Concerts de jazz

Jazz magazine fait ses concerts.

Notre confrère s’est lancé dans la programmation. Pour « Le Bal Blomet » tout d’abord, avec pour février, du jazz manouche et du blues, de Memphis et du Mississippi. Il propose aussi « Women in Jazz » avec, le 19 mars au Bal Blomet, Natascha Rogers et Cynthia Abraham, le 20, Leila Martial et Anne Paceo et le 21 Terez Montcalm, à l’Alhambra Pour ces deux dernières.
Banlieues Bleues (voir aussi l’article sur les « Arabofolies ») se poursuit jusqu’au 3 avril et il ne faudrait pas oublier de traverser le périph pour fréquenter Le Triton et découvrir de nouveaux talents ou Pannonica à Nantes.
NB
Bal Blomet, www.balblomet.fr ; banlieuesbleues.org ; info@letriton.com ; www.pannonica.com

Une biographie de Frank Sinatra

C’est l’histoire d’un p’tit gars…

Être né en 1915 – comme Billie Holiday -, quasiment avec le 20e siècle, aux Etats-Unis, à Hoboken (dans le New Jersey, en face de New York), issu de l’émigration sicilienne a forcément des conséquences sur la formation de l’individu. Frank Sinatra n’a jamais renié ses origines. Ni l’importance de sa mère, Dolly, dans sa carrière. Ses liens avec la mafia, notamment avec « Lucky » Luciano, ont beaucoup joué dans sa chute en 1951 et dans sa renaissance en 1953. Continuer la lecture

Jazz, Paul Jost

Paul Jost, « Simple Life » ?

Paul Jost a déjà une carrière derrière lui comme batteur, arrangeur et compositeur issu de la ville de Philadelphie, pas seulement connu pour Benjamin Franklin mais aussi comme terreau du jazz. Il est devenu vocaliste pour ce premier album, « Simple life » référence à la chanson « Give Me the Simple Life », un vœu plutôt qu’une réalité. Il fait la preuve dés l’entrée de toutes ses qualités. Un arrangement original, un scat qui défie toutes les frontières et une assise rythmique solide, c’est bien le moins.
Il a su s’entourer. Joe Locke au vibraphone, invité sur quelques plages, brille de tous ses feux jusqu’à brûler la politesse au leader et un trio – Jim Ridl au piano, Dean Johnson à la contrebasse et Tim Horner à la batterie – qui apporte le background nécessaire à toutes les envolées du chanteur pour le servir au mieux tout en faisant la preuve qu’ils constituent un vrai trio.
Une découverte un peu gâchée par la présence de fantômes à qui Paul Jost fait un peu trop penser : Tony Bennett – il lui ressemble un peu – et Mark Murphy. Des noms évocateurs qui limite mon plaisir…
Nicolas Béniès
« Simple Life », Paul Jost, Jammin’ colorS distribué par L’autre distribution

Jazz, Pierre Christophe live à New York

Melting-pot musical

Pierre Christophe, pianiste, sait se souvenir de tous les styles comme son maître Jacki Byard – un peu trop oublié – pour faire ronfler le piano, lui redonner sa capacité d’épuiser tous les univers du jazz, du boogie jusqu’aux groupes de Charles Mingus sans oublier les musiques d’aujourd’hui. Une manière d’entremêler toutes les mémoires, toutes les époques pour le plaisir de se retrouver, pour la nécessité de ne pas rompre tous les liens avec le passé.
Il n’a pas choisi la facilité. Le trio qu’il a constitué n’est pas traditionnel. Une basse, Joe Martin, à qui est dévolu le rôle de gardien du temps tout en lui conservant une place de soliste à égalité avec les deux autres, une performance et un saxophone ténor, Joël Frahm, un jeune musicien qui perce sur le scène new-yorkaise très encombrée comme toujours, capable d’évoquer les mânes de tous les grands ancêtres et de laisser percer sa propre sonorité, sa propre capacité à exister.
Le trio se fait volontiers quartet pour rendre vivante la musique composée par Jacki Byard. Une musique qui ne se donne pas l’air mais sait provoquer et titiller le corps et l’âme. Enregistré en public, comme le dit le titre de l’album : « Live at Smalls », un club de New York qui obligé les trois compères à se surpasser pour convaincre l’auditoire américain. Et ça marche…
« Live at Smalls », Pierre Christophe, Camille Productions distribué par Socadisc.

Jazz, Rhoda Scott

L’orgue Hammond dans toute sa splendeur féministe.

L’âge ne fait rien à l’affaire, Rhoda Scott reste la personnification de cet instrument bizarre né à Philadelphie au milieu des années 1950, l’orgue Hammond – du nom de son inventeur. Elle renoue ici avec le duo pour faire la démonstration des capacités de son instrument qu’elle caresse avec ses pieds nus, de susciter la danse, d’évoquer les blues pour faire sauter le cafard. « Movin’ Blues » est un titre en adéquation avec son contenu. Le groove est invité et ça bouge dans tous les sens. Je vous défie de rester assis en entendant la composition éponyme. Elle déménage avec une joie communicative et le batteur Thomas Derouineau est un compagnon idéal pour asseoir la performance de l’organiste.
Elle sait aussi, via la composition de Duke Ellington, « Come Sunday » – une erreur de plages pour deux compositions du Duke, « Caravan » est en 5, « Comme Sunday » en 3, sur mon exemplaire – extrait de la suite « Black, Brown and Beige » faire référence à la fois au Gospel et aux combats pour les droits civiques qu’elle inscrit dans les luttes féministes. Son groupe, « Lady Quartet » en témoigne aussi.
Une musique vive, vivante, joyeuse qui sait ce que le malheur veut dire.
Nicolas Béniès
« « Movin’ blues », Rhoda Scott, Sunset Records distribué par L’autre distribution

Jazz de la Nouvelle-Orléans.

Mémoires du banjo, mémoires du jazz

Don Vappie fait partie des musiciens produits par la Nouvelle Orléans. Un virtuose de l’instrument indispensable pour le jazz des origines : le banjo. « The Blue Book of Storyville » se veut mémoires de la musique des Créoles, croisement entre les maîtres blancs et français avec les esclaves issues de l’Afrique. Ils constituaient une sorte de classe moyenne dans la stratification de la société louisianaise entre les Blancs et les Noirs des quartiers déshérités de la Ville. Après la vente de la Louisiane par Napoléon, ce statut particulier sera aboli par les nouveaux maîtres. A leur grande colère, les Créoles seront assimilés aux Noirs.
Cet ancrage historique permet de comprendre l’utilisation du français – mâtiné certes, le créole est une langue singulière – dans les chansons qui sont reprises par Don Vappie et Jazz Créole, le nom du groupe : David Horniblow, clarinette, Dave Kelbie, guitare et Sébastien Girardot, contrebasse. Ils reprennent « Les Oignons » que Sidney Bechet avait signé alors qu’il s’agit d’une chanson traditionnelle de la Nouvelle Orléans.
Une musique vivante, dansante, drôle tout en étant pleine de mémoires qui transforme le passé en autant de feux-follets pour permettre de construire un avenir.
Fallait-il, pour autant, faire référence à Storyville, le quartier des bordels – un pour les Blancs et un pour les Noirs – fermé en 1917 ? Il faudrait faire taire la légende qui veut que le jazz soit né dans les lieux de plaisirs – pas pour tout le monde, le plaisir ! – alors qu’il a germé dans la rue, dans les ghettos.
Nicolas Béniès
« The Blue Book of Storyville », Don Vappie & Jazz Creole, Lejazzetal Records

Jazz d’aujourd’hui

Mélange d’influences

Les pianistes d’aujourd’hui sont soumis à des vents d’influence qui soufflent follement. Difficile de les ignorer. Tempêtes, orages que sont Bill Evans et Keith Jarrett en particulier ou les compositeurs français, Debussy, Ravel liés au jazz par toutes les fibres de leur musique. Les impressionnistes français ont été macérés dans le jazz pour faire subir aux jazz leur manière d’être.
Transcender ces ouragans pour composer son propre souffle, c’est le défi pacifique de toustes les musicien-ne-s. Gaëtan Nicot a voulu le relever en construisant un quartet pour décrire ses émotions, dresser un portrait de Paris, se servir d’un orage prenant la forme d’une « rhapsodie » – titre de cet album -, de rêves habités par la musique, forger un imaginaire qui sait se servir des souvenirs comme d’une chanson de Barbara. Comme pour l’ensemble des planètes du jazz, les mémoires jouent un très grand rôle, de ces mémoires vécues ou imaginées, musicales ou poétiques.
Pierrick Menuau, saxophone, Arnaud Lechantre, batterie et Sébastien Boisseau, contrebasse savent converser avec le pianiste pour amener les touches nécessaires à la construction de thèmes qui se veulent autant de contes de notre temps. Un quartet qui fait penser à celui de Wayne Shorter sans se refuser quelques incursions du côté de Dewey Redman ou même de Albert Ayler.
Une musique réjouissante et mélancolique contre le monde tel qu’il ne va pas. A découvrir.
Nicolas Béniès.
« Rhapsodie », Gaëtan Nicot Quartet, Tinker Label distribué par Socadisc

Des cadeaux à (se) faire.

Le Père Noël n’est pas toujours nécessaire pour faire des cadeaux. Toutes les périodes de l’année sont propices. Par les temps qui courent – et vite – il est nécessaire de se référer plutôt à la Mère Noël, c’est plus sur. Les cadeaux les plus importants ne sont pas forcément les plus chers ni les plus en vue. Il faut toujours se méfier d’un produit, d’un bien qui plait immédiatement. Il vaut mieux viser le moins évident, le plus hermétique pour un cadeau qui durera.
Mais ne gâchons pas le plaisir. Celui d’offrir bien sur. Un bon moyen de lutter contre la dépression qui vous prend devant la profusion de marchandises. Un cadeau, ce peut être un livre de poèmes. Il faut savoir y penser. Continuer la lecture

UP jazz du 11 décembre 2019

Bonjour,

Comme annoncé nous restons dans les images sonores de Blue Note de la ville de New York. Un saxophoniste alto sera une des voix de la Ville.
Jackie McLean, né à New York le 17 mai 1931 – à Harlem exactement – voulait jouer du saxophone ténor. Sa mère n’a pu lui acheter qu’un saxophone alto. Déception du gamin. Il n’aura de cesse que de faire sonner son alto comme un ténor. Sa sonorité déchire gorgée qu’elle est de « trips », de rêves, de cauchemars, de racisme au quotidien, d’une vie qui ne trouve sa place que dans le jazz en incarnant le jazz. Jackie, junky – Le Bird est malheureusement passé par là, il n’a fait que s’envoler – connaîtra les tréfonds de la société. Il sait les évoquer admirablement. Il descend lui, il ne s’envole pas. Le pied au plancher. la vitesse de New York c’est la sienne, les déréglemente de la Ville sont les siens, les échappées loin de tout le font déraper sur un sol déjà mouillé. Il commence à s’éloigner du hard bop pour ouvrir des portes nouvelles vers la révolution des structures du jazz, abordant les rives dessinées par la « Révolution d’octobre » initiée par Cecil Taylor en compagnie notamment de Archie Shepp. Son saxophone crie, gémit, rit pour se trouver sur une longueur d’onde différente qui lui permettra de faire équipe avec Ornette Coleman, le type même de l’artiste maudit. Ornette fera, un temps, partie de l’écurie Blue Note. Ornette et Jackie se servent de la tradition dans ce « New and Old Gospel » pour faire surgir la modernité, une autre manière de la servir. il fallait la dynamiter pour la rendre actuelle. Continuer la lecture

Thomas Mayeras trio « Don’t Mention It »

Un trio classique qui épuise les bornes.

Un trio piano, Thomas Mayeras, contrebasse, Nicola Sabato – digne représentant de ses aînés, Ray Brown en particulier -, batterie, Germain Cornet – héritier du batteur Charles « Lolo » Bellonzi -, du déjà entendu pensera-t-on. Ce serait un tort. Les trios d’apparence classique savent receler d’étranges contenus. Lorsque les trois réussissent le tour de force d’être passionnés par la musique en partageant la même esthétique, de se secouer l’un les autres tout en prenant un plaisir visible, essentiel à jouer, le classique se cache pour imposer la joie de l’écoute. Pour outrepasser ses propres limites. La gourmandise est une qualité difficile à contester lorsqu’on entend ce trio. Ils ne se refusent rien même pas de se servir de thèmes connus pour les faire disparaître dans l’énergie dont il font preuve. Ils veulent tout prendre, tout saisir, tout goûter pour se précipiter dans les excès les plus nécessaires.
Ce trio là prend, un peu, beaucoup, à Monty Alexander tout en bouleversant les influences en faisant référence aux pianistes be-bop comme « Sonny » Clark – qu’il faut savoir réécouter – ou à Charlie Parker lui-même (le début de « Devil’s Scare ») ou à d’autres. L’énergie communicative dont ils font preuve est un chaudron qui leur donne la possibilité de dépasser tous leurs affluents en se déversant dans la grande mer du jazz.
Un moment rare.
Nicolas Béniès.
« Don’t Mention It », Thomas Mayeras trio, Cristal Records, distribué par Sony.