Quelques réflexions sur la question culturelle

« Le souffle de la révolte » veut appréhender le jazz et le contexte de 1917 et la suite…

En finissant mon prochain livre sur le jazz, « Le souffle de la révolte », à paraître chez C&F éditions (comme les deux précédents), me sont venues quelques réflexions qui ne pouvaient tenir dans le livre que je vous livre ci-après.
En même temps, il peut s’agir d’une introduction pour deux cours d’économie l’an prochain qui porteront sur l’économie de la culture – un oxymore…
Deux cours en lien avec le Panta théâtre pour le 30e anniversaire de la décentralisation culturelle, qui n’a rien à voir avec la décentralisation qui se met en place dans le milieu des années 1980 et qui va voir la création de nouvelles entités administratives.
La décentralisation culturelle avait le but de fournir à toute le pays, la possibilité d’avoir des spectacles.
Une bonne idée.
Dans les lignes qui suivent, il s’agit d’abord de comprendre le lien entre tradition et rupture, entre le passé et le futur pour construire un présent. Réflexions liées aux thèses de Walter Benjamin – un auteur de moins en moins oublié, le travail de Daniel Bensaïd a été bénéfique – et à celle de Adorno.
Deux parties, « Révolution » ? et une réflexion sur « la modernité ».
Ce sont des essais qu’il faut contester pour continuer l’élaboration.
Nicolas Béniès. Lire la suite

30 ans après.

Un groupe qui perdure, c’est fragile

La mode des anniversaires n’est pas prête de se terminer. Les anniversaires, c’est intéressant lorsqu’ils ne se mêlent pas de commémorations et de discours creux sur le devoir de mémoire. Comme si la mémoire avait besoin de faire ses devoirs pour exister. La question tourne plutôt autour de ce travail nécessaire, travail en continu qui vise à unir les générations. La commémoration s’oppose à ce travail en construisant des mythes inutiles.
Anniversaire donc. De « Post Image » dont le démarrage se situe, vous l’auriez deviné, en 1987, dernières années d’un Miles Davis tournant rock star tout en conservant un plaisir curieux de jouer encore et encore malgré les années, la maladie. Miles qui reste une des références des musiques d’aujourd’hui. Un père souvent non revendiquée qui occupe une place disproportionnée. Lire la suite

« Fats » Waller revu et actuel

Visite dans la caverne des ombres

Le nom de Thomas dit « Fats », à cause de son embonpoint, Waller reste dans toutes les mémoires du jazz à la fois comme pianiste, sans doute le plus grand du style « stride », de ce style en vogue à Harlem dés le début des années 1920 et magnifié d’abord par le maître de Fats, James P. Johnson. Comment le rendre vivant ? S’attaquer à ce monument est aussi difficile que de franchir l’Everest. Le copier est inutile. Il faut trouver d’autres voies moins connues. Hank Jones, autrefois, s’y était aussi cassé les doigts.
Mark Lewandoski, contrebassiste, a décidé d’entraîner son trio dans cette aventure périlleuse. Liam Noble est le pianiste qui se prête à hommage qui se veut au présent en compagnie du batteur – plutôt percussionniste – Paul Clarvis, soit un trio de musiciens britanniques qui cultivent les « relations particulières » que leur pays entretient avec les Etats-Unis.
Quelquefois décevant, comme la reprise de ce chef d’œuvre « Jitterburg Waltz » dont les versions de Junior Mance et de Eric Dolphy restent dans les oreilles, souvent surprenant comme l’introduction du premier morceau – après que le crieur ait annoncé Fats Waller, une façon de se servir des archives – avec quelques réussites dont « Honeysuckle Rose » repris à la manière de Thelonious Monk. Une filiation.
La chanson de fin, « Dîtes moi pourquoi », intitulé « Surprise Ending », est une composition de Jelly Roll Morton qui sonne moderne…
Nicolas Béniès
« Waller », Mark Lewandoski trio, Whirlwind Recordings.

Travail de plaisir et de mémoire.

Le rêve d’une époque

La Bastoche, t’en souviens-tu ? Comme on dansait au son de l’accordéon au Balajo, rue de Lappe, une petite rue, à gauche, en montant la rue de la Roquette vers la Bastille et juste avant cette place. A cette époque – laquelle ? Tu as le choix – on dansait aussi au Massif Central – aujourd’hui un magasin de bricolage – à la piste de danse accueillante. Toutes les filles se faisaient belles pour ces rencontres d’un soir, d’une vie. Les mecs, un peu apaches – on les appelait de ce nom, issu des westerns sans doute, nous étions plutôt du côté des « Indiens » – tortillait des hanches plus que les nanas… On dansait aussi à Nogent, dans les guinguettes… La danse, son allégresse était une soupape nécessaire.
Cette musique conservait la part de rêve et d’espoir des grandes grèves de 1936 lorsqu’on dansait dans les usines occupées et de la Libération où on dansait encore et encore pour se persuader que le monde ne serait plus le même. Lire la suite

Erroll Garner revivifié par Pierre Christophe

« Ne renversez pas l’Erroll »

Cette citation de Boris Vian pour dire la place essentielle d’Erroll Garner. Cet autodidacte, un fait rare dans les mondes du jazz contrairement à une idée répandue, a été incapable de jouer deux fois la même chose au grand dam des animateurs de télé qui veulent assurer le temps. Erroll Garner parfois surnommé en France « pianiste de bar » est un des grands créateurs du jazz. Le décalage rythmique entre sa main gauche et sa main droite est une de ses grandes caractéristiques. On a oublié qu’il est le compositeur de ce tube, chanté notamment par Sarah Vaughan, « Misty ». Clint Eastwood avait réalisé un film autour de ce thème, « Play Misty For Me » – « Frissons dans la nuit » en français titre qui évitait toute référence à l’œuvre de l’Erroll.
Pour dire que Pierre Christophe, pianiste lui-même, et son quartet – Raphaël Dever à la basse, Stan Laferrière à la batterie et Laurent Bataille aux congas – ont eu raison de rendre cet hommage vivant à Erroll Garner. Lire la suite

Giulia Valle, musicienne de jazz,

Tombée dans l’amour de la contrebasse

Giulia Valle, contrebassiste, cheffe d’orchestre et compositeure, mène une carrière des deux côtés de l’Atlantique. De ce côté-ci, elle incarne le nouveau du jazz de Barcelone, de la Catalogne et bénéficie du soutien de la « Generalitat », de l’autre côté, elle a convaincu Jeff Levinson, représentant de Blue Note à New York comme Randall Kline, à San Francisco de son talent. Lire la suite

George Colligan, pianiste et compositeur

Musicien de notre temps.

Le pianiste George Colligan fait partie de ces musiciens nécessaires. Il synthétise une grande partie de l’art de ce piano illustré par Chick Corea, Herbie Hancock, McCoy Tyner pour l’énergie avec cette persistance de l’influence de Thelonious Monk. Des études de trompette classique le rapprochent quelquefois de Earl Hines, plutôt comme une ombre qui viendrait, de temps en temps, titiller son jeu. L’apprentissage de la batterie lui donne la possibilité d’utiliser ce piano aussi comme un instrument de percussion. Il arrive à se libérer du rythme pour superposer les mesures à celle du batteur avec qui il tourne depuis 10 ans, Rudy Royston cependant que la contrebassiste – qui commence à être reconnue -, Linda May Han Oh assure le soutien du trio avec un son puissant qui s’impose et en impose.
Pour son 28e album en leader – suivant sa propre comptabilité, Wikipédia en est resté à 23 -, il propose une sorte de nouveau départ. « More Powerful » est le titre qu’il a choisi. Plus puissant sans doute mais sans savoir à quoi il se réfère. Lire la suite

Une évocation du Paris des années 1920

Robert McAlmon comme figure clé et oubliée.

« La nuit pour adresse », un titre que l’auteure Maud Simonnot a emprunté à un poème de Louis Aragon, est aussi une sorte de devise pour tous ces Américains installés à Paris en ce début des années 20. Ces jeunes gens, filles et garçons, baignent dans un océan d’alcool tout créant, comme autant de bouteilles à la mer, des œuvres dans tous les domaines. Tout ce monde vit la nuit, fréquente les boîtes à la mode, se retrouvent chez Bricktop qui tient un club de jazz et s’enivre de cette musique qui fait ses premiers pas. Lire la suite

Jazz, Michel Fernandez

Mélanges de rages

Michel Fernandez, saxophoniste ténor et soprano, s’est lancé, avec un nouveau quartet, Joël Sicard au piano, François Gallix à la contrebasse, Nicolas Serret à la batterie, dans un nouveau projet, une nouvelle aventure. Ses références essentielles se trouvent dans les années de feu de la décennie 1960-70, celles du free-jazz, de l’afrobeat, de toutes ces musiques qui se voulaient contestataires de tous les ordres établis. Il en fait une sorte de synthèse qui permet de faire fructifier cet héritage par trop oublié de nos temps post modernes. Un album, « Brazza Cry » qui vous fera tanguer, danser et même bouleverser pour retrouver la transe tout en provoquant la réflexion sur le colonialisme… Cet album, le dernier publié du vivant du producteur Gérard Terronès est un bel hommage à son travail.
N.B.
« Brazza Cry », Michel Fernandez quartet, Disques Futura et Marge.

JAZZ, Monk encore…

Un centenaire discret.

En même temps que le premier disque de jazz sorti en mars 1917, celui de l’Original Dixieland Jazz Band, naît Thelonious Monk, compositeur original, longtemps ignoré du public. Ses premiers disques, publiés en 1947 par Blue Note, ne rencontreront aucun écho. Au début des années 50, sa carte de musicien lui est retiré. Il faudra Orrin Keepnews et Riverside, un autre label indépendant, pour le faire entendre de nouveau.
Comment le rendre vivant ? Jacques Ponzio a choisi l’« ABÉCÉDAIRE », « AB C-BOOK » pour respecter le bilinguisme français/anglais voulu par l’auteur qui permet de lire, dans le texte, les citations qu’il a réunies. Le « degré zéro » du classement joue aux rencontres bizarres d’un alphabet soumis à la volonté critique du connaisseur de cette œuvre étrange et tellement moderne. Un inventaire de la « méthode Monk » que propose Ponzio. Il est aussi l’auteur d’un essai biographique, « Blue Monk », (Actes Sud), qu’il avait co-signé avec François Postif. Monk fait partie des compositeurs les plus sollicités par les musicien-ne-s d’aujourd’hui. Les conseils qu’il donne post-mortem voient leur importance décuplée. Un petit livre pour prendre la dimension d’une musique au départ hermétique mais qui sait parler le langage de la modernité à venir et joue sur toutes nos mémoires.
Nicolas Béniès.
« Thelonious MONK, ABÉCÉDAIRE, AB C-BOOK », Jacques Ponzio », Éditions Lenka Lente.