Polar étrange venu d’ailleurs

Déprime.

Le commissaire Winter, Erik de son prénom, va mal. Un symptôme : il n’écoute plus Coltrane mais… Michael Bolton qu’il cite à toute occasion. Il est séparé de sa famille. Après deux ans d’arrêt, il a repris du service. Commissaire il est, commissaire il reste. On se souvient qu’il a failli mourir au fond d’une piscine et il a été sauvé in extremis. Il lui reste des acouphènes et une profonde déprime qu’il soigne, comme tout le monde, à coups de whiskys. Il a besoin d’un psy lui dit Angela, sa compagne, de l’Espagne où elle est restée avec les filles qui fréquentent l’école espagnole et ne veulent pas revenir à Göteborg où il fait froid et noir pendant une grande partie de l’année.
Une nouvelle enquête, avec son ami Bertil, lui aussi aux prises avec des problèmes de famille, l’attire. Des meurtres sont commis aux alentours de « Marconi Park », le titre de ce roman de Ake Edwardson, meurtres de vengeance d’une victime de pédophiles. Jamais le mot n’est prononcé, comme si l’écrire était une insulte à la vie.
L’intrigue ici n’est presque pas un fil conducteur. Il s’agit surtout de Erik Winter. Peut-il se sortir de sa déprime liée à sa quasi-mort ? Peut-on vivre après cette expérience ? L’auteur a-t-il envie de poursuivre les aventures du commissaire ? Veut-il – lui ou le commissaire ou les deux – continuer à vivre en Suède ? Stockholm reste, sous la plume de Edwardson, une ville pleine de bruits, de fureurs, de mystères lumineux et Göteborg sait se montrer accueillante en ces journées de printemps. Les attraits de l’Espagne sont-ils supérieurs ? La question, les questions, pour le moment, restent ouvertes. La série des enquêtes du commissaire Winter pourraient s’arrêter là Elle a, avec cet opus, atteint ses limites ultimes. Il reste que l’auteur sait faire passer toute la dépression du monde dans celle de Winter pour combattre, peut-être la sienne en donnant du corps et de la chair à ces personnages alors qu’il abandonne un peu trop facilement les enquêtés à leur triste sort. Il sue de ce roman une écriture qui en est l’atout essentiel.
Nicolas Béniès.
« Marconi Park. Une enquête du commissaire Winter », Ake Edwardson, traduit par Rémi Cassaigne, 10/18.

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