UNE VIE DANS LE SIÈCLE. Compléments au « souffle de la révolte »

Pionnière de la littérature féministe, noire-américaine.

Le nom de Zora Neale Hurston ne dit sans doute rien au lecteur. Pourtant, Toni Morrison fait clairement référence à son autobiographie, Des pas dans la poussière, dans son dernier roman, Paradis,1 qui se déroule dans une petite bourgade du Sud des Etats-Unis gérée et habitée par des Africains-Américains ressemblant à celle où est née Zora. Alice Walker, l’auteure de La Couleur Pourpre, a fait placer une pierre tombale à l’endroit approximatif où elle repose.2 Toutes les romancières américaines paient leur dette à cette pionnière qui a payé le prix élevé de cette liberté, de cette volonté de construire sa propre vie, son œuvre.
Sa vie fut un combat pour se faire reconnaître comme auteure à part entière, comme anthropologue, pour vivre de sa plume. Ce qu’elle n’a pas réussi à faire. Elle mourra pauvre en 1960. Elle jouera un rôle de premier plan dans le mouvement des années 20 qui se construit autour de la «négritude », mouvement dont se réclamera Senghor, affirmation de la culture spécifique des Africains-Américains, partant de Harlem. A cette époque le ghetto brille des mille feux du jazz, de la photographie – Van Vechten en sera un des animateurs -, de la danse, de la littérature, avec Langston Hughes comme animateur principal. C’est LE lieu à la mode. Elle refusera, avec quelques raisons ce concept de négritude, pour faire pénétrer dans la littérature ce langage particulier, cette langue qu’est «l’Anglais noir » comme le «double-entendre » – comme disent les Américains – propre aux opprimés voulant communiquer devant le maître blanc. Zora l’utilise dans cette autobiographie publiée en 1942 alors qu’elle se dispute et avec ses mécènes et avec ses éditeurs. Être une femme dans ce monde d’hommes, y compris dans la communauté africaine-américaine, est une gageure qu’elle relève.
Au-delà de cette vie qui se reflète dans son écriture, c’est une véritable écrivain. Avec un style qui lui appartient, avec cette manière, héritée du blues, douce-amère de parler de soi, d’inverser les situations en pratiquant un humour et une ironie permettant à la fois de faire sourire et de faire réfléchir. Rien ici ne ressort d’une véritable autobiographie, et tout est autobiographique.
Il est temps sans doute de découvrir Zora Neale Hurston et ce faisant de faire un saut dans l’inconnu dans une culture spécifique née de la déportation des Africains sur cette terre américaine. Pour appréhender plus facilement ce continent, le livre de Robert Springer, bien que d’un style par trop universitaire, Les fonctions sociales du blues,3 sera un guide bienvenu.
NICOLAS BENIES.
DES PAS DANS LA POUSSIÈRE, de Zora Neale Hurston, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Françoise Brodsky, Éditions de l’Aube, La Tour d’Aigues (84), 1999, 320 pages,

Compléments au « souffle de la révolte »

Bonjour,

Le livre, « Le souffle de la révolte », sort des presses, c’est confirmé, fin juillet et pourra être commandé dés début août dans toutes les librairies ou directement chez l’éditeur C&F éditions, sur le site.
Avec le livre un CD pour avoir une idée de cette musique sans nom – le jazz – est train de se construire. James Europe et son orchestre comme l’ODJB – Original Dixieland Jass (sic) Band pour celles et ceux qui l’ignoreraient encore – ou, Louis Armstrong bien évidemment ou Bix Beiderbecke…
Un CD n’est évidemment pas suffisant.
Ci-dessus vous trouverez quelques références supplémentaires pour construire votre propre CD : Lire la suite

Compléments au souffle de la révolte, quelques références…

Pour faire attendre cette parution, un article que j’avais publié le 9 novembre 1998, ça ne rajeunit pas…

Pour une mémoire vivante…

Frémeaux et associés est un label indépendant qui fait volontiers dans la conservation du patrimoine. Il vient de publier un curieux coffret de 4 CD, Anthologie sonore du socialisme, 1789-1939, avec des documents inédits. Il débute par l’Internationale chantée par Marc Ogeret enregistrée en 1968. Une une version intégrale, au moins tous les couplets connus, écho de mai 68 qui se souvenait des révolutions précédentes. Le coffret se termine par la Marche socialiste de 1932, joué par l’orchestre Parlophone. Les voix de Léon Blum, de Paul Faure, d’Oscar Louis Frossard, de Vincent Auriol, les chants de la Commune en différentes périodes, des chansons du mouvement ouvrier, de la Révolution française, les chansons de Montéhus… Tout un pan de notre histoire, de notre mémoire, celle que nous voulons conserver. Du passé il faut savoir ne pas faire table rase. Un livret de 200 pages, illustré de photos, commençant par une chronologie de l’histoire de ce mouvement ouvrier français remontant à la Révolution française, dû à Jean-Yves Patte qui a utilisé abondamment le fonds de L’Ours, Office Universitaire de Recherche sur le Socialisme. Fallait-il publier ces voix ? Les retrouver c’est comme renouer avec nos fantômes, retrouver des proches, des amis-ennemis, des échecs, des joies mais aussi toutes les peines, celle de nos pères, de nos mères toutes nationalités confondues. La France voudrait oublier qu’elle a été terre d’asile, terre d’accueil, qu’elle s’est faite par l’agglomération de tous ces immigrés pour construire une nation, une formation sociale en même temps qu’un mouvement ouvrier. Les entendre, c’est leur laisser, une nouvelle fois, la chance de nous atteindre, la chance de nous retrouver. Lire la suite

Compléments au « souffle de la révolte », une saga de Ray Celestin

Deux livres pour commencer une saga.

Ray Celestin est linguiste et scénariste – je ne sais s’il y a un lien entre ces deux professions ou si c’est simplement un collage – et vit à Londres dit la notice, réduite, de présentation dans la réédition de poche, chez 10/18, de ses premiers romans « Carnaval » et « Mascarade ». Respectivement, le premier est consacré à la Nouvelle-Orléans après la Première Guerre Mondiale, exactement en 1919 et le deuxième, dans la suite logique pour qui a lu au moins une histoire du jazz, Chicago, en 1928.
Les titres originaux sont plus parlants pour un amateur de jazz : « Axeman’s Jazz » et « Dead Man’s Blues ». Il faut reconnaître que la traduction française littérale ne veut rien dire. Le traducteur, Jean Szlamowicz, a eu raison de chercher des titres en relation avec le sujet.
Pour en rester aux titres originaux et leur signification, il faut savoir que le fil conducteur de la saga qu’il a commencé à écrire est le jazz incarné par son génie tutélaire Louis Armstrong. Lire la suite

Compléments au « souffle de la révolte », une photo

Bonjour,

« Le souffle de la révolte » est en train d’être « finalisé » – mot étrange qui vient sous la plume faute d’un terme plus approprié. Les photos, la musique est en train d’être négocié. Pas toujours simple. La parution est fixé, nouvelle « dead line » – il faut bien parler anglais pour suivre notre Président – fin juillet au plus tard.

En attendant une photo étrange prise à Harlem à l’été 1958 à l’instigation du magazine Esquire. La photo ci-dessus est extraite d’un CD réalisé à l’occasion de la sortie d’un documentaire réalisé par Jean Bach qui a été récompensée par un Oscar. « A Great Day In Harlem » est à la fois le titre de la photo, du documentaire et de l’album Columbia paru en 1995 qui reprend des thèmes des musiciennes et musiciens présent-e-s dans le film de Jean Bach. Une musique qui a tendance à partir dans tous les sens, qui fait l’intérêt de l’album. En mélangeant les Jazz Messengers qui débute à Gene Krupa et son orchestre pour finir presque évidemment par Thelonious Monk en passant par Duke Ellington, Mingus – présent sur la photo -, Lester Young… En passant, signalons que Charles Mingus composera « Good Bye Pork Pie Hat » en 1959 à la mort de Lester, nom du chapeau que portait le saxophoniste ténor. Lire la suite

UIA Jazz du 14 mai 2018

Bonjour,

Nous arrivons au bout du cycle de cette année. Une sorte de conclusion provisoire – forcément provisoire.
Je vous ai présenté le contenu de mon nouveau livre – pas encore paru à ce jour – « Le souffle de la révolte » pour présenter le jazz dans toutes ses dimensions, anti-art par excellence. Il vient des déportations d’esclaves venant du continent africain vers les Etats-Unis pour y constituer la main d’œuvre dont avait besoin les grands propriétaires des plantations dans ce Sud agricole. Déportation massive qui est connue sous le nom de « Traites négrières ». Archie Shepp le racontera à sa manière dans « Le matin des Noirs » – la faute d’orthographe dans le titre original, « Noire », sur l’album Impulse doit être corrigée – extrait de l’album « New Thing at Newport » en compagnie de Bobby Hutcherson au vibraphone, notamment. les souffrances, séparations et mépris allant jusqu’à la mort sont des composantes qui resteront inscrites dans la mémoire collective. Les Noirs ne seront jamais vraiment considérés comme des êtres humains à part entière. Trump en donne la démonstration tous les jours en voulant annuler – « Delete » – toutes les mesures décidées par Obama.
Cette déportation massive fera entrer, dans cette reconnaissance bizarre, la culture des Africains-Américains comme composante essentielle de la culture étatsunienne. (voir aussi les compléments au « Souffle de la révolte »)
Le jazz sera un synonyme d’années folles, de Roaring Twenties marquant de son empreinte toutes ces années 20. La question qui hantait les autorités religieuses et morales – le jazz, musique du diable, pervertissait nos « chères têtes blondes » – était « Comment s’en débarrasser. Ce sera le cas à la fin de ces années. La crise dite de 1929 sonnera le glas de ce début sauvage de cette musique en train de révolutionner le monde.
Le murmure s’amplifiait. « Le jazz est mort » entendait-on d’un ton victorieux, « Le jazz est mort » répétait toutes les capitales du monde. Mort de quoi oubliait-on de s’interroger. D’une époque ? Sans conteste. les années folles se fracassaient sur la crise de 1929. Rien n’allait résister. Ni la société, ni même le capitalisme, sans parler de la démocratie.
Et le jazz ? Il allait renaître de ses cendres transformé. Pour la première et seuls fois de son histoire, il devenait musique populaire. Musique de plusieurs entités. La sauvagerie cédait, malgré elle, la place à des codes pour construire une ère qui se retrouvera en sourdine dans la plupart des blues ou de Rhythm and Blues, musiques populaires qui suivront.
« Swing Craze », la folie du Swing, pour qualifier cette nouvelle ère, celle des Big Bands, qui se traduira aussi par les musicals au cinéma par l’intermédiaire du coule emblématique Fred Astaire/Ginger Rodgers.
Nous allons passer sur la transition qui s’opère de 1930 à fin 1935 pour rester avec les représentants de l’ère du Swing.
A commencer par le Roi, « King of Swing », Benny Goodman. Un Roi contesté mais un Roi, qui sait s’entourer. Fletcher Henderson, l’inventeur du Big Band moderne, deviendra l’arrangeur de l’orchestre, Teddy Wilson, spécialiste des accords de 10e, le pianiste, Lionel Hampton, l’inventeur du vibraphone et Charlie Christian, l’inventeur de la guitare électrique seront également de cette fête en compagnie du batteur Gene Krupa. Soit un orchestre mixte, même si la couleur blanche dominait. Benny prend des risques.
Pourtant l’orchestre qui vend le plus disques est celui de Jimmy Lunceford.

Count Basie et Ethel Waters

Le plus connu, celui qui est resté dan toutes les mémoires – Duke excepté – est celui de Count Basie pour cause de longévité. Lunceford est lui mort en 1947 au moment où l’ère des Big Bands prend fin.
Si l’on e croit le supplément « L’époque » du Monde des 13 et 14 mai 2018 intitulé « Et que ça swingue », le retour du lindy hop – une danse des années 1920 d’origine harlémite – est à la mode dans les soirées « branchées ». Avec cravates, s’il vous plait !
Nicolas Béniès (à suivre)

Compléments au souffle de la révolte

Bonjour,

La parution n’est pas pour demain. Pb de mise en page, d’arrivée d’argent… Le livre – qui sera le plus épais de tous ceux que j’ai écrit et sera le résultat de plusieurs années de travail et de réflexions – devrait être là bientôt. Ce terme est volontairement flou. Il était annoncé au salon du livre de Caen mais il faudra attendre la mi-juillet selon toute vraisemblance.
Encore quelques compléments qui ne changent pas ce que j’i écrit mais qui éclairent quelques aspects des rapports raciaux aux Etats-Unis. Ici, un livre de Didier Combeau, « Polices américaines », un pluriel qui interroge dés l’abord.

Dans « Polices américaines » (Gallimard, collection « La suite des temps »), Didier Combeau insiste sur les différences de construction de l’État entre, notamment, la France et les Etats-Unis. Il décrit les responsabilités des structures administratives dans les tâches de maintien de l’ordre au détriment de l’État fédéral. États, county, municipalités ont la main sur les forces dites de l’ordre. Il met aussi en lumière les changements qui ont suivi les scandales de corruption. La police a servi de rabatteurs pour les élections pour devenir des forces au services des capitalistes. Ainsi, écrit-il pages 51-52 « A la fin du 19e, les villes américaines sont dirigées par des « machines » politiques, sous la coupe de patrons « boss », qui érigent le clientélisme et la corruption en système de gouvernement. » la corruption touche la police. Les nominations d’agents sont politiques et ils viennent pour la plupart de l’immigration irlandaise, allemande dans une moindre mesure. Lire la suite

Un essai sur la place de Debussy à l’occasion du centenaire de sa mort

Révolutionnaire un jour, révolutionnaire toujours.

2018, centenaire de la mort de Claude Debussy, né en 1862, peu fêté sinon le 25 mars jour de la mort du compositeur. Il meurt trop tôt à son gré. Il aurait pu dire, comme Maurice Ravel, « j’ai encore plein de musique ». Il faut dire que ses propos étroitement nationalistes, « anti boches » et contre les métèques ne le feront pas regretter. L’essentiel, comme souvent, n’est pas dans cet emballement imbécile bien dans l’air du temps. Air du temps qui conduit même les plus réfractaires, comme Breton ou Aragon, de s’engager dans cette guerre, présentés comme la lutte des valeurs universalistes de la Révolution française contre la barbarie allemande qui, pourtant, tient le pavé intellectuel en ces années de fin du 19e siècle. La philosophie allemande est enseignée à commencer par Hegel et Marx est la référence de ce Parti Socialiste Unifié (en 1905) qui pleure la mort de Jaurès assassiné juste avant l’entrée en guerre.
L’essentiel, c’est la musique. Là est la révolution. Une révolution profonde dont il faut prendre la dimension. La rupture se veut totale par rapport notamment à Beethoven et au romantisme allemand. Debussy trouve une autre voie. Il sera à la source d’autres révolutions, d’autres créations après la Première Guerre Mondiale via notamment le « Groupe des Six » et le jazz. Lire la suite