Université populaire Jazz le mercredi 7 décembre 2016

Bonjour,

Visages divers de la West Coast dont le jazz a fait un style, un style indéfinissable sans possibilité de lui donner un contour, un périmètre, une vague définition. Le trait commun, suivant les histoires du jazz un peu vieilles – mais on n’a pas essayé d’en faire de récentes -, est une musique plus douce, plus froide, « Cool » pour dire aussi sa décontraction, plus complexe et créée par des Blancs coiffés en brosse. La figure qui s’impose est Gerry – « Jeru » pour tous les intimes – Mulligan ou Chet Baker.
Suivant cette piste, les critiques tombent sur… Miles Davis et New York 1948. Le nonet constitué par Miles Davis qui réunit Noirs et Blancs – des Blancs pas très blancs – ouvre « The Birth of the Cool », titre du 25 cm publié par Capitol au début des années 1950.
Los Angeles, San Francisco – et son pont suspendu, personnage principal d’un James Bond incarné par Roger Moore – sont des villes qui se construiront par le biais de la littérature. La Beat Generation pour l’après seconde guerre mondiale, mais avant par le biais de Hollywood, l’usine à rêves qui imposera des figures à cette Amérique.
Les visages de la West Coast se multiplient et s’anéantissent les uns les autres pour ne plus savoir distinguer la réalité des villes.
Il en est un qui vient contredire puissamment les histoires du jazz, le ghetto de Los Angeles, Watts. Et les polars. Raymond Chandler et son détective privé Philip Marlowe enquêtent sur cette côte ouest pour des romans qui restent des archétypes du style appelé « hard-boiled »‘ dont le concepteur fut Dashiell Hammett dans les années 1920. Philip Marlowe se situe lui dans la crise des années 1930 pour dénoncer la corruption généralisée.
Le lien Watts/polar s’appelle Walter Mosley. Son détective privé est un ancien truand qui a conservé l’amitié d’un tueur de fabrication artisanale et qui sert à dénouer des intrigues où, logiquement, Easy Rawlins – le nom de cet ex truand reconverti – devait mourir. Autant dire que ce « héros » a plusieurs visages tout comme le ghetto lui-même. Water Mosley s’est fait le chroniqueur de cette partie de Los Angeles.
Watts a vu naître de grands musiciens de jazz comme Charles Mingus, parti pour New York, « Buddy Collette, saxophoniste ténor (que l’on écrira ts), alto, flûtiste et clarinettiste qui restera sur la côte Ouest, Dexter Gordon, Wardell Gray… Pour dire que le côté Noir n’est pas absent.
Michaël Connelly, avec son inspecteur Harry Bosch décrira Los Angeles d’abord via ses égouts, titre de la première enquête. Le jazz est omniprésent dans ses romans. Il essaiera, comme d’autres avant lui, de se débarrasser de son double mais échouera…
Pour dire que le visage Noir(s) est aussi présent.
A mercredi.
Nicolas BENIES.

Deux exemples :
wardell_gray220px-dexter_gordon1Rencontre entre deux amis, saxophoniste ténor, en 1946 à Los Angeles pour un duel, « The Chase. Wardell Gray (photo à gauche) et Dexter Gordon (photo à droite) se livrent une joute amicale. Deux enfants issus de cette west coast, pas vraiment reconnus comme tels. Et pourtant… Mais c’est le propre des classifications de ne pas tenir compte totalement de la réalité. Les deux saxophonistes augmentés d’un nonet – c’est à la mode – ont enregistré aussi « The Hunt » en 1947 qui servira d’inspiration à Jack Kerouac pour « On The Road »…

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220px-west_coast_bluesLa reproduction de la pochette de l’album de Harold Land enregistré en 1960, en compagnie de Wes Montgomery (g), Barry Harris (p) Sam Jones (b), Louis Hayes (dr) et le trompettiste Joe Gordon, tout en puissance qui a joué à la fois avec les jazz Messengers d’Art Blakey et Shelly Manne and his Men, un véritable casse tête pour les mateur de rangement.

Université populaire Economie du mardi 6 décembre 2016

Bonjour,

Le basculement du monde prend son envol. Les sortants ne passent pas les murs qu’ils ont eux-mêmes construits. Ils ne font plus partie du paysage. Le tsunami politique est profond. Il concrétise la crise politique qui faisait l’objet de notre propos la dernière fois, crise de légitimité qui pourrait remettre en cause la démocratie elle-même. La gauche est morte, la droite dite républicaine ne vaut guère mieux. Arrivent le temps du « mouvementisme » qui ex^priment à la fois l’incertitude et la perte de repères.
L’onde de choc économique, sociale, financière doit être analysée.
A mardi donc.
Nicolas BENIES.
PS C’est la fête aux Nicolas…

Pour séminaire jazz Université populaire

Bonjour,
J’avais publié cet article il y a bien longtemps (en 1998 !) à propos du label Pacific Jazz. Si la West Coast n’existe pas en terme de style homogène, l’esthétique d’un label est une réalité. Je reproduis donc cet article pour donner quelques références sur les conférences à venir.

Étaient-ils vraiment Pacifiques ?

EMI – qui voulait se vendre au géant canadien de la boisson Seagram – vient de se lancer dans une grande opération, pour le plus grand plaisir des jazzfans, de rééditions du catalogue Pacific-Jazz, sous le titre générique « West Coast Classics »…

mulliganpacific10Pacific-Jazz est assimilé au jazz dit « West Coast », ou « Cool », ici dans le sens de frais. C’est Miles Davis pourtant qui lança la formule >en 1949 avec son nonet pour le label indépendant Capitol,(1) à New York, sur la côte Est. Le jazz, durant les années 1940 à 1960 ne cesse de bouger, de se remettre en cause, d’aller et de venir, d’avant en arrière sans parler des pas sur le côté. Il se passe toujours quelque chose. Les disques, souvent, sont peu ou mal distribués. Le critique de jazz prend son temps. Il n’est pas rare que dans Jazz Hot – puis à partir du milieu des années 50, dans Jazz Mag – un album soit chroniqué deux, trois ou même six mois après sa parution. Les bacs des disquaires ne sont pas pléthoriques. Les disquaires eux-mêmes sont des allumés qui orientent, conseillent, comme Daniel Richard (2) à Lido Musique qui, bien avant la mode qui déferlera, défend de toute son âme le jazz « West Coast », le jazz de la côte Ouest. Lire la suite

Jazz accompagné

Jeux de rencontres

Un groupe qui prend comme nom « Golan » ou « Al Joulan » en arabe fait clairement référence à ces populations syriennes et druzes habitant sur le plateau pour affirmer, quelle que soit l’intention de l’auteur, le bassiste Hubert Dupont en l’occurrence, une volonté de rendre visible ces Palestiniens dont les droits sont, chaque jour, bafoués.
Cette intention ne dit rien de la musique. Hubert Dupont a voulu composer une musique hybride qui tient du jazz pour permettre la créativité des musicien-nes qu’il a choisi et qu’ils l’ont choisi.
Haïfa est une curieuse ville même pour Israël. Les ports sont toujours plus ouverts au monde que les villes de l’intérieur. Celui là a joué un rôle dans la route de la soie qui passait par Samarkand et Boukhara. Le brassage de culture est important, entre ces israélien-nes, palestiniens, druzes… qui se revendiquent de la religion chrétienne pour simplifier. La ville est à l’image de ce Moyen Orient en train de sombrer.
Visiter Haïfa la nuit, comme le propose le compositeur est un enchantement. La nuit surgit les musiques, les rythmes entremêlées de ces cultures cousines qui n’arrivent pas à se reconnaître le jour. Les oppositions deviennent des fantômes incapables de s’imposer. Ils reviendront dés le jour levé… Lire la suite

JAZZ en fonds sous marins bretons

La Bretagne comme si vous y étiez…

Deux compositeurs ou metteurs en images se partagent cet album qui se veut tout autant une ode à la Bretagne, terre de naissance et au jazz, à l’enfance disparue et à la musique de demain sinon d’aujourd’hui. Guy Le Querrec, photographe de jazz bien connu – qui expose -, habille le livret de ses descentes dans les paysages comme les visages pour illustrer une mémoire d’un passé présent tandis que Christophe Rocher met en musique, pour son groupe Nautilis, la même volonté d’une construction mémorielle pour exprimer le présent en l’ouvrant à toutes les perspectives d’avenir.
Un mélange qui ne pouvait qu’ouvrir la porte aux jeux sur les mots et les réminiscences de ces comptines qui fabriquent les madeleines de tout enfant, à commencer par le titre de l’album : « Regards de Breizh », un regard qui se construit aussi par l’écoute.
Une musique qui se veut résolument de notre temps à la fois mélancolique – la mort d’un passé qui laisse quelques traces – et la vision d’un avenir non encore déterminé. La Bretagne comme il faut la voir et l’entendre. Sans oublier les influences de Portal, Sclavis et de beaucoup d’autres. Le jazz comme on l’aime avec sa tradition, sa mémoire toujours bouleversées pour les garder vivantes, pour éviter de les enfermer dans un panthéon.
Nicolas Béniès.
« Regards de Breizh », Ensemble Nautilis/Christophe Rocher-Guy Le Querrec, Innacor Records

JAZZ, un art du duo

Pigeon, vole !

14494860_1223134427761319_5594691557829475587_nL’art du duo est compliqué. Il faut pouvoir s’affirmer tout en écoutant l’autre sans répit. La moindre faille et c’est l’atterrissage forcé dans des conditions difficiles avec le risque de l’écrasement. Lorsque « ça » plane, c’est la réussite. Il arrive que l’auditeur, le troisième nécessaire dans ce couple dont l’écoute fait vivre une fois encore la musique, en vitesse de croisière décroche ou se plonge dans d’autres univers. Pour lutter contre la somnolence qui gagne le voyageur de tout transport aérien, le duo est obligé de s’engager au-delà de ses propres forces.
« Volons » est le credo de cet album du duo composé de Julien Soro, saxophoniste alto – cet instrument de cirque dont le jazz a fait un instrument de l’élite – et Raphaël Schwab, contrebassiste. Dépassons les catégories, allons voir là bas, plus haut si ne se profile pas le Bird en train de musarder ou d’autres musiques tout aussi vénérables ou jeunes de manière à construire un autre monde, une autre manière d’entendre.
La comédie musicale rencontre le tango qui se marie avec la valse, sans oublier les autres musiques arabo andalouses et celles dites contemporaines. Le jazz sublime toutes ces facettes pour cette musique qui veut tournoyer dans l’air d’un temps trop souvent barbare pour apporter un brin de fantaisie et d’ouverture vers les autres.
Répondons à l’appel : volons !
Nicolas Béniès.
« Volons », Schwab/Soro, Neu Klang, rens. www.neuklangrecords.de

JAZZ

L’art du trio

0008172263_10Le trio saxophone/Basse/batterie a connu ses heures de gloire avec Sonny Rollins, Joe Henderson, Warne Marsh et quelques autres. Comment le renouveler ? Comment ne pas répéter ce qui s’est déjà fait et de manière tellement aboutie.
Il faut prendre des chemins de traverse sans oublier le passé. Faire jouer les mémoires en même temps que la musique, c’est une des leçons importantes du jazz, pour faire surgir autre chose, des combinaisons originales. Jérôme Sabbagh, saxophoniste ténor et soprano, Allison Miller, batteur et Simon Jermyn, bassiste électrique s’y essaient se servant de leurs arrière-fonds culturels différents dans le creuset que représente encore New York pour le jazz. Le premier vient de France, le deuxième de Washington D.C., la capitale et le troisième d’Irlande et le tout veut faire « maigre » – « Lean » le nom aussi du management actuel qui veut supprimer la mauvaise graisse soit le nombre de salariés – pour provoquer, avec le peu de notes nécessaires mais des rythmes étranges, l’émotion et embarquer l’auditeur vers d’autres rivages. Le dernier thème, « Fast Fish » fait référence à la baleine blanche, « Moby Dick » et à Melville pour se situer dans la quête du Graal, de l’utopie de la fraternité. Plus encore aujourd’hui qu’hier. Sans oublier les réminiscences de cette cornemuse tout autant écossaise qu’irlandaise. Lire la suite

Polar

Écrire oui, mais pour qui ?

Adam Langer le contrat salingerAdam Langer est à la fois l’auteur et le personnage principal de ce roman, « Le contrat Salinger » qui transporte des interrogations sur les conséquences de l’écriture, surtout lorsqu’il s’agit de vraies-fausses ou fausses-vraies autobiographies. Pour comprendre le titre, il faut savoir que J.D. Salinger est un auteur qui a suscité l’émoi aux Etats-Unis. Auteur de « L’attrape-cœurs », un grand roman sur l’adolescence, il s’est refusé pendant une grande partie de sa vie à publier le moindre texte et à éviter toutes les interviews. On dit qu’il a vécu en reclus.
Adam Langer risque une hypothétique explication, Salinger aurait continué à écrire pour une seule personne avec l’impossibilité contractuelle de le faire savoir. Il met en, scène un autre écrivain, un auteur de polar cette fois, Conner Joyce, victime du même type de contrat. Sauf que son roman sera plus vrai que vrai. Le payeur est aussi un cambrioleur qui se sert des descriptions du romancier pour effectuer le casse. Qui réussit. Tenu au secret, Conner ne peut informer personne même pas sa propre femme qui part…
Adam Langer qui a écrit une autobiographie qui l’a fâchée avec sa mère et une grande partie de sa famille se demande si ce n’est pas LA solution, écrire – en étant payé – pour une seule personne…
Une sorte de négation de la fiction qui laisse un peu sceptique sur l’avenir de la littérature… J’avoue ma déception devant cette conclusion…
Nicolas Béniès.
« Le contrat Salinger », Adam Langer, traduit par Émile Didier, 10/18

JAZZ et jazz

Une rencontre inespérée.

1473061932824Émile Parisien devrait faire attention. Il est trop sollicité. La création s’use à force de trop s’en servir. Pourtant ce nouvel album, « Sfumato », tient de la réussite. Par la présence de Joachim Kühn, pianiste mais aussi pourvoyeur d’idées, de mises en place décalées et recalées. Du coup, tout le monde – Manu Codjia, guitariste, Simon Taileu, contrebasse et Mario Costa, batteur dans la lignée de Daniel Humair ici peut-être à cause de Joachim – trouve sa place. Les invités, Vincent Peirani à l’accordéon qui n’oublie pas qu’il a réalisé des duos avec le saxophoniste et Michel Portal à la clarinette basse apportent ce qu’il faut à l’atmosphère étrange de cette suite divisée en trois parties, en forme de musique de films noirs, « Le clown tueur de la fête foraine ».
Un des albums qu’il faut écouter en cette rentrée.
Nicolas Béniès.
« Sfumato », Émile Parisien quintet, ACT distribué par Harmonia Mundi.

JAZZ et musiques de la Syrie

Pour la liberté !

pochette-almot-jpeg-768x669La Syrie est sous les bombes. Encore et encore… L’opposition démocratique a fait sienne ce slogan, la mort plutôt que l’humiliation, « Almot Wala Almazala » dans l’original et qui sert de titre à cet album. La musique de la flûtiste franco-syrienne, Naïssam Jalal et son groupe « Rhythms of Resistance » – Mehdi Chaib saxes, Karsten Hochapfel, guitare et violoncelle, Matyas Szandai, contrebasse, Arnaud Dolmen ou Francesco Pastacaldi à la batterie – veut s’inscrire dans ce combat. Les compositions mêlent adroitement airs du Moyen-Orient, fulgurances du free jazz – totalement adaptés à l’évocation de ces assassinats collectifs – et jazz plus ou moins déjà entendus. Mehdi Chaib sait se servir de toutes ces traditions pour construire ses improvisations en contre point à la violente douceur de la flûte.
Elle ne trouve pas « la touche pause de son cerveau » pour rendre leur place aux martyrs de la révolution syrienne et à Alep tout en voulant construire un monde fraternel dans cet enfer qu’est devenu ce pays au centre des bouleversements géopolitiques.
La référence à Daniel Bensaïd est bien trouvée comme cet oxymore – celui de Daniel – « une lente impatience »…
Peut-être à cause de la guerre elle-même et de ces bombardements incessants, la musique manque quelque fois sa cible en étant par trop répétitive. Il n’empêche, cette musique, cette flûtiste, le groupe se doit d’être entendu.
Nicolas Béniès
« Almot Wala Almazala », Naïssam Jalal & Rhythms of Resistance, Les couleurs du son, distribué par l’autre distribution