Le risque de l’écriture.

Une écrivaine est-elle par définition une terroriste ?

Naître un 8 mars – 1967 en l’occurrence – n’est-ce pas déjà le signe de la culpabilité dans une Turquie en proie à un coup d’Etat démocratique par le biais d’un référendum qui devrait donner tous les pouvoirs à Recep Tayyip Erdogan ? Asli Erdogan – sans lien de parenté, les Erdogan sont les Dupont de Turquie –, physicienne de formation devenue écrivaine, a été arrêtée le 17 août 2016 et emprisonnée à Bakirköys, cette prison effrayante d’Istanbul qu’elle avait décrite dans « Le Bâtiment de pierre » (Actes Sud 2013). Elle a été relâchée – et pas libérée – le 29 décembre. Elle est toujours accusée de terrorisme. La preuve ? Son travail de mémorialiste pour le journal « Ozgür Gündem », pro-kurde. Le Premier ministre turc a déclaré la guerre au PKK sous prétexte de lutte contre le terrorisme, terme que seul le pouvoir en place sait définir. Lire la suite

Le coin du polar.

Un monde barbare

Un monde à feu et à sang
2 mai 2014, Odessa, une opération commando, un dérapage ? Des morts, entre quarante et plus de deux cents… Que s’est-il passé ? Qui a commandité des assassinats ? Ces questions restent, pour l’instant sans réponse. Ces faits réels servent de décors à cette enquête étrange d’un jeune journaliste Web au journal belge « Le Soir ». Fred, au passé douloureux qu’il cherche à transcender, reçoit un coup de téléphone…d’un mort. Sa volonté de savoir le conduira à Odessa pour offrir une solution à l’énigme… et résoudre ses problèmes…
Malgré une écriture un peu relâchée et une résolution pas assez travaillée, « Zanzara » – moustique en italien – se lit d’une traite. Lire la suite

La Grèce encore…

L’Union Européenne, le FMI et la Grèce.

La Grèce surendettée voit la prochaine échéance de paiement du service de sa dette arriver en juillet. Elle ne possède pas les 7 milliards nécessaires. L’Union Européenne (UE) et la BCE doivent, selon le troisième volet du plan d’aide, les lui fournir. Le FMI – Fonds Monétaire International – est sceptique… Lire la suite

Jazz. Queens ?

La comtesse aux pieds nus

Rhoda Scott, née le 4 juillet 1938, organiste, s’est fait remarquer – et toute la presse s’en fait l’écho – en jouant pieds nus. Plus agréable pour elle, sans doute. Le reste, son jeu, sa capacité de création, a été oublié. Elle a constitué son « Lady Quartet » : Sophie Alour, au saxo ténor, Lisa Cat-Berro au saxo alto et Julie Saury à la batterie, une manière de faire reconnaître la place des femmes toute l’année et pas seulement le 8 mars. Elle ne s’est pas arrêtée là, pour cet album au titre revendicatif, « We free Queens » – référence à un album de Roland Kirk, « We free Kings » – et aux invitées prestigieuses, Géraldine Laurent au saxo alto et Anne Paceo à la batterie. Un homme a trouvé grâce, Julien Alour, trompettiste… Une musique classique noire, de la grande, avec ce qu’il faut d’ancrage dans notre présent. Pour danser…
NB
« We free Queens », Rhoda Scott Lady Quartet, Sunset Records/L’autre distribution.

Les classiques restent des œuvres vivantes

Faut-il encore lire Rabelais ?

Les souvenirs supposent cette part d’oubli nécessaire sans quoi la psychanalyse n’aurait plus de fonction. Rabelais, son nom suscite des images, des citations d’un recueil du même nom trop souvent sollicité lorsque manque à l’appel des idées pour construire sa dissertation. Des extraits de ses œuvres utilisés comme autant de conseils pour réussir à l’école.
Faut-il le laisser au magasin des antiquités, à côté de ces auteurs oubliés à jamais ? A lire la présentation de Marie-Madeleine Fragonard, le doute s’insinue. Rabelais – dont la date de naissance se situe du côté de 1484, à 10 ans près – suscite aujourd’hui encore interrogations et réflexions. Plusieurs vies de ce moine, médecin, voyageur qui a fréquenté les Grands de son temps sans en faire partie. La langue de ces années d’ouverture, de grandes découvertes – Christophe Colomb met le pied aux Antilles en 1492 – n’est pas fixée. Les mots sont objet de jeux de construction, de création. Il aussi le contemporain des premiers pas de l’imprimerie, 1470 pour celle créée à Paris, à la Sorbonne. Il deviendra écrivain éditeur revoyant sans cesse ses œuvres.
Pour comprendre sa place, il faut le replacer dans le contexte d’un monde en train de se transformer. La Renaissance est une illusion de Michelet. Comme souvent, il a voulu donner de l’histoire l’image d’un flot continu, sans rupture. Or ce 16e siècle est un siècle de ruptures sans totalement oublier les guerres passées, celle de dite de 100 ans, les épidémies dont la peste noire, ni les destructions et la famine comme la disette. Un siècle qui voit la naissance du protestantisme et de la religion anglicane. Le Pape voit son pouvoir d’effriter… Lire la suite

60 ans après…

Une Europe sous les feux de la crise

Le 25 mars 1957 était signé le Traité de Rome, acte fondateur de la CEE – Communauté Économique Européenne. 60 ans plus tard, cette construction européenne vit une crise profonde de légitimité. La montée des partis d’extrême droite à la fois la révèle et la creuse. Aucun imaginaire ne surgit pour mêler les futurs de ces populations. L’Union Européenne est vécue comme une Gorgone qui pétrifie les êtres.

Le Traité de Rome organise un Marché Commun, une nouveauté, qui ne se réduit pas à une zone de libre échange même s’il est explicitement prévu l’élimination des droits de douane pour permettre la libre circulation des marchandises. La libre circulation des hommes est aussi prévue, comme celle, inscrite plus tard, des capitaux. Dans le même temps, une Cour de Justice et des institutions communes sont crées comme l’Euratom, une politique commune dans les transports et la Politique Agricole Commune, la PAC.
La PAC servira un objectif : l’autosuffisance alimentaire des pays membres. Pour ce faire, les liens seront coupés avec le marché mondial. Le « Prix vert » sera fixé en fonction de la productivité de la plus petite exploitation agricole permettant un très rapide développement de la production agricole. La France deviendra, avec les Pays-Bas, le grenier de l’Europe. Une agriculture productiviste qui survivra à la réalisation de l’autosuffisance…
Ce Traité est signé par la République Fédérale Allemande, la France, le Benelux – Belgique, Luxembourg, Pays-Bas – et l’Italie. Il entrera en application en 1960. C’est une construction pragmatique parce qu’inter-étatique. Il faut l’unanimité pour prendre une décision. La Commission Européenne a le rôle de proposition. Ce sont les Etats qui décident en dernier ressort. Lire la suite

Un tour de piste ?

QUAND LE BLUES REVIENT !

On le croyait oublié, perdu à jamais, emporté dans la grande vague du rock, du hard rock ou du metal. Il fait son grand retour, une fois de plus. Musique éternelle de ces griots modernes que sont les chanteurs et instrumentistes du blues. Les « bleus » – il faut toujours se souvenir que blues est au pluriel, qu’il existe plusieurs bleus, comme les couleurs de l’arc-en-ciel – affirment en force.
En 1959 deux jeunes amateurs français – Jacques Demêtre et Marcel Chauvard, ce dernier décédera en 1968 – décident de partir pour un « Voyage au pays du blues » qui sera publié en épisodes dans la plus ancienne revue de jazz française, alors dirigée par Charles Delaunay, « Jazz Hot ».(1)
Ils sont les premiers à s’intéresser aux lieux dans lesquels prospère cette musique. Paul Oliver, (2) le musicologue anglais de référence, n’a pas encore publié ses ouvrages, et Samuel Charters est en train de mettre le point final à son premier. Jacques Demêtre lui-même n’a encore rien fait paraître. Lire la suite

Sur une théorie de l’Esthétique

Réflexions, à partir de Adorno et du jazz

Les rapports Adorno et le jazz sont marqués du sceau de l’incompréhension. Il est de notoriété publique – il n’est que de lire le témoignage de Leonard Feather – que le philosophe fréquentait, lors de son exil aux États-Unis, à New York, les clubs de jazz et connaissait une partie de cette musique en train de se faire. Il a refusé au jazz toute analyse…

Erreur d’analyse
Adorno n’avait donc pas l’excuse de l’ignorance contrairement à la thèse défendue par son biographe, Stefan Müller-Doohm. D’autant qu’il était aussi compositeur.(1) Mais, pour lui, le jazz ne fait pas partie de la musique. C’est du bruit.(2) C’est son point de départ. Il n’écoutera que les musiciens qui le confortent dans son hypothèse. En fait, il ne prend en compte que les orchestres de danse existants en Grande-Bretagne à ce moment-là, sauf à citer Duke Ellington et les Revellers – deux groupes qui n’ont rien à voir. Pour le moins, sa démonstration manquait de consistance d’autant qu’il concluait que « le jazz aurait une affinité avec le fascisme. » Il en déduisait que l’interdiction du jazz – non respectée (3) – en Allemagne était une erreur des autorités. Lire la suite

UIA Economie du 20 mars 2017, Dernière

Bonjour,

Pour cette dernière séance, je vous propose de faire le point via la « Note de conjoncture de l’INSEE » intitulé « Le pouvoir d’achat ralentit, le climat conjoncturel reste favorable » soit une contradiction : si le pouvoir d’achat ralentit, le marché final se rétrécit et la surproduction ouverte pourrait se traduire par la récession et la déflation donc par une conjoncture dépressive en remettant en cause « le climat favorable…
Pour l’heure, l’INSEE estime, pour la zone euro, la croissance à 0,4% pour le premier trimestre 2017 et prévoit 0?5% pour le deuxième. Pour l’économie française ce serait 0,3% et 0,5%. En rythmes annuel, 1,1% soit le même rythme qu’en 2016… Le terme « climat » montre toute sa dimension…
L’INSEE conclue sur les aléas « d’abord l’incertitude politique reste forte en Europe (…) incertitude sur les nouvelles sur les nouvelles orientations politiques aux Etats-Unis. » Et le pompon que je vous laisse digérer : « Enfin un aléa pèse sur la croissance des économies émergentes : la dynamique de reprise pourrait à nouveau s’y enrayer ou bien au contraire s’enclencher plus rapidement que prévu. » Une très belle manière de dire « je ne sais pas »…
Reprenons ces trois aléas. Les élections aux Pays-Bas ont inquiété les marchés financiers. La victoire de libéraux a rassuré. La Bourse de Paris, via le CAC40, a augmenté de plus de 3%, dépassant les 5000 points sans lien direct avec la croissance économique. Marine Le Pen semble, pour le moment, pas encore les inquiéter alors qu’elle est stable dans les sondages…
Pour les Etats-Unis, la dernière réunion du G20 a fait la preuve que la politique américaine n’était pas encore totalement arrêtée mais qu’elle se voulait plus autoritaire. les décisions seraient prises directement par Trump sans coopération internationale. La « loi du plus fort » dominerait sans que la stratégie apparaisse.
Pour le moment, les économies émergentes d’Amérique latine connaissent la récession et le renchérissement de leur dette via la hausse du dollar qui risque de se poursuivre en fonction de la politique monétaire de la FED d’augmentation des taux même si à coup de 0,25% – la taux directeur a été porté à 0,75%. La Chine n’est pas à l’abri d’une crise de la dette privée ni d’une surproduction même di Xi Liping cherche à centraliser le pouvoir
Comme d’habitude, l’aléa principal est oublié : la crise financière. Dans cette note, elle n’apparaît nul part comme si ce risque était inexistant. Or, les politiques monétaires expansionnistes ont créée la possibilité – la possibilité, le champ des possibles n’est jamais considéré au profit du quotidien comme si ce quotidien était immuable – d’une chute due à la création monétaire sans création de richesses.

Pour cette dernière, nous essayerons de décrypter cette conjoncture inédite…

Nicolas.

Université populaire jazz le 22 mars 2017

Bonjour,

Une date anniversaire d’un temps révolu qui laisse planer une odeur de révolte dans un environnement « chamboule tout ». Nous vivons un présent inédit même s’il est angoissant.
Revenons à nos moutons… les musiques.

Julie London en 1958

Une journée en suffisant pas, les femmes sont encore sur le devant de la scène. Au sens figuré et au sens propre. D’abord pour une chanteuse qui, sous une forme fantomatique sort d’un 33 tours dans le film « The Girl can’t help it » – « La blonde et moi », le film qui révéla Jayne Mansfield -, sorti en 1956, Julie London. En 1955, elle avait sorti un album promis à un grand succès, « Cry Me A River », avec Barney Kessel à la guitare. C’est sur ce thème qu’elle sort du disque dans le film précité (photo ci-contre) et vient envahir le living room de l’imprésario Tom Miller (incarné par Tom Ewell) qu’elle vient de quitter. Frank Tashlin, le réalisateur, se moque des liens entre la pègre et le show biz dans ce film plus subtil qu’il ne le semble au premier abord, la poitrine de Jayne faisant obstacle à la compréhension des mâles… Lire la suite