A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Jazz, le passé dans le présent.

Petit voyage dans les temps du jazz via les nouveautés

La musique sur le Net est en perte de vitesse. Le streaming ne fait plus recette. Le retour du Vinyle est un indice. La musique compressée est-elle encore de la musique ?
Les parutions de CD restent multiples. Certains prétendent qu’elles sont trop nombreuses. Il faut, pourtant, répondre à tous les goûts. A travers ses âges, le jazz s’est démultiplié. Sous ce vocable se dissimulent plusieurs époques, plusieurs styles, plusieurs références. Faut-il, pour autant, le mettre au pluriel ? Je ne le crois pas. Il reste une musique issue de la déportation des Africains sur le sol américain, du brassage en résultant de la fusion entre les cultures africaines, européennes et amérindiennes. Le tout procédant d’un processus d’acculturation. Depuis, les affluents se sont multipliés pour dessiner un paysage plus coloré, plus touffus dans un environnement idéologique – le dit libéralisme ou le post modernisme – qui fait s’évanouir le collectif. L’impression du pluriel vient de l’éclatement des formes du jazz, comme dans toutes les disciplines artistiques. La décomposition n’est pas visible seulement sur le terrain politique, elle est aussi à l’œuvre culturellement. Le jazz est, de ce point, de vue, un bon révélateur.

Il n’empêche que tout n’est pas à jeter. Le processus de décomposition se traduit par des enregistrements qui valent le détour. Le 21e siècle n’est pas vide mais la révolution esthétique se fait attendre. Continuer la lecture

De retour de festival,

les pommiers du jazz en fleurs

Une bonne semaine de jazz et tout est différent. Le monde s’habille des couleurs de l’arc-en-ciel avec des dominantes de bleus et de noirs, comme si la société oubliait ses blessures pour communier dans une même musique, une même ferveur. La réalité ne se fait pas oublier pour autant. Dommage que le jazz ne soit pas autant écouté que cette semaine là, dommage que le jazz ne soit plus la musique qui réunit les générations. Pourtant, les jeunes musicien-ne-s partagent aussi l’attrait de cette musique sans que le public perde un peu de ces cheveux blancs – ou pas de cheveux – et rabaisse son âge moyen. Continuer la lecture

A l’Institut du Monde Arabe (IMA), les « Arabofolies »

Les musiques comme facteur de « Transmissions »

Du 7 au 16 juin, l’IMA vit une métamorphose. L’Institut sort de sa léthargie à intervalles réguliers pour faire bouger les piliers de ses fondations. Ils prennent l’air, aborde de nouveaux rivages, accueillent de nouveaux visages venus découvrir des horizons trop souvent présentés comme violents alors qu’ils sont sauvages. Loin de toute représentations racistes, les cultures arabes font la preuve de leur vitalité mais de leur inscription dans une histoire qui est aussi celle de l’Europe. Pour le rappeler, c’est Averroès qui fait découvrir Aristote aux européens. La terre européenne – l’origine des noms en témoigne – a été profondément balayée par les armées et philosophes arabes.
L’IMA fête ses 30 ans – déjà ! – et, pour cet acte 2, laisse la place aux folies de la musique arabe qui se veulent à la fois culture savante et populaire. L’influence de ces musiques est sensible sur toutes les autres cultures. Le jazz l’intègre pour retrouver une partie de son histoire, de sa force dans sa capacité à faire bouger les corps et les esprits mais aussi la variété qui puise dans ce vivier toujours renouvelé. Continuer la lecture

Bihr, deuxième !

Une somme nécessaire pour comprendre notre monde

Alain Bihr poursuit son travail de titan pour déterminer les causes de la naissance du capitalisme en Europe occidentale et en traquer les conditions. Dans le tome 1 du « Premier Âge du capitalisme », il déterminait la place essentielle de la colonisation, condition nécessaire à l’existence du proto capitalisme – cf. notre article sur ce site – condition très largement sous estimée jusque là.
Dans ce deuxième tome, La marche de l’Europe occidentale vers le capitalisme, il insiste sur l’accumulation du capital-argent sous la forme du capital commercial et du capital financier, la formation du prolétariat par l’expropriation des producteurs pour terminer par les avancées du capital industriel passant par le capital agraire et les manufactures. Pour mettre en place ce proto capitalisme, il a fallu l’invention de la comptabilité en partie double, des transformations culturelles, juridiques, la constitution de marchés spécifiquement capitalistes, la guerre, les révolutions et surtout la création d’un Etat de droit capable de représenter toute la classe bourgeoise.
L’auteur indique les résistances, les allers-retours, les destructions/créations nécessaires au nouvel ordre qui se développe pour assurer la victoire de la classe montante et révolutionnaire, la bourgeoisie et ses rapports de production capitalistes. Il critique la thèse wébérienne qui, dans une de ses versions, fait du protestantisme la condition nécessaire du capitalisme. Il montre que le lien entre la nouvelle idéologie religieuse est tout autant le résultat que la conséquence du capitalisme. Que les réactions du catholicisme ont pu aussi permettre au capitalisme de se développer. Sont utilisées l’Histoire, la sociologie, l’économie – une référence aux théories, en l’occurrence le mercantilisme –, la méthode et les concepts de Marx qui démontrent leur capacité à rendre compte de la réalité, pour nous embarquer dans cette fresque singulière. La société féodale se délite. Elle permet, par ses règles de fonctionnement même, de promouvoir la nouvelle classe sociale via notamment le crédit.
Ce tome se termine sur la construction d’une morale, d’une culture spécifique adaptée : l’individualité assujettie passant par la formation de la famille nucléaire et l’invention de l’enfance via la scolarité.
Un voyage ahurissant, époustouflant dans cette Europe révolutionnaire. Qui interroge sur les permanences du capitalisme.
Nicolas Béniès
« Le Premier Âge du capitalisme, 1415-1763. Tome 2, La marche de l’Europe occidentale vers le capitalisme », Alain Bihr, page2/Syllepse, 865 pages

Les mémoires et leur dépassement

Comment vivre ensemble ?

La couverture est déjà tout un programme. Se trouve représentée une photo de groupe, trois personnages de « Ceux qui construisent des ponts », de ceux qui ne s’enferment pas dans les préjugés, dans la rancœur, dans le passé des affrontements. Alphonso Zapico, l’auteur – reconnu comme l’un des chefs de file de la BD – ne craint pas de se transformer en personnage caricaturé aux côtés des deux protagonistes principaux de ce récit Firmin Muguruza et Edu Madina, deux amis de l’auteur qu’il a fait se rencontrer. A travers leurs parcours, celui de trois générations, c’est toute l’histoire des luttes au Pays Basque qui se met en scène. Un travail de mémoire qui sert de fil conducteur à toutes ces rencontres. Sans oublier le boire et le manger. Continuer la lecture

Quel avenir pour la construction européenne ?

Crise de l’euro et crise de l’Europe

2010-2011, le deuxième acte de la crise financière depuis 2007-2008 a pris l’apparence d’une attaque puissante contre la monnaie unique européenne. L’euro a failli trouver là sa fin, 9 ans après sa naissance réelle comme monnaie vernaculaire. Monnaie imparfaite, l’euro ne semble plus être contestée alors que sa crise s’est réfractée sur l’ensemble de la construction européenne. Qu’elle se conjugue au présent…

Euro, monnaie unique.
Le lancement de l’euro se fait en 1999. Vingt ans donc qu’elle existe. Elle se substitue à l’E.C.U – une idée giscardienne – qui ne « sonnait » pas aux oreilles des européens du Nord. La grande différence entre l’ECU et l’euro tient dans surtout dans sa définition. L’ECU, European Currency Unit, en français MCE, Monnaie de Compte Européenne, est un panier des monnaies nations nationales de l’Union Européenne et sert aux échanges internationaux et comme monnaie de crédit. Elle entre en concurrence avec le dollar.
L’euro se veut la monnaie unique de tous les pays – appelé la zone euro – qui ont coché les cases proposées par le Traité de Maastricht (1992, mise en application le premier janvier 1993) à commencer par les fameux 3% de déficits publics par rapport au PIB et la dette publique plafonnant à 60% de ce même PIB. On a oublié qu’une des conditions imposait aussi la privatisation des banques centrales dont la Banque de France. Continuer la lecture

« Les prophètes du mensonge », une étude publiée en 1949, en écho avec notre actualité

Une analyse du discours fasciste

Léo Löwenthal et Norbert Guterman ont joué un rôle essentiel dans l’élaboration théorique attribuée à la pensée critique de l’Ecole de Francfort transférée aux Etats-Unis au milieu des années 1930. En compagnie de Theodor Adorno et de Max Horkheimer principalement, ils s’essaient à construire à la fois des concepts pour appréhender la réalité du capitalisme et de ses formes culturelles comme les représentations psychosociologiques. Marx et Freud – particulièrement celui de « Malaise dans la civilisation » – sont sollicités pour construire un système éducatif qui permette d’éclairer les citoyennes et citoyens sur la réalité du discours démagogique qui s’appuie sur les préjugés surnageant à la surface du cerveau (Freud dixit). Paradoxalement, les préjugés survivent aux changements des modes de production, des systèmes. Les religions en sont un des vecteurs.
Le titre résonne. « Les prophètes du mensonge » évoque irrésistiblement Donald Trump, un des grands spécialistes des « fake news » et son utilisation des émotions pour faire passer son discours mensonger. Il n’est pas le seul. L’extrême droite sait aussi utiliser le langage codé, celui de l’antisémitisme comme celui du racisme. Sous titré : « Étude sur l’agitation fasciste aux Etats-Unis », les auteurs parlent du langage en Morse de l’agitateur fasciste. Il repose d’abord sur la constatation du malaise social et un monde hostile dans lequel agit un impitoyable ennemi… dont les faiblesses le rendent impuissant et qui est représenté par un archétype, le Juif ou l’Arabe.
Cet agitateur est un révélateur. Des crises du capitalisme – sans la référence au capitalisme écrit Horkheimer, il est impossible de comprendre le fascisme – comme de la menace latente qui pèse sur la démocratie.
Une étude qui pourrait servir de socle pour un renouveau des analyses d’un capitalisme vieillissant, d’une forme de capitalisme dépassée qui ne possède plus d’idéologie. l’absence de vision du monde des cercles dirigeants – gouvernement comme institutions internationales – conduit à une crise de civilisation qui passe par l’absence de légitimité des constructions passées, États comme construction supranationale. La crise de la démocratie fait le lit de tous les fascismes qui semblent répondre via des boucs émissaires, aux crises notamment politiques en proposant des formes dictatoriales. Les destructurations de la société, les reculs des droits, sociaux, collectifs minent la crédibilité des gouvernants qui se tournent vers le répressif pour conserver leur pouvoir préparant ainsi des lendemains qui déchantent.
Nicolas Béniès
« Les prophètes du mensonge. Étude sur l’agitation fasciste aux Etats-Unis », Leo Löwenthal et Norbert Guterman, traduit par Vincent Platini et Emile Martini, présentation d’Olivier Voirol, préfaces de Max Horkheimer (1949) et de Herbert Marcuse (1969), La Découverte.

Les faces cachées du discours sécuritaire.
La démagogie prend, dans notre monde moderne, un tour technologique. Élodie Lemaire dans « L’œil sécuritaire, mythes et réalités de la vidéo surveillance » a mené l’enquête sur le discours sécuritaire qui fait de la caméra le moyen de sécuriser l’ensemble des populations en prévenant le crime ou le délit. Elle a interrogé les utilisateurs de cet outil, soit comme partie prenante de cet œil soit comme consommateurs – pour le plus grand profit des sociétés privées – pour conclure sur les limites technologiques en mettant en lumière une « vision du monde » qui privilégie la protection sécuritaire au lieu des protections sociales pour construire une forme répressive de l’Etat qui vient prendre la place de la forme sociale. Sans compter qu’elle dessine une typologie des classes dangereuses, en l’occurrence les classes populaires des banlieues avec son lot de racisme. Le danger est là plus que dans « Big Brother ».
N.B.
« L’œil sécuritaire », Élodie Lemaire, La Découverte.

Du côté des polars

Du Noir polonais.

Quel rapport entre la Colombie et la Pologne ? Entre une arnaque vieille comme le capitalisme : faire croire à un procédé nouveau qui va rapporter des millions et une série d’assassinats ? Le trafic de drogue bien sur – le titre l’indique explicitement « La Colombienne » – mais pas seulement. L’inspecteur Mortka est chargé de l’enquête. Il tâtonne, trouve des faits, relie certains points sans trouver qui déroule le fil. Le fin mot arrivera par un retournement surprenant mais logique, dialectique serait le terme juste. Découverte d’un auteur, Wojciech Chmielarz, ironique et humain, drolatique et sérieux jouant sur tous les stéréotypes culturels à commencer par le sexisme et les divisions sociales. En plus il tient le lecteur, accro à l’intrigue, accro au puzzle pour trouver qui est ce mystérieux «Polaco », un pseudo qui sent déjà la poudre, accro à l’entourloupe… Une plongée dans la Pologne d’aujourd’hui, ses start up, son capitalisme, sa corruption.
Un auteur qu’il faut suivre pour sa façon de se servir de l’actualité tout en prenant la distance nécessaire pour faire réfléchir… sur la mondialisation.
« La Colombienne », Wojciech Chmielarz, traduit par Erik Veaux, Agullo Noir

Du Noir en jaune

Premier polar sur le mouvement des gilets jaunes, « Les écœurés » mêle la description documentaire de cette mobilisation inédite dans une petite ville de Bretagne avec toutes ses ambiguïtés par le biais d’une galerie de portraits et une enquête policière. Le détective privé prend la forme d’un jeune lieutenant que le commissaire transforme en agent double pour espionner les gilets jaunes. Comme il se doit, il tombe amoureux et développe une empathie avec la mobilisation qui refuse tout chef, toutes structures tout en faisant trop confiance aux réseaux sociaux. Par petites touches, Gérard Delteil permet de comprendre les prises de conscience comme les trajectoires politiques diverses lié à cette révolte étrange. En conséquence l’enquête policière n’est pas assez développée même si les réactions des représentant-e-s de l’État sont assez bien cernées.
Nicolas Béniès.
« Les écœurés », Gérard Delteil, Seuil/Roman noir

La réalité plus noire que la fiction

Un scandale de la volonté de profit contre la santé des populations. Purdue Pharma, la famille Sackler, a commercialisé des opiacés – des antidouleurs – par le biais des médecins plus ou moins convaincus sur une grande échelle aux Etats-Unis provoquant une crise sanitaire majeur. Des reportages sur ce groupe ont été diffusés. Ce livre, « Addiction sur ordonnance », sous titré « La crise des antidouleurs » démontre la responsabilité de Sackler qui a planifié cette addiction. Un polar vrai sur un trafic de drogue légal qui rapporte plus que le trafic illégal. Patrick Radden Keefe est l’auteur du premier article dans le New Yorker en novembre 2018, complété par la situation française et une réflexion de Hervé Le Crosnier. Ce thriller appelle à des prises de conscience de la réalité de la loi du profit maximum et à des mobilisations.
Nicolas Béniès
« Addiction sur ordonnance », Patrick Radden Keefe, traduit par Claire Richard, C&F éditions

Un éléphant, ça trompe ? A propos de la « courbe de l’éléphant » de Milanovic

Réflexion sur les inégalités et la mondialisation

Branko Milanovic, économiste en chef de la Banque mondiale de 1993 à 2001, a voulu interpréter, comprendre la montée des inégalités à l’intérieur de chaque pays comme entre les pays et les conséquences politiques qui en résultent. Dans « Inégalités mondiales », sous-titré, tout un programme, « Le destin des classes moyennes, les ultra-riches et l’égalité des chances », il a construit la « courbe de l’éléphant » – reproduite sur la page de couverture de l’ouvrage – devenue une référence. Sa force : résumer en un seul graphique la distribution mondiale des revenus entre 1988 et 2008, années de « mondialisation intense », dixit l’auteur. Le constat porte sur l’essor de la « classe moyenne » mondiale, la stagnation des revenus de la classe moyenne des pays développés et la hausse impétueuse des revenus des « top percentiles », soit les 1% de la population mondiale, et même les 0,1%.
Pour éviter les erreurs d’interprétations, il faut souligner que l’essor des classes moyennes surtout dans les pays d’Asie – la Chine et l’Inde en particulier – est la traduction de la sortie de la pauvreté due, le plus souvent, à la croissance économique. Là gît une ambiguïté. Le concept de « classe moyenne » se définit uniquement par le revenu. Dés que ce revenu est supérieur à celui de la pauvreté absolue – le minimum de subsistance -, soit le début de la courbe de l’éléphant, on entre dans la classe moyenne inférieure. Tout en gardant à l’esprit que le raisonnement se fait, comme le soulignent Pascal Combemale et Maxime Gueuder en une postface nécessaire, en gains relatifs de revenus au niveau mondial. Continuer la lecture

Débarquement, 75e ! Un travail de mémoire

Intro musicale
Dans « Le souffle de la liberté » (C&F éditions),

j’ai voulu rendre compte de la place du jazz dans le débarquement des G.I., jeunes gens venus mourir sur les plages de Normandie. Le mer, rouge de leur sang et de sa honte devant l’hécatombe.
La Libération fut aussi celle du corps. Les occupants, en bons nazis, avaient interdits la danse sous les lampions, collective, les bals sans toutefois interdire les concerts de jazz. Charles Delaunay en organisa et ils furent très vite complets.
La danse a été associée aux grands orchestres è aux Big Bands – dont celui de Glenn Miller – le chef d’orchestre tromboniste mourut au-dessus de la Manche en décembre 1944 – et le fameux « In The Mood » qui marqua de son sceau le débarquement lui-même.
Pour le 50e, j’avais rencontré Henri Renaud, pianiste et, en 1994, producteur pour Columbia. Il m’avait fait rencontrer Sim Copans.
Simon avait débarqué après le 6 juin, à pied comme il le dit, pour rejoindre son camion sonorisé et annoncer les avancées de la libération de la Normandie. Comme il le dira, parfois rien à annoncer alors il passait des disques de jazz. Les G.I n’avaient rien à faire et ils buvaient. les rapports avec la population locale furent souvent difficiles, pour utiliser un euphémisme. Dans « L’interprète », Nelly Kaplan raconte à la fois Louis Guilloux et son rôle d’interprète devant la Cour Martiale militaire américaine qui jugeait les viols commis par les soldats avec une très forte inégalité entre Noirs – souvent condamnés à mort – et les Blancs.
Sim, dans le cadre de la « Chasse aux sorcières » aux Etats-Unis, le maccarthysme, fut accusé d’être un communiste, comme beaucoup d’autres. Une des raisons, l’autre est sa compagne, qui le poussèrent à rester en France et devenir le créateur des émissions de jazz sur la RTF.
Pour ce 75e, sans que ce cadeau ne coûte des millions, je vous propose de retrouver Sim pour quasi une heure d’entretien.

Ci-après, Sim raconte son débarquement. Il faut, comme d’habitude, prendre son témoignage pour ce qu’il est. Le souvenir est passé par là traçant sa voie, mettant en exergue des faits qui n’avaient pas la même importance à l’époque. Sans parler du ressenti. Le témoignage fait partie des sources de la mémoire. Il faut rajouter l’Histoire, le contexte. En tant que tel, il nous fait réfléchir.
Jon Hendricks, chanteur et poète mort l’an dernier, m’avait aussi raconté son débarquement, le 12 juin semble-t-il, sa panique, sa fuite vers les champs. Il m’avait aussi dit sa formation en tant que militaire dans le sud où les Noirs n’avaient pas le droit de marcher sur le même trottoir que les Blancs ni les regarder dans les yeux. Les brimades étaient continuelles.
Plus encore, l’Histoire indique que les troupes noires n’avaient pas d’armes…
Sim :

Il raconte ensuite comment il est devenu homme de radio dans une succession de circonstances, le hasard de la nécessité ?

Il raconte encore, la radio sans doute lui manquait :

Son accent chantant fait merveille. Un film de son fils, Richard que j’avais vu à Souillac – festival « Sim Copans » – le montre avant la guerre à Paris rencontrant son épouse, française et proche du PCF, comme un grand américain naïf. Je ne sais pas si ce film, à la gloire de sa mère, est visible.

Il poursuit, en arrière fond ma question. A l’époque l’enregistrement se faisait sur K7, le son n’est pas toujours bon. Il peut arriver aussi qu’il y ait quelques blancs pour le changement de K7. Sur ce site, vous pouvez lire l’interview de Henri Renaud.

Encore

La fin

Conclusion musicale :

Nicolas Béniès