LIRE LE JAZZ (suite sans fin)

JAZZ, LITTÉRATURE ET SOCIÉTÉ AMÉRICAINE

Le jazz, musique de notre temps, et un temps musique de notre futur rêvé, aujourd’hui devenu musique de notre présent, de ce présent encombré du passé, comme s’il pesait de tout son poids pour empêcher l’apparition d’un futur non désiré, trop neuf aux yeux de ce passé trop vieux. L’ensemble de ce qu’on a coutume d’appeler, faute d’un terme plus évocateur, l’art, semble faire du surplace, essayant de régler les comptes avec tous les passés, comme si cette étape était forcément nécessaire pour aller de l’avant. L’architecture est, comme à l’habitude, le révélateur de ce sur place. Le faux concept à la mode vient d’ailleurs de cette discipline. On parle d’une ère « postmoderne »,1 pour qualifier l’architecture de notre présent, manière de dire qu’elle n’existe pas. Actuellement tout est « postmoderne », autrement dit encore, le cri, partie essentielle de la création artistique, a disparu. Tout est lisse. Surtout ne pas faire de vagues. Ressembler à son voisin, plus qu’à soi-même, tel semble être le nouvel impératif catégorique. Le jazz, bien sur, n’échappe à cette folie fin de millénaire, pas plus que le cinéma, qui, un peu plus tard que le jazz, fêtera son centenaire, en 1995.2 Lire la suite

En 1994, Marx déjà

MARX, LE RETOUR 2

Nous avions déjà noté, dans ces colonnes, le retour de Marx en rendant compte d’un ouvrage stimulant de Michel Vadée « Marx, penseur du possible » aux éditions Méridiens Klincksieck en 1992, retour qui se poursuit. Un retour étrange comme le montre le « dossier Marx » du « Magazine littéraire »1 dans lequel cohabitent Louis Janover, Maximilien Rubel d’un côté et François Furet de l’autre qui tend à gommer toute actualité de la pensée de Marx en le transformant en un penseur du 19éme siècle. Peut-on, comme le propose Furet distinguer différents Marx2, en oubliant l’unité de cette pensée en mouvement qui avait choisi la voie de la critique du capitalisme ? Comment expliquer, sinon, les fondements mêmes de son projet scientifique : démontrer que le mode de production capitaliste n’est pas le seul mode de production possible, que son dépassement est nécessaire pour construire la société sur d’autres bases, pour lutter contre l’exclusion, et, finalement, pour réaliser l’égalité, la fraternité et la liberté ? Lire la suite