Jazz et piano en quatuor (2)

De la lecture à la musique.

Sébastien LovitotComment faire du jazz lorsque la malchance d’être un fil de prof de philo s’abat sur vous ? Vous n’êtes pas responsable. Et pourtant… Vous vous sentez sans doute redevable de ces morceaux de culture ingurgités tout au long de votre jeune vie ? Comment faire cohabiter cette référence mémorielle avec le jazz ? Entretemps, vous êtes devenu pianiste de jazz. Il vous faut vous libérer de tout ce fatras. Par la musique ? Une bonne idée qui permet de justifier des compositions au climat différent. Errer dans le château de Kafka où les portes mystérieuses s’ouvrent pour des labyrinthes de vies possibles, croiser Erri de Luca, Marguerite Yourcenar – un curieux rêve d’Hadrien pour approcher une forme musicale dont il ne reste pas grand chose, comme un fantôme qui viendrait envahir des nuits trop froides, trop dénuées d’humanité -, James Baldwin et son Harlem qu’il dessinait de paris et terminer par une évocation de Jimi Hendrix qui sut marquer d’une empreinte indélébile la musique tout entière pour s’en aller, seul, sans cette fraternité appelée de ses vœux. Pour cette boîte à musique, « Music Boox, volume 2 », Sébastien Lovato, pianiste et compositeur, s’est inspiré de tous ces créateurs de sons, utilisant les mots pour faire surgir d’autres significations – Marguerite Yourcenar a voulu rendre hommage au gospel dans un essai insensé de traduction – pour créer un environnement musical épars, éclaté comme toutes les disciplines artistiques de ce 21e siècle qui ne sait pas (encore ?) définir son style, son identité. Il est à la fois très prés du jazz – ses influences s’entendent à commencer par celle de Herbie Hancock et de McCoy Tyner et par-là même celle de Coltrane – et très éloigné pour aller vers la musique contemporaine. Une mention à « Ritournelle » sans doute inspirée par la fille du compositeur qui pourrait servir de berceuse aux enfants du temps. Lire la suite

Jazz et piano

Un quatuor romantique

Michel Reiss quartetMichel Reiss est pianiste et luxembourgeois. Y-a-t-il un lien entre son jeu de piano, ses compositions et le fait d’être né dans un paradis fiscal ? A priori non. Même s’il a suivi les cours du Conservatoire de la Ville du Luxembourg pour le côté classique – qu’il a conservé. Il s’est exilé pour étudier à la fois au Berklee College of Music et au New England Conservatory of Music où officiait, il a peu encore, Ran Blake, un des grands pianistes de notre temps. Tous les deux sont situés à Boston, une des grandes villes du jazz d’aujourd’hui qui fait concurrence aux conservatoires new-yorkais (voir le film « Whiplash » pour avoir une idée de cette concurrence). Un apprentissage qui explique que sa manière de pratiquer le piano le rapproche de beaucoup d’autres pianistes de ce temps.
Pour faire vivre ses compositions, il a constitué un quartet pour cet album « Capturing this moment ». Robert Landfermann, contrebasse, Jonas Burgwinkel lui donnent l’assise rythmique nécessaire pour capter le moment et le saxophoniste (soprano et ténor)/clarinettiste Stefan Karl Schmidt vient lui donner la réplique pour une sorte de contre discours qui enveloppe le présent pour faire surgir des mélodies oubliées des mémoires ici rassemblées.
Un quartet qui fonctionne pour une musique romantique qui fait penser aux compositeurs du 19e revus et revisités par le jazz, cette musique du 20e siècle. Peut-être un chemin pour régénérer la créativité… Mais l’absence du swing, de la pulsation du jazz, de l’énergie rend cette musique quelque fois un peu trop nostalgique, un peu trop mièvre…
Ces critiques ne doivent pas éviter d’entendre ce quartet qui tente, qui essaie… C’est un essentiel qui oblige à ouvrir grandes ses oreilles mais son cœur, son esprit pour ne pas rater des découvertes nécessaires pour ouvrir grand le champ des possibles.
Nicolas Béniès.
« Capturing this moment », Michel Reiss quartet, Double Moon Records distribué par Socadisc.

Jazz en Big Band

Un Big Band ? Oui mais un vrai !

Axel Schlosser & HR BBAxel Schlosser est trompettiste, compositeur et arrangeur pour le HR (Hessian State Radio sis à Francfort) Big Band qu’il conduit. L’album, « Into the Mackerel Sky » – dans le ciel du maquereau ? -, fait la preuve de son appétence pour faire sonner un grand orchestre tout en faisant la part belle à toutes les formes du jazz. Ouvrir avec « Jeanine », un portrait de femme dû à la plume de Duke Pearson – pianiste et compositeur un peu oublié de nos jours – es une excellente idée pour faire miroiter toutes les facettes de ce grand orchestre. Le guitariste, Martin Scales, est un peu trop près de Wes Montgomery et de son jeu en octave avec le pouce mais il s’intègre bien à l’ensemble. Le leader trompettiste habille l’arrangeur tandis que le saxophoniste, Tony Lakatos sait se montrer énergique et la clarinette basse de Rainer Heute fait irrésistiblement penser à Eric Dolphy et le tout fonctionne à merveille. Schlosser joue, se joue de toutes ces références. Il se sert de la mémoire pour faire bouger les corps en même temps que les esprits. Les mateurs de Big Band ne seront pas déçus, les autres pourraient apprendre à aimer ces « machines » dont les rouages – les musiciens – sont autant de grains de sable.
Toutes les compositions sont de Axel Schlosser sauf trois dont un chant traditionnel, « Jeanine » déjà cité et « Skydriver » du pianiste invité, Rainer Böhm qui met en valeur les sections et leur manière de se servir des questions /réponses tout en laissant le champ libre à la contrebasse de Thomas Heidepriem. Il n’est pas utile de citer les noms de tous ces musiciens qui tous méritent pourtant une mention. Ce grand orchestre rend, à sa manière, un hommage vivant au jazz.
Nicolas Béniès.
« Into the mackerel sky », Axel Schlosser & HR – Big Band, Double Moon Records distribué en France par Socadisc.

Jazz, des standards dans les nouveautés

David Chevalier Standards & avatarsNouveautés Jazz février/mars 2015

Printemps des « standards ».

Un standard, c’est un éclat de la mémoire orale devenue référence internationale. Le standard fait partie de notre culture commune. Il peut aussi servir de madeleine tellement nous en avons le goût dans l’oreille. Il suscite en nous des réactions étranges.
Il faut savoir leur redonner une jeunesse en les bousculant tout en les aimant. La tradition exige un respect révolutionnaire.
David Chevalier, guitariste – qui utilise un peu trop à mon goût les ralentisseurs de sons – a construit un trio pour revisiter ces mélodies trop connues et qui transbahutent une grande part de souvenirs souvent partagés par toute une génération, sinon plusieurs. « Standards et avatars » en est le premier résultat. Le titre sonne bien et traduit à l’évidence le projet du guitariste : créer une autre manière d’entendre, en créant des avatars – des incarnations du dieu Vishnou dans la religion hindou devenu le synonyme de métamorphoses, transformations à partir d’un même matériau mais aussi mésaventures – de ces airs qui flottent dans nos têtes comme autant de points de repères. Lire la suite

Polar anglais, entre Histoire et Littérature.

Un policier sous les bombes.

John Lawton Black-outJohn Lawton livre, avec « Black-out », le premier opus d’une série qui trimbalera l’inspecteur Troy, héritier d’un magnat de la presse venant de l’URSS, de la deuxième guerre mondiale à la guerre froide dans un Londres secoué par des déchirements idéologiques profonds. Les espion(ne)s, on le sait déjà – l’affaire Philby reste dans les esprits -, ne manqueront pas à l’appel.
Frederick Troy est un britannique qui a du mal à accepter son pays. Il n’oublie aucune de ses origines, parle Russe comme son père et refuse de partir à la guerre préférant exprimer sa révolte profonde contre l’ordre établi, sa colère sourde en faisant son métier de policier. Il est protégé par son chef, Onions – dont la description même vaut le détour – et séparé de ses collègues.
Malgré tout, il fait partie de cette aristocratie toujours présente dans cette île bizarre. Son langage, sa prononciation le situe directement dans cette caste sociale. Il a fait ses études dans une grande université. Lire la suite

Traces musicales de l’histoire sociale et politique des États-Unis

Le blues, mémoire et histoire
Pour une histoire culturelle

Hard Time Blues 1927 - 1960Les blues, suivant une tradition bien établie chez les ethnomusicologues, seraient uniquement liés à la situation sociale des Africains-Américains. Analyse à la fois juste et restrictive. Pour appréhender la force de cette musique, de cette création, le terrain esthétique ne peut- être déserté. Si le blues s’est universalisé, c’est bien qu’il véhicule autre chose qu’un simple discours de contestation sociale. Les générations d’adolescents qui se sont retrouvés dans cette musique n’étaient pas sensibles à ce langage singulier qui pratique le « double entendre », le double voir le triple sens capable de pervertir l’anglais pour en faire une nouvelle langue vernaculaire. Les ados français parce qu’ils ne comprenaient pas l’anglais, les Britanniques parce qu’ils ne percevaient pas les différences fondamentales entre leur langue et l’américain. Les « Rolling Stones », par exemple, démontrent ce fossé. En empruntant le langage des blues, ils en font un langage vulgaire alors, que dans la langue de Walt Whitman – qui n’est pas celle de Shakespeare – les termes sont grossiers mais pas vulgaires transcendés qu’ils sont par la poésie. Cette dernière est une des composantes essentielles. La citation de Leroy Jones mise en exergue du livret par les auteurs, Jacques Demêtre et Jean Buzelin, l’affirme avec force et toute la démonstration de « Blues People » – disponible en Folio – s’organise autour de cette dimension. Lire la suite

Deux rendez-vous pour le jazz

Bonjour,

Le 22 avril, de 18h à 20h, au Café Mancel, je présenterai les grands axes du festival de jazz, Jazz Sous Les Pommiers, à Coutances.
Si vous êtes disponibles…

Le 29 avril, ce sera la toute dernière séance de l’Université Populaire jazz de cette année. Exceptionnellement j’ai rajouté un 11e séminaire pour faire un peu le point sur cette année, écoutez les sonorités différentes des villes visitées et les convergences dues à une même génération. Toujours au Café Mancel, toujours de 18h à 19h30.

A bientôt de vous voir…

Nicolas.

PS Quelques illustrations suivront…

Blakey03

Signes de reprise ou de récession ?

Le monde n’en finit pas de danser sur un volcan.

Hollande et Valls continuent de se gargariser avec « l’esprit du 11 janvier » sans s’apercevoir que la crise systémique du capitalisme ouverte en août 2007 continue de se développer avec son cortège de chômage de masse, de pauvreté et de misère. Les inégalités s’approfondissent. Elles mettent en cause directement la possibilité même de la démocratie. Au Luxembourg ; début mars 2015, le président de la République en a même remis une couche en considérant que la reprise était là. Mais il n’a dit où…

La déflation s’élargit.
Les pays capitalistes développés – auxquels il faut associer la Chine même si elle n’est encore qu’une économie émergente – sont proches d’un point de rupture. L’indicateur, très largement sous estimé, est la baisse des prix soit la déflation. Elle est présente dans la zone euro globalement. Il est peu de pays qui y échappe. L’économie française, d’après l’INSEE, a enregistré une baisse de l’indice du niveau général des prix de –0,4%. Les États-Unis, à leur tour, ont enregistré une chute des prix de 0,1% en un an en 2014 – -0,7% en janvier 2015 par rapport à décembre 2014 – et le Japon est proche, lui, de renouer avec la déflation qui l’a frappée depuis 1993. La Chine, à son tour est en train de réunir les conditions d’un éclatement de la bulle financière du crédit et de connaître la baisse des prix.
Cette baisse n’est en rien le résultat de la lutte contre l’inflation. La plupart des économistes officiels parlent d’une « inflation négative »1 pour masquer, volontairement ou involontairement, la profondeur du phénomène. La déflation résulte de la surproduction qui se traduira par une récession plus ou moins profonde. Lire la suite

Université populaire jazz le mercredi 25 mars 2015, Pittsburgh (suite)

Bonjour,

L’année avance – curieuse expression n’est-il pas ? Comme si ce concept s’intégrait dans une réalité étrange, comme si la reprise allait se manifester juste parce que le temps s’écoule non pas d’une fontaine mais d’une montre, cette invention qui permet de compter le « temps qui passe » et « l’année qui avance »… – et nous arrivons à la 10e qui, cette année 2015, ne sera pas la dernière. Nous vivrons une 11e le dernier mercredi d’avril, soit le 29 si je ne me suis pas trompé dans des calculs de temps… Entretemps, je vous donnerai rendez-vous pour une présentation – toujours au Café Mancel – en musique du prochain festival de jazz de Coutances, Jazz Sous Les Pommiers. Nous en reparlerons… Lire la suite

Université populaire Jazz le mercredi 11 mars

Bonjour,

Mercredi 11 mars, au Café Mancel, 17h30 – 19h30 comme d’habitude, nous restons à Pittsburgh, d’abord avec Erroll Garner que nous retrouvons et une pléiade de pianistes qui ont fait la renommée de la ville. Dodo Marmarosa, le frère d’Erroll, lui aussi pianiste, Ahmad Jamal – Fritz Jones pour son nom de naissance à Pittsburgh – et quelques autres.

Pour la conclusion – mais ce ne sera pas la dernière, cette année j’ai prévu 11 séances, l’ultime sera pour le 29 avril pour faire la synthèse de cette année et annoncer l’an prochain – sur Pittsburgh, je prendrai une famille, les Turrentine mais je vous en dirai plus la prochaine fois.

A mercredi.

Nicolas.

PS Infos et extraits musicaux suivront… Lire la suite