste politique improvisée due à la fatigue. Elle le paiera cher. Elle le racontera et créera vers la fin de sa vie une fondation. Elle a participé, seule, sans soutien, à la lutte contre la ségrégation.
Quelques jours plus tard, Rosa Parks (1913-2005) sera au centre de l’attention. Présentée souvent comme une vieille femme fatiguée par sa journée de labeur, elle est une militante pour les droits civiques depuis longtemps. Caroline Rolland-Diamond retrace sa vie. Nécessaire !
NB
« Rosa Parks », Caroline Rolland-Diamond, Folio/Biographies

Roman d’espionnage ? Reportage ?

« Le dossier du président », paru en 2020, se présente comme une recherche d’un dossier secret des services secrets russes – le FSB bien connu – sur le président des États-Unis nouvellement élu, un magnat de l’immobilier propriétaire de Tours un peu partout dans le monde,à New York comme à Panama. Toute ressemblance avec le président actuel est justifié. Le dénouement est conforme à la main mise du pouvoir sur la CIA et le FBI. L’affaire Epstein – il est impossible de ne pas y penser – est une illustration en plusieurs dimensions de l’intrigue ici développée.
James A. Scott nous entraîne dans ces mondes où les trafiquants de toute sorte se rencontre notamment les oligarques poutiniens qui s’enrichissent sur les dos des Russes sans créer de valeur. Des pilleurs et des prédateurs qui font école avec Trump aux États-Unis.
L’auteur décrit, c’est la partie documentaire, les mécanismes de blanchiment de capitaux via les projets immobiliers du Président. Il explique les circuits, les formes et les raisons qui font de l’immobilier le vecteur de l’exportation illégale de capitaux Un dossier explosif qui mêle perversions sexuelles et emprise politique et financière. Un polar qui nous fait aussi visiter la Fédération de Russie et ses oppositions pour comprendre la dimension interne de la guerre en Ukraine. Le tout enveloppé dans une action sans répit. A lire de toute urgence.
NB
« Le dossier du président », James A. Scott, traduit par Christophe Goffette, éditions nouveau monde, collection sang froid


Mémoire de l’esclavage

« Sous le règne du fouet, une histoire orale de l’esclavage aux États-Unis » réuni 27 parcours, surtout des femmes, collectés dans les années 30 par le Federa lWriter’ Project. Témoignages qu’il faut corriger par celui ou celle qui le recueille pour trnir compte des biais possibles. Bouleversants souvent, codés toujours, ils ouvrent des portes à l’analyse de la société américaine d’aujourd’hui. La préface de Françoise Vergès va bine au-delà de la présentation en abordant des questions du colonialisme et du néo-colonialisme à la fois système d’oppression mais aussi d’aliénation culturelle . Un débat à poursuivre.
NB 
« Sous le règne du fouet », textes réunis et traduits par Elsa Quéré, Éditions Ici-bas

Un épisode oublié

1934 : 6 mois qui ont changé la France

Le 6 février les extrêmes droites manifestent, le 12 grande manifestation unitaire de la gauche politique et des organisations syndicales. Les historiens considèrent que, sur cette poussée populaire, réelle, forte d’une aspiration à l’unité, se trouve l’unité d’action et la victoire aux élections de mai 1936 dites du « Front populaire ». Pourtant, et c’est la démonstration que fait Jean-François Claudon dans « Aux origines du Front populaire », l’unité d’action ne se fera pas en un jour ni même en sept. Les 6 mois qui séparent février et juillet, signature du pacte, voient des changements profonds dans la situation internationale, l’Internationale communiste – son nom officiel – change de cap si brutalement que Thorez a du retard à l’allumage, la mobilisation des masses est l’autre donnée. Malgré les tombereaux d’injures du PCF contre la SFIO, l’unité progresse.L’auteur détaille les pourparlers entre les deux partis comme les débats internes – « l’affaire Doriot, les oppositions de gauche au sein de la SFIO – pour rendre compte de tous les obstacle que rencontrent la signature du pacte. Une leçon pour notre avenir ?
Une chronologie détaillée et les biographies des principaux acteurs de ce théâtre complètent l’information du lecteur.
Nicolas Béniès
« Aux origines du Front populaire. Le pacte d’unité d’action », J-F Claudon, Atlande

Nuit et brouillard encore présents en 1948

Polar dans l’histoire

Rééditer le « prix du quai des orfèvres  1948 » est à la fois une redécouverte d’un auteur oublié, Yves Fougères (1921 – 1953) et une manière de ressusciter l’ambiance de ces temps étranges où le nazisme est encore présent suscitant beaucoup de fantasmes. Les travaux d’historiens montrent que les hauts fonctionnaires fascistes sont restés très présents dans les pays d’Europe de l’Ouest protégés par la « chasse aux sorcières » communistes.
Le prix du quai des orfèvres, comme le rappelle Marc Lemonier dans ses « Ballades policières dans Paris » (nouveau monde éditions), est décerné par un jury présidé par le de la police judiciaire et doit respecter « l’exactitude matérielle des détails et du respect du fonctionnement de la Police et la justice française », rien de moins. Continuer la lecture

Le côté émotif de Sherlock Holmes

Qu’allait-il faire dans cette galère ?

Il faut avoir une sacré dose de haine envers Sherlock Holmes pour le lancer dans une aventure perdue d’avance : innocenter le capitaine Dreyfus. Une affaire sans doute plus connue de ce côté ci du Channel que de celui de Holmes. Il se heurte comme tous les enquêteurs – appelés dreyfusards alors qu’il recherche la vérité – à la « raison d’État » représentée par son frère Mycroft essayant à toute force de la justifier en reprenant les arguments de la hiérarchie militaire française, l’antisémitisme en moins. Holmes, comme d’autres, essayera de la faire évader et, comme toutes ces tentatives, ce sera un échec. Continuer la lecture

Faut-il encore et toujours parler de la Shoah ?

La littérature, la poésie peuvent elles mieux faire ressentir la perte d’humanité imposée par les nazis à toutes les populations juives d’Europe ? Jirí Weil (1900-1959) a vécu à Prague cette période de déportation, de peurs, d’angoisses, de profonde solitude, d’un temps aussi de solidarité. « Vivre avec une étoile est une description quasi clinique d’un homme pourchassé , nié en tant qu’homme qui ne peut que faire preuve d’obéissance servile pour éviter le départ dans un convoi qui ne mène qu’à la mort. Son sort dépend en partie des instances de la Communauté (juive mais l’adjectif n’est pas employé) qui lui trouve un travail, dans un cimetière, tout en dressant des listes de ceux celles qui doivent partir, avec leurs trésors, sans épargner les femmes et les enfants.. Enfermé dans sa terreur, il se blottit dans sa mansarde, quasi à ciel ouvert, souffrant de la faim, attendant l’inéluctable. D’être humain, il en est devenu un fantôme. Il devra à une erreur de cette administration tatillonne de ne pas partir avec les autres porteurs du même nom que lui, liste dressée par les responsables de la Communauté. Continuer la lecture

Jimmy Gourley, un oublié qui résiste

Le jazz sans frontière

Le jazz de l’après Seconde Guerre mondiale s’est façonné aussi à Paris. La fin de l’Occupation a suscité le besoin d’oublier, nécessaire pour aller de l’avant. Les jeunes ne voulaient rien à voir avec la génération d’avant tenue pour responsable. Le be-bop – une révolution dans le jazz initiée par Charlie Parker et codifiée par « Dizzy » Gillespie – débarque à Paris en 1946 via les enregistrements que Charles Delaunay, directeur de la revue Jazz Hot, s’était procurés aux États-Unis, à New York. Le local de la revue, rue Chaptal, réunissait tous les jeunes musiciens avides d’intégrer ce nouveau langage. Continuer la lecture

Mémoire du passé et du présent

Les États-Unis dans le miroir de leur histoire

Timothy Egan, « un des grands auteurs de non-fiction » – c’est la présentation qu’en donne l’éditeur -, raconte, vraisemblablement avec un zeste de dramatisation et un effet de loupe sur un seul personnage, la renaissance du Ku Klux Klan dans les années de l’immédiat après Première Guerre mondiale. Le Klan était né après la guerre de Sécession (1861-1865) dans les États du Sud pour refuser la domination du Nord, conserver l’esclavage, en refusant les droits civiques pour les Africains-Américains, lutter contre les papistes et les Juifs. Le Président Ulysse Grant les avait poursuivi en justice et les avait éradiqués. Du moins le croyait-on. Continuer la lecture

La drôle de guerre en BD, la force des dessins

>Retrouver la mémoire

la date d’anniversaire de la Libération est fêtée et agite souvent le passé pour le décomposer et le recomposer à la mode du présent. La forme des commémorations indique cette réécriture continuelle de l’Histoire qui permet l’oubli d’une partie de la réalité d’alors.
Notre mémoire collective est à trous. Il est souvent nécessaire de combler les failles. Les historien.ne.s sont essentiel.le.s mais pas seulement. La BD particulièrement est un outil qui permet de diffuser les émotions du moment et faire partager le quotidien de ceux et celles impliquées dans l’Histoire. Les dessins font œuvre de mémoire et nous avons souvent besoin de la retrouver. Elle facilite ce travail. Continuer la lecture

Histoire des expressions françaises

Trésors et méandres de la langue française

« C’est du pipeau ! » titre Stéphane Gendron pour nous inviter à un voyage dans les expressions françaises à partir du « jargon de la musique et des musiciens » comme l’indique le sous titre de ce faux-vrai dictionnaire. Le pipeau est « une flûte champêtre à 6 trous en bois ou en roseau qui, au Moyen-Âge, se nommaient pipes ou pipets » nous dit-il pour ensuite nous balader dans l’histoire des différentes expressions. Ainsi « c’est du pipeau », apparue dans les dernières décennies du 20e siècle provient de « ne pas se laisser prendre aux pipeaux de quelqu’un » issue d’un piège à oiseaux nommé pipeau, une sorte de faux nid. Continuer la lecture