Chic ! C’est la rentrée… littéraire ! Partir à la découverte.

Histoire, Mémoire et Romans

La rentrée serait sous le signe de l’austérité. Moins de livres que l’an dernier, disent les spécialistes qui font état de plus de 530 romans et ne comptent pas les essais et autres publications. Même ainsi, le choix est inhumain. Il ne peut s’agir que d’un échantillon très limité provenant plus de l’instinct que de la rationalité. Pourtant, le travail de mémoire est le point de chute de la plupart des romans. Comme si la recherche du passé se posait comme vital face à un monde vacillant qui fait de l’accélération son seul credo. Continuer la lecture

Le coin du polar


Une réédition pour une nouvelle collection

« La Noire » vient s’ajouter – pour l’instant – à la Série Noire pour faire découvrir ou redécouvrir des auteurs oubliés ou laisser en jachère. Hervé Prudon en fait partie. « Nadine Mouque » est un nom commun à la plupart des filles dans cette cité HLM de banlieue où il est impossible de vivre sinon en répondant à des stéréotypes. C’était déjà le cas en 1995, année de la première parution de ce récit, et, de ce point de vue, il n’a guère vieilli. « La Cité des Blattes » – le nom de cet ensemble – pourrait faire partie de l’actualité de ces scandales immobiliers, de ces immeubles qui se perdent sous le poids des absences, des réparations bien sur mais aussi de la pure et simple humanité.
La mort de la mère du chômeur/narrateur/pochard , d’une balle perdue, fait démarrer une action qui se traîne à coups d’ivresse, de sommeil secoué de coups de tonner qui ne sont pas des éveils et de la présence, pour le moins étrangement inquiétante, de l’héroïne du feuilleton pour ados de l’époque « Hélène et les garçons ».
Le narrateur enveloppé d’alcools voudrait bien se débarrasser de ce liquide volatil mais la volonté lui manque. Rêve ou réalité, il tue un dénommé Sarkozy – dans le livre le nom s’écrit un peu différemment – et quelques autres séides. C’est difficile à croire, mais cet individu fictif est déjà ministre… de la culture ! Pour le reste, une description quasi clinique de cette banlieue dont on ne parle plus assez avec ses règlements de compte, ses parvenus, ses chefs, ses communautés, ses espoirs et tous ses désespoirs et autant de désespéré-e-s. C’est aussi un grand livre sur les collines embrumées de l’alcoolisme où la descente est rapide.
En prime, une « présentation de Sylvie Péju » tout en retenue pour faire connaissance avec l’auteur et ses modes..
Nicolas Béniès
« Nadine Mouque », Hervé Prudon, La Noire/Gallimard.

Réflexions sur la démocratie

« La science de la richesse », une réflexion sur les outils de l’économie
Renouer les fils de la théorie pour comprendre et agir.

Jacques Mistral, avec  La science de la richesse qui se veut « Essai sur la construction de la pensée économique », poursuit un but qui se démultiplie. D’abord faire pièce au néolibéralisme, à « la fable des marchés efficients », à cette « confiance presque absolue dans les mécanismes du marché » – il faudrait même parler de croyance -, à cette idéologie qui s’est imposée aux débuts des années 1980 avec son cortège d’« horreurs économiques ». Fable, en conséquence, d’une « science économique » qui, à l’image de la physique, pourrait se passer de toute intervention de l’Etat et même de l’Etat. Une charge menée à l’aide de toute l’histoire de la pensée économique pour démontrer que, dés les mercantilistes et plus encore chez Smith et Ricardo, seule a droit de cité l’économie politique. Continuer la lecture

Poésie de la fulgurance

Georges Perros, l’esthétique du quotidien

La poésie surgit dans des endroits bizarres, étranges d’une rencontre avec un paysage, une personne, un sentiment. Pour Georges Perros (1923-1978), le point de départ est dans la sensation d’être vivant alors que la mort rôde. Il se dira « noteur » pour indiquer que la note est la seule manière d’exprimer la fulgurance de la vie, la nécessité de l’éphémère face au livre imprimé. Le quotidien est, par nature, « gravée sur le mur du vent » pour perdre la trace du passé tout en conservant son ombre. La poésie de Perros ressemble, de ce point de vue, au sillage d »’un bateau qui suit des routes invisibles à l’œil nu mais conservées par les navigateurs. L’écume devient la signification du passé. Continuer la lecture

Cadeaux à faire et à se faire

Le temps de lire…
« Correspondance Albert Camus, Maria Casarès »

Maria Casarès, tragédienne, ne peut pas s’oublier. Sa voix un peu enfumée laisse des traces dans toutes les mémoires. Comédienne totale, vraie, elle se laissait emporter par les passions de son personnage devenues les siennes. Il est impossible de l’imaginer sans emportements, sans colères et sans amour. Libre surtout face aux contraintes de ce temps, les années cinquante, intransigeantes de morale imbécile. Fille d’un Président du Conseil de la deuxième République espagnole, exilé à Paris en 1936, Maria Casarès a débuté sa carrière d’actrice en 1942. Elle a vingt ans. Deux ans plus tard, elle rencontre Albert Camus chez Michel Leiris – homme lige de ce 20e siècle – et… ce n’est pas le début de l’amour. Elle mettra fin à cette liaison. Il faudra attendre le 6 juin 1948 – comme un anniversaire – pour que commence réellement cette liaison tourmentée mais aussi belle comme seule sait rendre la vie surréaliste et fantastique un amour fou.
Albert Camus a déjà publié « L’étranger » et le « Mythe de Sisyphe » en 1942. Après la guerre, sa reconnaissance est assurée. Il multiplie les liaisons en marge de Maria Casarès. Maria, sans doute, laisse aussi parler son corps et son esprit lorsqu’elle joue au TNP avec ses compagnons de fortune. C’est le temps de la décentralisation culturelle. C’est le temps des troupes de théâtre, c’est le temps de la culture considérée comme un service public. Continuer la lecture

Une évocation du Paris des années 1920

Robert McAlmon comme figure clé et oubliée.

« La nuit pour adresse », un titre que l’auteure Maud Simonnot a emprunté à un poème de Louis Aragon, est aussi une sorte de devise pour tous ces Américains installés à Paris en ce début des années 20. Ces jeunes gens, filles et garçons, baignent dans un océan d’alcool tout créant, comme autant de bouteilles à la mer, des œuvres dans tous les domaines. Tout ce monde vit la nuit, fréquente les boîtes à la mode, se retrouvent chez Bricktop qui tient un club de jazz et s’enivre de cette musique qui fait ses premiers pas. Continuer la lecture

Le temps du conteur.

Tahar Ben Jelloun, écrivain japonais ?

Gallimard, dans cette collection Quarto, a décidé de laisser à Tahar Ben Jelloun non seulement le choix des textes – intitulé « Romans » – mais aussi « les points de repères » biographiques et bibliographiques qui font l’originalité de cette collection. Presque une autobiographie. Tahar raconte sa famille, son Maroc, Fès surtout, point de départ et d’arrivée, ville de toutes les histoires, de tous les imaginaires, Tanger où son père avait ouvert une boutique, Paris, ville de toutes les rencontres – notamment celle de Jean Genet, une sorte de géniteur –, des études, du succès.
L’an 2000 fut une mauvaise année pour lui. A mots couverts, il est question de la police secrète marocaine et de ses sbires capables de toutes les basses manœuvres pour dénigrer, calomnier et même menacer physiquement la personne visée. Il dit avoir réussi à résister mais il reste un sale goût dans la bouche. La monarchie marocaine ne pardonne pas, n’oublie pas. Une sorte de retour vers ces premières années, 1966-1968, 19 mois pendant lesquels il fut soumis à la répression journalière dans un camp disciplinaire de l’armée marocaine. Pour supporter, l’évasion par la poésie, par les mots, par la force de l’imagination. S’inventer des histoires pour s’inventer soi-même sans le savoir réellement. Ainsi naît une vocation d’écrivain. Continuer la lecture

Saul Bellow (suite)

L’américanité existe, Bellow l’a construite.

Saul Bellow quarto (2)Saul – diminutif de Salomon – Bellow (1915-2005), fils d’immigrés juifs russes de Saint-Pétersbourg parlant Yiddish installés d’abord au Québec puis à Chicago, deviendra, par la force de sa volonté, un écrivain américain cultivant son « américanité », sa spécificité. Comme James Joyce, il forgera un vocabulaire spécifique et une manière d’écrire.
Il lui faudra attendre son troisième roman, « Les aventures d’Augie March » pour faire cette entrée fracassante en littérature. Une accumulation de détails, de mots, une luxuriance d’images dont le socle repose sur une critique sociale, celle du capitalisme triomphant qui rogne les ailes de la créativité et oblige à franchir toutes les limites surtout celles que la société considère comme le « bon goût ». Continuer la lecture