Atlas quand tu nous tiens…

Trois « Atlas »…

qui visent à décrire la réalité du basculement du monde via les crises et les guerres d’un nouveau genre.
atlas-du-moyen-orient_9782746735859« Atlas du Moyen-Orient » explicite les raisons des conflits dans cette région du monde mais, surtout, les auteurs décrivent la mosaïque des peuples et des communautés qui se partagent cette terre riche d’histoires. Pierre Blanc et Jean-Paul Chagnollaud mettent en évidence les facteurs politiques et économiques à l’origine de ces nouvelles guerres. Ils esquissent, par une carte, les scénarios possibles d’une paix possible. Paix qui s’éloigne de jour en jour sous les coups de butoirs d’une politique d’extrême droite d’un gouvernement israélien qui a besoin de la guerre pour rester au_ pouvoir faute de politique économique favorable au plus grand nombre, faute aussi d’une vision du monde qui dépasse cette gestion à la petite semaine qui fait la part belle à la corruption et aux maffias, russe en particulier. Actuellement, et les auteurs l’indiquent aussi, Israël fait office du bon élève dans la lutte contre le terrorisme, un vocabulaire qui permet de faire disparaître les droits des Palestiniens, acceptant de fait la rhétorique du gouvernement actuel. Une belle victoire de DAESH, il faut aussi le reconnaître. Cette organisation qui prétend défendre les Palestiniens, les enfonce davantage…
atlas-de-l-am-rique-latine_9782746743571« Atlas de L’Amérique latine », de Olivier Dabène et Frédéric Louault, sous titré « Les démocraties face aux inégalités » fait le point sur les conséquences de l’entrée dans la crise systémique en août 2007 sur les économies de ces pays. Ces « émergents » n’ont pas réussi à lutter contre les inégalités et la corruption provoquant une crise politique majeur… Les nouvelles pages de cette 3e édition sont consacrées à Cuba et à son ouverture récente. Quels sont les enjeux ? Comment résister aux États-Unis ? Quelle politique mettre en œuvre ? Comment faire vivre des idéaux issus de cette révolution de 1959 ?
atlas-des-tsiganes_9782746742710« Atlas des Tsiganes », de Samuel Delépine, sous titré « Les dessous de la question rom », décrit la réalité loin des clichés qui ont la vie dure depuis que Sarkozy les a désignés comme « ennemi principal ». Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Ces populations sont diverses et mêler les 20 000 migrants Roms aux 400 000 Tsiganes de France, principalement Gitans – et un peu Manouches – est une erreur grave.
Nicolas Béniès

Atlas nécessaires publiés aux éditions Autrement.

Géopolitique.

Les relations étranges de la France et l’Afrique.

francafriqueFrançois-Xavier Verschave avait construit le concept de « Françafrique », repris par l’association « Survie », pour qualifier les liens néo coloniaux entre l’Etat français – soit au-delà des gouvernements successifs – et les gouvernements des pays d’Afrique francophone. Une manière de qualifier les rapports néo-coloniaux entre l’ancienne puissance coloniale et ses colonies. Des rapports de domination changeants en fonction des mouvements de l’économie mondiale et de la concurrence exacerbée qui s’effectue pour conquérir soit des sources d’approvisionnement – politique du gouvernement chinois – soit des marchés futurs et des stratégies étatiques ou militaires.
L’instrumentalisation du « terrorisme » permet à l’armée française de trouver une nouvelle justification de sa présence renouvelée et du soutien des gouvernements français aux régimes non démocratiques existants. Sous prétexte de « real-politique », les responsabilités des régimes locaux dans l’accroissement des révoltes sont cachées de même que l’incapacité de construire un Etat légitime capable de penser une politique – économique, sociale, culturelle – pour impulser un développement autonome. L’impératif démocratique est l’élément central pour construire un Etat capable de transcender les intérêts individuels comme ceux des grandes firmes. « L’échec de l’Etat », comme l’écrit Bertrand Badie dans « L’État du monde 2015 » (La Découverte »), est une donnée essentielle sinon c’est la guerre. Comme le notait Von Clausewitz, « la guerre est la poursuite de la politique par d’autres moyens ».
« Françafrique, la famille recomposée », à travers les articles des contributeur(e)s, coordonnés par Thomas Noirot et Fabrice Tarrit, brossent le tableau de ces relations où la corruption joue un rôle fondamental. L’adage, « Tout changer pour ne rien changer » vient à l’esprit tant le pouvoir politique, l’armée et les entreprises françaises s’adaptent pour conserver ces « liens privilégiés ». Il faut reconnaître que certains Etats n’hésitent pas à recourir au financement de groupes divers pour que, via la guerre, ils arrivent à s’imposer dans cette partie du monde.
Les prévisions sont favorables au développement du continent africain à condition qu’il se libère de ces dominations anciennes et nouvelles. Ces dernières passent par la dette publique et privée qui bloque les capacités d’industrialisation. Le « tout à l’exportation » est un facteur de faiblesse, de soumission à la loi des marchés internationaux largement dominés par le capitalisme financier et se traduira par des « crises humanitaires » autrement dit par la disette ou la famine des populations. Les migrations dont on parle beaucoup viennent à la fois de ces guerres, de cette instabilité, de cet échec de l’Etat mais aussi de causes climatiques qui viennent s’ajouter à l’ensemble. L’absence d’orientation vers les cultures vivrières est aussi responsable d’une crise écologique profonde sans parler du fait que l’Afrique est souvent prise pour le « dépotoir » du monde capitaliste développé.
Les habits neufs de l'empire« Les habits neufs de l’Empire », sous titré « Guerre et désinformation dans l’Est du Congo », sous la direction de Luigi Elongui, apporte de nouveaux éléments d’information. Il rappelle l’histoire des nations de cette partie de l’Afrique, une histoire souvent inconnue ou méconnue, pour lutter contre tous les stéréotypes xénophobes voulant donner un fondement « racial » aux guerres qui se sont succédées. Il publie des documents du mouvement M23 pour se faire une idée des revendications et des enjeux.
vendredi à BissesseroEnfin, « Vendredi 13 à Bisesero » avec un sous titre comme une sorte de résumé de tous les témoignages recueillis par Bruno Boudiguet : « La question de la participation française dans le génocide des Tutsis rwandais, 15 avril – 22 juin 1994 » est un livre qui montre que, bien avant l’ouverture des archives françaises – décidées en avril 2015 –, les questions étaient déjà sur la table. Questions clés sur la place du gouvernement français dans ce massacre. Le terme de génocide fait débat, on le sait, mais à la lecture de cette accumulation de faits rapportés, qui restent bien sur à vérifier, le scandale est tellement grand que ce qualificatif n’apparaît pas déplacé. Il faut attendre que le gouvernement français ouvre totalement ses archives pour vérifier toutes les données. Pour l’instant le gouvernement français s’y refuse. Ce livre fait la preuve que, dés avant l’ouverture partielle des archives, on savait… Lire la suite

IDÉES, limites et frontières

Comment appréhender la frontière ?

aux limitesQu’est-ce qu’une frontière ? Le passage physique est-il garant d’exotisme ? Le dépaysement provient-il du dépassement de nos « frontières intérieures » ? Les œuvres littéraires ou cinématographiques peuvent-elles nous renseigner sur la réalité de notre monde pour combattre nos clichés, nous tourner vers l’Autre, comprendre que traverser c’est rencontrer et s’enrichir ?
Guy Lochard, enseignant et documentariste, à travers les fictions a voulu donner vie à des concepts et illustrer un credo formulé par Métraux : « Nous sommes tous des migrants » qui conduit à « approuver l’autre comme part entière de la communauté humaine ».
Dans un même mouvement, il permet aussi de renouveler notre vision de nos sociétés secouées par des transformations profondes à la lumière de l’imagination fertile d’auteurs qui parlent de nos émotions, pour situer les questions dites « sociétales » dans le langage d’aujourd’hui. Des notions, celle de migrants, d’étrangers par exemple, découlent de celle de frontière. Des frontières qu’il faudrait penser comme évolutives pour donner au concept d’identité un sens mouvant, aléatoire subissant les rencontres, les échanges.
Pour défendre sa thèse, il nous entraîne dans la littérature, le cinéma surtout pour aborder les rivages de notre monde étrange qui se contente de définir l’identité contre les autres et non pas avec. La fiction permet d’entrevoir d’autres relations, d’imaginer d’autres mondes. Elle peut devenir plus « réelle » que la réalité elle-même. Raisonner a toujours supposé de laisser grande ouverte la porte de l’imaginaire, du rêve sinon notre humanité se réduit à la défense d’intérêts matériels et individuels pour s’approcher dangereusement de l’abîme de la barbarie.
La dimension de la fiction lui permet de participer au renouvellement de l’approche de la notion de limites – où se trouve-t-elle ? Comment les dépasser ? -, de frontières pour interroger la survivance de l’Etat-Nation. Une autre manière d’envisager la géopolitique du monde mouvant qui est le nôtre, un monde entrain de basculer.

Nicolas Béniès
« AUX LIMITES… Les frontières au prisme de la fiction. », Guy Lochard. Préface de Daniel Cohn-Bendit. Alter ego éditions. Céret. 2013, 332 p.