Une littérature oubliée

Renouveau de la littérature yiddish ?

Benjamin Schlevin (1913-1981), né Szejnman à Brest-Litovsk (en Biélorussie), arrive à Paris en 1934, un Paris marqué par les manifestations de l’extrême droite le 6 février 1934 – qu’il racontera dans son roman – et les réactions de la gauche en train de s’unir dans un contexte de montée du fascisme et du nazisme.
Fasciné par le petit peuple de Belleville qui ressemble dans ces années là, celles de l’entre deux guerres, d’un shtetl multicolore de yiddish aux accents différents, il décide de raconter ce Paris étrange, de ces Juifs venus d’une Europe de l’est en ébullition. Le refus de la guerre d’abord comme la recherche d’un avenir moins sombre obligent à l’exil. Ils arrivent tous « gar di nor » – gare du nord -, pris en charge par les Anciens, petits patrons, en quête de main d’œuvre à exploiter dans leurs ateliers pour nourrir une faible accumulation du Capital. Le quartier du Marais est d’abord leur lieu de chute pour ensuite arriver dans les hauteurs de Paris, à Belleville. Ils partiront ensuite installer leurs ateliers de confection prés des grands boulevard, au « Sentier ». Un Paris disparu englouti dans les transformations de la ville et de l’industrie. Il en reste quelques traces mais trop éparses pour rester des lieux de mémoire. La littérature donne à voir ce monde devenu fantomatique. Continuer la lecture

(Re)découverte d’un écrivain majeur

Faut-il encore et toujours parler de la Shoah ? in

La littérature, la poésie peuvent elles mieux faire ressentir la perte d’humanité imposée par les nazis à toutes les populations juives d’Europe ? Jiří Weil (1900-1959) a vécu à Prague cette période de déportation, de peurs, d’angoisses, de profonde solitude, d’un temps aussi de solidarité. « Vivre avec une étoile est une description quasi clinique d’un homme pourchassé , nié en tant qu’homme qui ne peut que faire preuve d’obéissance servile pour éviter le départ dans un convoi qui ne mène qu’à la mort. Son sort dépend en partie des instances de la Communauté (juive mais l’adjectif n’est pas employé) qui lui trouve un travail, dans un cimetière, tout en dressant des listes de ceux celles qui doivent partir, avec leurs trésors, sans épargner les femmes et les enfants.. Enfermé dans sa terreur, il se blottit dans sa mansarde, quasi à ciel ouvert, souffrant de la faim, attendant l’inéluctable. D’être humain, il en est devenu un fantôme. Il devra à une erreur de cette administration tatillonne de ne pas partir avec les autres porteurs du même nom que lui, liste dressée par les responsables de la Communauté. Continuer la lecture

Rien à voir avec la littérature ?

Autobiographie à deux sujets pour parler de soi sans vraiment se dévoiler

Alain Gerber, à l’aube de ses 80 ans, a voulu retracer son itinéraire profondément ancré dans le jazz. La plupart de ses romans, à commencer par « Le faubourg des coups de trique » (Livre de poche), utilise les rythmes, le découpage du jazz en privilégiant la voix intérieure, la notre, celle que nous entendons sans être la voix «extérieure qui, en général, nous perturbe tellement elle participe du jeu social. Son premier roman, « La couleur orange », devait beaucoup à « La Nausée » même si le début faisait la démonstration d’une voix singulière en ajoutant simplement « tu sais » : « La couleur, tu sais, orange », titre inspiré d’une composition de Charles Mingus pour situer là encore l’importance du jazz. Critique de jazz, son titre de gloire _ gloire très relative-, directeur de la collection « Quintessence » (Frémeaux et associés) il est aussi batteur amateur. Continuer la lecture

Polar suédois, Questions d’actualité


La nuit tombe vite à Stockholm en novembre

Pascal Engman, auteur suédois à la figure juvénile si j’en crois la photo, sait, comme personne, se saisir des sujets d’actualité pour les raconter sous la forme d’une fiction crédible qui attire en même temps l’attention sur des questions à résoudre. Son roman précédent au titre explicite « Féminicide » avait été un succès. Dans « Les veuves », les personnages principaux se retrouvent à commencer par Vanessa Frank et Nicolas Paredes, couple qui n’arrive pas à se former tout en se retrouvant. Les veuves, ce sont les femmes des « croisés » de Daech décidées à venger leur mari, leur frère, les enfants tués dans ces guerres étranges, sorte de renouveau des dogmes religieux dans nos sociétés dénuées de toute spiritualité, soumis à la règle de la rentabilité maximum. Le fanatisme de l’argent-roi a répondu le fanatisme religieux qui ne s’appuie réellement sur aucun texte sinon sur la haine de l’autre pour oublier la haine de soi et sa propre responsabilité. Continuer la lecture