A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Jazz : Alain Gerber à l’écrit et à l’oral

Découvrir Sonny Criss

Alain Gerber a l’habitude des autobiographies imaginaires. Le « je » qu’il emploie doit être compris comme « double je », le personnage central, ici le saxophoniste alto Sonny Criss, un créateur sous estimé, sans concession vis-à-vis de la marchandise, de la soupe et celui de l’auteur qui donne à entendre la vie, l’environnement du musicien. Le propos, dans « Ne laissez pas le soleil se lever sur vos larmes » – une composition de Louis Jordan, une sorte de haïku – , toujours documenté, est triplement intéressant. D’abord pour Criss lui-même perdu dans les profondeurs de l’oubli, pour l’évocation de Parker, son influence profonde sur les musiciens de la côte Ouest des États-Unis et sur l’appréciation de ce style West Coast bien caractérisé comme une réunion d’individualité dont sont souvent exclus les musiciens nés à Watts – où certains habitent toujours – le ghetto noir de Los Angeles. Continuer la lecture

Le déshonneur ne payait pas

Le Morvan, hiver 1438
Le thème d’un trésor caché a toujours fait flamber les convoitises. De ce point de vue le Père Noël a de beaux jours devant lui. Pour s’approprier ce Graal, le comte Henri de Jarcourt en ses terres du Morvan en cette année 1438 devra passer un Pacte avec le Diable, sous la forme d’un soudard en quête de rapines. Une vieille idée, celle de Faust, que Max Clanet utilise de manière originale même si le fin est connue, par l’intermédiaire du lieu où devrait nicher le trésor, une abbaye composée de nonnes. Continuer la lecture

Qui espionne qui ?

Espionnage et idéologie
« L’espion et le cardinal », de Jacques Baudoin, est à la fois une leçon de géopolitique via le Vatican du pape François, une fable philosophique sur les effets négatifs de l’autoritarisme, l’aveuglement de la réalité par les biais idéologique et une curieuse histoire qui tient en haleine. Au milieu du développement de l’intrigue, le lecteur s’interroge sur la bonne santé mentale soit de l’auteur soit de ses protagonistes. Il poursuit aussi pour le savoir et pour des personnages proches de leur modèle. Conclusion presque inattendue. Responsables du renseignement, chef de l’État jupitérien au mépris facile, croqués, représentés de manière tellement réelle qu’il est possible d’y croire.
NB
« L’espion et le cardinal », de Jacques Baudoin,nouveau monde, sang froid

Comment devenir riche sans se fatiguer ?
« L’honorable correspondant », autrement dit un espion qui ne sait pas toujours qu’il travaille pour les services secrets mais qui a été piégé un jour pour qu‘il fasse le travail prévu pour lui. A l’insu de son plein gré ! Le couple s’installe à Tel-Aviv, les capitaux affluent et ils vivent bien. Ivan Sand, officier de l’armée de l’air, met en scène, décortique l’engrenage qui conduira le couple à servir le Mossad via une entreprise israélienne de construction d’un système de surveillance. Benjamin Curiel – un nom qui résonne –, dessiné en officier spécialiste de la Russie au départ, voudra se libérer de l’emprise du Mossad et…se trouvera dans l’obligation de de servir deux maîtres. Documentaire et angoissant.
NB
« L’honorable correspondant », Ivan Sand, nouveau monde, sang-froid

Etats-Unis : prédateurs d’hier et d’aujourd’hui

Un combat toujours actuel
Le 2 mars 1955, une collégienne, Claudette Covin refuse, de laisser sa place à une Blanche dans le bus à Montgomery, un geste politique improvisée due à la fatigue. Elle le paiera cher. Elle le racontera et créera vers la fin de sa vie une fondation. Elle a participé, seule, sans soutien, à la lutte contre la ségrégation.
Quelques jours plus tard, Rosa Parks (1913-2005) sera au centre de l’attention. Présentée souvent comme une vieille femme fatiguée par sa journée de labeur, elle est une militante pour les droits civiques depuis longtemps. Caroline Rolland-Diamond retrace sa vie. Nécessaire !
NB
« Rosa Parks », Caroline Rolland-Diamond, Folio/Biographies

Roman d’espionnage ? Reportage ?

« Le dossier du président », paru en 2020, se présente comme une recherche d’un dossier secret des services secrets russes – le FSB bien connu – sur le président des États-Unis nouvellement élu, un magnat de l’immobilier propriétaire de Tours un peu partout dans le monde,à New York comme à Panama. Toute ressemblance avec le président actuel est justifié. Le dénouement est conforme à la main mise du pouvoir sur la CIA et le FBI. L’affaire Epstein – il est impossible de ne pas y penser – est une illustration en plusieurs dimensions de l’intrigue ici développée.
James A. Scott nous entraîne dans ces mondes où les trafiquants de toute sorte se rencontre notamment les oligarques poutiniens qui s’enrichissent sur les dos des Russes sans créer de valeur. Des pilleurs et des prédateurs qui font école avec Trump aux États-Unis.
L’auteur décrit, c’est la partie documentaire, les mécanismes de blanchiment de capitaux via les projets immobiliers du Président. Il explique les circuits, les formes et les raisons qui font de l’immobilier le vecteur de l’exportation illégale de capitaux Un dossier explosif qui mêle perversions sexuelles et emprise politique et financière. Un polar qui nous fait aussi visiter la Fédération de Russie et ses oppositions pour comprendre la dimension interne de la guerre en Ukraine. Le tout enveloppé dans une action sans répit. A lire de toute urgence.
NB
« Le dossier du président », James A. Scott, traduit par Christophe Goffette, éditions nouveau monde, collection sang froid


Mémoire de l’esclavage

« Sous le règne du fouet, une histoire orale de l’esclavage aux États-Unis » réuni 27 parcours, surtout des femmes, collectés dans les années 30 par le Federa lWriter’ Project. Témoignages qu’il faut corriger par celui ou celle qui le recueille pour trnir compte des biais possibles. Bouleversants souvent, codés toujours, ils ouvrent des portes à l’analyse de la société américaine d’aujourd’hui. La préface de Françoise Vergès va bine au-delà de la présentation en abordant des questions du colonialisme et du néo-colonialisme à la fois système d’oppression mais aussi d’aliénation culturelle . Un débat à poursuivre.
NB 
« Sous le règne du fouet », textes réunis et traduits par Elsa Quéré, Éditions Ici-bas

Jeux sur les temporalités. Fantômes du futur unissez vous

Illusion d’une Venise

Jean-Luc Bizien est un pro du mélange, des genres, des références et des époques. Pour cette « Enquête ,à Venise », tome deux des la série « Le cabinet des illusions », il place son magicien pas vraiment chinois malgré les apparences et son nom « Chung Ling Soo face au futur fantôme de l’Opéra, roman policier de Gaston Leroux dans une Venise qui doit beaucoup à Hugo Pratt dont le père ou le grand-père à un rôle dans cette histoire comme la franc maçonnerie.
Pas de miracles ni de magie dans une investigation classique secouée par les numéros de prestidigitation qui suppose tout un appareillage et une préparation méticuleuse de toute une équipe qui doit savoir faire semblant naturellement. La ballade dans cette Venise forcément noyée de brume, sujette à la montée des eaux – déjà en 1907, année où se passe cette histoire – qui fait que la ville lacustre ne se reconnaît pas elle-même cachée par ces masques qui répondent à ceux portés par les Vénitiens plus souvent que les Vénitiennes. Les fêtes données dans les beaux quartiers pourraient servir de bruit de fond.
Le coupable de la mystification apparaît logiquement. C’est le seul possible. Par contre ses mobiles ne sont pas très convaincants. Pourquoi un fantôme alors qu’un magicien se produit dans le théâtre Rossini et, surtout pourquoi les meurtres ? Hugo Pratt sans doute ferait appel à Corto Maltese pour dire que l’absurde est la seule explication possible.
Nicolas Béniès
« Le cabinet des illusions, enquête à Venise, 1907 », Jean-Luc Bizien, édition Maison Pop

poésie noire

Portrait d’une femme dévorée par les diables déguisés en curé

« Notre-Dame des-Démolies », un titre remarquable pour un portrait de femme, servante, gouvernante perclus de préjugés, de peurs, d’angoisses mais aussi de sévices divers sans doute sexuels qui la conduisent inexorablement vers la folie. Personne ne s’en préoccupe préférant se servir d’elle. Lorsque sa folie qui voit le diable s’en prendre aux enfants qu’elle veut protéger est trop visible, on l’a licencie. Jusqu’à ce jour de 1968 où elle tue sa patronne de 9 coups de couteau croyant vaincre les horribles serpents et autres représentations de Satan grouillant dans le corps de la vieille dame. Avant de se livrer Marthe – c’est le nom qu’on lui donne – habillera sa patronne pour qu’elle soit présentable. Continuer la lecture

Un épisode oublié

1934 : 6 mois qui ont changé la France

Le 6 février les extrêmes droites manifestent, le 12 grande manifestation unitaire de la gauche politique et des organisations syndicales. Les historiens considèrent que, sur cette poussée populaire, réelle, forte d’une aspiration à l’unité, se trouve l’unité d’action et la victoire aux élections de mai 1936 dites du « Front populaire ». Pourtant, et c’est la démonstration que fait Jean-François Claudon dans « Aux origines du Front populaire », l’unité d’action ne se fera pas en un jour ni même en sept. Les 6 mois qui séparent février et juillet, signature du pacte, voient des changements profonds dans la situation internationale, l’Internationale communiste – son nom officiel – change de cap si brutalement que Thorez a du retard à l’allumage, la mobilisation des masses est l’autre donnée. Malgré les tombereaux d’injures du PCF contre la SFIO, l’unité progresse.L’auteur détaille les pourparlers entre les deux partis comme les débats internes – « l’affaire Doriot, les oppositions de gauche au sein de la SFIO – pour rendre compte de tous les obstacle que rencontrent la signature du pacte. Une leçon pour notre avenir ?
Une chronologie détaillée et les biographies des principaux acteurs de ce théâtre complètent l’information du lecteur.
Nicolas Béniès
« Aux origines du Front populaire. Le pacte d’unité d’action », J-F Claudon, Atlande

JSP 45e

Floraison des pommiers du jazz

Coutances localité de la Manche, des rues en pente raide, une cathédrale surplombant la ville et, comme tous les ans depuis 45 ans – un bail -, autour du jeudi de la Toussaint, le jazz en majesté comme il se doit. Un jour férié supplémentaire, le vendredi 8 mai, permet au festival d’octroyer un jour de plus à cette musique-art-de-vivre. Le jazz est passion qui anime organisateurs, à commencer par Denis Lebas, l’âme de ce festival « jazz sous les pommiers » jusqu’aux bénévoles sans qui la fête ne pourrait avoir lieu. Continuer la lecture

Enquête paresseuse dans une ville étonnante, Venise

Voir Venise en 1742

« La gondole des ténèbres » – titre de ce policier historique – sert de guide à une visite de cette ville presque sous l’eau aux palais luxuriants appartenant à une noblesse décatie victime de folies meurtrières pour créer un autre univers à partir d’un matériel humain. Le musée des horreurs est une vieille rengaine reposant sur l’être humain comme modalité de création.
Le carnaval de l’année 1742 dévoiles les fastes et les faux semblant d’une aristocratie qui veut, avant tout, se faire voir, se faire admirer au-delà de ce qu’elle est réellement.
En journaliste, Robert Laroche donne à voir. Son intrigue, un peu mince et sans rebondissements, lui permet de nous faire naviguer sur ces canaux où les gondoliers amènent chacun et chacune vers son destin. Le détective, Flavio Toscarini, n’a pas grand-chose à faire…
Nicolas Béniès
« La gondole des ténèbres », Robert de Laroche, Folio/Policier

Stratégie meurtrière et suicidaire : la baisse du coût du travail

A propos du livre de Clément Carbonnier « Toujours moins ! »

Clément Carbonnier, économiste et statisticien, analyse « l’obsession de la baisse du coût du travail » par les gouvernements occidentaux inspirés par le néolibéralisme. Il est question, dés le sous titre, de « l’impasse stratégique du capitalisme français ». Sa démonstration, sans appel, s’appuie sur des travaux économétriques comme sur des rapports officiels – il est l’auteur de quelques-uns – pour énoncer les conséquences de ces politiques étatiques socialement comme économiquement. La Sécurité sociale créée en 1945 avait comme objectif de hausser le marché final de la consommation pour tirer la croissance qui reposait sur ce socle. Continuer la lecture