Une histoire de l’art

Bonne année 2018 : encore des cadeaux à (se) faire

L’art a-t-il une histoire ? On sait que le progrès en art est une invention calamiteuse de certains théoriciens en mal d’idéologie, mais la succession des Écoles a-t-elle encore un sens ? Et l’art lui-même quel « sens » prend-il dans notre époque de remise en cause profonde de toutes les idéologies ? Florence de Mèredieu, qui ne craint pas de porter un prénom plutôt féminin et un nom qui fleure son origine chrétienne, répond à toutes ces questions par la négative. Dans cette somme dont la première édition remonte à 1994, « Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne et contemporain » – une édition revue, corrigée, augmentée pour cette parution de 2017-, il passe en revue 150 ans de créations artistiques. Moderne ? L’époque commence en 1874 par les Impressionnistes, premières réflexions sur la matière – nom générique, le matériau n’étant qu’une de ses manifestations -, la lumière, la photographie et se continue par le « contemporain » soit, pour lui, tout ce qui se fait aujourd’hui sans échelle de valeurs a priori, sans idéologie dit-il. Tout au long de ses descriptions, de ses analyses, on se demandera si cette absence est possible. Lire la suite

Université populaire jazz du 10 janvier 2018

Bonjour,

Bonne année dans un monde moderne et a tendance barbare. Que cette vous soit profitable, entourée de découvertes et de surprises.

Pour la commencer, nous restons dans les alentours de San Francisco et de Los Angeles pour terminer les bagages et explorer d’autres contrées.

Nous allons revenir sur les musiciens et musiciennes qui ont fait partie de ce monde. En parlant guitares. Ici nous parlerons d’École West Coast, création des critiques plus que des musiciens. Encore que, pour limiter cette création, les musicien-ne-s y seront un peu sensibles. les oppositions ouest/Est, comme la ligne Mason-Dixon à des interférences sur la manière dont les habitant-e-s des deux Côtes se définissent contre les habitants de l’autre côte. On le voit dans les réactions à Trump.

Un autre modèle, pour Blue Note

La pochette emblématique de Blue Note

Cette opposition, elle se manifeste aussi dans les choix esthétiques des pochettes. Celle de la Côte Est, de New York, sont bien représentés par l’esthétique Blue Note. La photo du musicien, le nom du label, parfois les noms des musicien-ne-s du groupe, le tout composé par un spécialiste et des notes de pochette plutôt informatives dues à la plume de critiques comme Leonard Feather.
Les pochettes de la West Coast sont un peu plus humoristiques sinon plus osées. Un avant goût des sixties psychédéliques sans doute. Contemporary essaiera de varier ses pochettes, d’y mettre de la couleur tout en proposant des notes aussi savantes que celles de Blue Note, parfois avec les mêmes signatures. Le soleil joue aussi son rôle pour égayer un jazz souvent considéré comme sérieux. La proximité de Hollywood accroît la nécessité de faire aimer la musique par un choix quelque fois marqué par les affiches du cinéma. Difficile de résister.

Les guitaristes classés dans la West Coast ne sont, bien entendu, pas tous nés de ce côté. La plupart d’entre eux ont subi deux influences principales, Charlie Christian, un météore considéré comme l’inventeur de la guitare électrique même si d’autres avant lui avaient déjà utilisés cet instrument notamment Eddie Durham, tromboniste et arrangeur dans les orchestres de Jimmie Lunceford et Count Basie par ailleurs ou Teddy Bunn, et… Django Reinhardt. Nous avons déjà parlé précédemment de cette filiation. Le « backlash » se trouve du côté de Joseph Reinhardt très sensible à la manière de jouer des guitaristes de cette Côte Ouest. Django à son tour sera influencé par tous ces guitaristes pour arriver, vers la fin de sa vie, à dominer totalement la guitare électrique laissant pantois et désarmés ses jeunes compagnons à commencer par Martial Solal.

Charlie Christian, Charlie’s choice

Count Basie, beaucoup plus tard, en compagnie de Joe Pass, rendra hommage à Christian, avec ce « Blues for Charlie Christian ».

Django en 1953, Deccaphonie

Barney Kessel fut le plus connu de ces guitaristes pour avoir participé au premier trio d’Oscar Peterson à son arrivée aux Etats-Unis, avec Ray Brown à la contrebasse. Norman Granz qui avait « découvert » Oscar au Canada, à Montréal pour être précis, avait engagé Barney qui avait dit y rester pendant deux ans. Il a tenu promesse malgré l’énorme succès remporté par le trio. Norman Granz fera jouer ce trio – Herb Ellis, un Texan, succédant à Barney – dans tous ces concerts intitulés Jazz At The Philharmonic, JATP pour les intimes. Ces concerts débutent dés juillet 1944 du côté de Los Angeles.

Barney Kessel et Herb Ellis ont enregistré ensemble pour Concord, un label défunt. Les voici sur « Early Autumn »

Herb Ellis, comme la plupart des Texans – nous avons remarqué de même phénomène à propos de T. Bone Walker et de beaucoup de musicien-ne-s de blues – il sera assimilé à la West Coast.
Les précurseurs du be-bop, mis à part Barney Kessel qui avouait avoir appris en jouant, ont nom Jimmy Raney, le plus important pour ses innovations reprises par la plupart des autres guitaristes et Tal Farlow, agoraphobe convaincu.

Jimmy Raney, Stella by Starlight

Sal Salvador (1925-1999), un peu oublié de nos jours, se fera remarquer chez Stan Kenton au début des années 50 et enregistrera avec son propre groupe, un trio souvent, où brille le pianiste/vibraphoniste Eddie Costa (qui avait l’admiration de André Hodeir qui l’engagera pour son album Savoy réalisé aux Etats-Unis en 1956, Michel Legrand à son tour le prendra dans son orchestre de studio pour « Legrand jazz » réalisé en 1958. Malheureusement il sera tué dans un accident de la route en 1962.) Sal est l’auteur de manuels pour guitaristes.

En 1952, il fait partie de l’orchestre de Stan Kenton. Dans « Invention for guitar and trumpet – celle de Maynard Ferguson en l’occurrence – il fait la preuve de sa capacité d’improvisateur et la création d’un son spécifique.

Tal Farlow, né en 1921 à Revolution, oui la ville existe, est un autre innovateur de la taille, de l’importance de Jimmy Raney.

Talmage , Just one of those things

Il en est qui ont été très connus en leur temps comme Johnny Smith ou Howard Roberts, d’autres encore qui ont résistés au temps qui passe comme Jim Hall qui nous a récemment quittés et d’autres encore qui ont voulu rester dans l’entre deux comme Billy Bauer, élève et compagnon de Lennie Tristano, Joe Puma, longtemps compagnon de Herbie Mann…

Howard Roberts, All The things you are

Joe Puma, How about you

Une histoire du jazz…
Nicolas Béniès.

La crise systémique du capitalisme, crise de civilisation,

Retour de l’État Nation contre la démocratie.

Le « printemps arabe » avait posé un axiome dont l’actualité ne se dément pas : les populations veulent décider de leur avenir et, pour ce faire, la démocratie est essentielle. Restait à en définir les contours. Il n’en eût pas le temps. Les pouvoirs, souvent dictatoriaux dans cette partie du monde, se sont déchaînés contre cette volonté, contre ces espoirs d’un changement total des incarnations du pouvoir. La Syrie représente le cas le plus extrême. Bachar el-Assad a été jusqu’à gazer ses populations pour les punir d’avoir cru, un moment, qu’elles pouvaient agir sur le terrain politique sans le soutien du père de la nation…
Les incarnations de cette démocratie, y compris la démocratie dite bourgeoise, parlementaire, les processus électoraux, sont contestées. Non seulement par le Front National en France et ses homologues en Europe mais aussi par des représentants de cette droite appelée auparavant « parlementaire », « officielle » qui, prenant prétexte du risque –réel – du terrorisme veulent remettre en cause toutes les libertés démocratiques.
Ainsi Nicolas Sarkozy ne craint pas de déclarer, en assurant qu’il ne sera jamais « le président de l’impuissance », que « c’est le droit qui doit s’adapter à la réalité de la menace, ce n’est pas le contraire. » (sic) Une construction du français qui se perdra – heureusement – avec la disparition de Sarkozy de la scène politique. Le contraire de quoi ? On ne sait pas mais on subodore une signification : le droit disparaît pour laisser la place à une construction dictatoriale qui saura faire ce qu’il faut sans aucun contrôle… Lire la suite

Picasso rencontre un trio de jazz

Peinture et musique.Quel rapport entre Picasso – plus exactement quelques-unes de ses œuvres – et un trio qui s’appelle « Unitrio », une redondance pour affirmer le primat du collectif sur l’individuel tout en permettant aux individus – Damien Argentieri à l’orgue, Frédéric Borey au saxophone ténor et Alain Tissot à la batterie – de s’exprimer à la fois comme soliste et comme compositeur. Lire la suite

Jazz, les années d’Occupation revisitées

Coucou, revoilà Django !

Je ne sais si le film « Django » a suscité des vocations mais les publications des enregistrements de Django Reinhardt ne se sont pas taries. Il faut dire que la plupart sont tombés dans le domaine public. Le film précité de Étienne Comar suit le périple du guitariste en cette année 1943, année terrible pour les Tsiganes massivement déportés après la rafle du Vel d’Hiv qui a visé les Juifs en France et par la police française. Le film suit Django pour mettre l’accent sur la volonté des fascistes de tout poil d’anéantir les Roms, partie de l’histoire de la seconde guerre mondiale oubliée.
La musique du film est revisitée. Le label « Ouest » a voulu rendre compte de la musique originale de Django dans ces années d’Occupation en proposant les enregistrements originaux du « nouveau quintette » formé par Django séparé de Stéphane Grappelli resté à Londres. Il a raté le dernier bateau. Le violoniste vivra la guerre sous les bombardements, jouant dans les clubs avec, notamment le pianiste aveugle George Shearing qui faisait ses premiers pas. Lire la suite

Le coin du polar

Un coin du polar en forme de voyages dans les temps et les espaces, de l’Antiquité romaine par un Texan à notre actualité française violente dans le monde de la pègre où n’existe aucun lien y compris familiaux en passant par un Boston qui n’est pas celui de Dennis Lehane et un premier polar grec. Lire la suite

Jazz, mélanges de bleus

Le corps, l’âme et le blues.

Eric Séva est un partisan fidèle du saxophone baryton, ce gros saxophone qui donne une impression de lourdeur mais sait se faire léger, discordant grâce à l’utilisation d’un varitone créateur d’effets « wa wa » du plus bel effet. Un de ces saxophones un peu laissés pour compte. Sa voix profonde sait aussi explorer, sonder les corps et les âmes. Plus que tous les autres saxes, il est « Body and Soul », un des grands standards du jazz magnifié par la création de Coleman Hawkins en octobre 1939.
De temps en temps, Eric fait des infidélités à son compagnon pour aller voir du côté du soprano au son plus proche du cri du blues.
« Body and Blues » est le titre qu’a choisi Eric Séva pour cet album issu, nous dit-il, des conférences réalisées avec Sébastien Danchin pour présenter le blues. Dans les compositions dues à sa plume, sauf deux, il mêle allègrement tous les bleus et les musiques du monde. Il ne craint pas de rappeler le temps des comptines, des ritournelles qui reviennent en boucle pour perdre un peu plus l’auditeur enfoncé dans les reconnaissances qu’il ne connaît pas. Lire la suite

Jazz musique au présent

Ombre d’arc-en-ciel

Reggie Washington, bassiste, vit désormais en Belgique. Pour ce « Rainbow Shadow », volume 2, il a décidé de rendre hommage au guitariste Jeff Lee Johnson qui nous a quittés fin janvier 2013 alors qu’il devait se produire au festival « Sons d’hiver » de ce mois de mars 2013. Il avait 54 ans et était un habitué des concerts de jazz en France. De Philadelphie, il avait forgé le « Philly sound » de ces années 2000. Une synthèse de tous ces « sounds » qui ont constitué le jazz spécifique de la ville de Benjamin Franklin. Il faut dire que les ancêtres ont des noms célèbres à commencer par celui de Coltrane ou de Benny Golson. Lire la suite

Polar étrange venu d’ailleurs

Déprime.

Le commissaire Winter, Erik de son prénom, va mal. Un symptôme : il n’écoute plus Coltrane mais… Michael Bolton qu’il cite à toute occasion. Il est séparé de sa famille. Après deux ans d’arrêt, il a repris du service. Commissaire il est, commissaire il reste. On se souvient qu’il a failli mourir au fond d’une piscine et il a été sauvé in extremis. Il lui reste des acouphènes et une profonde déprime qu’il soigne, comme tout le monde, à coups de whiskys. Il a besoin d’un psy lui dit Angela, sa compagne, de l’Espagne où elle est restée avec les filles qui fréquentent l’école espagnole et ne veulent pas revenir à Göteborg où il fait froid et noir pendant une grande partie de l’année. Lire la suite

Cadeaux à faire ou à se faire.

Le temps d’écouter…

Un anniversaire.

2016 fêtait les 30 ans du « Label Bleu » créé en son temps – 1986 donc – par la Maison de la Culture d’Amiens. Un label qui a connu bien des vicissitudes dont une faillite pour renaître récemment. Pour que la fête soit complète, le Label Bleu a choisi de proposer une carte blanche à Henri Texier, contrebassiste, qui a enregistré une vingtaine d’albums « Label Bleu ».
Henri, 70 ans aux prunes, s’est entouré de musiciens de générations différentes, de Michel Portal à Edward Perraud en passant par Thomas de Pourquery, Manu Codjia et Bojan Z. Il manque la génération d’aujourd’hui pour parfaire le tour d’horizon des compositions d’Henri qui marque son parcours et celui du Label Bleu.
Il est possible de dater chacune des compositions proposées à la mémoire de l’auditeur qui connaît sans reconnaître ces thèmes habités qu’ils sont par de nouveaux musiciens.
Une expérience nécessaire, un album du présent que ce « Concert anniversaire 30 ans à la Maison de la culture d’Amiens ».
Nicolas Béniès
« Concert anniversaire, 30 ans à la Maison de la Culture d’Amiens », Label Bleu/L’autre distribution.

Une rencontre entre un pianiste et une écrivaine.
Agnès Desarthe, on s’en souvient, était tombé sous le charme d’un pianiste de jazz et en avait fait un livre « Le roi René (Odile Jacob), où elle racontait ses rencontres avec René Urtreger. En forme de revanche, le pianiste a fait de l’écrivaine, une chanteuse. Agnès a pris comme référence – non avouée – Julie London, actrice qui savait murmurer des mots d’amour sans prétendre à être une vocaliste de jazz. Julie avait fait un succès de « Cry me a river ».
« Premier rendez-vous » est le résultat de ces entretiens autour du livre. Ce n’est pas un tête-à-tête. Géraldine Laurent, saxophoniste alto, déchirante dés le début sur « The Man I Love » qu’elle transfigure et donne à cette reprise de standards pour l’essentiel, la touche qui, sinon, leur aurait manquée. Une mention spéciale aussi au violoniste Alexis Lograda sur « Le premier rendez-vous » et « La géante » deux originaux et le dialogue violon/saxophone alto. La voix de l’écrivaine déraille un peu de temps en temps mais pas suffisamment pour nuire à ces entretiens musicaux.
Pierre Boussaguet, contrebasse, qu’il faut entendre sur la composition la plus connue de René, « Thème pour un ami » montre qu’il a tout entendu et sait rendre l’âme de cet « ami » ; Simon Goubert, batterie, sait se taire à certains moments, se faire discret à d’autres tout en montrant sa capacité à exprimer le rythme fondamental nécessaire à toutes les aventures de tous ces musicien-ne-s. Et René bien sur, ses mémoires, son jeu de piano qui ne reste jamais ancré dans le passé et un accompagnement curieux qui ressort plutôt de la conversation, un art de plus en plus rare.
« Premier rendez-vous » est un de ces disques qui vous restent dans l’oreille comme un murmure du temps.
N.B.
« Premier rendez-vous », René Urtreger, Agnès Desarthe, Naïve/Musicast