Le capitalisme a un avenir mais est-il éternel pour autant ?

Comment lire le capitalisme et son avenir ?

Branco Milanovic a conçu la « courbe de l’éléphant » – titre son livre précédent, aux éditions de La Découverte – pour faire voir à la fois la montée des inégalités entre les pays et à l’intérieur des pays tout en laissant percevoir les résultats de la croissance des pays asiatiques qui a permis, un temps, la sortie de la pauvreté d’une partie de la population. Une nouvelle classe moyenne était en train de naître dans les pays de la périphérie, à commencer par la Chine.
« Le capitalisme sans rival » est, d’abord la prise en compte de l’entrée dans le 21e siècle qui se signifie par la chute du Mur de Berlin en novembre 1989. A partir de cette date fondatrice, le monde ne connaît plus qu’un mode de production – pour parler comme Marx -, le capitalisme.
L’auteur se réfère à la fois à Marx et à Max Weber pour appréhender la dynamique du capital, en se servant des concepts qu’ils ont forgés sans craindre quelques incohérences dues à des champs théoriques différents. Il se sauve par l’objet même de son travail les raisons des inégalités. Continuer la lecture

De toutes les crises… Où est le changement ?

Crise financière ?

La forte récession s’installe dans l’ensemble des pays du monde. Elle était déjà présente avant même la pandémie. Le virus, comme les mesures prises par les gouvernements ont à la fois révélé, accéléré, approfondi les failles préexistantes. Les crises sont devant nous. Tant que les gouvernements ne prendront pas conscience de la profondeur des réponses qui visent à transformer le type de capitalisme qui s’est mis en place dans les années 1980 et accélérer dans les années 2000. Continuer la lecture

Un plan de relance ? Un budget qui ne l’est pas ? Où est la stratégie ?

Relancer, relancer … Qu’en restera-t-il ?

Jean Casteix, le Premier ministre et non pas Macron, a annoncé un plan de relance de 100 milliards financé en partie par l’Union Européenne, 36 milliards environ, sur deux ans. Du jamais vu depuis les années 1980 qui avait vu triompher les dogmes des économistes néo-classiques, notamment l’équilibre des finances publiques passant par les politiques d’austérité de baisse des dépenses publiques tout en diminuant les impôts pour les plus riches et les entreprises. Du jamais vu non plus du côté de la construction européenne. Mais rien n’est encore fait. L’emprunt européen, avec le soutien de la BCE, n’est pas encore véritablement lancé. Depuis la crise de l’euro de 2010 qui avait marqué la faillite de la construction européenne telle qu’elle s’était mise en place dans les années 2000, les taux d’intérêt de la dette publique des différents pays européens se sont rapprochés tout en conservant un « spread » – un écart – important dû à la crise elle-même- Pour le moment – octobre 2020 – les marchés financiers donnent l’impression d’accepter cet emprunt européen. Les taux d’intérêt, pour souligner le problème, restent négatifs pour l’Allemagne et la France mais très largement positifs pour les autres pays, à commencer par la Grèce.
Il a fallu un virus et la pandémie pour commencer à changer la donne. La pandémie a révélé, accéléré et approfondi toutes les failles de nos sociétés capitalistes. La crise économique est apparue au grand jour. L’INSEE prévoit pour l’année 2020, une baisse du PIB – l’indicateur de la création de richesses – de 9%, un résultat qui pourrait être revu du côté des moins 10. C’est une dépression plus importante, par les chiffres publiés ,que celle de 1929. Continuer la lecture

Le Covid 19 est aussi un révélateur de l’état du monde.

La pandémie signe l’échec d’une mondialisation

Mondialisation, mondialisation disaient-ils en sautant comme des cabris.
La crise sanitaire, mondiale, révèle la forme de la mondialisation qui s’est forgée depuis ces 20 dernières années. Le pouvoir s’est déplacé des États vers les firmes multinationales. Ces dernières ont opéré une internationalisation de la production reposant sur le seul critère de la baisse des coûts du travail pour maximiser leur profit. Les filiales d’ateliers ont prospéré notamment en Chine avec pour résultat la perte de secteurs stratégiques, la pharmacie en particulier, des économies nationales. Le processus de désindustrialisation qui touche toutes les économies développées s’en est trouvé accéléré pour se traduire par la dépendance des pays vis-à-vis des pays possédant les ateliers du monde. A la seule exception de l’Allemagne qui a connu une très forte industrialisation après l’unification des deux Allemagnes liée à une place prépondérante dans les échanges mondiaux. Là gît l’explication de sa capacité à gérer mieux que les autres pays la crise sanitaire, à dépenses égales – environ 11 % du PIB – avec la France. Continuer la lecture

La crise sanitaire et les autres

La pandémie révèle l’état du monde

Qui aurait pu prévoir qu’un virus allait dévoiler l’état du monde et les crises sous-jacentes ? Il révèle d’abord la forme de la mondialisation. Elle reposait sur les stratégies des firmes multinationales, siège du pouvoir, au détriment des États. Le seul critère de cette internationalisation, la baisse du coût du travail en maximisant le profit. La chaîne de valeur s’en trouvait déstructurée sans vision de moyen terme. L’impératif de la rentabilité à court terme a été renforcé par la financiarisation de l’économie. Continuer la lecture

Retour de l’État-nation ?

Bonjour,

C’était avant la pandémie, avant que le monde change, avant les bouleversements de notre vie quotidienne, avant le retrait sur soi et s’extraire des échanges entre nous par le port du masque. Les visages parlent et, par le masque, ils deviennent muets.
C’était donc avant… que Attac14 décide d’une formation sur les concepts essentiels de l’économie. Était proposé un cycle de 5 thèmes à commencer par le contenu du néo libéralisme et de la place de l’État dans ce contexte idéologique.
Pour en tirer la conséquence la plus importante, qui devait débuter la deuxième partie du cycle, l’État avait construit toute sa politique dans la construction de « champions nationaux », de firmes multinationales « françaises » qui s’émancipaient de son contrôle. il en avait résulté une perte de souveraineté et un transfert du pouvoir réel vers les firmes multinationales. Cette analyse pouvait sembler abstraite. Elle devient évidente avec la pandémie.
L’article ci-après ne remplit pas totalement le thème de la deuxième partie du cycle proposé (pour rappel « Les formes de l’État) mais éclaire l’analyse théorique. La pandémie rend visible l’invisible sur tous les terrains. les derniers de cordée deviennent les premiers pour la bonne marche de la société, les services publics prennent un nouvelle légitimité, les inégalités éclatent au grand jour…
Assisterait-on à la mort de l’idéologie néolibérale ? Au retour de l’Etat/Nation, un retour spécifique ? La Nation, le concept, refait surface. Les interrogations sont multiples et grosses à la fois de possibilités de construction d’un monde différent ou de régressions. Entre les deux, toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

Interrogations sur l’État dans la pandémie.
Retour de l’État-Nation ?

Lors de la première séance du cycle de formation « Comprendre le néolibéralisme » du 5 février dernier, nous avons abordé « Les fondements du néolibéralisme ». Nous devions ensuite nous arrêter aux formes de l’État. La pandémie nous oblige à mettre en lumière toutes les révélations – au sens photographique – que permet le virus et les réponses gouvernementales pas seulement sur le terrain de la crise sanitaire mais aussi sur ceux de la crise économique et financière. Continuer la lecture

« Libres d’obéir », Un essai historique sur les racines du management


Le nazisme comme modèle de relations sociales.

« Libres d’obéir » est un oxymore qui ouvre directement sur une réflexion sur les manières de gouverner, dans les entreprises comme dans l’administration. Johann Chapoutot, historien, spécialiste du nazisme, passe du passé au présent, mêle les périodes pour éclairer les formes des rapports sociaux. Le sous titre précise le sujet : « Le management, du nazisme à aujourd’hui » pour faire l’histoire de cette notion à travers le parcours biographique et philosophique d’un général SS, Reinhard Höhn, reconverti en formateur de managers après la deuxième guerre mondiale. Les collaborateurs d’Adenauer viennent souvent du nazisme pour lutter contre l’ennemi soviétique et promouvoir la « cogestion » et la « codécision » pour abolir la lutte des classes. Continuer la lecture

A propos de virus…

Derrière le virus…

Le coronavirus est un révélateur – au sens photographique – implacable.
D’abord du néolibéralisme dans ses caractéristiques fondamentales : privatisation comme modalité de fonctionnement de la société avec comme conséquences la déstructuration des services publics et un développement anarchique faisant éclater les secteurs stratégiques tout autant que les fonctions régaliennes à l’exception des forces de répression. C’est le double aspect du néolibéralisme : la volonté de détruire la forme sociale de l’État – i.e. « le welfare state », État-providence – et s’orienter vers la forme répressive de l’État, une tendance qui trouve des résistances sociales importantes.
Ce constat est manifeste. La crise sanitaire est une crise du service public de santé. Tous les gens qui applaudissent à 20 heures devraient d’abord tirer ce constat des effets du néolibéralisme et se battre pour l’augmentation des crédits, revendications portées par les personnels de santé depuis plus d’un an par des grèves à répétition. Continuer la lecture

« Le premier Âge du capitalisme », tome 3 « Un premier monde capitaliste »

Quand le passé cogne sur le présent.

Alain Bihr clôt son monumental essai sur l’analyse historique, sociologique, économique, sociale de la formation du capitalisme dans la période 1415-1763. Il propose, dans ce troisième tome, à la fois une démonstration théorique des fondements du capitalisme et une vision du développement inégal et combiné du monde pour expliquer les centres mouvants de l’Europe, successivement le Portugal, l’Espagne, les Pays-Bas, la France et l’Angleterre et les « semi-périphéries ». Une revue pays par pays ou groupe de pays pour mettre en évidence l’ordre social : le poids de la noblesse et de la monarchie absolue et les révolutions qui permettent aux nouvelles classes sociales de prendre le pouvoir. C’est le cas de la révolution batave très peu mise en évidence dans beaucoup d’ouvrages. Une révolution oubliée. Continuer la lecture

Ouvrir le débat sur l’avenir de l’Europe.

A propos de « Europe, alternatives démocratiques »

La construction européenne est sur la sellette. Depuis l’entrée dans la crise systémique en 2007-2008 qui ébranle par sa dimension les bases mêmes du capitalisme actuel, crise qui n’a pas trouvé de réponse et s’élargit à toutes les sphères du politique, États comme institutions internationales. Le néolibéralisme, idéologie de ce capitalisme ne sert qu’à justifier les inégalités. Une idéologie qui elle-même subit une perte de légitimité. Continuer la lecture