Jazz, les années d’Occupation revisitées

Coucou, revoilà Django !

Je ne sais si le film « Django » a suscité des vocations mais les publications des enregistrements de Django Reinhardt ne se sont pas taries. Il faut dire que la plupart sont tombés dans le domaine public. Le film précité de Étienne Comar suit le périple du guitariste en cette année 1943, année terrible pour les Tsiganes massivement déportés après la rafle du Vel d’Hiv qui a visé les Juifs en France et par la police française. Le film suit Django pour mettre l’accent sur la volonté des fascistes de tout poil d’anéantir les Roms, partie de l’histoire de la seconde guerre mondiale oubliée.
La musique du film est revisitée. Le label « Ouest » a voulu rendre compte de la musique originale de Django dans ces années d’Occupation en proposant les enregistrements originaux du « nouveau quintette » formé par Django séparé de Stéphane Grappelli resté à Londres. Il a raté le dernier bateau. Le violoniste vivra la guerre sous les bombardements, jouant dans les clubs avec, notamment le pianiste aveugle George Shearing qui faisait ses premiers pas. Lire la suite

Le coin du polar.

Le polar est un genre en train de tellement se diversifier que, bientôt, il faudra abandonner cete classification. De plus il s’introduit dans toutes les sphères de la littérature à croire qu’il est le seul à être encore un peu soit peut vivant.
Pour cette sélection, trois types de polar donc. Historique et sociologique – un peu artistique – pour faire revivre ce Paris étrange, celui de l’Occupation, littéraire avec Benjamin Black qui recrée la figure de Philip Marlowe en s’inspirant de Chandler pour continuer son œuvre prenant une dimension abstraite faute de définir la chronologie mais ce flou procure de nouvelles sensations et, enfin, pénétrer dans notre monde moderne de plus en plus barbare avec un nouveau personnage, un enquêteur de 27 ans, « Zack » – titre aussi de ce roman écrit à 4 mains dans la Série Noire – capable d’incarner les vices qui rongent nos sociétés comme la suédoise.
Une confrontation étrange. Les méthodes d’investigation sont très différentes. Malgré le contexte de l’Occupation, l’enquête est classique, la barbarie est extérieure pour « Occupe-toi d’Arletty », cependant que Black investit la barbarie intérieure – une nouvelle contrée – et Kallentoft/Lutteman la déstructuration de la société suédoise, une société comme la plupart des autres totalement corrompue.
Peut-être dans ce partage de la barbarie trouve-t-on la cause principale de la victoire du polar. Ce genre s’est fait connaître par l’utilisation de la violence, la description de la société « réelle » pour créer des personnages un pied – quelque fois plus – hors de ce monde. Il faut de la distance pour être un détective privé à la sauce Hammett ou Chandler, avec un code de vie qui ne permet pas de céder aux corrupteurs, une distance nécessaire pour décrire toutes les barbaries. Lire la suite

Les femmes, grandes oubliées de nos livres d’Histoire.

Pour une histoire «ouverte »

les-fran-aises-au-coeur-de-la-guerre_9782746738959Mis à part quelques égéries, Jeanne d’Arc, Jeanne Hachette – pour qui je garde une secrète admiration pour cette héroïne inventée -, les femmes ne font pas partie du paysage de l’Histoire. L’Histoire est souvent masculine. Les hommes font l’Histoire. Les femmes sont reléguées dans les histoires.
Une erreur profonde.
Qui commence à être corrigée. Les ouvrages se multiplient. L’un des derniers en date, « 1939-1945, Les Françaises au cœur de la guerre », réalisé en collaboration entre les éditions Autrement et le Ministère de la Défense, sous la direction de Evelyne Morin-Rotureau, permet de revisiter tous les grands thèmes de cette Histoire y compris celle de la Shoah, de ces « femmes juives en France ». Un nouvel éclairage de la vie au quotidien comme celle de la Résistance ou plus encore les conséquences de la politique de Vichy.
Les têtes de chapitre donnent une idée des sujets traités. « Subir l’Occupation », comment vivre ou survivre, comment se soustraire au type de rapports sexuels voulus par les autorités d’Occupation, à la politique familiale de Vichy et à la « Fête des Mères » instituée par le maréchal Pétain ? Comment les femmes se sont organisées face à l’occupant ? Elles militent, elles font partie des organisations de la Résistance. La Libération, « fête folle », se traduira par le doit de vote mais la libération dans la vie de tous les jours attendra…
Les auteur(e)s constatent aussi que les Résistantes disparaissent assez rapidement du paysage politique alors que les associations de Résistants fleurissent et vont occuper une très grande partie du terrain.
Les auteur(e)s ne font pas l’impasse sur les « oubliées de l’art » dont « les femmes remarquables dans le cinéma français sous l’Occupation ou Marlène Dietrich… Toute une histoire restés dans l’ombre…
L’iconographie, superbe comme souvent dans ce type d’ouvrage, se compose de plus de 200 photos et de documents d’époque. Elle appelle à poursuivre ce travail d’archives pour retrouver les traces de ces existences, de ces parcours.
Pourtant les figures de Résistantes existent – comme celle de Joséphine Baker – mais elles ont eu tendance à occulter la réalité de la volonté de survivre, de se libérer de toutes ces femmes qui ont voulu prendre en mains leur destin. Il fallait revenir sur cette période pour comprendre notre passé commun, pour que notre patrimoine s’enrichisse de cette Histoire. Pour comprendre aussi que le combat pour les droits de femmes est un combat pour les droits de tous les êtres humains.
Ce livre là ouvre des perspectives de travail à tous les historiens et pas seulement aux historiennes !
Nicolas Béniès.
« 1939-1945, les Françaises au cœur de la guerre », Ministère de la Défense/Autrement, sous la direction de Evelyne Morin-Rotureau.