Une affaire d’État ?

Crimes oubliés, de femmes, une enquête nécessaire.

« Triple assassinat au 147 rue La Fayette » est une enquête détaillée sur les raisons pour lesquelles trois femmes kurdes, Sabine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez, sont tuées dans le petit appartement sis à cette adresse, le 9 janvier 2013. Les soupçons se portent sur un Turc, Ömer Güney qui s’était fait accepter par la communauté kurde de France. Les assassinées font partie des dirigeantes du mouvement, sauf Leyla Saylemez, une jeune militante. Le procès du prétendu coupable devait s’ouvrir en janvier 2017 mais Güney est mort, d’une tumeur au cerveau le 17 décembre 2016. Lire la suite

Jazz, mémoire de batteure, Julie Saury

Lutter contre les préjugés.

Il doit rester un grand fonde de sexisme lorsqu’il est question de musique et, particulièrement, dans le jazz. Les instruments auraient un sexe. La batterie notamment serait, malgré son genre, masculin. Le piano, à l’encontre de la grammaire, serait plus féminin et il est loisible de multiplier les exemples.
Ainsi Julie Saury, batteure – évitons batteuse, ça fait par trop moissonneuse – et batteur talentueuse. Elle vient de sortir un album qui navigue entre passé et présent. « For Maxim » est un hommage à son père, le clarinettiste de jazz traditionnel, qui nous a quittés. Il lui avait appris « A jazz love story », une histoire d’amour avec le jazz, histoire qui, dans la famille, commence avec le grand-père, adepte du be-bop et de Charlie Parker.
Les compagnons qu’elle s’est choisi, Philippe Milanta au piano, Bruno Rousselet à la contrebasse, Aurélie Tropez à la clarinette – masculin ou féminin ? -, Frédéric Couderc aux saxes et Shannon Barnett au trombone et au chant partagent son esthétisme qui fait du jazz une entité à visiter. Rien de révolutionnaire ici mais un engagement de toutes et de tous pour faire partager cet amour. Superbe. Last but not least, elle réalise la parité.
NB
« For Maxim, a jazz love story », Julie Saury, CD et Vinyl, Black and Blue. Concert de sortie le 24 février 2017 au Sunside (Paris)

Polar

Polar et Histoire.

Ariana Franklin – morte en 2011 à 78 ans – nous projette, par le biais de la traduction française des aventures de sa jeune « médecin légiste », Adelia Aguilar, dans le royaume de Henri II Plantagenet qui n’en finit pas de guerroyer pour préserver son unité. En 1176, au moment où commence la troisième aventure de cette jeune femme « qui fait parler les morts », il est au pays de Galles pour réduire la rébellion. Il a besoin de prouver que Arthur – celui des chevaliers de la table ronde – est bien mort pour éviter les superstitions qui alimentent les révoltes contre son pouvoir.
L’Abbaye de Glastonbury, associée à la légendaire Avalon du roi Arthur, vient de subir un incendie et on a retrouvé les cadavres d’un couple qui pourrait être Arthur et la reine Guenièvre. De nouveau, Adelia est sollicitée par Henri pour émettre une hypothèse sur l’identité du couple. Elle est en compagnie de son fidèle Maure qui fait semblant, pour éviter les accusations de « sorcière », d’être le médecin et elle retrouve, comme à chaque fois, le père de sa fille, l’évêque Rowley. Il lui faudra découvrir « Le secret des tombes » et on verra que le pluriel s’impose. Lire la suite

PHILOSOPHIE DE LA CONTRE REFORME

Note introductive : cet article, je l’ai écrit en 2003, au temps du quinquennat de Jacques Chirac, élu, il faut s’en souvenir, avec plus de 80% des suffrages. De ce score inédit – et tout a été inédit dans cette élection – Chirac n’en a rien fait. Comme Hollande, il voulait juste devenir président sans programme, sans vision. Une remarquable continuité…
Le mouvement social cité à la fin fait référence à la mobilisation contre la remise en cause des retraites… Déjà!
Je n’ai pas changé une virgule. Je crois même avoir laissé quelques fautes d’origine. Je le publie en janvier 2017 pour deux raisons. D’abord pour mes archives et conserver la mémoire, enfin pour porter à la connaissance des analyses nécessaires pour appréhender cette période. Pour donner aux historiens des éléments de ce temps d’avant la crise systémique…

En mémoire

Le gouvernement actuel s’attaque à tous les acquis sociaux construits tout au long du 20e siècle, remettant en cause le « compromis social » de la Libération, synthèse des droits des salariés acquis dans les luttes sociales et dans la forme de reconstruction de l’Etat après la collaboration des classes dominantes avec le nazisme. Cet Etat, appelé « Etat providence » avait deux aspects principaux, il était national et social.
Aujourd’hui, il s’agit, via les politiques d’inspiration libérale, de déstructurer cette forme d’Etat et imposer de nouvelles règles du jeu. Les services publics, de manière générale, sont dans le collimateur.
Une partie d’entre eux pourrait être facilement « marchandisée ». C’est le cas des Télécommunications, de l’Électricité, du Gaz… et de l’enseignement supérieur. D’ores et déjà, au sein de l’OMC – Organisation Mondiale du Commerce – se discutent les « demandes » des Universités américaines d’ouverture à la concurrence de l’enseignement supérieur européen. L’échec de la conférence – « assemblée générale » – de Cancun tenue au milieu de septembre des 146 pays signataires n’empêche pas la poursuite des négociations dans les salons feutrés de l’Organisation à Genève loin des caméras et des représentants des pays du tiers monde venus perturber le consensus traditionnel qui se réalise entre les pays de la Triade, les Etats-Unis, l’Union Européenne (représentées par le commissaire européen, Pascal Lamy) et le Japon. Ce consensus là n’a pas été possible. De ce fait l’OMC est en crise et devrait déterminer d’autres modalités de fonctionnement. Elle ne peut accepter la transparence. L’ombre est propice à toutes ses décisions. Qui sont pourtant de l’ordre du politique. Les décisions de l’OMC deviennent autant de règles, de lois que les Etats doivent respecter. C’est le sens de la ratification du traité de Marrakech (1994) créant à la fois l’OMC et définissant ses prérogatives. Lire la suite

JAZZ: Elvin Jones !

Batteur de génie 

Elvin – son seul prénom suffit, le deuxième était Ray, 1927-2004 – est connu comme le batteur du quartet historique de John Coltrane qui a révolutionné dans les années 1960 les mondes du jazz. Aujourd’hui – en 2017 – peu de saxophonistes échappent à l’emprise coltranienne. Il faut se souvenir que certains se sont perdus dans Coltrane. Art Pepper le raconte mais aussi « Tina » – surnom qui venait, semble-t-il de sa petite taille, Harold pour l’état civil – Brooks à la fin de sa vie n’enregistrait plus jouant comme Coltrane. Le « comme » est à prendre au sens fort. Art Pepper demandait à ses interlocuteurs lors de son dernier retour, à la fin des années 1970, s’ils reconnaissaient le son de son saxophone alto comme étant le sien, celui qu’il avait avant le pénitencier et la chute dans Coltrane.
Souvent, est oublié le batteur. Alain Tercinet pose la question à la fin du livret dans le volume « The Quintessence » consacré à Elvin Jones : « Sans Elvin Jones, Coltrane aurait-il été Coltrane ? », question rhétorique : on ne peut pas revenir en arrière. Mais les indices ne manquent pas. Lorsque Elvin n’est pas là, comme, par exemple les faces enregistrées par Trane avec Roy Haynes – qui ne démérite pas -, la magie n’est pas là, celle de la transgression, celle de la liberté, celle qui conduit tout droit dans les nuages, dans les rêves, dans l’impossible.
L’alchimie de la rencontre est l’un des secrets les mieux gardés du jazz. Les couples sont nécessaires au dépassement de l’un et de l’autre. Des exemples ? Stéphane Grappelli et « Django » Reinhardt, Billie Holiday et Lester Young, Charlie Parker et « Dizzy » Gillespie et bien d’autres encore. « Diz » le dira dans une interview à Jazz Hot. J’avais mon style, Bird avait le sien notre rencontre a été l’étincelle du génie. Ce ne sont pas les termes exacts mais l’idée est celle là. On pourrait appliquer cette équation à tous les couples… du jazz ! Lire la suite

UP Jazz, retour sur la session du 18 janvier 2017

Bonjour,

Sur l’air de « Airegin », une composition de Sonny Rollins reprise par Art Pepper, j’ai brodé sur le retour à l’Afrique existant dans la communauté noire américaine dans les années 1920. Caroline Rolland-Diamond, in « Black America » page 91, note, après bien d’autre l’importance du mouvement créé par Garvey : « A peine installé sur le sol new-yorkais, l’UNIA – Universal Negro Improvement Association – commença son ascension fulgurante et constitua en quelques années le plus vaste mouvement panafricain de l’histoire. Attirant plusieurs millions de Noirs défavorisés, ouvriers, domestiques, métayers ou travailleurs agricoles, l’organisation atteignit l’apogée de sa popularité en 1921-22 avec plus d’un millier de sections locales aux Etats-Unis, au Canada, aux Antilles, en Amérique du Sud, en Afrique, en Europe et même en Australie. L’organisation périclita dés 1927 lorsque Garvey fut déporté en Jamaïque après sa condamnation pour fraude postale. »
Si j’ai rappelé Garvey, ce mouvement de retour à l’Afrique, à propos d’Airegin (enregistré en 1959) c’est par un esprit d’escalier dont je ne suis pas fier et ne vous l’ai pas expliqué. Au milieu des années 50, et plus encore à la fin de ces mêmes années, le mouvement noir se trouve, avec Elijah Muhammad (Elijah Poole pour l’état civil) un ancien partisan de Garvey – il a créé les « Blacks Muslims » et Nation Of Islam – lié à un retour aux thèses garveyiste. Plus encore, Malcom X, au prix de ruptures difficiles – son passé d’ancien délinquant, d’anciens Black Muslim – diffusera un message de fusion des luttes et de solidarité avec les revendications des pays du tiers monde notamment africains.
Je voulais souligner que la composition de Rollins fait partie des prises de conscience de ce moment, des luttes de libération nationale et s’explique par ce contexte spécifique.
Aucune confusion de ce point de vue avec le Liberia, de ce retour concret sur la terre africaine qui fut un échec : les anciens esclaves étaient devenus américains.
Rançon de l’improvisation.
Désolé de toutes ces confusions.
Commencer l’année 2017 par des excuses, pourquoi pas…
A bientôt.
Nicolas.

Référence du livre de Caroline Rolland-Diamond, « Black America. Une histoire des luttes pour l’égalité et la justice (19e-21e siècle), La Découverte, Paris, 2016

Jazz, Déjà la fin ? La saga Bird tire sa révérence.

Un patrimoine vivant et toujours en devenir.

Dans « Le Sax » – « The Horn » dans l’original -, John Clellon Holmes décrit les derniers instants de Charlie Parker par l’intermédiaire de son personnage, Edgar Pool, qui emprunte aussi quelques traits à Lester Young réunissant ces deux créateur soumis au dur régime d’une société excluante, surtout les génies par définition dérangeants de l’ordre naturel des choses de ce monde capitaliste et conservateur. Un bon génie est un génie mort ! John Clellon marque les étapes de cette descente aux enfers qui connaît quelques rémissions, le génie refusant de rentrer dans sa bouteille. Les doutes sur sa capacité de continuer à créer, les drames personnels – pour Bird, la mort de sa fille Pree -, l’alcool, la drogue qui demandent leur tribut sans parler des ennuis d’argent faute d’assurer les engagements, les engueulades avec les patrons de clubs, la désespérance… Lire la suite

UIA Jazz, histoire de la batterie

Bonjour,

Nous nous sommes engagés dans une voie étrange : essayer de définir le jazz. Commencé l’an dernier, ce voyage nous conduit, pour cette année et pour essayer de cerner cette musique incernable à un instrument, la batterie, emblématique du jazz et de ses transformations. Aucun compositeur de musique symphonique n’a intégré ce monstre créé de toutes pièces par une musique à la rencontre de tous ses affluents et de toutes les cultures qui se retrouvent sur le sol américain. Une exception, Darius Milhaud qui l’intégrera pour une expérimentation sans suite.
L’histoire de la batterie – drums – est l’histoire du jazz. Lors de notre première session, le 28 novembre 2016, se sont fait entendre les premiers grands batteurs en particulier, « Baby » Dodds (à gauche), « Zutty » Singleton (à droite).
D’autres sont remarquables, comme Vic Berton que nous réentendrons le 30 janvier parce qu’il invente une autre manière de jouer ou Ray Bauduc, l’un des grands batteurs sous estimés qui a longtemps été un pilier de l’orchestre de Bob Crosby – le frère de « Bing » -, et a « inventé » la cymbale chinoise cloutée. Il est resté dans l’ombre, il était blanc mais un grand innovateur. Il faut le voir sur les vidéos reprises sur You Tube. Lire la suite

UP Jazz du 18 janvier 2017

Spécial Art Pepper

« Straight LIfe » – la composition la plus célèbre de ART Pepper – sert de titre à son autobiographie écrite par Laurie Pepper à partir des souvenirs de Art. Laurie reprend aussi des témoignages de membres de la famille, des musicien-nes et de Lester Koenig, père putatif du saxophoniste. Les éditions Parenthèses ont publié la traduction de Christian Gauffre précédée d’une sorte d’introduction de Philippe Carles qui raconte comment, sur les instigations de Jean-Louis Comolli, il a compilé les journaux américains pour trouver des traces d’Art Pepper. Il en avait – je m’en souviens aussi – écrit 16 pages, avec pour seule photo celle d’un Art Pepper en haut d’une route de Los Angeles ou de San Francisco – la même photo que celle figurant sur l’édition française, éditions Parenthèse. Seize pages qui tenaient plus du polar que du jazz mais qui donnait envier d’entendre Art Pepper. Des bruits ont couru comme quoi Art aurait de mandé une traduction. C’était le temps où plus personne ne parlait de lui, enfermé qu’il avait été dans le pénitencier de San Quentin.

Édition américaine.

De 1960 – l’album Contemporary « Intensity », beau titre pour un musicien qui allait se retrouver derrière les barreaux – à août 1975, l’album Contemporary de nouveau, « Living legend », rien, aucun album en studio. Art Pepper racontera qu’il avait subi l’influence de Coltrane, qu’il s’était perdu, au sens fort, dans Coltrane, qu’il était devenu Coltrane et jouait du saxophone ténor. Il a fallu qu’il lutte pour redevenir lui-même en commençant par reprendre le saxophone alto.
Il faut dire que, né en 1925 – sa mère a 14 ans, son père alcoolique et violent, il sera élevé par sa grand-mère paternel, une Allemande dira-t-il – il jour de la clarinette à 9 ans et du saxophone alto à 13. Dés ce moment, il jamme sur Central Avenue, la rue du jazz dans ce Los Angeles d’avant la seconde guerre mondiale. Il deviendra professionnel à 17 ans. Orchestre de Stan Kenton où il fera ses classes, comme beaucoup de musiciens de ces années d’après guerre touchés par la grâce de Charlie Parker et de Lester Young.
Sa sonorité sera un mélange des deux, comme, là encore, beaucoup se saxophonistes. Il se dégagera de ses influences pour se trouver via une sonorité spécifique. (à suivre)
Nicolas Béniès.

Polar, Qui mène l’enquête : le tueur ou la police ?

Un tueur en série sympathique.

Kate Watterson est une auteure originale. Elle nous met face aux conséquences de l’éducation, de la formation de ces enfants, orphelins, placés en famille d’accueil. Le meurtrier « en série » – parce qu’il tue plusieurs fois mais pour la même raison – est présenté comme un justifier. On le serait à moins. Un pasteur pédophile et d’autres maltraitances dans ces familles « propres sur elles ». Lire la suite