Regarder la France

Voir la France d’un œil étonné.

Deux « Atlas » publiés par les éditions Autrement permettent de regarder notre curieux pays différemment. « Atlas de la France incroyable » dessine un espace géographique inédit de la part de Olivier Marchon – un nom qui sonne comme un pseudo, trop près de son sujet en quelque sorte. Sans répéter la préface de François Morel qui parle d’un Atlas indispensable et inutile mais fait pour rêver, il faut dire que les découvertes sont multiples. La première carte intitulée « La France est un pays » donne le ton. France des géographes où il fait bon vivre en solitaires (ou pas), pour reprendre les légendes de cette carte. 36 681 communes recensées dans les quelles le préfixe « Saint » est le répandu, aux noms exotiques comme « Plaisir », « Bidon », « Oz » – on cherche le magicien – « Chatte » ou d’une simplicité dévastatrice comme « Montville ». Voilà pour les territoires. Pour l’Histoire, la France ne fut pas toujours hexagonale. Elle a subi des invasions et deux guerres mondiales qui l’ont transformée. Toutes les autres parties sont à l’avenant. Il faut découvrir cet Atlas.
Il faut le compléter par un autre. « Atlas de la France mystérieuse », sous titré « 40 histoires vraies qui font vaciller la raison » réunies par Fabrice Colin, par ailleurs auteur de fantasy et de Science-Fiction. Il a repris des histoires dont les causes sont inexpliquées dont cette « Dame Blanche qui débute de recueil. Un cas qui se rencontre dans toutes les localités comme si cette « fantaisie » faisait partie des histoires partagées. Les hallucinations collectives existent, chacun d’entre nous les a rencontrées. 40 sujets de romans à venir ?
Nicolas Béniès
« Atlas de la France incroyable », Olivier Marchon ; « Atlas de la France mystérieuse », Fabrice Colin, Autrement.

Des questions fondamentales

La science dans le tsunami libéral.

la science pour qui ?Faudrait-il changer la devise bien connue « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » – credo du groupe réuni sous l’égide d’« Espaces Marx » – en science sans profit n’est que ruine du capitalisme… et de la santé des populations ? « Science », un terme qui souffre de plusieurs définitions se doit d’être interrogée pour permettre à la fois le renouveau de la recherche fondamentale mise à mal par ce capitalisme libéral pressé par la nécessité d’augmenter le profit à court terme et des formes de contrôle démocratique. Il faut laisser les scientifiques libres de chercher, nous disent les auteurs tout en donnant les moyens – en temps – aux citoyennes et aux citoyens de comprendre et de disposer. « La science pour qui ? », un petit livre qui ouvre des perspectives et rend intelligent.
N.B.
« La science pour qui ? », coordination Janine Guespin-Michel et Annick Jacq, Éditions du Croquant/Enjeux et débats espaces Marx, 125 p.

Polar versus policier

Un polar nécessaire.

Houston (Texas) et son univers impitoyable est la toile de fonds de ce polar plus sociologique et politique que ne le donne à lire ce titre, « Marée noire », un peu trop en référence à nos plages polluées par les déversements des immondices des pétroliers ou par les naufrages de tankers.

Houston, tout comme Dallas, est une ville organisée autour du pétrole et des magnats de cette industrie qui font la pluie et le beau temps. Une ville qui, comme la Nouvelle-Orléans, a des bayous navigables et, comme toutes les autres villes de ces États-Unis, un ghetto noir. Lire la suite

Au hasard des éditions

Une lutteuse.

Écrire une biographie (résumée) de Rosa Parks semble étrange. Lucien Chich a su ramasser l’essentiel de la vie de cette femme qui a décidé, un jour de décembre 1955 de ne pas respecter les lois ségrégationnistes de cet Etat d’Alabama – qui sera célèbres pour des meurtres de défenseur des droits civiques – en refusant de monter à l’arrière du bus qui l’a ramenait chez elle. La mobilisation commençait… Aujourd’hui plusieurs lycées et collèges de la région Rhône-Alpes portent ce nom…

Nicolas Béniès

« Je suis…Rosa Parks », Lucien Chich, Jacques André éditeur.

 

Sur Haïti.

Cette île, qui s’est appelée Saint-Domingue, a une histoire et une histoire de lutte et de libération. La révolution française avait décidé l’abolition de l’esclavage que Bonaparte, Premier Consul, avait rétabli contre toute attente. Jean-Pierre Barlier, dans un livre précédent, « La Société des Amis des Noirs 1788-1791 », avait raconté les origines de la première abolition de l’esclavage le 4 février 1794. Dans cette suite, « L’échec de l’expédition de Saint-Domingue (1802 – 1803) et la naissance d’Haïti », il s’attache à décrire la barbarie coloniale et l’emprisonnement de Toussaint-Louverture qui avait cru aux promesses de cette révolution, à la liberté, l’égalité et la fraternité. En même temps, il décrypte le projet colonial du futur Napoléon. Il accumule les témoignages, suit les pas de l’armée française pour montrer que toute volonté d’asservir une population est un acte profond de barbarie et explique, en partie, le sous-développement actuel. Toussaint Louverture restera, pour l’éternité, l’image de la révolte. Son nom sera porté par beaucoup de jazzmen et de partisan des droits civiques aux États-Unis. Une page de notre histoire par trop ignorée.

N.B.

« L’échec de l’expédition de Saint-Domingue et la naissance d’Haïti », Jean-Pierre Barlier, Éditions de l’Amandine, 195 p.

 

 

Marseille, capitale de la culture.

En complément du dossier de ce numéro, « Ici, Ailleurs » est le titre d’une exposition qui veut réunir les artistes de la Méditerranée, « fabrique de civilisation » disait Paul Valéry. Jean-François Chougnet a réuni des artistes dont le seul lien est l’appartenance à cet espace. Beaucoup de noms nous ont inconnus, raison de plus pour aller les découvrir. Ce catalogue permet de les présenter.

N.B.

« Ici, Ailleurs. Une exposition d’art contemporain », Skira/Flammarion.

 

Parcourir

Et si le but ultime d’un voyage n’était pas le lieu d’arrivée mais le parcours lui-même ? Ces récits de voyage vers le Tibet en font la démonstration. Ils nous entraînent vers ce pays mystérieux, à la fois matériel et immatériel. La difficulté d’y parvenir, les rêves qui se construisent dans la préparation, le temps du parcours vers ce lieu chargé de spiritualité et d’histoires font de ce voyage un voyage initiatique. Que cherchent ces explorateurs ? Pourquoi d’aussi grandes souffrances ? Les réponses diffèrent. Le premier de ces récits date de 1783, le dernier de 1944, manières de se rendre compte à la fois des permanences – trouver la paix intérieure – et des transformations. Un recueil d’Histoire, d’histoire littéraire – les styles évoluent, les regards changent – et de plaisir tout court de la lecture.

N.B.

« Tibet. Vers la terre interdite », présenté par Chantal Edel, préface de Sylvain Tesson, Omnibus/Presses de la Cité.

Articles publiés dans l’US Mag d’avril 2013

 

A propos d’idéologies

Itinéraire

Pierre Stambul, dans ce gros livre Du refus d’être complice à l’engagement, retrace sa prise de conscience des réalités du conflit israélo-palestinien. Il critique ses positions passées pour construire des outils théoriques et pratiques de compréhension des causes profondes de cette guerre. Les droits des Palestiniens ont été bafoués, piétinés pour construire l’Etat d’Israël et l’idéologie sioniste s’est toujours refusée à reconnaître cette spoliation de départ. Une idéologie qui tend à gommer la mémoire en construisant un monde sans rapport avec la réalité d ela construction de l’Etat d’Israël. Déconstruire cette idéologie est uen nécessaité et l’auteur s’y emploie.

Ce livre est celui de l’itinéraire d’un « baby boomer » – et beaucoup se reconnaîtront dans les « effets générationnels » -, avec sa spécificité « juive » et sa volonté de construire un autre monde.

N.B.

« Israël/Palestine. Du refus d’être complice à l’engagement », Pierre Stambul, préface de Michel Warschawski, Acratie, 597 p

 

Idéologie quand tu nous tiens…

« Totalitarisme » est employé à toutes les sauces et à toutes les sauces idéologiques. Il a un mérite, visible dans les programmes d’Histoire, il s’oppose presque naturellement à « libéralisme ». Une opération de promotion réussie. Comment enseigner l’Histoire, interroge Roger Martelli dans « Pour en finir avec le totalitarisme », avec ce faux concept qui bloque toutes les compréhensions des sociétés aussi différentes que l’URSS et l’Allemagne nazie ? Abandonner ce faux concept permet de se poser d’autres questions comme celle de l’alliance libéralisme et remise en cause des libertés démocratiques. A lire pour changer les programmes…

N.B.

« Pour en finir avec le totalitarisme », Roger Martelli, La Ville Brûle, 159 p.

 

 

Histoire(s) du temps

La musicalité de la négation

Ecrire une histoire des « protest songs » n’est-ce pas dangereux ? Cette musique « engagée » existe-t-elle encore ? Le libéralisme n’a-t-il pas tué dans l’œuf toute possibilité de protestation ? Une musique de la contestation n’est-ce pas un oxymore ? Lire la suite

POLARS

 

Un amour fou…sans passion !

Le début fait penser à un autre polar qui mêle le fantastique. Un homme se retrouve empoisonné et il a quelques heures pour trouver l’antidote… Ici, Will Christophe Baer dans « Embrasse-moi, Judas », part d’un homme retrouvé dans une baignoire baignant dans son sens et à qui on a enlevé un rein… Le trafic d’organes est à la mode. Mais ce n’est pas cette voie que suivra l’auteur. Phineas Poe – avec un nom pareil, le voyage était inscrit en 80 jours comme la référence au créateur du roman policier, Edgar Allan Poe – est un ancien flic. Là encore, des pistes s’ouvraient. De quoi les mêler pour dérouter le lecteur en construisant une sorte de labyrinthe autour de tous les thèmes du polar. Au lieu de cet enchevêtrement, une construction lisse autour d’un amour fou de quelqu’un qui ne l’est pas moins… L’autre protagoniste lui rendant quelques points. On s’ennuie dans un roman qui ne tient pas les promesses d’un début superbe.

Nicolas BENIES.

« Embrasse-moi, Judas », Will Christopher Baer, Folio/Policier.

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Des mots et des musiques oubliées

BOUM ! SURPRISE-PARTIE

Danse-t-on encore la valse, le rock, la java ? Sans parler de la polka, du tango ou de la mazurka ? Ou encore le cha-cha-cha, le mambo, la rumba, la samba ? Là je réponds oui même si ces danses issues de la tradition afro-cubaine ont changé de nom et s’appellent plutôt salsa, elles restent de nos temps. Elles ne peuvent pas vieillir. Elles proviennent du sang, de la sueur, du rire et des larmes d’une multitude de populations se retrouvant sur une terre d’exil qu’elles n’ont pas choisie mais qu’elles ont fertilisé, dans tous les sens du terme. Lire la suite

Travail de mémoire (article publié dans Critique communiste)

Pour une mémoire vivante…

Le travail de mémoire est difficile.i Il suppose la recherche historique, l’écoute des témoins, une éthique qui vise à rappeler le contexte pour faire partager l’expérience, à éviter les prises de position par trop catégorique, tout en situant son propos sur le terrain de la lutte des classes. Comprendre l’histoire du mouvement ouvrier est vital pour appréhender notre présent et construire des possibles pour le futur. Sans passé, nous sommes sans futur. C’est une des façons de répondre aux tentations millénaristes qui pense la fin du monde au lieu de penser la fin d’un monde… Ces sectes qui prolifèrent dont le carburant se trouve dans les peurs et les angoisses provoquées par la crise culturelle profonde qui marque cette fin de millénaire. Nous sommes entrés dans le 21e siècle depuis novembre 1989, date qui voit le monde basculer dans d’autres règles, une autre structuration. Le monde ancien est en train de mourir, un autre monde se profile avec comme seul horizon celui des lois de fonctionnement du mode de production capitaliste. Toute alternative a disparu. Les Etats-Unis restent la seule superpuissance qui s’essaie à imposer son ordre, en l’occurrence celui des marchés pour le plus grand bénéfice des firmes transnationales. La guerre du Golfe en 1991 avait indiqué les voies et les moyens de ce nouvel ordre, comme les bombardements sur la Serbie. Les dirigeants russes ont compris la leçon en pratiquant la même sorte de guerre contre la Tchétchénie, s’abritant derrière la lutte contre le terrorisme islamique, comme le gouvernement américain s’était lui réfugié derrière le « droit d’ingérence » pour justifier les bombardements, en défense des droits de l’homme. Lire la suite