Photo du profil de Nicolas Beniès

A propos Nicolas Beniès

Nicolas Beniès est économiste de formation. Il est tombé dans la grande marmite du jazz dans son adolescence, une énorme potion magique qui rend la vie différente. Il est devenu naturellement critique de jazz. Il a collaboré un peu à Jazz Hot, à Jazz Magazine. Il a également écrit dans Rouge, Contretemps), la Revue de l’École Émancipée, Le Monde Diplomatique et l’US Magazine. Il a longtemps - 20 ans - proposée, préparée et animée des émissions de jazz sur une radio associative. Il reprendra bientôt cette activité. Conférencier sur le jazz et l'économie, il est l'auteur du Souffle bleu - C&F éditions -, un essai sur le basculement du jazz en 1959 qui a donné son titre au blog/site, et de plusieurs ouvrages sur l'économie dont "Petit manuel de la crise financière et des autres" (Syllepse éditions). Il prépare deux nouveaux ouvrages. Un sur le jazz, "Tout autour du jazz", l'autre sur l'économie "Le basculement d'un monde".

Jazz, Les vocalistes à l’honneur sur la Côte Ouest.

Un passé très présent.

Longtemps, la critique de jazz, française notamment, a fait fi d’une grande partie du jazz de ces années 1950 sous prétexte qu’il était « blanc » et provenait de la West Coast, de cette Californie idéalisée par ces États-uniens en quête de plages, de soleil, d’un Eden.
Boris Vian, en particulier, aimait beaucoup ce rôle, dénigrant Chet Baker pourtant proche parent de Bix Beiderbecke qu’il faisait profession d’aimer – il jouait dans son style – , ou Gerry Mulligan, saxophone baryton qui savait que le jazz était synonyme de liberté. La « West Coast » ainsi ne trouvait guère droit de cité. Les disques restaient dans les bacs, invendus, malgré les efforts de Daniel Richard, à cette époque chez « Lido Musique » sur les Champs-Élysées. Lire la suite

Université populaire Economie le 6 juin 2017

Bonjour,

Pour ce 73e anniversaire du débarquement,,je vous rappelle mon livre « Le souffle de la liberté » sur le jazz de cette époque, 1944 et un peu avant, pour répondre à la question quel jazz en 1944-45, aux éditions C&F. Pas de rapport ,avec l’économie ? Pas tout à fait. La Libération voit la (re)naissance d’un Etat qui s’incarne dans une nouvelle forme. Le libéralisme est, pour un temps, abandonné. Dans « La grande transformation », Karl Polanyi écrira que le grand mérite de notre époque est d’avoir rompu avec le libéralisme responsable de la profondeur de la crise de 1929 et, ajoutons, surtout de l’aveuglement des dirigeants incapables de comprendre la crise. Lire la suite

Jazz « Supersonic » Thomas de Pourquery

Vues de l’espace

Que faire lorsqu’un premier album devient « Meilleur Album de l’Année » aux Victoires du Jazz 2014 ? Dissoudre le groupe et aller voir ailleurs si la musique est plus étrange est une des solutions possible. Thomas de Pourquery y a songé pour son groupe « Supersonic » qui avait repris des compositions de Sun Ra dans le bien nommé « Play Sun Ra ». En réaliser un deuxième était un rêve de producteur mais pas celui du saxophoniste alto/chanteur qui voulait vivre de nouvelles aventures. Lire la suite

Jazz et pas Jazz : Ripcord

Accords communs

« The Volunteered Slaves » est le nom du groupe qui a maintenant 15 ans d’âge – comme le temps passe… Il vient de commettre un nouvel album qui veut faire éclater toutes les frontières, toutes les identités et convaincre des générations successives qu’il est possible de construire des références communes, des accords fraternels à travers toutes les musiques. Pour ce faire, Olivier Témine au saxophone ténor et soprano, Emmanuel Dupré au piano, claviers et programmation, Akim Bournane à la contrebasse et à la basse, Julien Charlet à la batterie et Arnold Moueza aux percussions se sont adjoint un slammeur de Chicago Allonymous, Mafé, Rapahaëla Cupidin, Indy Eka et Kiala Ogawa au chant sans compter les invités Emmanuel Bex à l’orgue, Hervé Samb aux guitares, Géraud Portal à la contrebasse et Stephan Moutot au saxophone ténor pour « The Gambler » qui ouvre cet album « Ripcord ».
Pour l’essentiel des compostions originales sauf trois « reprises » pour constituer des paysages qui se veulent de notre temps sans oublier le passé, la mémoire du jazz en particulier Roland Kirk qui ne s’écoute plus suffisamment ces temps-ci. Les environnements sont mouvants pour faire bouger les corps tout en interrogeant l’air du temps. Lire la suite

Jazz Manouche autour de la « Selmer #607 »

Du côté de chez Django…

Django Reinhardt ne peut pas mourir. Un film vient rappeler à la fois le guitariste et la déportation des Tsiganes dans les camps de concentration pour remettre dans l’actualité son héritage. Au festival de jazz de Coutances, un hommage lui a été rendu avec tout ce qu’il faut de vitesse d’exécution et de cœur par une partie de ceux qui sont réunis sur cet album.
Pour ce groupe, « Selmer # 607 » – le nom de la guitare fabriquée il y a tout juste 70 ans -, un groupe à géométrie variable, le répertoire varie en allant de Michel Fugain à Sonny Rollins en passant par Henri Salvador, mais le style général reste attaché bien évidemment à Django Reinhardt, au jazz dit Manouche.
Pour ce volume III, « Anniversary Songs », Adrien Moignard, Sébastien Giniaux, Rocky Gresset, Noé Reinhardt cède un peu de place au nouveau venu Antoine Boyer qui ne dépare pas, pour se partager la fameuse guitare au fil des plages.
Dans ce genre un peu trop sollicité ces derniers temps, un album fait la preuve qu’il est possible de convaincre de sa sincérité.
Nicolas Béniès.
« Anniversary Songs », Selmer # 607, Cristal Records distribué par Harmonia Mundi.

Jazz, pianiste et chanteuse Tamara Mozes

La Hongrie du jazz.

Le jazz parle-t-il hongrois ? Une langue philosophique prétend Imre Kertesz que le hongrois. Peut-il se transformer en un rythme ? La réponse de la chanteuse/pianiste et compositeure Tamara Mozes, pour son premier album, « Moozing », se résout souvent dans le scat avec des onomatopées empruntées aux sons de sa langue natale.
La difficulté de cette langue tient à sa faible diffusion. Il fallait bien se faire reconnaître et connaître et, de ce point de vue, composer avec l’anglais est nécessaire. Composer est à prendre dans tous les sens…
Elle nous parle de beauté, une beauté qui se forge, qui s’impose, de ritournelle de l’amour en passant par la marche du travail à la manière des 7 petits nains de Blanche-Neige façon Walt Disney et le « ping pong »… Un voyage qu’elle offre, qu’elle nous offre sans apprêts et sans artifices.
Il est toujours possible de trouver des références dans les voix féminines – elle cite Patricia Barber, Shirley Horn notamment – mais il vaudrait mieux évoquer un collage des voix « classiques » et des voix du jazz, de la pop et du rock. Il lui manque un peu de la décontraction lié au swing face à son éducation classique.
Un premier album qui se conjugue au présent et ouvre un champ futur ouvert vers des chemins différents. A écouter et à voir.
Nicolas Béniès.
« Moozing », Tamara Mozes, Yolk Music, distribué par l’Autre distribution.

La France à un goût de rock

Le rock américain débarque… à l’Olympia forcément.

Octobre 1958. La guerre d’Algérie provoque des traumatismes durables dans une grande partie de cette jeunesse partie combattre pour conserver une colonie sous la direction de généraux et de colonels qui ont perdu le sens de l’honneur. Le Général de Gaulle arrive comme le Sauveur. Il est présenté ainsi par le Président René Coty qui ne nomme, après un coup d’État – au moins un ! – Président du Conseil. Début octobre, un référendum constitutionnel permet l’avènement de la Ve République. La guerre se poursuit et le Général dira, en une formule ambiguë : « Je vous ai compris ». Il n’avait pourtant pas compris les aspirations d’une jeunesse en train de trouver un langage commun, une musique générationnelle de tous ces ados, ces « teens » comme on disait de l’autre côté de l’Atlantique, le « rock and roll » déjà bien installé aux Etats-Unis avec Elvis Presley, Gene Vincent et beaucoup d’autres.
En France cette musique était dénigrée par les amateurs de jazz dont Boris Vian et Henri Salvador qui avaient fait des tubes de rock « comiques » à leur grand étonnement. Lire la suite

La virtuosité humaniste d’Oscar Peterson.

La geste du piano

Oscar Peterson, le piano dans toute sa plénitude, dans toute sa rigueur qui sait parcourir les 88 touches à la vitesse d’un champion olympique de 100 mètres. Oscar, un « Dieu » bis. « Dieu » premier – pour le piano -, Art Tatum, fut ainsi qualifié par « Fats » Waller un soir où Tatum entrait dans un club où officiait Fats. Une anecdote peut-être apocryphe qui dit bien le respect et plus encore de tous ces grands artistes envers la virtuosité tatumienne. Même le plus grand ne pouvait rivaliser. Lire la suite

Verlaine et Rimbaud, un concert révolutionnaire.

Esprit de corps

Mon premier était né à Metz, mon second à Charleville (Ardennes), leurs pères étaient capitaines – pour l’un dans le Génie, pour l’autre dans l’infanterie, Verlaine était mauvais élève, attiré par d’autres plaisirs et sensations, Rimbaud un élève surdoué remarqué par ses enseignants. Leur attirance venait d’abord de la poésie avec comme référence commune Charles Baudelaire, révolutionnaire endurci de la langue française et des formes du poème, rejeté par tous les biens-pensants – pansants.
Arthur Rimbe, Ribaude suivant les temps de Paul, reçut comme un don de la terre la poésie de Paul qui l’incita à se lancer dans l’aventure. Une aventure pas seulement intellectuelle. Le besoin de révolution ne s’agite pas seulement en une seule dimension, il est en 3D au moins. Lire la suite

Le centenaire du premier disque de jazz, 1917 une année clé dans l’histoire du monde et du jazz.

Rendez-vous à Coutances le jeudi 25 mai, aux Unelles, 18h30

Bonjour,

Cette année, l’horaire n’est pas au top – comme on dit à la télé, je sais il ne faudrait pas l’utiliser – et le jour non plus même s’il s’agit d’Ascension. Une ascension vers la mémoire du jazz, la mémoire du 20e siècle. Le jazz s’inscrit dans l’histoire du 20e, il en rythme les ruptures.
Il s’inscrit aussi dans la naissance du 20e siècle. La guerre, la Première Grande Boucherie Mondiale, marque la fin du 19e siècle qui avait duré de 1750 à 1914, un long 19e de naissance et de développement du capitalisme industriel. La première révolution industrielle, la machine à vapeur, avait révolutionné le travail et les emplois. Le partage du monde entre les grandes puissances industrielles, la Grande-Bretagne d’abord, la France ensuite, via le colonialisme allait dessiner une nouvelle planète et construire de nouvelles idéologies, la Nation lié à un récit linéaire de l’Histoire et le racisme comme l’antisémitisme. Lire la suite