JAZZ : Rhoda Scott groove comme jamais


Girl Power

Rhoda Scott, organiste « aux pieds nus » faut-il le rappeler, 83 printemps, a construit un quartet de Lady toujours en devenir. Elle a décidé d’aller encore plus loin avec « Lady All Stars », un septet composé de la fine fleur du jazz en France. Sophie Alour, saxophone ténor, Céline Bonacina au saxophone baryton, Lisa Cat-Berro, Géraldine Laurent, les deux au saxophone alto dans des registres différents, Airelle Besson à la trompette et au bugle, Anne Paceo, Julie Saury aux batteries pour créer une musique joyeuse, revendicative, pleine de bruits de cette fureur contre un système capable de discréditer les femmes parce qu’elles sont femmes. En se regroupant, elles montrent aux yeux de tous qu’il est nécessaire de redécouvrir toutes les femmes oubliées enfouies sous le patriarcat ambiant. Des sensibilités différentes pour mettre en œuvre des compositions et arrangements de chacune pour jouer sur les questions réponses entre l’orgue et le petit grand orchestre comme un écrin pour les solistes. Continuer la lecture

Des cadeaux, encore pour soi, pour d’autres, pour le don et son plaisir

Noël, une histoire de dingues », Mark Forsyth (traduit par Thierry Beauchamp, aux éditions du Sonneur), donne le la des fêtes et des commémorations diverses. La naissance de l’enfant Jésus le 25 décembre est un long processus qui s’appuie plus sur les évangiles officieuses que les officielles. Il faut participer de cette élaboration des « fêtes » pour rire des présentations de ce qui est aujourd’hui considérées comme des dogmes qu’il est impossible de contester. L’auteur, érudit, fait partager sa contestation des réalités, résultat souvent d’un enchevêtrement de strates civilisationnelles occultées pour figer le temps. Une leçon d’histoire des mythes, de leur maturation mais aussi des erreurs d’interprétation qui fait de Coca Cola, par exemple, dans sa campagne de pub de 1929, le créateur du costume du Père Noël.
Des histoires à partager en famille et pour briller dans les diner de fêtes ou non. Pour rire et apprendre.
Une bonne introduction à cette époque de cadeaux à ne pas hésiter à (se) faire. Continuer la lecture

Le temps des coffrets.

Les festivals s’essaient à vivre. Le variant actuel devrait, de nouveau, provoquer des règles quelques fois mortelles pour des manifestations en reconquête d’un public. Les clubs de jazz parisiens, le Sunset, le Sunside, envisagent des initiatives mais pour l’instant c’est plutôt l’attente. Il nous faut donc puiser dans d’autres ressources, (re)découvrir notre passé à l’occasion des anniversaires par exemple. Continuer la lecture

Un cadeau spécial pour le festival Sim Copans et pour toustes qui se souviennent de ses émissions sur Paris Inter


La dernière et page de garde – photo de Sim en cette année 1959 – de la revue « Jazz » de juin 1959, édité par le Jazz Club du Sud Est, avec comme directeur de publication Roger Luccioni qui a réalisé l’interview ci-après.


(Cliquez sur l’image pour la grossir)

Merci à Jacques pour avoir conservé cette (petite) revue mensuelle et à Danièle Kergoat de me l’avoir confiée.

Nicolas Béniès

Le jazz mélangé, des origines au free

Vive la fanfare !

Jazz sous les Pommiers, festival de jazz de renommée au moins nationale, fait – à l’exception de 2020 – du dimanche une journée fanfare pour redécouvrir la rue, pour l’investir et jeter des ponts avec les premiers temps du jazz. Celle-ci était présente, à mobylette, pour l’édition de l’an 2000, et s’appelle Legreaux Tobrogoï, pour souligner son élargissement. Ils sont désormais 6 et veulent écraser les solitudes de l’après confinement pour taper sur tout ce qui ne bouge pas. Continuer la lecture

Mary Lou Williams une compositrice tirée de l’oubli

Visite des mémoires du jazz.

Le « Umlaut Big Band » se plaît à redonner une actualité aux grands compositeurs du jazz. Une plongée dans l’histoire liée à la joie de recréer fait tout le prix de ces arrangements. Dirigé par le saxophoniste alto Pierre-Antoine Badaroux, l’orchestre, soudé, fait aussi la part belle aux solistes qui ne se perdent pas dans les méandres de la copie mais expriment leur sensibilité, leur manière d’investir les compositions. Pour le dernier opus – un double album enregistré, s’il vous plait, à la Philharmonique de Paris -, c’est à Mary-Lou Williams qu’ils se sont adressé. « Mary’s Ideas », les idées de Mary sont nombreuses et brûlent tous les styles de jazz. Compositrice et pianiste vedette de l’orchestre d’Andy Kirk dans les années 1930, elle devient la prof de Thelonious Monk pour terminer en duo avec Cecil Taylor qui ne laissa aucun chance au dialogue, un album Pablo en témoigne. Entre-temps, elle travailla pour Duke Ellington et laissa des manuscrits non utilisés à ce jour dont s’est servi le « Umlaut ». Elle avait, comme Lil Hardin avant elle, constitué un orchestre de musiciennes.
Contrairement à une idée répandue, les femmes sont présentes dans le jazz dés l’origine mais, comme dans toutes les sphères de la société, une fois mortes, elles disparaissent des mémoires. Continuer la lecture

Musiques

Classique : Découverte
« Basevi Codex » titre de l’album, représente le répertoire musical du 16e siècle – la Renaissance – chanté à la cour de Margaret d’Autriche. Les compositeurs comme Pierre de la Rue ou Alexander Agricola sont mis à l’honneur par Dorothée Mields et le Boreas Quartett Bremen. Une manière de relire l’histoire musicale. Une première. Ces chansons n’avaient jamais été enregistrées par une soprano et un quartet. Certaines avaient été portées notre connaissance par Jan Garbarek, saxophoniste, en compagnie du Hilliard Ensemble dans un album ECM, « Officium ». Pierre de la Rue y était mis à l’honneur.
N.B.
« Basevi Codex », D. Mields, Boreas Quartett, Audite Musikproduktion

Jazz : Une chanson
Un duo, Samuel Blaser, trombone et Marc Ducret, guitare, pour errer dans le jazz, le blues, les cultures et forger ainsi de nouveaux sons, comme une chanson dont les paroles sont, à chaque écoute, renouvelées. « Voyageurs », définition qui convient bien aux deux protagonistes, titre de cet album. Ils invitent à les suivre dans des pérégrinations étranges sinon bizarres pour un parcours dans les mondes du jazz et d’autres. Voyager ! Un impératif qui s’impose en ces temps troubles où les boussoles s’affolent et elles ne sont pas les seules. Des musiques remplies d’éclats lumineux. Les bruits de la nature permettent aussi de créer des sonorités ouvrant vers d’autres rencontres. Le dernier thème fait, sans doute, référence à la pandémie, « La vie sans toi ».
N.B.
« Voyageurs », Samuel Blaser/Marc Ducret, Jazzdor Séries/L’autre distribution

Rock : Le « Gothic Rock » art de la résistance ?
C’est la thèse défendue par Victor Provis dans cette « anthologie en 100 albums, 1980-2000 » qui se veut loin des clichés pour faire connaître ces musicien.ne.s souvent britannique et souvent loin des projecteurs des grandes compagnies. Les dates sont celles des débuts de la contre révolution libérale mise en place par Thatcher, de privatisation, de victoire de la marchandisation. La révolte, nécessaire, marque l’émergence de ce type de rock malgré ses formes décadentes à l’image d’une société sans avenir.
« Gothic Rock », Victor Provis, Le Mot et le Reste.

JAZZ en France : Dominique Pifarély et The Volunteered Slaves

Rencontres du Haut Pays

Dominique Pifarély, violoniste qui a tout connu des aventures du jazz en France, s’est fait compositeur pour sacrer sa compréhension de la poésie de Paul Celan. Dans la suite qu’il propose, « Anabasis », il permet d’évoquer Xénophon et même Alexandre le Grand via Celan pour un dialogue difficile, ardu entre les mots et la musique.
Le grand orchestre en réduction réunit des cordes, violon, violoncelles –Bruno Ducret, Valentin Ceccaldi – et des vents, flûte – Sylvaine Hélary -, saxophone alto et soprano -Matthieu Metzger -, saxophone baryton – François Corneloup -, ce tout appuyé sur le piano et moog – Antonin Rayon – et reposant sur la batterie – François Merville – pour lancer la musique vers des hauteurs insoupçonnées comme de profonds abîmes.
Une suite qu’il faut entendre en entier pour en saisir toute la force. Une manière aussi de prendre son temps pour écouter, pour imaginer des mondes « où sans bruit, les voyageurs… » comme l’indique le titre de la dernière composition de la suite.
N.B.
« Suite : Anabasis », Dominique Pifarély, Jazzdor séries, L’autre distribution

Décollage immédiat

Faut-il être riche à milliards – de dollars bien entendu – pour faire un –petit – trajet dans l’espace, subir les spasmes de l’apesanteur ? The Volunteered Slaves, avec l’album « SpaceShipOne », répondent non. Enregistré en plein confinement, il fait appel à la fois à Sun Ra, le spécialiste des voyages intersidéraux pour construire une musique du bonheur universel et à l’exubérance de Roland Kirk – le nom du groupe vient d’un album d’icelui. Décollage en force. Olivier Témine, au saxophone ténor et soprano, s’envole sur un tapis de sons électroniques produit par deux Emmanuel, Duprey, pianiste Rhodes, et Bex, spécialiste de l’orgue Hammond B3. Akim Bournane, bassiste, et Julien Charlet, batterie assurent les fondations du groupe.
La musique répond bien au projet de départ et l’auditeur s’enfonce avec plaisir dans cet espace qui se forge et creuse la terre comme un météore entré dans notre atmosphère. Une ligne de fuite de la pandémie, de l’isolement, pour aller vers d’autres terres qui refusent l’exil.
N’oubliez de danser ensemble en apesanteur. Sensations garanties. Si les plats volent, les couples peuvent le faire aussi.
N.B.
« SpaceShipOne », The Volunteered Slaves, Day After Music

Jazz Du côté de chez Whirlwind

Ce label basé à Londres compte à son actif plus de 170 albums. Il fait partie des labels indépendants qui permettent de découvrir les multiples facettes du jazz d’aujourd’hui.

Train de souvenirs et de mémoire
Entre deux confinements, le batteur napolitain, Francesco Ciniglio a pu réunir à Paris un sextet arrivant de toutes les capitales européennes pour donner vie à sa composition « The locomotive suite », titre de l’album. Elle part d’une métaphore, tout être humain est une locomotive qui tire des wagons composés de ses expériences et de ses souvenirs. Ainsi, les parties de la suite évoquent New York mais aussi la grand-mère du batteur, « Laura Martina », son père, « Capitano », son oncle… Évocations de la musique des tarentelles s’emmêlant, dans ce voyage en train, aux mémoires du jazz. Raynal Colom, trompette, Matteo Pastorino, clarinette basse, Alexis Valet, vibraphone, Félix Moseholm, contrebassiste et Matt Chalk, saxophoniste alto se font les acteurs d’une volonté de lutter contre la pandémie pour assurer un avenir en démontrant que la musique est essentielle.

L’âge de tous les âges
Matt Chalk a constitué un quartet – Tony Texier, piano, synthé, Tom Berkmann, basse et Mathias Ruppnig, batterie – pour s’interroger sur les étendues de l’âge de raison, « Age of Reason, Scopes » qui débute en eaux profondes, « Deep Water », pour se terminer avec une prière, « Here’s my Prayer » en passant par l’espérance, la continuité, le chocolat qui voyage doucement pour une musique qui oscille entre hard bop mâtiné de Dolphy et, bien sur, de Coltrane sans oublier Ornette Coleman pour évoquer une des constructions possibles qui fait la part belle là encore aux expériences de l’altiste qu’il fait partager. Le temps de la raison semble, pour le moins, une utopie dans les temps qui courent et qui courte vite vers l’absurde et l’irrationnel. Un groupe convaincant.

Jouer avec les mémoires du jazz
Chet Doxas, saxophone ténor, s’est entouré d’un pianiste, Ethan Iverson – un des trois du trio Bad Plus – et d’un bassiste, Thomas Morgan pour des compositions comme autant d’éclats de mémoire via les citations de standards balayées par les vents ayleriens, de brisures de souvenirs sublimés par la pulsation du jazz monkien, un peu de Basie et du blues éternel pour faire surgir d’autres possibilités, d’autres périmètres, d’autres étendues. Évocations de Rollins, de Coltrane mais aussi de Lester Young ou de Coleman Hawkins sans crainte – c’est la mode – d’emprunter les tics de la musique minimaliste en un patchwork pas toujours réussi mais réjouissant si l’on ajoute la touche d’ironie qui convient. Le titre y oblige, « You cant take it with you », vous ne pouvez le prendre avec vous »…

Paysages
Whirlwind ajoute à son éventail un solo du guitariste Matthew Stevens, « Pittsburgh », l’ancienne ville phare de la sidérurgie américaine aujourd’hui en pleine restructuration, ville de naissance d’une multitude de jazzmen à commencer par Art Blakey. Stevens se balade dans les paysages alentours se servant de la mémoire de la country music. Jamais à court d’idées, il sait à la fois déployer son art de la guitare et la description étrange de ces contrées devenues dépourvues de ses tremblements et de cette musique particulière.

Nicolas Béniès
« The locomotive suite », Francesco Ciniglio ; « Age of Reason, Scopes », Matt Chalk ; « You cant take it with you », Chet Doxas ; « Pittsburgh », Matthew Stevens : Whirlwind.