Ouvrir le débat sur l’avenir de l’Europe.

A propos de « Europe, alternatives démocratiques »

La construction européenne est sur la sellette. Depuis l’entrée dans la crise systémique en 2007-2008 qui ébranle par sa dimension les bases mêmes du capitalisme actuel, crise qui n’a pas trouvé de réponse et s’élargit à toutes les sphères du politique, États comme institutions internationales. Le néolibéralisme, idéologie de ce capitalisme ne sert qu’à justifier les inégalités. Une idéologie qui elle-même subit une perte de légitimité. Continuer la lecture

Le fascisme italien

Une analyse pertinente
« Contre le fascisme » est le titre générique des textes choisis de Camillo Berneri, anarchiste italien mort assassiné pendant la révolution espagnole en 1937. Il était aux premières loges. L’arrivée au pouvoir de Mussolini incitait à comprendre, à appréhender cette dimension barbare inédite du capitalisme. Il décrypte les conséquences du pourrissement de la société pour expliquer le coup d’Etat victorieux de cet aventurier. Stimulant.
NB
« Contre le fascisme », Camillo Berneri, Édition établie par Miguel Chueca et, pour la traduction française, par Marie Laigle, Philippe Olivera et Sarah Blandinières, Agone/Mémoires sociales

Définition des marchés dérivés

Un retour.

L’article ci-après date de 1995. La finance change de visage, elle connaît des mutations importantes. L’intérêt ici est de rappeler des définitions qui servent encore dans l’analyse des conditions actuelles. L’affaire Leeson notamment est complétement oubliée…

La faillite de la banque anglaise « Bahrings » vient une fois encore illustrer les risques de la spéculation sans frein sur les marchés à terme, dits aussi dérivés. 7 milliards et demi de francs de pertes, soit plus que la totalité de ses fonds propres, ont conduit cette vieille banque coloniale à se faire racheter par une compagnie néerlandaise, ING. Quel déshonneur pour la Reine d’Angleterre qui possédait un compte… La direction de la banque a fait retomber la responsabilité de toutes les erreurs sur son « trader » de 28 ans, Nicholas Leeson que le « Time » – l’hebdomadaire américain – présente comme égocentrique et dilapideur. Or il s’avère qu’une partie de la direction était au courant des opérations menées par le courtier. Elles portaient sur le marché à terme de Singapour, le « Simex », sur des contrats indexés sur l’indice Nikkei 225, un des indices de la bourse de Tokyo. Le pari n’était pas idiot. La Bourse de Tokyo avait beaucoup baissé depuis la crise immobilière des années 1990. Il était donc légitime de penser qu’elle pouvait remonter. Mais il n’avait pas prévu le tremblement de terre de Kobé et la montée impétueuse du cours du Yen qui a fortement déstabilisé les cours de la Bourse…
Avant même cette faillite – que la Banque d’Angleterre a laissé faire pour donner une « leçon » aux opérateurs, et appeler à la vigilance les pouvoirs publics – les pages économiques des journaux bruissaient des pertes enregistrées par des entreprises de toutes nationalités sur ces marchés. La perte la plus importante qui a eu des répercussions sur la Bourse de New York, est celle du Comté d’Orange, une localité proche de Los Angeles, plus de 2 milliards de dollars – soit prés de 11 milliards de francs. Il s’est déclaré en faillite. Les responsables du Comté, après la démission du trésorier, ont mis en cause la firme de courtage – la première mondiale – Merryl Lynch. Une enquête de la SEC, Security and Exchange Commission, l’équivalent de la COB française, Commission des Opérations de Bourse, chargée de « moraliser » les marchés financiers, est ouverte. D’autres Comtés connaissent les mêmes mésaventures, comme l’État de Floride – 175 millions de dollars de pertes – ou des firmes allemandes – Mettallgesellschaft, plus de 1 milliard de dollars, en spéculant sur le marché à terme des produits pétroliers – ou américaines – Procter and Gamble, « seulement » 130 millions de dollars – ou encore japonaises (Japan Air Lines, Tokyo Securities, Kashima Oil,  » en sérieuses difficultés « 1 . Sans parler du financier Soros, qui avait gagné beaucoup d’argent en spéculant contre le Franc, a lui aussi perdu 600, puis 400 millions de dollars  » sur  » le Yen… Les « fonds de pension » – liés à des compagnies d’assurance – interviennent énormément sur ces marchés. Les « investment bank », les banques d’affaires américaines2, annoncent des diminutions de profits liées à des opérations sur ces marchés, et donc se restructurent en supprimant des emplois. Continuer la lecture

Basculement du monde

Les crises sont-elles inéluctables ?

La crise systémique de 2007-2008 a ouvert une nouvelle période dans l’histoire du capitalisme. Elle appelait à des révolutions pour répondre au basculement du monde. Les gouvernants se sont enlisés dans des politiques néolibérales qui avaient démontré à la fois leur nocivité et leur incapacité de répondre aux enjeux de la nouvelle donne. Il était logique que les répliques – pour employer le langage des tremblements de terre – de plus en plus fortes se manifestent. La fin de cette année 2019 est en train d’en faire la démonstration. Continuer la lecture

Libéralisme et néo-libéralisme.

Quelle stratégie du Capital ? Quelle réponse du mouvement ouvrier ?

Viktor Orban, en veine de théorisation, propose « d’instaurer un État illibéral » tout en gardant la philosophie des politiques d’austérité mises en œuvre partout dans le monde. Le dirigeant hongrois dessine ainsi l’idéologie néo libérale : imposer la mondialisation du Capital en diminuant drastiquement le coût du travail en jouant sur la concurrence de tous contre tous et toutes.(1)
L’illibéralisme tient dans la rupture avec le libéralisme des révolutions anglaises et françaises, un système politique, économique, social qui prend sa légitimité dans la démocratie, le vote des citoyen-ne-s.
Un État illibéral est un État qui fait fi de la démocratie et propose, comme modalité de gouvernement, la dictature. Orban révèle aussi la crise politique, crise démocratique comme résultat de la mise en œuvre de politiques en faveur des riches contre les pauvres. Une grande partie des populations ne croit aux mythes qui ont fait la force des démocraties parlementaire : Liberté – Égalité – Fraternité, trilogie qui tend à disparaître du fronton des Mairies. Continuer la lecture

Les facteurs de crise financière et économique sont à l’œuvre

La crise diluée dans le vide de la pensée dominante

L’analyse objective de la conjoncture conduit à conclure que les facteurs de crise n’ont jamais été aussi actuels. Sur le terrain économique, le ralentissement de la croissance est visible dans la zone euro, particulièrement en Allemagne plus dépendante du marché mondial que la France. L’économie française amortit le choc de la récession qui vient avec une croissance de 0,2% à 0,4% par trimestre en 2018 et 0,3% pour le premier trimestre 2019 suivant les chiffres publiés par l’INSEE. Le ralentissement est plus prononcé pour l’économie allemande et pour l’ensemble de la zone euro.
La guerre commerciale déclenchée par les Etats-Unis de Trump ralentit plus encore le commerce mondial. Une forme de démondialisation se met en place, alourdie par les discours protectionnistes qui fleurissent partout dans le monde. Le danger des dictatures, fascistes ou non, pointe son nez pour combattre la crise politique profonde qui touche toute la structuration institutionnelle, forme de l’État, partis et syndicats. Continuer la lecture

Quel avenir pour la construction européenne ?

Crise de l’euro et crise de l’Europe

2010-2011, le deuxième acte de la crise financière depuis 2007-2008 a pris l’apparence d’une attaque puissante contre la monnaie unique européenne. L’euro a failli trouver là sa fin, 9 ans après sa naissance réelle comme monnaie vernaculaire. Monnaie imparfaite, l’euro ne semble plus être contestée alors que sa crise s’est réfractée sur l’ensemble de la construction européenne. Qu’elle se conjugue au présent…

Euro, monnaie unique.
Le lancement de l’euro se fait en 1999. Vingt ans donc qu’elle existe. Elle se substitue à l’E.C.U – une idée giscardienne – qui ne « sonnait » pas aux oreilles des européens du Nord. La grande différence entre l’ECU et l’euro tient dans surtout dans sa définition. L’ECU, European Currency Unit, en français MCE, Monnaie de Compte Européenne, est un panier des monnaies nations nationales de l’Union Européenne et sert aux échanges internationaux et comme monnaie de crédit. Elle entre en concurrence avec le dollar.
L’euro se veut la monnaie unique de tous les pays – appelé la zone euro – qui ont coché les cases proposées par le Traité de Maastricht (1992, mise en application le premier janvier 1993) à commencer par les fameux 3% de déficits publics par rapport au PIB et la dette publique plafonnant à 60% de ce même PIB. On a oublié qu’une des conditions imposait aussi la privatisation des banques centrales dont la Banque de France. Continuer la lecture

Un éléphant, ça trompe ? A propos de la « courbe de l’éléphant » de Milanovic

Réflexion sur les inégalités et la mondialisation

Branko Milanovic, économiste en chef de la Banque mondiale de 1993 à 2001, a voulu interpréter, comprendre la montée des inégalités à l’intérieur de chaque pays comme entre les pays et les conséquences politiques qui en résultent. Dans « Inégalités mondiales », sous-titré, tout un programme, « Le destin des classes moyennes, les ultra-riches et l’égalité des chances », il a construit la « courbe de l’éléphant » – reproduite sur la page de couverture de l’ouvrage – devenue une référence. Sa force : résumer en un seul graphique la distribution mondiale des revenus entre 1988 et 2008, années de « mondialisation intense », dixit l’auteur. Le constat porte sur l’essor de la « classe moyenne » mondiale, la stagnation des revenus de la classe moyenne des pays développés et la hausse impétueuse des revenus des « top percentiles », soit les 1% de la population mondiale, et même les 0,1%.
Pour éviter les erreurs d’interprétations, il faut souligner que l’essor des classes moyennes surtout dans les pays d’Asie – la Chine et l’Inde en particulier – est la traduction de la sortie de la pauvreté due, le plus souvent, à la croissance économique. Là gît une ambiguïté. Le concept de « classe moyenne » se définit uniquement par le revenu. Dés que ce revenu est supérieur à celui de la pauvreté absolue – le minimum de subsistance -, soit le début de la courbe de l’éléphant, on entre dans la classe moyenne inférieure. Tout en gardant à l’esprit que le raisonnement se fait, comme le soulignent Pascal Combemale et Maxime Gueuder en une postface nécessaire, en gains relatifs de revenus au niveau mondial. Continuer la lecture

Réflexions sur la démocratie

« La science de la richesse », une réflexion sur les outils de l’économie
Renouer les fils de la théorie pour comprendre et agir.

Jacques Mistral, avec  La science de la richesse qui se veut « Essai sur la construction de la pensée économique », poursuit un but qui se démultiplie. D’abord faire pièce au néolibéralisme, à « la fable des marchés efficients », à cette « confiance presque absolue dans les mécanismes du marché » – il faudrait même parler de croyance -, à cette idéologie qui s’est imposée aux débuts des années 1980 avec son cortège d’« horreurs économiques ». Fable, en conséquence, d’une « science économique » qui, à l’image de la physique, pourrait se passer de toute intervention de l’Etat et même de l’Etat. Une charge menée à l’aide de toute l’histoire de la pensée économique pour démontrer que, dés les mercantilistes et plus encore chez Smith et Ricardo, seule a droit de cité l’économie politique. Continuer la lecture

L’année 2019, année noire ?

Récession et crise financière.

Les dernières prévisions de l’OCDE – organisation internationale qui réunit les experts des pays riches – sont orientées à la baisse. La croissance mondiale serait de 3,3% – au lieu de 3,8% précédemment – si celle des Etats-Unis se maintient à son niveau tandis que la zone euro enregistrerait une hausse de 1%.

Menaces sur la zone euro
La zone euro serait donc la plus bousculée. L’Italie se trouve déjà en récession. La France ferait exception avec 1,3% grâce à l’action des « gilets jaunes » qui a permis de débloquer des augmentations de revenus pour les plus démunis permettant une faible hausse de la consommation des ménages. L’économie allemande, la plus importante de la zone, ne connaîtrait que 0,7% de croissance en fonction de sa dépendance aux évolutions du commerce mondial. Les échanges mondiaux ont régressé à la fin de l’année 2018, un indicateur à la fois de la montée des protectionnismes et la prégnance de la surproduction, la production mondiale augmentant plus rapidement que les capacités d’absorption du marché final.
L’incertitude s’installe. Pour l’Union Européenne, elle est renforcée par le Brexit. La sortie de la Grande-Bretagne n’a pas été prévue. Personne ne sait quelles en seront les conséquences. Pour le commerce mondial, c’est une mauvaise nouvelle. Géopolitiquement, c’est un changement brutal. Continuer la lecture