Polar versus policier

Un polar nécessaire.

Houston (Texas) et son univers impitoyable est la toile de fonds de ce polar plus sociologique et politique que ne le donne à lire ce titre, « Marée noire », un peu trop en référence à nos plages polluées par les déversements des immondices des pétroliers ou par les naufrages de tankers.

Houston, tout comme Dallas, est une ville organisée autour du pétrole et des magnats de cette industrie qui font la pluie et le beau temps. Une ville qui, comme la Nouvelle-Orléans, a des bayous navigables et, comme toutes les autres villes de ces États-Unis, un ghetto noir. Lire la suite

Aspects de la guitare contemporaine, en jazz (?)

Où est passé Chet Baker ?

Joe Barbieri est guitariste et un peu vocaliste. Pour le 25e anniversaire de sa mort, il a voulu rendre hommage à Chet Baker. « Chet Lives », titre de cet album. Pour le rendre vivant, il faut un peu le bousculer. Le meilleur hommage est celui qui refuse toute copie.

Giuseppe – c’est son prénom – est né à Naples en 1973 et a dû entendre parler du séjour mouvementé de Chet en Italie. Cette histoire a été racontée dans un livre paru en 2004, « Un été avec Chet », signé par Massimo Basile et Gianluca Monastra (traduit en français par Clément Baude, Galaade éditions). Lire la suite

Histoire culturelle des Etats-Unis, une leçon de dialectique

L’Afrique et l’Amérique, un choc !

Le jazz, musique forgée par les Africain(e)s déporté(e)s aux États-Unis pour devenir esclave, est le résultat dialectique d’un choc de cultures ou plutôt d’un choc d’acculturations. Les Européen(ne)s arrivé(e)s sur le sol américain en quête de liberté exportaient dans le même temps leur propre culture. Ces origines diverses de plusieurs strates d’immigration expliquent les spécificités des villes américaines, des accents qui se retrouvent dans la musique. Boston, pas exemple, fut contaminée par l’accent irlandais. Les Africain(ne)s étaient porteurs de cultures spécifiques, orales celle-là, aussi différentes que celles des Européens. Les nations africaines ont leur existence même si les Etats construits par les colonisateurs ne correspondent pas aux Nations anciennes. Les grands propriétaires terriens, esclavagistes – et pas seulement dans le Sud des États-Unis, dans le Nord aussi – avaient comme politique de séparer les familles, les ethnies pour éviter les révoltes. Du coup, à l’intérieur de ces grandes propriétés fermées, c’est un mouvement d’acculturation qui s’est enclenché. Un mouvement qui a duré. Une des résultante fut le vaudou comme synthèse des grands mythes de cette Afrique mais, du coup, l’Afrique se faisait rêve d’un eldorado, d’un Éden passé. Lire la suite

A propos d’une histoire culturelle des Etats-Unis

« Tracer » la route.

Et si l’histoire des États-Unis s’écrivait plus à travers les chansons, les blues, le jazz ? La route, la voiture a toujours été synonymes de liberté dans ce pays marqué par le mythe de « la frontière », aller plus loin pour éviter l’asservissement, devenir son propre maître. Un mythe sur lequel s’est construite à la fois l’utopie et la culture. Les « westerns », la conquête de l’Ouest en sont des avatars. La réalité est pourtant loin de ce rêve. Dans cette formation sociale, le capitalisme ne s’est pas heurté aux modes de production antérieurs. Cette colonie de peuplement a importé le capitalisme des pays d’Europe. En même temps que le mouvement ouvrier. On ne se souvient pas suffisamment que, dans les années 20-30, le socialisme est une idée forte et influence la plupart des intellectuels. Il faudra la « chasse aux sorcières » de l’après seconde guerre mondiale dans le cadre de la guerre froide pour éradiquer cette alternative, avec l’aide indirecte du stalinisme. Lire la suite

Un batteur d’entre les batteurs : Roy Haynes

A Roy Haynes avec toute mon admiration.

Roy Owen Haynes est batteur. Une définition de la batterie à lui seul. Du jazz dans ce qu’il possède d’outrances, de capacité à rester le même tout en se transformant. Roy Haynes s’est toujours senti dedans – avec ses groupes, ses employeurs à commencer par Lester Young, Charlie Parker, Sarah Vaughan une sorte de gotha du jazz de l’après seconde guerre mondiale sans oublier Thelonious Monk, Eric Dolphy et John Coltrane – et en dehors, une manière de se voir jouer pour servir la musique. Il aurait pu prendre comme slogan ce que Cortazar fait dire à Johnny Carter, une incarnation de Charlie Parker, « Je l’ai déjà joué demain », ce cauchemar du Bird qui faisait de chaque jour, de chaque rencontre une aventure. De ce point de vue la ressemblance est patente. Ce n’est pas que le Bird comme Roy Haynes n’aient pas de tics – qui n’en a pas ? – mais, à chaque fois, il faut inventer, se faire reconnaître sans se répéter. A chaque fois il s’agit de faire découvrir « l’inquiétante familiarité » – pour citer Freud qui en faisait une des caractéristiques de l’œuvre d’art – du thème. Sonny Rollins, à son tour adoptera cette attitude reprenant quelques vieilles chansons ou des nouvelles pour les faire siennes et interpeller l’auditeur(e) mal à l’aise qui ne sait plus ce qu’il connaît. Lire la suite

La saga Bird, saga du 20e siècle.

L’Oiseau de feu continue sa trajectoire

Alain Tercinet – auteur, rappelons-le, d’un portrait de Charlie Parker dans la collection Eupalinos, aux éditions Parenthèses – poursuit Bird de ses assiduités pour permettre de faire connaissance avec ce génie du 20e siècle. Comme à l’habitude, le livret livre son lot de connaissances et de reconnaissances. Il serait loisible d’écrire cette partie de l’histoire des États-Unis en suivant Charlie Parker de sa naissance à Kansas City en 1920 à sa mort en mars 1955. Le génie parkérien laisse partout sa trace. Y compris lors de sa visite en France et en Europe en mai 1949. Lire la suite

Polar, Avant-première

Cavale, le vieux monde te rattrapera…

L’intrigue n’est pas nouvelle. Elle est même éculée. Un homme de main est envoyé par son patron chez un syndicaliste pour lui faire peur. Sans arme a-t-il dit. Méfiant, Roy Cady – c’est son nom – prend ses précautions. Bien lui en prend. Il trouve là une jeune prostituée à l’histoire compliquée et qui ment pour se sauver. La cavale commence qui va de la Nouvelle-Orléans au Texas. « Galveston », une bourgade de cet Etat, sert de titre à Nic Pizzolatto pour situer son propos : des histoires de famille dans ces petites villes où divorces et remariages créent des groupes étranges dans lesquels sexe, violence et haines vont bon train. Lire la suite

Autour de quelques polars

Le coin des polars de l’année scolaire passée.

Les vacances sont nécessaires. Aussi pour se pencher sur son passé…proche et s’apercevoir que des livres avaient fait l’objet d’un ostracisme inconsidéré pour beaucoup, d’une mise à l’écart justifiée pour d’autres.

Un polar politique.

« L’honorable société » a eu besoin de deux auteurs et non des moindres lorsqu’on considère le polar politique et social, Dominique Manotti et DOA, pour construire cette intrigue plus vraie que nature. Dans le cadre d’une fin de campagne électorale présidentielle – le premier tour a donné largement vainqueur le candidat de droite – un groupe d’activistes, jeunes, veulent réaliser un grand coup médiatique. Ils et elle s’introduisent dans l’ordinateur d’un responsable de l’industrie nucléaire – du CEA – et filme en direct son assassinat. S’ensuit une cavale qui met à jour tous les ressorts d’un appareil d’Etat au service des puissants, de ceux qui gagnent. Chacun(e) ne pense qu’à sa carrière, qu’à ses intérêts. Les liens entre pouvoir politique et haute industrie – il manque la finance – sont bien mis en évidence. Les services de renseignements – les ex RG aujourd’hui DRCI – travaillent pour le candidat de droite, assurant les basses œuvres qui vont jusqu’au meurtre de jeunes gens sans défense. Le candidat de gauche est pusillanime n’osant rien. La description du débat télévisé semble être une sorte de stéréotype. C’est à pleurer. Le rôle des médias est aussi dénoncé.

Il ne manque presque rien pour faire de ce roman une sorte de bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy marqué par une pléiade d’affaires. Les auteurs sont bien en dessous de la réalité. Lire la suite

Conférences à Crest (Drôme) sur les femmes du jazz, du 5 au 10 août 2013

Rendez-vous à Crest Jazz Vocal

 

Cette année, je serai encore à Crest, au festival de jazz « Crest Jazz Vocal » où je donnerai une série de conférences portant sur « Les femmes du jazz, un continent oublié ». En avant-première, le lundi 5 août, pour introduire l’art particulier de Céline Bonacina, saxophoniste baryton, je brosserai – à grands traits – une « petite histoire du baryton ».

Le mardi 6, ce sera la projection du film de Martin Scorcese, « New York New York » qui invite à réfléchir sur plusieurs thèmes dont celui de la place des femmes dans les arts mais aussi des rapports entre œuvre d’art/culture et marchandise, de la drogue, de l’asociabilité des musicien(ne)s de jazz et de beaucoup d’autres choses encore. C’est un film philosophique en même temps qu’historique puisqu’il se situe, dans cette histoire du jazz et des États-Unis, juste après la seconde guerre mondiale au moment où les big bands disparaissent – et Georgie Auld/Robert de Niro en crée un à ce moment là qui ne pouvait que faire faillite – et le bebop impose sa loi via la révolution parkérienne.

 

Mercredi 7 Les « canaris », ces chanteuses de grands orchestres, deviendraient-elles des aigles ? A travers l’histoire de Anita O’Day, musicienne accomplie, chanteuse de l’orchestre de Gene Krupa (batteur engagé par Benny Goodman qu’il quitte dans les années 1940 pour créer son propre orchestre), à 21 ans pour ensuite passer chez Stan Kenton. Elle influencera toutes les chanteuses qui suivront à commencer par June Christy et Chris Connor.

On parlera aussi des « Sweet Petunia »….

 

Jeudi 8, autour des cheffes d’orchestre, avec un spécial Lil Hardin Armstrong (voir son portrait dans « En passant par Chicago », synthèse style work in progress de l’année de l’UP Jazz.

Vendredi 9 Autour de quelques chanteuses oubliées; autour de Betty Roché qui fut la chanteuse de Duke Ellington à deux reprises – je l’avais entendre aux côtés du Duke pour cette version à succès de « Take the « A » train » avec Paul Gonsalves en 1952 – et enregistra quatre albums…

Samedi 10, pour le final, une petite histoire du combat féministe des cheffes d’orchestre à commencer par Billie Holiday, Mary Lou Williams, Lil Hardin Armstrong… jusqu’à nos jours….

 

A vous voir…

 

Nicolas Béniès.