Polar, un premier roman

La Nouvelle-Orléans après Katrina.

Joy Castro Après le délugeLe titre de ce premier roman d’une prof de littérature anglaise à l’Université du Nebraska, « Après le déluge » ne laisse planer aucun doute sur le lieu de l’intrigue, « Crescent City », la cité du Croissant, la Nouvelle-Orléans quasi détruite par l’ouragan Katrina.
Autre indice, pour en rester à la couverture. Le nom de famille de l’auteure, Castro, ! Un nom célèbre sur la petite île de Cuba qui fait, en ce moment, l’actualité. Il n’est donc pas étonnant que son héroïne, Nola Cespedes, ait une mère qui vient de l’île interdite – elle l’est toujours aux touristes étasuniens malgré les déclarations d’Obama – qui parle espagnol plus que l’anglais et va à la messe tous les dimanches.
Joy Castro est visiblement tombée amoureuse de cette Ville, de son port, de ses rues, de ses bars, de ses musiques. Comme toute amoureuse, elle est intarissable. Elle la raconte en long, en large et en travers – au sens propre -, tellement qu’elle donne l’impression, parfois, d’écrire un guide touristique type le « routard », y compris les anecdotes, les légendes, les différentes hypothèses concernant les proverbes, les noms de place, de rues, sans oublier les romans… Elle ignore superbement le jazz, les musiciens et les musiciennes. Dommage. Certains critiques ont pourtant fait, à tord, de « Big Easy » – un autre de se surnoms et le titre d’un film bizarre bien dans l’esprit de la Cité – l’unique berceau du jazz. Lire la suite

Merengue !

De Haïti à Paris en passant par la République Dominicaine et New York : Merengue !

Paris, après la seconde guerre mondiale, connaît de nouveau la vogue de ce que la Presse de l’époque appelle la « musique typique ». Typique de quoi ? Typique ! Pour dire que ces musiques, car elles sont multiples, viennent des îles. D’abord de la Martinique et de la Guadeloupe avec la Biguine que l’on danse dans les clubs de Pigalle ou de Montmartre. Vedette incontestée, le clarinettiste Stellio influencera tous les musicien(ne)s lié(e)s à cette culture. Le milieu des années 50 verra apparaître de nouveaux clubs et une danse venant de Haïti – et de Saint-Domingue -, la « meringue », son nom d’origine, deviendra « merengue » sous l’influence des musiciens dominicains. Une danse qui ressemble à la marche d’un personnage oscillant de gauche à droite. Une marche sur le temps que les danseurs accentuent pour se balancer dans le rythme. Une musique de la transe, une musique de la liberté. Lire la suite

JAZZ, le cas Martial Solal.

Virtuosité et originalité

André Hodeir – compositeur de jazz français, 1921-2011 – avait coutume de décrire la virtuosité comme une manière de cacher son absence d’imagination. Beaucoup de noms de musiciens viennent immédiatement à l’esprit. La virtuosité est vaine lorsque ne se traduit pas par une nouvelle manière de créer. Souvent les musicien(ne)s qui restent enfermés dans un style – par exemple le jazz dit traditionnel – ne peuvent s’en échapper et toute leur technique parfois ahurissante comme celle du trompettiste Charlie Shavers par exemple sonne creux, résonne dans le vide. Tout a été dit précédemment. Répéter est un non sens pour le jazz. Pour l’auditeur, cette impression de redites, de tourner en rond ouvre la porte à l’ennui.
L’exception à cette règle : un interprète sincère et ingénu, capable d’une naïveté qui se perd, pour donner l’impression qu’il découvre cette musique, qu’elle est sienne. Alors, la musique redevient fluide, dansante. Le plaisir est au rendez-vous. La virtuosité est inutile.
Un virtuose est l’exemple type du monomaniaque. Le jazz en connaît quelques-uns. Bix Beiderbecke, John Coltrane pour n’en citer que deux. Ils ne peuvent se passer de leur instrument. Il les accompagne dans tous leurs actes y compris les plus intimes. Comme si leur histoire d’amour, celle de l’être humain et de l’instrument, tenait de la passion qui éclipsait toutes les autres. Lire la suite

JAZZ, Coups de cœur

En résumé… Plus exactement un résumé à un moment donné.

Les albums ci-dessous ont déjà fait l’objet d’une recension. C’est juste que Francis Laurent m’avait demandé mes coups de cœur pour cette année et ces 6 là ont été choisis. peut-être qu’aujourd’hui, certains auraient disparus… Je vous les livre tel que…

« The Wee Small Hours », curieux titre pour un album tout entier consacré au mystère du trio, de ce trio de jazz capable de concevoir de bizarres égalités comme 1+1+1=3=1. Et ces trois là y arrive presque sans forcer. François Chesnel, au piano, s’affirme comme l’un de ceux qui savent faire vivre les temps du jazz -, Yoni Zelnik, à la contrebasse, maître du temps tout en conservant un son rond et une musicalité intacte capable de faire vivre même un air des Beattles pourtant fatigué – et David Georgelet, à la batterie, qui s’est donné Shelly Manne comme maître via vraisemblablement Paul Motian, privilégiant les balais pour donner à la batterie une place mélodique, pour être un interlocuteur à part entière -, forment ce trio. Chacun converse avec les autres pour exprimer sa propre vision tout en formant, avec eux, un ensemble qui donne l’impression d’une seule voix. Une sorte de quadrature du cercle que ce triangle.
« The Wee Small Hours », les petites heures du matin, les plus angoissantes, les plus solitaires, est le titre d’un standard – aussi d’une chanson de Brel si mes souvenirs sont bons –qui exprime bien ce sentiment d’une nostalgie d’un futur…
« The Wee Small Hours », Georgelet, Zelnik, Chesnel, Petit label, contact@petitlabel.com

« Art of Conversation », un art de la conservation, un art difficile qui doit laisser chacun s’exprimer pour construire un dépassement, pour arriver à une autre vision qui ne serait ne celle de l’un ni celle de l’autre. On vous le dit, un art difficile qui se perd. Plus personne ne s’écoute…
Kenny Barron, pianiste, né à Philadelphie le 9 juin 1943, sait tout du jazz. Dave Holland, britannique de départ devenu totalement jazz, a baladé sa contrebasse dans tous les groupes pour finir par diriger le sien où il a permis la découverte de nouveaux talents. Les réunir ne venait pas tout de suite à l’esprit. Ils savent ce que converser veut dire et ils ne craignent pas de prendre des chemins de travers lorsqu’il s’en présente.
Les entendre dialoguer procure un plaisir intense. Un échange, une interaction sans jamais hausser le ton tout en s’écoutant intensément. Les aspérités de la conversation n’apparaissent qu’au bout d’une écoute attentive. Chacun se raconte tout en se gardant d’imposer son histoire à l’autre tout en partageant une mémoire commune, celle du jazz.
Cette mémoire, c’est aussi celle d’un label qui avait disparu, « Impulse ! », le label de Coltrane… Une renaissance qu’il faut saluer.
« The Art of Conversation », Kenny Barron/Dave Holland, Impulse distribué par Universal.

« Charlie Haden/Jim Hall », un contrebassiste et un guitariste qui représentent à eux seuls une grande partie de l’histoire et de la mémoire du jazz depuis les années cinquante jusqu’à aujourd’hui. Tous les deux nous ont quittés cette année. Là, ils ont été enregistrés au festival de jazz de Montréal en 1990.
Charlie Haden – voir le portrait que j’en ai dressé sur mon blog/site www.soufflebleu.fr – a participé aux grands quartets sans piano d’Ornette Coleman, avait constitué un big band, avec Carla Bley, le « Liberation Music Orchestra » qui avait marqué les années 69 et la suite.
Jim Hall est des grands poètes de cet instrument qu’il rend totalement étrange, lui insufflant une sonorité, un phrasé spécifique, la guitare électrique. Sonny Rollins l’avait choisi pour fêter son retour dans le début des années 60 pour cet album superbe, « The Bridge ».
A eux deux, ils tendent à donner d’autres lettres de noblesse à l’art de la conversation différemment du duo précédent.
Charlie Haden/Jim Hall, Impulse !/Universal.

« Pewter Session » – un nom difficile à retenir – est un album signé du « Stéphane Guillaume quartet », et, disons-le sans attendre, un grand album. Réussi de bout en bout.
Stéphane aux saxophones et aux flûtes, Frédéric Favarel, guitariste, Marc Buronfosse, contrebassiste et Antoine Banville, batteur créent une musique vraie, naïve avec ce qu’il faut de références dans le jazz d’hier et d’aujourd’hui pour être à même d’impulser une musique contemporaine.
Les influences sont visibles. Coltrane, Wayne Shorter, Steve Lacy, une grande partie du jazz modal mais aussi les rythmes afro-cubains servent de balises, d’affluents, d’aliments à ces quatre là pour construire une sorte de synthèse d’une entrée dans la modernité. Ces références s’entendent sans peser sur les musiciens qui s’en servent pour suivre leur propre chemin. Une révolte rentrée, une quiétude inquiète marquent cette musique. Une musique ouverte !
« Pewter Session », Stéphane Guillaume quartet, La Baleine/Gemini Records

« Lucky Dog » est le nom du groupe, un quartet sans piano, et celui de cet album fresh sound. La couverture joue quelques tours entre le recto et le verso. Le chien méchant n’est pas forcément méchant, et un chien chanceux peut, tout autant, ne pas l’être. Frédéric Borey est saxophoniste ténor et l’âme de ce quartet. Il partage les compositions avec Yoann Loustalot, le trompettiste du groupe, très influencé par Don Cherry mâtiné – c’est difficile à éviter – de Miles Davis. Ornette Coleman et ses quartets sont la référence explicite de cette musique.
Faire vivre cette musique, cette tradition sans copier les illustres ancêtres est le pari réussi de ce quartet. Il dessine un monde différent de celui des années 60. l’angoisse, l’incertitude profonde qui marque notre environnement, les mutations climatiques, écologiques obligent à s’interroger sur notre avenir. Yoni Zelnik, bassiste rigoureux et gardien du rythme permet à chacun de pouvoir s’envoler tandis que Frédéric Pasqua dessine des climats à l’image de Billy Higgins chez Ornette.
Cette musique est drôle, intelligente, caressante et humaine faite de ce rire qui provient autant de l’angoisse que de l’allégresse.
A découvrir et à suivre. Ils sont en concert en ce moment.
« Lucky Dog », Fresh Sound New Talent

« Trane Steps », un titre qui a tout d’un parfum de Coltrane. Est-il possible de l’évoquer sans se renier, sans se fondre dans sa statue de commandeur, sans entrer dans son tombeau ?
Claire Michael a tourné la difficulté. Avec son quartet – un compagnonnage de 10 ans -, Jean-Michel Vallet, piano et Fender Rhodes, Patrick Chartol, basse et contrebasse et Thierry Le Gall à la batterie, elle a choisi de rêver Coltrane plutôt que de l’invoquer. Elle mêle ses compositions à celle de Trane pour dessiner les contours flous d’une musique qui pourrait être celle de notre temps. Elle a su choisir les compositions. Non seulement « Giant Steps » qui marque, en 1959, la fin d’un temps du jazz mais aussi ce poignant « Lonnie’s lament » qui ouvre l’album. Elle joue du saxophone ténor, soprano et de la flûte pour redonner à cette musique tout son sens.
Un de ces albums qui restent dans nos cœurs.
« Trane Steps », Claire Michael, Blue Touch distribué par (rue Stendhal)

Un genre hybride

Une nouvelle déclinaison du polar, l’alliance avec la « Fantasy ».

Les auteurs de polar sont confrontés à d’aimables questions. Comment à la fois créer de la nouveauté – osons modernité – dans un contexte où la réalité fait assaut de barbaries qui rend les codes du polar nécessaire à la littérature en général pour continuer à vivre et conserver cette littérature populaire et savante comme le jazz lui-même ?
David Khara propose une solution. Faire cohabiter deux types de littérature populaire. La « Fantasy » – fantaisie non pas au sens commun mais au sens freudien que l’anglais a conservé – et le polar. Le risque : annuler toutes les références, désorganiser la fiction pour en faire une sorte de squelette désarticulée qui ne permettrait de reconnaître les filiations. Ainsi perdre sur les deux tableaux. Les amateur(e)s de polar ne s’y reconnaissant pas comme les amateur(e)s de Fantasy. Et tomber dans la mièvrerie, dans la facilité que donne le monde des vampires et des morts-vivants.
La « Fantasy » est un genre qui connaît une grande expansion et un public important tout en dessinant un monde de l’ailleurs. Tolkien fait figure d’inspirateur lui qui a construit une société virtuelle, avec son territoire, ses groupes sociaux et ses codes. Beaucoup d’auteur(e)s s’y sont frotté(e)s, peu ont su surnager.
Khara les vestiges de l'aubeDavid Khara a voulu s’en sortir par l’amour – ici l’amitié, mais c’est son autre nom. L’amour entre un vampire étrange doté de pouvoirs de mages – ce qui interroge – et un policier de New York – forcément New York, quelle autre métropole pourrait abriter des vampires et autres éternels descendants du diable ? – pour mener des enquêtes dans la Ville-Monde. La Ville elle-même est forcément un personnage de roman. La Ville est ce territoire à la fois réel et virtuel, changeant, mouvant capable de créer toutes les illusions et rendre crédible toutes les virtualités.
Barry Donovan est le policier fortement perturbé – comme tous les habitants de cette Ville – par les attentats du 11 septembre 2001. Il a perdu sa femme et sa petite fille et n’est plus tout à fait le même. Il surfe sur le net et rencontre un autre surfeur, Werner Von Lowinsky, vampire de son état mais qui ne sait pas les raisons de son état. Barry ignore qu’il va rencontrer un vampire sorti de sa tanière.
Cette rencontre nous est contée en long – trop ! -, en large et en travers – pas assez en travers – pour ne rien nous laisser ignorer des deux personnages dans le premier opus de leurs aventures, « Les vestiges de l’aube ». L’auteur évite d’un rien de sombrer dans la platitude. Il se sauve de justesse par une fin dramatique qui ouvre la porte au deuxième volume qui vient juste de sortir, « Une nuit éternelle ».
Khara Une nuit éternelleCe n’est plus Barry qui est le personnage principal mais Werner. L’enquête porte sur son passé d’éternel. Un moyen pour Khadra d’essayer de renouer les fils de la mémoire pour indiquer la persistance de la barbarie à travers les âges. Ici, l’amour ne sauve pas toujours même s’il explique bien des comportements étranges, hors du commun. Il fait la preuve qu’il a lu les grimoires et donne vie aux légendes les plus folles reprenant ainsi un des instruments de la fantasy.
Sans adhérer totalement à l’intrigue, le lecteur suit ces morts-vivants venant d’un monde fini qui continuent de se battre, d’aimer, de tuer pour leur intérêt personnel, égoïste. On se dit que c’est une allégorie pertinente de notre monde qui, depuis l’entrée dans la crise systémique en août 2007, fait semblant de croire qu’il est encore vivant alors qu’il crée des zombies…
En résumé, un premier opus un peu bancal qui fait la part trop belle au monologue d’un vampire. On sent que l’auteur y a pris plaisir. S’interroger sur ce que ressent un vampire était une gageure qu’il fallait gagner. Intelligemment, Khara dans le deuxième tome rend nécessaire la lecture du premier. Des éléments essentiels y sont donnés qui permettent de comprendre les actions étranges des personnages d’« Une nuit éternelle »… Et les contradictions de Werner qui apparaît moins monolithique. Là est le tour de force.
Une bonne idée donc même si elle n’est pas totalement convaincante. La fusion polar/ fantasy est encore à réaliser. La perspective d’avenir de ce genre hybride est, peut-être, pour demain…
Tel que le plaisir est tout de même au rendez-vous. Khara a un vrai talent pour mettre les personnages en situation, pour rendre crédible leurs comportements. C’est appréciable. Même s’il tombe quelque fois dans la facilité. Il fallait bien faire une tentative et renouveler le frisson (Thriller).
Nicolas Béniès.
« Les vestiges de l’aube », David Khara, 10/18 ; « Une nuit éternelle », David Khara, fleuve noir.
PS David Khara est aussi l’auteur du « Projet Bleiberg » dont nous avons rendu compte en son temps (Chez 10/18) (décembre 2001)

1+1+1=3=1

JAZZ (3)

Le trio, un combat pour l’égalité.

georgelet_zelnik_chesnelUn trio, ici un piano – François Chesnel qui s’affirme comme l’un de ceux qui savent faire vivre les temps du jazz -, une contrebasse – Yoni Zelnik, maître du temps tout en conservant un son rond et une musicalité intacte capable de faire vivre même un air des Beattles pourtant fatigué – et une batterie – David Georgelet qui s’est choisi Shelly Manne comme influence première en privilégiant les balais pour donner à la batterie une place mélodique, pour être un interlocuteur à part entière -, un trio donc et un vrai qui permet à chacun de converser tout en formant un ensemble. Une sorte de quadrature du cercle que ce triangle. L’inspirateur premier est évidemment Bill Evans et ce trio mythique de la fin des années 60 avec Scott LaFaro et Paul Motian. Ce dernier nous a récemment quittés et cette manière de jouer la batterie nous le rappelle et renforce l’émotion ressentie à l’écoute de cette musique qui se donne en douceur, mais cette douceur recèle une violence étrange qui se découvre à chaque écoute. Il est tout autant loisible de penser la référence à Keith Jarrett et à son trio, DeJohnette et Peacok.
Toutes ces influences quasiment revendiquées n’empêchent pas les trois lascars de construire leur propre territoire. Ils réussissent une sorte d’art de la conversation plus difficile qu’on ne le croit. Laisser s’exprimer l’autre pour réaliser un consensus qui donne tout son sel à ces réalisations.
Commencer par cette composition de Monk « Think of one », penser comme un même s’ils sont trois, est tout un programme et un programme tenu. Monk est celui par qui tout commence et finit. Monk reste inscrit dans notre monde, dans notre entrée dans la modernité. « Ugly Beauty » repris aussi est une sorte de définition de l’esthétique du jazz, cette beauté laide ou cette laide beauté devrait susciter – comme tout oxymore – des tonnes de réflexions. Le trio nous en offre une pour dépasser les antagonismes, penser la musique comme un résultat issu de processus multiples qui inclut la laideur.
« The Wee Small Hours » est le titre d’un standard et celui de cet album qui vous restera dans l’oreille comme la nostalgie d’un futur…
Nicolas Béniès.
« The Wee Small Hours », Georgelet, Zelnik, Chesnel, Petit Label, contact@petitlabel.com

JAZZ, Faire frucifier l’héritage

Pianoless quartet

Un quartet sans piano ? Une des réponses possibles, Gerry Mulligan avec Chet Baker ? Mais là, vous auriez tout faux. Pour ce qui est des références. Non pas que Yoann Loustalot ; le trompettiste du groupe, refuserait l’influence de Chet mais, à l’écoute, nous pencherions plutôt de Don Cherry mâtiné – c’est difficile à éviter – de Miles Davis et un peu d’Art Farmer pour la douce sonorité du bugle. Don Cherry ? Vous êtes sur la voie. Le pianoless quarter est plutôt celui de Ornette Coleman de ces années 60 où il recevait un tombereau de légumes divers lui évitant de faire le marché…
Lucky DogFrédéric Borey, l’âme de ce quartet et saxophoniste ténor, a décidé de faire vivre cette musique, cette tradition sans copier les illustres ancêtres. Ses compositions, comme celles de Yoann Loustalot, dessinent un monde différent de celui des années 60. l’angoisse, l’incertitude profonde qui marque notre environnement, les mutations climatiques, écologiques obligent à s’interroger sur notre avenir. Yoni Zelnik, bassiste rigoureux et gardien du rythme permet à chacun de pouvoir s’envoler tandis que Frédéric Pasqua dessine des climats à l’image de Billy Higgins chez Ornette.
Appeler son groupe « Lucky Dog » en affichant un chien à l’œil triste qui pourrait vous sauter à la gorge pour calmer sa peine, sa mélancolie mais ce peut-être aussi – comme le laisse deviner le recto de la pochette – un appel à la tendresse, à la caresse, sorte d’oxymore qui décrit bien le contexte dans lequel nous nous agitons, la barbarie qui tente d’envahir notre quotidien. Suffirait-il de renouer avec la fraternité.
Cette musique est drôle, intelligente, caressante et inhumaine faite de ce rire qui provient autant de l’angoisse que de l’allégresse.
A découvrir et à suivre. Ils sont en concert en ce moment.
Nicolas Béniès.
« Lucky Dog », Fresh Sound New Talent.

JAZZ, Un trio classique ?

Smithien or not ?

Jimmy Smith a laissé une trace profonde dans les mondes du jazz. En 1955, l’orgue Hammond – inventé dans les années 30 par Laurens Hammond – est revu et corrigé par un nouveau système pour créer l’orgue Hammond B3. Jimmy Smith, pianiste à cette époque, né à Philadelphie, adopte ce nouvel instrument. En 1956, il commence à enregistrer pour Blue Note. Alfred Lion est tombé sous le charme de l’instrument que Jimmy Smith fait sonner comme s’il s’agissait de réveiller les dieux – un seul ne suffit évidemment pas. Il constitue un trio avec guitare et batterie, s’adjoignant de temps à autre des souffleurs et, plus tard, un grand orchestre. Ce trio deviendra classique.
Gaël Horellou, saxophoniste alto, reprendra la formule en l’adaptant à son instrument et à son style. Ce trio, Gaël – en même temps producteur et ingénieur du son -, Frédéric Nardin, pianiste habituellement, s’essaie, pour la première fois, à cet instrument étrange venu de loin et Antoine Paganotti, batteur puissant – il le faut pour tenir la dragée haute face à cet orgue qui a pour mission, dans un premier temps, d’habiller les Églises pour permettre aux chœurs de donner de la voix et la transe de s’installer – ont uni leur plaisir de renouer avec un jazz quelque fois un peu trop oublié et qui voulait, de nouveau, faire danser en s’abreuvant aux gospels.
« Roy » tel est le titre de cet album et le premier thème, une composition de Gaël Horellou, un appel vers les univers de Roy Haynes, batteur presque immortel qui connaît tout des jazz et continue encore à courir les routes. Les titres parlent, nous parlent pendant que la musique nous envahit. Dexter (Gordon) saxophoniste tout en hauteur et qui était censé, si l’on en croît le film de Tavernier, aimer le Basket Ball, Albert (Ayler), une composition de Wayne Shorter – This is for Albert – sont aussi évoqués de même que le blues et le reste.
Saviez-vous qu’il est encore possible de danser sur du jazz ? N’hésitez pas…
Nicolas Béniès.
« Gaël Horellou organ trio », petit label, contact@petitlabel.com

Université populaire Jazz, mercredi 10 décembre 2014

Bonjour,

Une fois encore Économie et jazz se suivent, sans trop se ressembler… C’est involontaire. Un concours que les circonstances ont gagné.
Le voyage dans Philadelphie se poursuit. Commencer par Lee Morgan sur cette composition de Benny Golson « I remember Clifford » que tout le monde a joué, les trompettistes surtout.
Et c’est parti…

Au Café Mancel, mercredi 10, de 18h 0 19H30.

Au plaisir…

Nicolas BENIES.

Université populaire Economie du 9 décembre 2014

Bonjour,

Pour cette deuxième rencontre de l’année, nous nous pencherons, après avoir fixé l’essentiel du contexte dans la première, sur la conjoncture et l’impact probable des budgets, de l’État et de la Sécurité sociale (Loi de finance et loi de financement de la Sécurité sociale, LFSS).

Rendez-vous comme d’habitude au Panta théâtre, mardi 9, de 17h30 à 19h30.

Nicolas BENIES