Le coin du polar.


Une nouvelle héroïne, moderne résolument moderne !

Son nom Ava Lee, canadienne mais originaire de Hong Kong. Dans ce pays, désormais rattaché à la Chine populaire, elle a conservé des liens avec son « oncle », proche sans doute d’une mafia. On ne saura pas laquelle. Elle est comptable. Une profession certes honorable mais qui se marie mal, a priori, avec le polar. Une comptable spéciale chargée de récupérer des capitaux empruntés et non remboursés. Ici, une arnaque portant sur 5 millions de dollars au détriment d’un des neveux d’une famille proche de l’Oncle. Elle visitera le Guyana, petit, pays totalement corrompu où la loi n’existe pas. La description de l’arbitraire d’une dictature fait le prix de cette histoire contée par un ancien journaliste et diplomate, Ian Hamilton. Lire la suite

Chroniques de disques de jazz

Concert de jazz chez soi.

 

L’enregistrement permet d’inviter chez soi – et même de partager avec d’autres – des musicien(ne)s de jazz. Le disque est essentiel pour la connaissance de cette musique. Pour les découvertes, il est nécessaire de passer par la case concert. Mais une fois cette case remplie, les échos de cette musique vivante se trouve cristallisés dans la galette que vous prenez en mains, qu’elle soit vinyle ou CD. Quitte à être qualifié de ringard, je déconseille fortement le MP3 qui écrase le son. Il faut de l’espace pour que vive la musique, pour qu’elle prenne de l’ampleur. Sinon, l’auditeur a l’impression d’entendre toujours la même chose… Lire la suite

A propos de Miles et de Solar

Un article du Monde daté du 8 juillet 2012 entre en résonance avec mon livre « Le souffle bleu », qui traite beaucoup – mais pas seulement – de l’itinéraire de Miles Davis. Il est signé par Nathaniel Herzberg et fait état d’une découverte de Larry Appelbaum, « expert en jazz de la Bibliothèque du Congrès » qui conteste à Miles Davis la paternité d’un thème, « Solar », qu’il a enregistré en 1954, avec le saxophoniste alto Dave Schildkraut, membre en ces temps là de l’orchestre de Stan Kenton. Juste pour rectifier une petite erreur de l’auteur de l’article. Ce n’est pas Miles et ses « All stars », avec Jay Jay Johnson au trombone, mais ce quintet éphémère et étrange. Le jeune saxo alto fait sensation. Les critiques comme les musicien(ne)s ont l’impression d’entendre Parker – le Bird – tout en sachant que ce n’est pas lui. Il réalise une performance comme on les aime. Une succession de déséquilibres pour aboutir, dans le processus, à un équilibre superbe. C’est plutôt lui la « vedette » de cet enregistrement. Dommage de l’avoir oublié; Par contre la section rythmique est bien composé de Horace Silver au piano, Percy Heath à la contrebasse et Kenny Clarke – souverain aux balais – à la batterie.

Il apparaît que « Solar » – sur les harmonies de « How High the Moon », un standard que le bebop avait déjà transformé – a été précédé par la composition « Sonny » du guitariste Chuck Wayne, un de ces musiciens un peu trop oubliés. L’écoute laisse entendre plus que des similitudes. Miles se serait approprié la composition d’un autre.

Ce ne serait pas la première fois. « So What », de son album mythique « Kind Of Blue » (voir « Le souffle bleu », le livre qui sert de base à ce blog pour le jazz – aurait été écrit par Gil Evans. Et Gil l’aurait donnée à Miles. Lorsqu’on connaît les rapports entre les deux homme – le fils de Gil se prénomme Miles – personne n’est très étonné. Miles Davis aurait aussi « piqué » « Tune up au saxophoniste alto Eddie Vinson, « Cleanhead » pour les intimes et beaucoup d’autres compositions qu’il a signées.

Il n’est pas le seul dans ce cas. Sidney Bechet s’est appropié « Les Oignons », vieille chanson de la Nouvelle-Orléans que Albert Nicholas, clarinettiste, allait enregistrer lui aussi sous son titre non francisé « Les Ognons »… Et la liste serait longue…

S’agit-il d’un vol ou d’un emprunt ?

En 1954, Miles sort d’une période difficile. il a été acclamé à Paris en 1949. il s’est fait des amis, Boris Vian en particulier, il a trouvé l’amour avec Juliette Gréco… Il est adulé, reconnu par ce petit cercle de jeunes gens et de jeunes filles qui reconnaissent dans le jazz, leur musique, l’étendard de leur révolte, de leur jouissance aussi. Il rentre aux États-Unis, il n’est plus rien qu’un musicien noir à la recherche à la fois d’engagements mais aussi de sa voie. il sait qu’il ne pourra – et il ne le veut pas – être Dizzy Gillespie ou Fats Navarro. Il veut être… Miles !

Du coup, il trouve une échappatoire. La drogue et… tout part à vau l’eau. Il ne sait plus qui il est. Il cherche sa dose. Il joue de plus en plus mal parce que, dans le même temps, il ne s’est pas trouvé.

En 1954, il sort de ce trou. Retrouve des forces, de la conscience. Et se trouve. Cette année est cruciale pour lui. Il enregistre pour Bob Weinstock de Prestige des albums dont celui du 24 décembre 1954 avec Thelonious Monk – au piano, compositeur essentiel, original, hermétique, professeur de musique de Bud Powell, de Charlie Parker, de Miles et, plus tard de Sonny Rollins et de John Coltrane -, Milt Jackson – inventeur du vibraphone bebop, et un des maître d’œuvre du MJQ, du Moderne Jazz Quartet – + Percy Heath et Kenny Clarke.

« Solar » prend place dans ce renouveau. Pourquoi ne pas penser que Chuck Wayne a « donné » à Miles » ce thème qu’il a rebaptisé en contrepoint à la lune. Ou peut-être avait lu Nerval qui connaissait que trop bien « le soleil noir de la mélancolie » .

D’autant qu’il faut rappeler que cette époque est celle des « workshop », des ateliers. Les musicien(ne)s se réunissent soit dans le « basement » de Gil Evans, soit chez d’autres. les discussions sont passionnées, les échanges multiples. Pourquoi ne pas penser à une élaboration collective ? Et si Miles dépose ce thème en 1963, c »‘est que le climat a changé. Il est devenu célèbre grâce à Kind Of Blue.

« Sonny »

Le titre de la composition de Chuck Wayne, « Sonny », permet de mettre un peu de lumière sur ce trompettiste trop tôt disparu, Sonny Berman – Saul Berman pour l’état civil -, capable de jouer le blues avec une noirceur et une mélancolie qui nous laisse dans un ailleurs où, visiblement il était pressé d’aller. Il était né en 1909, à Fox Lake dans le Wisconsin et est mort à New York le 2 juin 1942. Il s’était fait connaître surtout chez Woody Herman. Il fera partie des petits groupes de l’altiste, clarinettiste, chanteur et, principalement, chef d’orchestre.

Au total, le silence de Chuck Wayne s’explique aussi par le fait que ce thème a été très peu joué. Alors que les déclinaisons de How High the Moon ont été multiples…

Il reste Dave Schildkraut… Sonny Berman… A retrouver, à écouter.

Nicolas Béniès, Le 10 juillet 2012.

A propos de piano

Le piano dans le jazz, en guise de quatrième partie

En complément des récents articles sur le piano de jazz de Nicolas Béniès, consacrés à des rééditions ou de nouvelles publications d’Ahmad Jamal (Le piano dans le jazz, première partie), d’Enrico Pieranunzi, d’Edward Simon ou de Leïla Olivesi (Le piano dans le jazz, deuxième partie) et Steve Kuhn (Le piano dans le jazz, troisième partie).

« Ce n’est pas en jouant n’importe quoi que ta musique sera libre. En fait, plus tu en sais sur la musique, plus tu as assimilé ses mécanismes à travers les siècles et les genres, plus tu pourras être libre. Ne reste plus, à l’instant de t’asseoir devant le clavier, qu’à tout oublier, et à jouer. »

Six cd « Soundtime » d’une cinquantaine de minutes chacun, des pochettes illustrées par des peintures du pianiste : Fallenlassen, Freiheiten, Klangbilder, Volume, Moving et Lichtblicke.

Piano solo enregistré de 2006 à 2010.

Un voyage, dans de multiples univers, des réminiscences quelques fois, rudesse et poésie, une grande inventivité.

Je signale aussi le beau « Lifeline » en quartet avec Rolf Kühn, clarinette, John Patitucci, basse et Brian Blade, drums

« La musique, c’est toujours la même histoire : on dispose des même douze notes avec lesquelles il faut jongler, et depuis des centaines d’années la question est : comment vais-je les juxtaposer ensemble, de manière différente ? Et les possibilités sont infinies… »

Joachim Kühn : Soundtime, Jazzwerkstatt 094 (coffret 6 CD), 2010

Rolf et Joachim Kühn Quartet : Lifeline, Impulse 2012

Didier Epsztajn

http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/

Le Souffle bleu, recension de Didier Epsztajn

Une note à la sonorité bleutée, une note étouffée qui dit plus qu’il ne semble

D’abord feuilleter ce bel objet et lire au hasard quelques titres de chapitre.

Puis écouter une ou deux fois le CD pour celles et ceux qui ne le connaissent pas, les autres, sauront choisir les écoutes adéquates et les compléments possibles. J’ai pour ma part un faible pour Fable of Faubus de Mingus, et particulièrement, pour la version du 19 avril 1964 au théâtre des Champs Élysées.

Enfin, commencer à lire l’ouvrage, lentement et se laisser aller. L’exposition de l’auteur est en adéquation avec son sujet, solo, chorus, reprise des thèmes, déplacements dans le temps. Au fil des pages à la musique s’ajoute des films (dont le très beau Shadows de John Cassavettes et l’improbable Ascenceur pour l’échafaud de Louis Malle), les modifications de mode de vie, les conditions sociales dont le racisme qui tue, la drogue qui aide à vivre et qui détruit, l’épaisseur des contraintes économiques. Sans oublier les lieux de concert.

1959 « En cette année 1959, ce n’est pas seulement l’amour qui est à vendre mais aussi l’eau du bain., le bébé et toute la salle de bain, sans compter la peu de l’ours ! »

1959 c’est l’année de toutes les ruptures, pour reprendre un titre de chapitre de l’auteur, qui permettent de se projeter dans le demain. A l’inverse, Nicolas Béniès souligne « Peut-être que notre époque, ce début du XXIe siècle, souffre de ne plus voir mourir les formes anciennes. Elles se conservent, donnant une vision d’un passé décomposé/recomposé qui bouche l’avenir, ne permet plus de se projeter dans le futur. »

1959 c’est l’année de ce So What, de ce Kind of Blue,de ce souffle bleu, de cette mort et renaissance du jazz, analysé dans le livre.

Le jazz c’est aussi et surtout l’oralité non réductible aux notes écrites, c’est le souffle du blues, l’instant de l’improvisation, la combinaison de temps et des instruments.

« Le jazz joue son rôle de défricheur. Le XXe siècle est rythmé par le jazz, par ses révolutions esthétiques. Sa mémoire est celle des luttes, des combats pour les droits civiques, pour la reconnaissance de l’humanité des êtres humains. Le jazz fait partie de la réaction de cette partie de la population des États-Unis considérée, à cause de la couleur de leur peau, comme des sous-hommes. »

Et ré-écouter le CD un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ; celui-ci, ceux évoqués par Nicolas Béniès et des centaines d’autres…. et s’ouvrir aux jazz les plus récents, aux musiques les plus nouvelles. En prêtant attention à « Il faut se méfier, disait Adorno à juste raison, de la musique qui nous plaît ». Musique et liberté « Le jazz est synonyme de liberté. Il ne peut s’enfermer. Sinon il n’existe plus. C’est une autre musique. Appelée d’ascenseur… »

Le CD n’est pas mort, quoiqu’en disent les majors désertant le terrain et heureusement remplacés par de multiples petits éditeurs qui nous donnent à découvrir, encore et encore « Le disque de jazz – comme le film – combine cette contradiction d’être à la fois œuvre d’art – pour la meilleure part – ou de culture ET marchandise dont la caractéristique essentielle est d’être reproductible à l’infini. Ainsi le moment enregistré, irréductible, s’expliquant par les conditions précises dans lesquelles la séance a eu lieu devient, par la grâce du disque, marchandise. »

Nicolas Béniès : Le souffle bleu

1959 : le jazz bascule

C&F Editions, Caen 2011, 155 pages et un Cd, 25 euros

Didier Epsztajn

http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/

Un jazz, des jazz ?

Les festivals de jazz aiment l’été.

Je ne sais pas pourquoi, personne n’a eu encore l’idée – que je lance comme un pavé dans une mare trop lisse, pour faire des ronds dans l’eau – de réaliser un tour de France en 80 festivals de jazz pour aboutir à une mise en perspective à la fois du ou des jazz et des contraintes qui pèsent sur les organisateurs dont ils ne parlent jamais préférant privilégier le contenu. Pourtant le contenu dépend fortement des contraintes économiques et politiques. Aucun festival de jazz – comme les autres – ne pourrait exister sans les subventions des collectivités territoriales toutes confondues dont la contrepartie se trouve dans la nécessité de la « réussite » : faire venir beaucoup de monde pour contribuer à la réputation de la ou des collectivités territoriales parties prenantes. L’échec est exclu comme la baisse de la fréquentation.

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A propos du sommet européen

La zone euro, épicentre de la crise.

Le G20, réuni les 18 et 19 juin, a conclu sur ce diagnostic, l’éclatement possible (une chance sur trois disent les pronostiqueurs) de la zone euro est la question essentielle à résoudre pour sortir de la conjoncture de crise financière et de récession mondiale. Diagnostic à la fois juste, l’épicentre de la crise financière s’est déplacé des Etats-Unis – siège de la première crise en août 2007 – à la zone euro, et limité, le ralentissement de la croissance touche tous les pays y compris la Chine. La Banque de réserve fédérale américaine, la Fed, a fait le constat d’une croissance plus faible que prévu pour cette année et l’an prochain. Pour le reste, le G20 comme à l’habitude, n’a pas pris de mesures faute d’accord des grands pays du monde. Les politiques communes ne sont pas pour demain malgré le constat partagé d’une crise mondiale qui se profile dont un des indicateurs est la baisse importante des cours de matières premières à commencer par le pétrole.

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Des nouvelles.

Des nouvelles, encore.

Luis Sepulveda sait cacher son sentiment de colère et de révolte derrière l’humour et l’ironie, le conte quelque fois. Ces courts textes sont parus dans La Montagne et savent raconter la réalité de l’exil, de la faim d’un pays qui se transforme en bien et en mal comme il l’écrit pour s’en rapprocher encore et encore. Pour ne pas oublier. Pour ne pas laisser faire. La dictature a tué, elle doit payer. Bien sur que les responsables ne seront pas poursuivis même si Pinochet est mort comme un vieillard, presque dans son lit après une aventure rocambolesque tout droit sortie, dirait-on, du cerveau de Sepulveda. Ces « Histoires d’ici et d’ailleurs » sont, comme il se doit, inégales mais elles savent nous faire partager le drôle de monde de cet auteur.

N.B.

« Histoires d’ici et d’ailleurs », Luis Sepulveda, Points/Seuil.

La littérature chinoise, esprit des temps


Une Chine, des Chine ?

La littérature chinoise connaît une grande vogue. Elle permet de lire de grands auteur(e)s traumatisés par la dite « révolution culturelle » et par les massacres – dont il ne faut pas parler – de la place Tien an men. La collection « Bleu de Chine », fondée par Geneviève Imbot-Bichet, permet de se faire une idée à la fois de l’activité littéraire de cet immense territoire et des communautés existantes. Avec ce recueil de nouvelles, « La rivière des femmes », c’est toute une partie inconnue de ce pays qui se dévoile, une minorité nationale, les Hui, des Chinois islamisés, résultat des migrations semble-t-il. Une première originalité. La deuxième c’est que cette communauté vit loin de l’urbanisation rapide qui secoue les grandes villes, le long de cette rivière Quingshui, une rivière vivante charriant le murmure du temps. Les deux auteurs, Li Jinxiang et Shi Shuquing sont nés en 1968 et 1969. La troisième, et non la moindre c’est de découvrir des auteurs qui savent raconter une histoire avec les riens qui font la vie qui passe. Il est impossible de rester insensible à cette femme qui transporte de l’eau de la rivière à chez elle, vivant chez sa belle-mère… ou de cette femme morte d’avoir prêté cinq yuans à une femme qui vient de mourir… Chaque nouvelle est un condensé de notre humanité… Il faut lire ces romanciers pour entrer dans leur monde et s’apercevoir qu’ils parlent aussi de nous.

N.B.

« La rivière des femmes. Anthologie des nouvelles Hui », Li Jinxiang, Shi Shuquing, traduit, présenté et annoté par Françoise Naour, Bleu de Chine/Gallimard, 201 p.

 

Un Etranger étrange

Littérature et BD.

Illustrer « L’étranger » de Camus pouvait sembler soit une gageure, soit suicidaire soit tout simplement raté. José Muñoz, il ne faut pas craindre de le dire, réussit un coup de maître. Il avait déjà fait la démonstration de son talent avec un « Billie Holiday » de très belle facture. Ici, il récidive pour déplacer le mystère de cet homme, Meursault, assassin étranger à son acte. Un roman philosophique s’il en fut mais qui vit par le soleil de cette Algérie, celle d’Albert Camus en train de vivre les premiers soubresauts assassins de la décolonisation. Rien n’est expliqué, tout est obscur. On sait que trop de lumière aveugle et il fallait le Noir et Blanc du dessinateur – qui répond en même temps à une nouvelle typographie/présentation du texte – pour lui donner un autre sens. Du coup, le texte prend une autre dimension, il s’offre une sorte jeunesse. Au sens propre, il se redécouvre. En plus, c’est un bel objet, réussi.

N.B.

« L’étranger », Albert Camus, accompagné des dessins de José Muñoz, Futuropolis/Gallimard.