Polar étrange venu d’ailleurs

Déprime.

Le commissaire Winter, Erik de son prénom, va mal. Un symptôme : il n’écoute plus Coltrane mais… Michael Bolton qu’il cite à toute occasion. Il est séparé de sa famille. Après deux ans d’arrêt, il a repris du service. Commissaire il est, commissaire il reste. On se souvient qu’il a failli mourir au fond d’une piscine et il a été sauvé in extremis. Il lui reste des acouphènes et une profonde déprime qu’il soigne, comme tout le monde, à coups de whiskys. Il a besoin d’un psy lui dit Angela, sa compagne, de l’Espagne où elle est restée avec les filles qui fréquentent l’école espagnole et ne veulent pas revenir à Göteborg où il fait froid et noir pendant une grande partie de l’année. Continuer la lecture

Cadeaux à faire ou à se faire.

Le temps d’écouter…

Un anniversaire.

2016 fêtait les 30 ans du « Label Bleu » créé en son temps – 1986 donc – par la Maison de la Culture d’Amiens. Un label qui a connu bien des vicissitudes dont une faillite pour renaître récemment. Pour que la fête soit complète, le Label Bleu a choisi de proposer une carte blanche à Henri Texier, contrebassiste, qui a enregistré une vingtaine d’albums « Label Bleu ».
Henri, 70 ans aux prunes, s’est entouré de musiciens de générations différentes, de Michel Portal à Edward Perraud en passant par Thomas de Pourquery, Manu Codjia et Bojan Z. Il manque la génération d’aujourd’hui pour parfaire le tour d’horizon des compositions d’Henri qui marque son parcours et celui du Label Bleu.
Il est possible de dater chacune des compositions proposées à la mémoire de l’auditeur qui connaît sans reconnaître ces thèmes habités qu’ils sont par de nouveaux musiciens.
Une expérience nécessaire, un album du présent que ce « Concert anniversaire 30 ans à la Maison de la culture d’Amiens ».
Nicolas Béniès
« Concert anniversaire, 30 ans à la Maison de la Culture d’Amiens », Label Bleu/L’autre distribution.

Une rencontre entre un pianiste et une écrivaine.
Agnès Desarthe, on s’en souvient, était tombé sous le charme d’un pianiste de jazz et en avait fait un livre « Le roi René (Odile Jacob), où elle racontait ses rencontres avec René Urtreger. En forme de revanche, le pianiste a fait de l’écrivaine, une chanteuse. Agnès a pris comme référence – non avouée – Julie London, actrice qui savait murmurer des mots d’amour sans prétendre à être une vocaliste de jazz. Julie avait fait un succès de « Cry me a river ».
« Premier rendez-vous » est le résultat de ces entretiens autour du livre. Ce n’est pas un tête-à-tête. Géraldine Laurent, saxophoniste alto, déchirante dés le début sur « The Man I Love » qu’elle transfigure et donne à cette reprise de standards pour l’essentiel, la touche qui, sinon, leur aurait manquée. Une mention spéciale aussi au violoniste Alexis Lograda sur « Le premier rendez-vous » et « La géante » deux originaux et le dialogue violon/saxophone alto. La voix de l’écrivaine déraille un peu de temps en temps mais pas suffisamment pour nuire à ces entretiens musicaux.
Pierre Boussaguet, contrebasse, qu’il faut entendre sur la composition la plus connue de René, « Thème pour un ami » montre qu’il a tout entendu et sait rendre l’âme de cet « ami » ; Simon Goubert, batterie, sait se taire à certains moments, se faire discret à d’autres tout en montrant sa capacité à exprimer le rythme fondamental nécessaire à toutes les aventures de tous ces musicien-ne-s. Et René bien sur, ses mémoires, son jeu de piano qui ne reste jamais ancré dans le passé et un accompagnement curieux qui ressort plutôt de la conversation, un art de plus en plus rare.
« Premier rendez-vous » est un de ces disques qui vous restent dans l’oreille comme un murmure du temps.
N.B.
« Premier rendez-vous », René Urtreger, Agnès Desarthe, Naïve/Musicast

Cadeaux à faire et à se faire

Le temps de lire…
« Correspondance Albert Camus, Maria Casarès »

Maria Casarès, tragédienne, ne peut pas s’oublier. Sa voix un peu enfumée laisse des traces dans toutes les mémoires. Comédienne totale, vraie, elle se laissait emporter par les passions de son personnage devenues les siennes. Il est impossible de l’imaginer sans emportements, sans colères et sans amour. Libre surtout face aux contraintes de ce temps, les années cinquante, intransigeantes de morale imbécile. Fille d’un Président du Conseil de la deuxième République espagnole, exilé à Paris en 1936, Maria Casarès a débuté sa carrière d’actrice en 1942. Elle a vingt ans. Deux ans plus tard, elle rencontre Albert Camus chez Michel Leiris – homme lige de ce 20e siècle – et… ce n’est pas le début de l’amour. Elle mettra fin à cette liaison. Il faudra attendre le 6 juin 1948 – comme un anniversaire – pour que commence réellement cette liaison tourmentée mais aussi belle comme seule sait rendre la vie surréaliste et fantastique un amour fou.
Albert Camus a déjà publié « L’étranger » et le « Mythe de Sisyphe » en 1942. Après la guerre, sa reconnaissance est assurée. Il multiplie les liaisons en marge de Maria Casarès. Maria, sans doute, laisse aussi parler son corps et son esprit lorsqu’elle joue au TNP avec ses compagnons de fortune. C’est le temps de la décentralisation culturelle. C’est le temps des troupes de théâtre, c’est le temps de la culture considérée comme un service public. Continuer la lecture

Le rock à l’écrit

Un éditeur, un ou deux auteurs pour la mémoire du Rock.

L’éditeur, « Camion Blanc » – sans doute en référence à l’expression « Beau comme un camion  blanc » – se veut spécialiser dans le rock mais a quand même publié un ouvrage sur « Les musiques noires ». Didier Delinotte et Jacques Vincent, ensemble ou séparément, œuvre à faire connaître et reconnaître les groupes de rock oubliés, tombés dans le néant alors que certains de leurs compositions, interprétations et albums devraient être sauvegardés, écoutés. Ils réalisent un travail de mémoire nécessaire pour, dans le même temps, rendre compte de ces années 1960s (sixties) et 1970s (seventies) qui ont vu un processus de destruction/création extraordinaire. Des barrières sont tombées, des fondations se sont construites pour envahir les 30 années suivantes. Continuer la lecture

Le coin du polar

Deux grands détectives

Viviane Moore est attirée par ce milieu du 16e siècle en France qui voit fleurir les alchimistes à la recherche de la pierre philosophale. Ils feront avancer la science sans jamais la trouver. Dans cette série, le détective, Jean du Moncel, commissaire, mène l’enquête pour trouver « Le souffleur de cendres ». L’explication du titre se trouve dans le résultat de l’intrigue. Une évocation du Paris de 1587, de la Cour des Miracles et de la place des femmes via Sybille obligée de se transformer en homme pour exercer sa profession. Continuer la lecture

Modèle de destruction

Une histoire américaine

« The Carpenters », Karen et Richard frère et sœur, représente le groupe phare des années Nixon, le moment où les populations veulent oublier la guerre du Viêt-Nam et même leur président. Une musique sirupeuse sauvée par la voix étrange de Karen. Un peu grosse, elle erre de régime amaigrissant en régime amaigrissant. Anorexique, elle mourra à 33 ans d’un arrêt cardiaque ouvrant la porte à la dévotion des fans. Clovis Goux évoque cette Amérique étrange qui connaîtra la vague hippie à la fin des années 60. « La disparition de Karen Carpenter » raconte la descente aux enfers d’une jeune femme trop de son temps et en acceptant toutes les figures de la publicité. Une écriture qui tient à distance son sujet tout en faisant preuve de délicatesse, de pudeur. Ce critique de rock devrait faire romancier.
N. B.
« La disparition de Karen Carpenter », C. Goux, Actes Sud/Rocks

« Sunny » Murray, batteur.

Mort d’un révolutionnaire

Qui aurait pu penser à le voir – une tête à la « Sonny » Liston – dans les années 1960, aux côtés de Albert Ayler, qu’il vivrait jusqu’à cet âge de 81 ans ? Certain-e-s donnent l’impression d’être éternel-le-s, lui non. Le battement sauvage de la batterie donnait l’impression de courir entre les premiers temps du jazz où cette révolte s’exprimait et la modernité d’un temps qui appelait la révolution, le changement brutal. Le tout s’exprimait dans cet instrument créé par le jazz et pour le jazz, un instrument révélateur de toutes les transformations de cette musique à travers le siècle. Des premiers temps où le jazz ne s’appelait pas encore jazz mais ragtime, jusqu’à la révolution totale, puissante du Free-Jazz, la batterie s’est métamorphosée. Continuer la lecture

U.P. JAZZ du 20 décembre

C’est le moment. On fait les bagages. Il faut se préparer à quitter la Côte Ouest, cette Californie gorgée de soleil qui se refuse à la pluie, en ce moment, pour de gigantesques incendies. Le réchauffement climatique est passé. le jazz aussi, peut-être.
Un jazz curieusement appelé « Cool », frais, pour résister à la chaleur sans doute.
Depuis l’an dernier – l’année scolaire bien sur – nous avons visité Los Angeles d’abord. La Cité des Anges transporte les noms mythiques, Hollywood, Silicon Valley deux manières de marier imagination et bizness, art et marchandise.
Le jazz « West Coast » est intimement marié avec les années 1950, sa date de naissance. Le lieu est plus contesté. Miles Davis signe un de ses certificats de baptême à New York en 1948, en créant un Nonet qui n’a aucun succès. Le disque – le 33 tours 25 cm en l’occurrence – s’en emparera, aux débuts des années cinquante, sous le nom « Birth of The Cool », une trouvaille.
En cette fin d’année 2017, début d’une nouvelle année scolaire, nous sommes passés à San Francisco – Frisco pour les intimes – avec son golden bridge, son quartier mal famé, ‘Barbary Coast », don blues et son jazz.
Aujourd’hui, je ne vous propose pas un bilan mais des raisons de regretter de quitter ce côté ensoleillé des Etats-Unis, The Sunny Side of the USA, en écoutant ceux et celles considérées comme des représentants de ce jazz.
A mercredi.

Que les « fêtes » deviennent vos fêtes, de celles qui mêlent plaisirs, rires et tout ce reste qui fait de nous des êtres humains, une qualité très contestée dans nos temps troublés.
A vous voir.

Nicolas.

L’imagination au pouvoir

Renouer avec les utopies.

Naomi Klein, dans « Dire non ne suffit plus » sous titré « contre la stratégie du choc de Trump », dresse un réquisitoire contre la politique qu’il met en œuvre ou qu’il voudrait mettre en œuvre. Une politique faite de défense des intérêts des nouveaux milliardaires et des sociétés multinationales installées dans le court terme sans projet d’avenir et, souvent, sans comprendre le passé. Contre tous les biens communs, toutes les solidarités collectives, pour la défense des super marques devenues humaines comme Trump lui-même, le néo libéralisme mâtiné désormais de revendications identitaires broie toutes les oppositions et bafoue la démocratie à coup de « fake news » pour organiser une société uniquement répressive, en s’appuyant sur des groupes fascistes et suprématiste blanc.
Pour lutter contre cette politique globale, il faut, dit-elle, « oser rêver », renouer avec le utopies pour démontrer que « le temps est venu de bondir ». Son argumentation s’appuie sur une analyse sous-jacente de la crise systémique du capitalisme qui rend crédible toutes ces visions pour forger un avenir commun, collectif d’abord contre les mutations climatiques, la crise écologique pour édifier un autre monde qu’elle voudrait « solidaire et bienveillant ».
Isabelle Delannoy, ingénieure agronome, se pose des questions similaires. Elle y répond en proposant des techniques qui permettent à la fois d’économiser de l’énergie, de lutter contre les crises écologiques et de développer la production. Elle passe en revue la permaculture, un procédé qui respecte la terre considérée comme un bien gratuit, l’économie circulaire et beaucoup d’autres procédés absolument nécessaire. Elle nomme cet ensemble qui veut « faire vivre en harmonie les êtres humains et les écosystèmes », « L’économie symbiotique » avec un sous titre qui manque singulièrement de modestie : « Régénérer la planète, l’économie et la société ». Il manque pourtant une ambition, comprendre le fonctionnement du capitalisme, déterminer les forces sociales – comme le fait Klein – opposées à cet avenir. Appréhender le passé est vital pour définir une autre société qui fonctionne sur d’autres critères. Les êtres humains sont insérés dans des enjeux qui les dépassent, ils font leur propre histoire dans des conditions qu’ils n’ont pas librement déterminées.
Dans la construction d’ « utopies réelles » – pour reprendre le titre de Erik Olin Wright, La Découverte – les réponses nécessaires aux crises, aux inégalités croissantes sont des points de départ pour synthétiser toutes les solutions partielles.
Nicolas Béniès.
« Dire non ne suffit plus », Naomi Klein, Actes Sud ; « L’économie symbiotique », Isabelle Delannoy, Actes Sud/Colibri.

UP Jazz du 13 décembre 2017

Bonjour,

Comme annoncé, pour cette dernière de l’année civile, l’année scolaire elle continue et nous avons rendez-vous en 2018, nous ferons la part belle à deux natifs de San Francisco, Dave Brubeck – en fait né à Concord le 6 décembre 1920 – et Paul Desmond. Le premier, pianiste, a étudié avec Darius Milhaud – il a prénommé un de ses fils Darius, devenu lui aussi musiciens de jazz – et quelques autres. Il a été » souvent dénigré par la critique de jazz française qui le trouvait trop « raide » pour dire qu’il ne swinguait pas, qu’il n’avait pas le « feeling » du jazz, trop marqué par sa formation. Critiques qui ne savaient pas que Darius Milhaud avait été fortement influencé par le jazz, celui du début des années 1920, que Darius voulait réaliser une musique sauvage, dans l’air de ce temps de révolte.
Paul Desmond – né Breitenfeld, le 25 novembre 1924 – est associé à Dave. Il disait que le mec accoudé au piano de Brubeck, c’était lui. Nonchalance affectée, le son de son saxophone alto doit autant à Johnny Hodges – le saxophoniste alto de l’orchestre de Duke Ellington, un des inventeurs de l’alto avec Benny Carter, Willie Smith – qu’à Charlie Parker dont il fallait se séparer pour exister. Un son moelleux non dépourvu d’aspérités qui détonne sur des métriques étranges pour le jazz.
Ensemble, ils feront leurs premiers pas à San Francisco – nous en avons déjà parlé et écouté – pour s’émanciper à New York. Ils enregistrent pour Columbia en 1959, pour le même studio, une ancienne Église, qui accueille Miles Davis pour cet album mythique « Kind of Blue ». Pour Dave et Paul, ce sera « Time Out » lequel commence pat « Blue Rondo A La Turk » – tout est dans le titre, même le blues que Paul joue comme personne – et « Take Five », un composition qui rendra riche Paul Desmond. Comme le « Blue rondo » l’indique c’est la multiplication des métrique, 5/4, 4/4, 7/4 qui fait l’originalité de ces compositions. Difficile à jouer pour tous et toutes les musiciens-ne-s de 1959. Le travail est immense. Cet album est pourtant un succès. Paul surtout réussit à faire passer toutes ces découvertes comme évidentes. La décontraction apparente, qu’il tient de Lester Young la grande influence de tous les saxophonistes de la Côte Ouest, arrive à convaincre le public.
C’est un grand succès de cette année 1959 (voir « Le souffle bleu », C&F éditions).

L’un des grands succès du « crooner ».

Le building de la firme Capitol surnommé le building construit par Nat « King » Cole

Pour les « fêtes », pour qu’elles soient vraiment une fête, nous terminerons avec un chanteur qui redevient à la mode via Gregory Porter qui lui rend hommage, Nat « King » Cole.
A vous voir.
Nicolas Béniès.