A propos du film « Django » de Étienne Comar

Django, Affiche

Le titre de ce film bien documenté ne reflète pas le véritable propos du metteur en scène. A travers le périple de Django qui le conduit de Paris à la frontière suisse sur le lac Léman, c’est le génocide des Tsiganes – le « s » désigne toutes les confréries, les manouches comme les autres – qui est le sujet de ce film comme le montre les dernières images. Django ne sert que de révélateur.
Il aurait fallu trouver un autre titre pour dire cette volonté des nazis d’éradiquer les Roms comme les Juifs.
En 1943, année clé de la guerre mais le cinéaste n’en laisse rien percer, Django prend peur. A juste raison. Il se croit pourtant protégé par un certain « Docteur Jazz » dont il parle à plusieurs reprises. « DR Jazz » est une composition de Jelly Roll Morton qui en fait un remède quasi universel. Qui est ce fameux « Dr Jazz ». Plusieurs hypothèses viennent à l’esprit. Un haut gradé de l’armée allemande ? Possible d’après le témoignage de Charles Delaunay, « Django, mon frère ». Plus surement Hughes Panassié, un des premiers critiques de jazz, fondateur avec Charles de Jazz Hot, la première revue de jazz française, du label « SWING » – les deux en 1937 – et du Hot Club de France, manager toujours avec Charles du « Quintet du Hot Club de France ». Dans ces années d’Occupation, Hughes collabore plus ou moins écrivant dans des journaux, animant des émissions de radio.
Dans ces années aussi – voir mon livre « Le souffle de la liberté », C&F éditions – les concerts de jazz sont pleins, ils débordent. Comme l’indique le film, il est interdit de danser. Les consignes des troupes d’occupation ne sont pas respectées ni en France ni en Allemagne. Les contrôles sont rares mais les arrestations nombreuses surtout de ces zazous qui peuvent sortir avec une étoile jaune où il est écrit « je suis swing »… et se retrouvent au camp de concentration.
Django devient, par la production de ces concerts de jazz, une grande vedette. Il a la grosse tête et ne craint pas – c’est un peu évoqué dans le film – d’exploiter son frère, « Nin-Nin » qui pense sa propre carrière. Il enregistrera quelques 78 tours dont certains à la guitare électrique. Il sera la grande influence de Babik…
Séparé de Stéphane Grappelli resté à Londres parce qu’il a laissé partir le dernier bateau sur lequel Django s’est précipité, le guitariste change de style. il s’éloigne du « jazz manouche » qu’il a créé pour composer un nouveau répertoire dont « Rythme futur ». Il faut entendre cette nouveauté pour éviter de considérer l’œuvre de Django comme juste du « jazz manouche ».
La figure de Charles Delaunay est maltraitée. Il n’est pas seulement l’imprésario, il est aussi résistant et organisateur de tous les concerts qui se réalisent pendant cette période. Il réunit et enregistre tout ce que le jazz français a de talents et ce, dés la fin 1940 lorsqu’il revient de « la drôle de guerre ». S’il insiste pour envoyer Django en Allemagne à l’instar de Edith Piaf, Charles Trenet – qui lui aussi n’en a pas envie – ou Jean Cocteau c’est pour apaiser la Gestapo et faire silence sur ses activités. Peut-être aussi de se servir de la tournée de Django pour faire passer des informations. Le jeu est plus dangereux que ne le montre le film.
Nicolas Béniès.

« Festival swing » publié par les disques swing, avec Charles Delaunay lui-même en MC, date du moment où Charles rentre à Paris après la drôle de guerre. Chaque musicien est cité.

« Rythme futur » est une des grandes compositions de Django

« Folie à Amphion » s’explique dans le film

JAZZ, Du Monk et du bon

Histoires de film et de musique.

S’en souvient-on ? Dans la fin des années 1950, les réalisateurs français de films appelés « noirs » faisaient souvent appel à des groupes de jazz pour la musique de leur film. La collaboration la plus connue – et réussie – fut celle de Louis Malle et de Miles Davis pour « Ascenseur pour l’échafaud », un film sorti en 1958. Les Jazz Messengers d’Art Blakey, Kenny Dorham furent aussi sollicités. Souvent, Barney Wilen – saxophoniste americano-niçois – était souvent de cette partie.
Roger Vadim, auréolé du succès de « Et Dieu créa la femme » où éclatait la sexualité de Brigitte Bardot éclaboussant toute la morale étriquée des biens-pensants, se lançait dans « Les liaisons dangereuses ». Par l’intermédiaire de Marcel Romano – il faut (re)lire les notes de pochette du CD qui reprend la musique proposée par Miles Davis pour comprendre qui est Marcel Romano – Vadim demanda à Thelonious Monk la musique de son film. Monk accepta. Il devait revenir à Paris pour visionner le montage pour répandre ses compositions à nulle autre semblable. Les photos du livret montrent les deux acteurs du film : Gérard Philippe et Jeanne Moreau et on peut penser que Monk aurait été touché par ces deux corps en action. Lire la suite

Exercice de style. A propos des comédies musicales. Réflexions sur la culture

Les comédies musicales ne sont plus ce qu’elles étaient.

Elles ne disent plus Noël ou Bonne année. Elles ont arrêté le temps pour nous faire entrer dans une époque révolue, disparue, engloutie. Elles ne nous parlent plus, elles s’agitent encore mais vainement. La recrudescence actuelle de ces « musicals » n’est que bouffonnerie. Ce « retour » exprime la tare de notre époque, le « c’était mieux avant ». Avant quoi, on ne le saura jamais. Avant aujourd’hui qui est déjà hier.
Le passé décomposé et recomposé touche tous les domaines. Sur le terrain culturel, la répétition ne se fait ni en farce ni en tragédie mais sous le règne intransigeant de la marchandise. Elle exige la répétition. La culture, la création semble avoir déserté pour laisser le champ libre au raisonnement capitaliste, celui du retour sur investissement. Pour parler vulgairement, il faut que « ça » rapporte. La culture sait résister via le raisonnement de service public. Il ne suffit pas. Il faut ouvrir les portes, les fenêtres pour laisser entrer l’air frais du large. Paris, comme capitale culturelle mondiale avait su capter tous les talents, réunir génies de la peinture, de la littérature et de la musique – en particulier le jazz. Paris le devait à sa capacité d’accueillir tous ces exilés, tous ces migrants. Lire la suite

Pontoise le 27 septembre 2016

Pour cette deuxième séance autour du cinéma, du jazz et de la comédie musicale…

220px-hellzapoppin_movieAprès « Stormy Weather », suite de superbes numéros joués uniquement par des Africains-Américains, c’est au tour de « Hellzapoppin' », Hell pour enfer, un terme qui est suggéré mais jamais prononcé. La censure a failli interdire le film pour cette raison. Le succès de la comédie musicale à Broadway, 1404 représentations, un succès – le moyenne dans ces années 1930, 30 représentations – qui tient au duo comique Ole Olsen et Chic Johnson. Ils tiennent le haut du pavé dans ces années là.

Drôle d'affiche

Drôle d’affiche

Le film, sorti le 26 décembre 1941 – au moment même de l’entrée en guerre des Etats-Unis après Pearl Harbor, marquera le zénith et la fin de la carrière du duo. Après la guerre, il sera remplacé par celui formé par Abbott et Costello. Pour la petite histoire qui marque cette période qui s’ouvre après la seconde guerre mondiale et se clôt à la fin des années cinquante, Charlie Parker mourra chez la baronne Nica en regardant un sketch de Abbott et Costello.
Encore une autre histoire, qui fait rire – un peu jaune mais bien dans la lignée du film -, En 1942, l’Academy Award – les récompenses pour les meilleurs « nominés » – décerne le prix du « Best Song » – la meilleure chanson – à « Big Foot Pete »… qui a été coupée au montage, Universal décidant qu’elle allait figurer dans une autre production, « Keep ‘Em Flying », de la même époque, de Abbott et Costello… Une manière de marquer la page…
Ole Olsen par terre et Chic Johnson debout à droite.

Ole Olsen par terre et Chic Johnson debout à droite.

Le film ne fait aucune référence à la guerre. Logique en fonction de la création de la
Ne pas oublier Martha Raye... Superbe danseuse et burlesque...

Ne pas oublier Martha Raye… Superbe danseuse et burlesque…

pièce dans le milieu des années 30. Par contre les citations de « Citizen Kane » se multiplient. Il faut dire que Olsen et Johnson sont des proches amis de Orson Welles. Comme le comédien Gus Schilling – qui interprète le chef d’orchestre, un virtuose…du comique facial, dans la lignée des grands artistes du « Vaudeville » et du cinéma muet.
hellzapoppin-film-images-192d8422-28ed-487c-a022-f85bd76e640Nous sommes au cinéma. Pas vraiment un scoop. Mais du cinéma dans le cinéma, ce n’est pas commun. Comment construire un scénario ? Quels en sont les ingrédients ? Pas seulement des gags, dit le réalisateur, mais aussi une histoire d’amour. Il faut une histoire d’amour… Elle sera court-circuitée continuellement, avec un art de l’ellipse plein de références aux autres comédies musicales. Pour s’en rendre compte il regarder « Singin’ in the rain », de 1952, dans lequel Stanley Donen et Gene Kelly rendent hommage à ces comédies musicales. C’est le même effet de reflet mais considéré autrement. Il faudrait comparer les deux versions. D’autant que la guerre est passé par là. La nostalgie n’est plus ce qu’elle était.
le spectateur est trimballé dans les endroits où se fait le cinéma. Dans les coulisses, dans la salle du projectionniste, personnage essentiel pour faire voir – dans tous les sens du terme – le film en train de se parcourir. Discussion autour du scénario, projection qui fait place à une autre projection, une mise en abyme en quelque sorte, d’un film qui se regarde filmer… Une mise à distance qui permet le rire.
Utilisation de la magie. C’est la grande époque de ces magiciens qui font disparaître et que la magie du cinéma rend non crédible.
En même temps, le spectateur qui n’en peut mais est pris à partie ou comme témoin. La distance précédente se traduit par des interjections pour réveiller l’attention, mettre l’accent sur le non sens.
Un des échos de cette même époque se trouve dans l’œuvre d’Adolfo Bioy Casares, « L’invention de Morel » (paru en 1940) qui fait du cinéma non seulement une représentation de la vie mais la vie elle-même par un dialogue amoureux entre le spectateur et la comédienne principale. Une histoire d’un amour fou mais aussi une manière de lutter face à la solitude et à la mélancolie tout en barrant la route à la vieillesse et à la mort.
La séquence de la danse

La séquence de la danse

Ce film, dans la lignée de ceux des Marx Brothers, des comédies musicales est une sorte de quintessence de ce cinéma devenu parlant à la fin des années 20. Le « chanteur de jazz » où le jazz ne fait aucune apparition – nous sommes, comme souligné la semaine dernière – à l’âge du jazz – est un des premiers films parlants pour les séquences chantées par Al Johnson, un fils de « Cantor » – dont « Swanee »…
Les jeux de mots, les références sont multiples et ont des origines diverses. On ne comprend pas tout. Mais ce « non sens » a eu des descendances françaises avec Pierre Dac et Francis Blanche. Esprit qui se retrouvera dans « L’os a moelle ». Pierre Dac donnera des conseils et serait l’auteur de certains sous titres.

Slim Gaillard (1916-1991)

Slim Gaillard (1916-1991)

Une séquence de ce film permet de se rendre compte à la fois de la place du jazz et de la danse. Une danse qui sera copiée dans la plupart des films musicaux qui parleront du jazz. On en trouvera un écho dans le film de Scorcese « New York New York’ au début. C’est la fin de la seconde guerre mondiale et le retour des soldats ressemblent à celui de la première guerre mondiale tel que « Stormy Weather » le représente. Scorcese, qui connaît sur le bout des ongles son histoire du cinéma, y fait une référence sensible. Avec le goût supplémentaire de la mélancolie. Et un passage à la couleur et au Blanc plutôt que Noir…
Slam Stewart en 1946

Slam Stewart en 1946

Cette séquence est à noter. C’est la seule où des musiciens, acteurs, danseurs – actrices, danseuses – Noir-es envahissent l’écran, sous la conduite du duo Slim Gaillard (guitariste, chanteur, pianiste étrange, vibraphoniste, joueur de bongo suivant Jack Kerouac qui le raconte dans « On The Road », ‘Sur la route’)/Slam Steward, bassiste jouant avec un archet, fait rare dans le jazz où on joue plutôt pizzicato et il double à l’octave en fredonnant, d’où son surnom de « bassiste fredonnant », la danse acrobatique se déchaîne. Un exemple de leur succès qui influencera les rockers à commencer par Little Richard et Elvis Presley. « Flat Foot Floogie :

normajazzmen

Slam Stewart (1914-1987)

Slam Stewart (1914-1987)

Comme c’était la mode à Hollywood à cette époque – et ce sera encore le cas après la guerre avec le film « New Orleans » -, les Noirs sont domestiques et habillés comme tel. La cuisinière sera Norma Miller, le cuistot trompettiste en l’occurrence cornettiste de l’orchestre de Duke Ellington, Rex Stewart – sans lien de parenté avec Slam, le batteur CC Johnson… Au départ, raconte-t-on, le corps de ballet devait danser sur « Jumpin’ at the Woodside » – l’orchestre de Count Basie – mais il y aurait eu un refus à cause des droits. Ce serait l’orchestre de studio de Universal qui serait entendu dans le film.
Le titre « Hellzapoppin' » pourrait signifier « Hell in poppin' », l’enfer s’éclate. Plus logiquement, à mon sens, c’est le nom de la danse débridée que donne les danseurs et danseuses dont Norma Miller.
norma_millersUn mot sur la danseuse Norma Miller qui, à 93 ans, continue une sorte de carrière. Elle fut surnommée « Queen of Swing » dans ces années là. Elle faisait partie du groupe de danseur-es du « Whitey’s Lindy Hoppers », engagée par le créateur du groupe et chorégraphe Herbert « Whitey » White – même s’il était Noir.
Nicolas Béniès.

Compléments :
D’abord sur le groupe de musiciens non crédités au générique.
Slim, Slam – personne à ma connaissance disait le bassiste chantonnant un octave au-dessus de son jeu à l’archet, ne se prénomme comme ça -, Rex Stewart, comme noté dans le texte ci-dessus, trompettiste/cornettiste chez Duke Ellington mais CC Johnson est en fait Sonny Greer, le batteur/percussionniste de ce même orchestre Ellington qui a eu une influence plus importante que la plupart des critiques ne l’ont vu abusés par sa manière de jouer en public, démonstrative, utilisant différents objets – à la mode aujourd’hui – et par les enregistrements qui ont du mal à saisir ces instruments étranges qui ont longtemps résisté à l’enregistrement -; le clarinettiste est un virtuose de l’instrument Buster Bailey; Vic Dickenson est le tromboniste, élégant, raffiné, rustique quelque fois il est le grand oublié de cette histoire spécifique pour le jazz du trombone à coulisse.

Nous avons suivi, difficilement – le dieu de la technologie n’était pas avec moi – le chemin tracé par Slim Gaillard qui fut l’un des héros de « In The Road » de Jack Kerouac. A travers Dean, Jack décrit l’aura de guitariste, pianiste, vibraphoniste et joueur de bongo…

Nous avons écouté le premier succès de Slim & Slam, en 1938, Flat Foot Floogie

Le deuxième succès, non écouté, Tutti Frutti, toujours en 1938

Le 22 avril 1946, Slim enregistre un chef d’œuvre, Opera in Vout

En 1945, ce « slim’ jam » avec Bird and Diz

Cette même année 1945, le chef d’œuvre, Koko, une composition de Charlie Parker, avec Diz

Et, pour finir Leo Watson avec le Vic Dickenson septet, 1946

et ce Laughin’ in rhythm (1952) qui a influencé Henri Salvador

Mentionner la musique du film

Du jazz or not ?

Les années 1950 et 60 – on peut pousser jusque dans les années 1970 – ont été marquées par des débats qui semblent, aujourd’hui, relever de la scolastique ou du sexe des anges, à savoir ranger une musique dans une case connue, dans un tiroir répertorié soit, pour ce qui concerne notre sujet, est-ce ou n’est-ce pas du jazz ? Duke Ellington avait une réponse toute prête, la seule différence porte sur la musique, bonne ou non ? Une façon de répondre à côté. Pas forcément idiot en l’occurrence. Le débat ne s’épuisait pas pour autant.
Il est possible – recommandé – d’aimer plusieurs types de musique, pour en rester au sujet sans, pour autant, de refuser de définir des frontières. C’est nécessaire pour délimiter le sujet. Avec le jazz – comme avec la musique baroque – c’est délicat. « Jazz » n’est pas un nom, c’est une insulte. Aux États-Unis, sa signification vient des bordels, une manière de dénigrer cette musique inventée par les esclaves africains libérés et devenus des citoyen(ne)s américains. Des citoyens de deuxième zone à qui les autorités – surtout dans les États du Sud – vont interdire d’exercer leurs droits. La ségrégation dans les transports comme ailleurs sera abolie au début des années 1960. Mais des citoyen(ne)s urbanisé(e)s condition indispensable de cette rencontre de civilisations et de création de cette « musique classique noire » comme le disait le batteur Max Roach. Lire la suite

Lectures

Petit voyage dans les Beaux-Livres

Les vacances permettent de se construire son propre musée via les catalogues d’expositions en passent de se terminer.
Commençons par…la magie. Ce terme recouvre souvent les superstitions, les peurs irrationnelles qui cachent de profondes angoisses. On sait bien qu’on « ne doit pas croire les superstitions mais qu’il est plus sur de les respecter. » disait un rabbin. Elle donne naissance, souvent, à de véritables œuvres d’art pour se protéger du mauvais sort. Le Musé d’art et d’histoire du judaïsme proposait une promenade avec les « anges et démons dans la tradition juive », une manière de s’interroger sur les représentations du bien et du mal à travers les âges. Les amulettes, gris-gris et autres constructions concentrent des synthèses de civilisations. Souvent, elles se réfèrent à des civilisations panthéistes antérieures aux religions monothéistes. Le rêve, l’imagination ne sont pas loin et font entrer dans un autre monde, celui derrière le miroir, pour susciter d’autres possibles y compris en médecine… Le catalogue ne permet pas d’apercevoir la beauté des pièces exposées mais donne des éléments d’Histoire et de mémoire pour en comprendre la portée.
N.B.
« Magie. Anges et démons dans la tradition juive », ouvrage collectif, Flammarion/Musée d’art et d’histoire du Judaïsme.

Le cinéma fut longtemps considéré comme magique. La reproduction de la réalité a surpris les contemporains. Dés la « camera obscura », la vision du dehors dans une chambre obscure, jusqu’à aujourd’hui en passant par la « lanterne magique », cet art spécifique du 20e siècle a véhiculé toute une série de rêves et de figures. Michelangelo Antonioni qui se classe dans ces magiciens fait l’objet d’une rétrospective à la Cinémathèque française. Il reste le catalogue pour faire connaissance avec le cinéaste italien qui se situe entre Rossellini et Godard. Il a été très inspiré par les peintres italiens toute époque confondue mais aussi par De Chirico notamment. On retrouve souvent ces fresques entre réalité et science fiction dans des endroits étranges. Certains de ses plans sont de véritables reproductions. Comme souvent, comme le démontre Daniel Arase dans « Le détail » (Flammarion), une histoire de la peinture à travers le diable qui se situe dans les détails, les à côtés sont révélateurs, ces petits riens qui changent tout en bousculant notre perception du réel.
Les photos reproduites dans le catalogue essaient d’en faire la démonstration. Mais rien ne vaut les films. De ce point de vue, il est un peu décevant. Les contributeurs, quant à eux, explorent la biographie du cinéaste, un cinéaste avare de révélations sur sa vie. Sans doute parce qu’elle se confondait avec le cinéma. Un créateur ne peut se juger que sur ses œuvres. Notre curiosité s’explique par la volonté de remettre chaque film dans son contexte, qu’il soit, historique ou personnel. Le mystère reste entier et il vaut mieux.
« Antonioni », ouvrage collectif sous la direction de Dominique Païni, Flammarion/La Cinémathèque Française.

Outils d’analyse d’un film

Qu’est ce qu’un chef d’œuvre ?

« La Reine Margot » de Patrice Chéreau, sorti sur les écrans en 1994 divisa la critique de l’époque. Aujourd’hui, considéré comme faisant partie du patrimoine culturel, ce film demande à être analysé pour comprendre la démarche du réalisateur. Ce dernier ne voyait pas de différence entre théâtre et cinéma, postulat qui a marqué la forme du film. Les interrogations sont multiples. Comment représenter les personnages historiques ? Comment « faire » de l’histoire ? Qu’est-ce que le récit historique ? La référence au roman de Dumas conduit à considérer les liens entre la littérature, l’Histoire et le cinéma. Alain Kleinberger et Jacqueline Nacache se sont livrés à l’« Analyse d’une œuvre, La Reine Margot » pour en dégager tous ses traits et donner quelques réponses aux questions posées. Éclairant.
N.B.
« Analyse d’une œuvre, La Reine Margot, P.Chéreau, 1994 », A. Kleinberger, J. Nacache, Vrin.

Amos Gitaï, cinéaste de la mémoire

Réflexions sur la création.

Amos Gitai est sans conteste un des grands cinéastes de notre temps. Il a offert ses archives, plus de 80 films, à la cinémathèque française. L’exposition, « Amos Gitai, architecte de la mémoire », un titre qui pourrait servir d’exergue à la plupart des grandes œuvres artistiques, permet de cheminer en sa compagnie. C’est une grande partie de notre histoire, via celle d’Israël, qu’il nous fait visiter. Le livre qui porte le même titre n’est pas un catalogue. C’est une œuvre supplémentaire du cinéaste par les regards croisés des critiques et des rencontres qu’il a suscitées. Une manière d’inviter ses fantômes dont certains nous sont familiers.
N.B.

Pour Pier paolo Pasolini

Portrait d’une Italie révoltée.

Pier Paolo Pasolini fut cinéaste. Et la cinémathèque française lui rend hommage. Il ne faudrait pas oublier que, jusqu’à son assassinat en 1975, il a représenté une figure de l’intellectuel marginal exprimant le mal être de cette société italienne de l’après seconde guerre mondiale. Poète, philosophe, linguiste, romancier qui se perdait dans les bas fonds de Rome pour retrouver l’âme de cette ville qui fut la sienne et qu’il a su façonner. « Pasolini Roma » veut dévoiler – sans lever la part du mystère – son processus créatif, sans rien cacher de sa vie.

N.B.

« Pasolini Roma », ouvrage collectif, Skira/Flammarion/La cinémathèque française. Exposition jusqu’au 26 juin 2014.

Emile Savitry, peintre, photographe et amateur de jazz…

Un film maudit, un photographe redécouvert.

Ce livre là est à plusieurs entrées. Un film, de Carné et Prévert, « La fleur de l’âge », commencé en 1936, terminé en 1947, jamais vu dont les bobines ont disparu avec comme sujet les maisons de redressement, celle de Belle-Île en l’occurrence. Un sujet social par excellence qui avait suscité la colère et la révolte de Jacques Prévert. Il a fallu attendre un siècle, dans les années 1970, pour que ces « maisons » soient supprimées. Carole Aurouet raconte cette saga avec ce qu’il faut d’empathie avec le sujet et une érudition qui tient de l’enquête policière.

C’est aussi la redécouverte d’un photographe et peintre, Émile Savitry. Il ne reste de ce film que ses photos. Elles donnent envie d’en savoir plus sur ce personnage qui avait fait découvrir Louis Armstrong à Django Reinhardt…

« Émile Savitry. Un récit photographique », présenté par Carole Aurouet suivi d’un portrait de Savitry, « Savitry est peintre » de Sophie Malexis, Gallimard.