Picasso rencontre un trio de jazz

Peinture et musique.Quel rapport entre Picasso – plus exactement quelques-unes de ses œuvres – et un trio qui s’appelle « Unitrio », une redondance pour affirmer le primat du collectif sur l’individuel tout en permettant aux individus – Damien Argentieri à l’orgue, Frédéric Borey au saxophone ténor et Alain Tissot à la batterie – de s’exprimer à la fois comme soliste et comme compositeur. Lire la suite

Jazz, les années d’Occupation revisitées

Coucou, revoilà Django !

Je ne sais si le film « Django » a suscité des vocations mais les publications des enregistrements de Django Reinhardt ne se sont pas taries. Il faut dire que la plupart sont tombés dans le domaine public. Le film précité de Étienne Comar suit le périple du guitariste en cette année 1943, année terrible pour les Tsiganes massivement déportés après la rafle du Vel d’Hiv qui a visé les Juifs en France et par la police française. Le film suit Django pour mettre l’accent sur la volonté des fascistes de tout poil d’anéantir les Roms, partie de l’histoire de la seconde guerre mondiale oubliée.
La musique du film est revisitée. Le label « Ouest » a voulu rendre compte de la musique originale de Django dans ces années d’Occupation en proposant les enregistrements originaux du « nouveau quintette » formé par Django séparé de Stéphane Grappelli resté à Londres. Il a raté le dernier bateau. Le violoniste vivra la guerre sous les bombardements, jouant dans les clubs avec, notamment le pianiste aveugle George Shearing qui faisait ses premiers pas. Lire la suite

Le coin du polar

Un coin du polar en forme de voyages dans les temps et les espaces, de l’Antiquité romaine par un Texan à notre actualité française violente dans le monde de la pègre où n’existe aucun lien y compris familiaux en passant par un Boston qui n’est pas celui de Dennis Lehane et un premier polar grec. Lire la suite

Jazz, mélanges de bleus

Le corps, l’âme et le blues.

Eric Séva est un partisan fidèle du saxophone baryton, ce gros saxophone qui donne une impression de lourdeur mais sait se faire léger, discordant grâce à l’utilisation d’un varitone créateur d’effets « wa wa » du plus bel effet. Un de ces saxophones un peu laissés pour compte. Sa voix profonde sait aussi explorer, sonder les corps et les âmes. Plus que tous les autres saxes, il est « Body and Soul », un des grands standards du jazz magnifié par la création de Coleman Hawkins en octobre 1939.
De temps en temps, Eric fait des infidélités à son compagnon pour aller voir du côté du soprano au son plus proche du cri du blues.
« Body and Blues » est le titre qu’a choisi Eric Séva pour cet album issu, nous dit-il, des conférences réalisées avec Sébastien Danchin pour présenter le blues. Dans les compositions dues à sa plume, sauf deux, il mêle allègrement tous les bleus et les musiques du monde. Il ne craint pas de rappeler le temps des comptines, des ritournelles qui reviennent en boucle pour perdre un peu plus l’auditeur enfoncé dans les reconnaissances qu’il ne connaît pas. Lire la suite

Jazz musique au présent

Ombre d’arc-en-ciel

Reggie Washington, bassiste, vit désormais en Belgique. Pour ce « Rainbow Shadow », volume 2, il a décidé de rendre hommage au guitariste Jeff Lee Johnson qui nous a quittés fin janvier 2013 alors qu’il devait se produire au festival « Sons d’hiver » de ce mois de mars 2013. Il avait 54 ans et était un habitué des concerts de jazz en France. De Philadelphie, il avait forgé le « Philly sound » de ces années 2000. Une synthèse de tous ces « sounds » qui ont constitué le jazz spécifique de la ville de Benjamin Franklin. Il faut dire que les ancêtres ont des noms célèbres à commencer par celui de Coltrane ou de Benny Golson. Lire la suite

Polar étrange venu d’ailleurs

Déprime.

Le commissaire Winter, Erik de son prénom, va mal. Un symptôme : il n’écoute plus Coltrane mais… Michael Bolton qu’il cite à toute occasion. Il est séparé de sa famille. Après deux ans d’arrêt, il a repris du service. Commissaire il est, commissaire il reste. On se souvient qu’il a failli mourir au fond d’une piscine et il a été sauvé in extremis. Il lui reste des acouphènes et une profonde déprime qu’il soigne, comme tout le monde, à coups de whiskys. Il a besoin d’un psy lui dit Angela, sa compagne, de l’Espagne où elle est restée avec les filles qui fréquentent l’école espagnole et ne veulent pas revenir à Göteborg où il fait froid et noir pendant une grande partie de l’année. Lire la suite

Cadeaux à faire ou à se faire.

Le temps d’écouter…

Un anniversaire.

2016 fêtait les 30 ans du « Label Bleu » créé en son temps – 1986 donc – par la Maison de la Culture d’Amiens. Un label qui a connu bien des vicissitudes dont une faillite pour renaître récemment. Pour que la fête soit complète, le Label Bleu a choisi de proposer une carte blanche à Henri Texier, contrebassiste, qui a enregistré une vingtaine d’albums « Label Bleu ».
Henri, 70 ans aux prunes, s’est entouré de musiciens de générations différentes, de Michel Portal à Edward Perraud en passant par Thomas de Pourquery, Manu Codjia et Bojan Z. Il manque la génération d’aujourd’hui pour parfaire le tour d’horizon des compositions d’Henri qui marque son parcours et celui du Label Bleu.
Il est possible de dater chacune des compositions proposées à la mémoire de l’auditeur qui connaît sans reconnaître ces thèmes habités qu’ils sont par de nouveaux musiciens.
Une expérience nécessaire, un album du présent que ce « Concert anniversaire 30 ans à la Maison de la culture d’Amiens ».
Nicolas Béniès
« Concert anniversaire, 30 ans à la Maison de la Culture d’Amiens », Label Bleu/L’autre distribution.

Une rencontre entre un pianiste et une écrivaine.
Agnès Desarthe, on s’en souvient, était tombé sous le charme d’un pianiste de jazz et en avait fait un livre « Le roi René (Odile Jacob), où elle racontait ses rencontres avec René Urtreger. En forme de revanche, le pianiste a fait de l’écrivaine, une chanteuse. Agnès a pris comme référence – non avouée – Julie London, actrice qui savait murmurer des mots d’amour sans prétendre à être une vocaliste de jazz. Julie avait fait un succès de « Cry me a river ».
« Premier rendez-vous » est le résultat de ces entretiens autour du livre. Ce n’est pas un tête-à-tête. Géraldine Laurent, saxophoniste alto, déchirante dés le début sur « The Man I Love » qu’elle transfigure et donne à cette reprise de standards pour l’essentiel, la touche qui, sinon, leur aurait manquée. Une mention spéciale aussi au violoniste Alexis Lograda sur « Le premier rendez-vous » et « La géante » deux originaux et le dialogue violon/saxophone alto. La voix de l’écrivaine déraille un peu de temps en temps mais pas suffisamment pour nuire à ces entretiens musicaux.
Pierre Boussaguet, contrebasse, qu’il faut entendre sur la composition la plus connue de René, « Thème pour un ami » montre qu’il a tout entendu et sait rendre l’âme de cet « ami » ; Simon Goubert, batterie, sait se taire à certains moments, se faire discret à d’autres tout en montrant sa capacité à exprimer le rythme fondamental nécessaire à toutes les aventures de tous ces musicien-ne-s. Et René bien sur, ses mémoires, son jeu de piano qui ne reste jamais ancré dans le passé et un accompagnement curieux qui ressort plutôt de la conversation, un art de plus en plus rare.
« Premier rendez-vous » est un de ces disques qui vous restent dans l’oreille comme un murmure du temps.
N.B.
« Premier rendez-vous », René Urtreger, Agnès Desarthe, Naïve/Musicast

Cadeaux à faire et à se faire

Le temps de lire…
« Correspondance Albert Camus, Maria Casarès »

Maria Casarès, tragédienne, ne peut pas s’oublier. Sa voix un peu enfumée laisse des traces dans toutes les mémoires. Comédienne totale, vraie, elle se laissait emporter par les passions de son personnage devenues les siennes. Il est impossible de l’imaginer sans emportements, sans colères et sans amour. Libre surtout face aux contraintes de ce temps, les années cinquante, intransigeantes de morale imbécile. Fille d’un Président du Conseil de la deuxième République espagnole, exilé à Paris en 1936, Maria Casarès a débuté sa carrière d’actrice en 1942. Elle a vingt ans. Deux ans plus tard, elle rencontre Albert Camus chez Michel Leiris – homme lige de ce 20e siècle – et… ce n’est pas le début de l’amour. Elle mettra fin à cette liaison. Il faudra attendre le 6 juin 1948 – comme un anniversaire – pour que commence réellement cette liaison tourmentée mais aussi belle comme seule sait rendre la vie surréaliste et fantastique un amour fou.
Albert Camus a déjà publié « L’étranger » et le « Mythe de Sisyphe » en 1942. Après la guerre, sa reconnaissance est assurée. Il multiplie les liaisons en marge de Maria Casarès. Maria, sans doute, laisse aussi parler son corps et son esprit lorsqu’elle joue au TNP avec ses compagnons de fortune. C’est le temps de la décentralisation culturelle. C’est le temps des troupes de théâtre, c’est le temps de la culture considérée comme un service public. Lire la suite

Le rock à l’écrit

Un éditeur, un ou deux auteurs pour la mémoire du Rock.

L’éditeur, « Camion Blanc » – sans doute en référence à l’expression « Beau comme un camion  blanc » – se veut spécialiser dans le rock mais a quand même publié un ouvrage sur « Les musiques noires ». Didier Delinotte et Jacques Vincent, ensemble ou séparément, œuvre à faire connaître et reconnaître les groupes de rock oubliés, tombés dans le néant alors que certains de leurs compositions, interprétations et albums devraient être sauvegardés, écoutés. Ils réalisent un travail de mémoire nécessaire pour, dans le même temps, rendre compte de ces années 1960s (sixties) et 1970s (seventies) qui ont vu un processus de destruction/création extraordinaire. Des barrières sont tombées, des fondations se sont construites pour envahir les 30 années suivantes. Lire la suite

Le coin du polar

Deux grands détectives

Viviane Moore est attirée par ce milieu du 16e siècle en France qui voit fleurir les alchimistes à la recherche de la pierre philosophale. Ils feront avancer la science sans jamais la trouver. Dans cette série, le détective, Jean du Moncel, commissaire, mène l’enquête pour trouver « Le souffleur de cendres ». L’explication du titre se trouve dans le résultat de l’intrigue. Une évocation du Paris de 1587, de la Cour des Miracles et de la place des femmes via Sybille obligée de se transformer en homme pour exercer sa profession. Lire la suite