John Coltrane : Retour vers le futur.

Double directions pour une seule session

Impulse, le label animé par Bob Thiele (1922-1996) dans les années 60 – surnommé le label de Coltrane -, publie « Both Directions at Once. The Lost Album », l’album perdu de John Coltrane, réalisé le 6 mars 1963, la veille de l’enregistrement d’un autre grand album du saxophoniste résultat de la rencontre avec le chanteur Johnny Hartman. Des faces qui se disaient perdues à jamais. Les discographies les plus complètes de Coltrane en font état en soulignant « masters perdus ». Il est possible d’ajouter perdus dans le déménagement du label vers la côte Ouest en 1967.
Les masters n’ont pas été retrouvés. Le miracle – c’en est un – provient de la sagesse de Rudy Van Gelder, l’ingénieur du son et propriétaire des studios, qui avait l’habitude de réaliser une copie pour la remettre aux artistes. Pourquoi si tard ? Ravi, le fils de John et d’Alice, l’explique dans le livret qui accompagne le CD, la copie se trouvait dans la famille de Juanita Naïma, la première épouse de John. Ravi Coltrane raconte cette histoire dans le livret qui accompagne l’album. Lire la suite

JAZZ. FESTIVALS IMMOBILES (2)

Construire des ponts.

Dans quel esprit étrange, visité par quels dieux, a pu germer l’idée de construire des ponts imaginaires – Across the Bridges – entre la France et les Etats-Unis, Chicago en particulier ? La réponse tient en un nom, Alexandre Pierrepont défenseur du « Champ jazzistique » – titre de son premier livre – flou et sans frontières, sans école, sans style, en un mot ouvert aux mémoires pour permettre la création. Son deuxième livre, « La Nuée » – aux éditions Parenthèses comme le précédent – proposait déjà un programme autour de l’AACM, association de musicien-ne-s de Chicago tournée vers la créativité.
Offrir les conditions de rencontres tel est la volonté de « The Bridge ». Lire la suite

JAZZ. Festivals immobiles (1)

Départ vers des contrées ignorées

Si vous ne pouvez aller aux festivals de jazz, il faut s’organiser pour que les festivals viennent à vous. Installez-vous confortablement et prenez des disques parus cette année. Lire la suite

Le coin du polar (3)


De Londres à Paris, une même histoire s’écrit.

Dans l’actualité éditoriale de 10/18, du côté des polars historiques et bien ancrés dans l’Histoire, un auteur britannique brosse le tableau de la Grande Révolte à Londres en 1381, première grande révolte de la Ville, une première par rapport aux jacqueries qui continuent de faire mugir les campagnes. Artisans divers, corporations se révoltent face au roi et aux nobles qui les pressure. Paul Doherty poursuit la description du climat qui précède l’éclatement de cette Grande Révolte dans les enquêtes précédentes de Frère Athelstan.
De sont côté le Français Jean d’Aillon décrit la situation de Paris et de ses environs, en 1424, dans cette guerre dite de 100 ans qui a fait une multitude de morts.
L’histoire de ces deux royaumes s’entremêle dans le combat pour l’élargissement du pouvoir de chaque souverain qui doit aussi compter avec sa noblesse.
Une manière agréable de se plonger dans le passé tout en puisant dans la littérature policière – Conan Doyle évidemment pour Jean d’Aillon », les intrigues policières classiques pour Doherty – des références, des enquêtes pour agrémenter l’Histoire d’histoires. Lire la suite

Des migrations à la crise de la construction européenne

Migrations et crise politique

Les média parlent de « crise des migrants » ou de « crise migratoire » pour diffuser l’angoisse des populations. « Crise », dans ce cadre, ne signifie rien sinon de faire retomber la faute, la responsabilité sur les victimes, les migrants, d’une situation qu’ils n’ont pas choisie.
Les migrations sont issues de toutes les crises qui secouent le monde en train de basculer. Elles révèlent, au sens photographique, les révolutions en cours. Un capitalisme, celui à dominante financière, est en train de pourrir sur pied, est quasi déjà mort, un autre capitalisme est en train de naître et doit, pour ce faire, révolutionner une fois encore le mouvement de l’accumulation du Capital. Un mouvement qui inclut des éclatements géopolitiques. Toutes les constructions sont menacées. Le monde tel qu’il s’est constitué depuis la fin de la deuxième guerre mondiale appartient au passé. La chute du Mur de Berlin en novembre 1989 avait marqué le début de la fin de ce monde. La crise systémique ouverte en août 2007 avait sonné son glas. Depuis plus de 10 ans, le capitalisme connaît les répliques de cette crise systémique. Lire la suite

Herman Melville (1819-1891), un révolté incarné par Moby-Dick

Mythologies américaines.

« Moby-Dick ou le Cachalot » fait partie des textes étudiés à l’école comme partie de la littérature mondiale, une raison suffisante pour ne pas le lire ou le relire. Herman Melville pourtant joua un rôle essentiel dans la construction des mythes adoptés par les Etats-Unis. Les références à la baleine blanche  – le blanc est la « couleur » de Melville – sont multiples et se retrouvent chez Hemingway comme chez Philip Roth. Il représente la première tentative d’émanciper les lettres américaines de la tutelle britannique. Lire la suite

Une saga américaine écrite par un Anglais

Le jazz, fil conducteur d’une histoire noire des Etats-Unis.

Ray Celestin, linguiste et scénariste britannique, s’est lancé dans une grande aventure. Raconter l’histoire des Etats-Unis du côté de leur face cachée, noire dans tous les sens de ce terme. Point de départ, la Nouvelle-Orléans en 1919, ses quartiers, ses activités économiques, son racisme et ses transformations dues à l’arrivée, après la guerre de Sécession (1861-1865), des « Yankee » transportant une nouvelle façon de vivre. Deux éléments dominent ce premier opus, « Carnaval », d’abord le déclassement des « Créoles » issus des familles officieuses des colons français. Ces « métis » avaient une place sociale singulière entre les colons blancs et les Noirs des bas quartiers. La « race » aux Etats-Unis structure la société. Les « Yankee » supprimeront le statut particulier des Créoles pour les considérer comme des Noirs. L’arrivée des nouveaux migrants, Siciliens pour la plupart, renforcera cette perte de reconnaissance. Lire la suite

Le coin du polar. Spécial James Lee Burke

En route pour le Texas entre présent et passé.

James Lee Burke fait partie des grands romanciers américains, de ceux du « South Side ». La référence la plus souvent citée est celle de Faulkner à qui ses personnages faisaient peur. Burke a choisi pour exprimer sa rage, sa colère, ses indignations, le polar. Deux personnages récurrents, doubles de lui-même, hantent ses histoires. Dave Robicheaux pour la Louisiane, Nouvelle-Orléans et Bâton Rouge et Hackberry Holland, un Texas Ranger pour décrire cet État. James Lee Burke est un écrivain violent qui manie toutes les références à la fois des Etats-Unis, du Texas allant des mythes – celui de « La frontière » notamment – jusqu’au Gospel et les Blues en passant par le racisme et le Ku-Klux-Klan qui alimente les hain es. Sous sa plume la société américaine implose. Il permet, dans ce mouvement qui englobe toute cette société, d’appréhender les ruptures et même de comprendre l’avènement de Trump. un auteur de polar comme il faut les aimer. A plus de 80 ans il reste présent dans la littérature américaine et mondiale. Lire la suite

« Le bracelet », une épopée et un travail de mémoire.

Shanghai, destination oubliée des exilés Juifs allemands

Andrea Maria Schenkel a le talent particulier de faire renaître la mémoire des années de l’Allemagne sous le joug du nazisme. S’inspirant de faits réels, ici, dans « Le bracelet, la migration des Juifs allemands en 1938 en partance vers Shanghai. Ceux-là, les derniers à partir, n’avaient pas cru aux déclarations antisémites de Hitler pensant être protégés par, souvent, leur participation à la Première Guerre Mondiale ou leur conversion au protestantisme. Ils se sentaient de nationalité allemande. Ils n’étaient que des Juifs. La législation tatillonne de la bureaucratie nazie avait formulé des critères stricts pour déterminer qui était Juif et qui ne l’était pas.
La famille Schwarz est de celle là. Le père, Erwin, qui a vécu la guerre dans les tranchées, ne veut pas croire que le gouvernement allemand s’en prendra à lui. Dans « Le dictateur », Charlie Chaplin raconte la même histoire. Cette croyance était partagée par des intellectuels pourtant à même d’analyser les événements, l’idéologie du régime nazi. Adorno fut de ceux là. Plus tard, aux Etats-Unis, il dénoncera la propagande de masse due à la radio. Lire la suite