Le coin du polar

Un coin du polar en forme de voyages dans les temps et les espaces, de l’Antiquité romaine par un Texan à notre actualité française violente dans le monde de la pègre où n’existe aucun lien y compris familiaux en passant par un Boston qui n’est pas celui de Dennis Lehane et un premier polar grec.

Rome en guerre.

Steven Saylor est Texan. Une bizarre filiation – des études d’Histoire – l’a conduit vers l’Antiquité romaine après avoir fait divers métiers qui l’ont éloigné un temps de cette discipline. Il a déjà publié 15 volumes de cette saga. Les éditions 10/18 nous proposent le huitième, « Sous l’aile des furies », se passant en l’an 88 avant notre ère au moment où l’empire romain est menacé de tout côté, notamment par Mithridate. Les aventures de Gordianus et de son ancien tuteur Antipater.
Un message codé d’appel au secours de Antipater sert de point de départ à la mise en scène de ces affrontements. Alexandrie, ville intellectuelle de la Région, sert de port d’attache. Le roman alterne la description des deux camps via les deux protagonistes principaux. Antipater parle, par l’intermédiaire de son journal intime, du camp de Mithridate et Gordianus sert de fil conducteur du côté des armées romaines. Le doute plane sur la survie de Antipater. Le plan de Gordianus, dans sa simplicité, se heurte à des obstacles puissants et des forces féroces. Une sorte de western antique pour réviser son histoire. Il est conseillé de lire toute la série pour comprendre les références. Elle en vaut la peine.

Le premier polar grec.

Paul Nirvanas est l’auteur de « Psychiko », considéré comme le premier polar grec, publié en 1928. Nikos Molochanthis, jeune rentier, s’ennuie. Pour donner un peu de piment à sa vie, il décide de revendiquer l’assassinat d’une femme retrouvée morte dans un quartier d’Athènes, un assassinat étrange. Il se met en cheville avec un « ami », Stephanos dont la sœur est amoureuse de lui. L’histoire ira jusqu’à la peine de mort pour ce jeune homme qui ne voulait rien d’autre que la célébrité. L’intrigue sera reprise, dans la réalité, de tous ceux qui veulent avoir leur nom dans les journaux.

Boston noir.

Boston, a été marquée, dans les années 1950, par l’étrangleur de Boston. Cet artisan tuait les femmes dans leur appartement. Présenté comme schizophrène, il a fini sa vie en hôpital psychiatrique. Tony Curtis, dans le film qui porte ce titre, en a donné une composition saisissante.
Cette atmosphère se retrouve dans « Les morsures du froid », premier roman de Thomas O’Malley et Douglas Graham Purdy, qui décrit Boston comme la ville corrompue qu’elle était en cet hiver 1951. Deux protagonistes, Dante Cooper un héroïnomane qui essaie de lutter contre ses démons pour retrouver l’assassin de la sœur de sa femme défunte, retrouvée morte dans une plaque de verglas à Dorchester, un des quartiers de la ville. Une enquête qui participe de sa rédemption. Il transporte un sentiment de culpabilité, celui d’être responsable de la mort de sa femme et de sa trahison avec la sœur justement. Il fait appel à son copain, Cal O’Brien, ancien flic et responsable d’une firme chargée de la sécurité, des vigiles en quelque sorte. Ce temps de 1951 est celui de la récession. Les entreprises ferment et Cal a de moins en moins de clients. Il souffre d’une ancienne blessure à la jambe et boit autant que Dante se drogue. Lui aussi a besoin de se prouver qu’il sert à quelque chose. Un sentiment qui justifie toutes les méthodes d’un justicier autoproclamé.
Les deux auteurs savent mener leur monde. On marche, on courre même à suivre ces deux énergumènes qui ne font pas dans le détail. La ville, ses quartiers, sa police sont aussi des protagonistes de cette intrigue qui nous plonge dans les coulisses de cette ville américaine considérée trop souvent comme collet monté. Ne ratez pas ces détectives d’un type nouveau.

Meurtres en famille.

« Enfants de la Meute » est un titre qui interroge. Jérémy Bouquin a dû le chercher… sur la carte. « La Meute » est un village sis dans le Jura. Garry y a été élevé avec son frère par un grand-père. Il revient avec Yannis, un gamin de huit ans, fils de son meilleur ami, un roi de la Pègre, qui vient d’être assassiné. Il raconte sa vie au village jusqu’à l’arrivée de son frère aîné qu’il faut découvrir. Les histoires de famille se terminent souvent mal comme les celles de couple. L’auteur mêle les deux pour donner libre cours à sa violence ou à celle d’un monde qui ne connaît que la barbarie pour régler ses problèmes.
Un peu trop « gore » d’autant que les personnages ne sont pas assez « creusés ». Trop stéréotypés, ils manquent de vie. Pourtant, le lecteur a du mal à quitter le livre même s’il se doute de la fin.
Nicolas Béniès.
« Sous l’aile des furies », Steven Saylor, traduit par Hélène Prouteau, Grands détectives/ 10/18 ; « Psychiko », Paul Nirvanas, traduit par Loïc Marcou, 10/18 ; « Les morsures du froid », Thomas O’Malley et Douglas Graham Purdy, traduit par Isabelle Maillet, 10/18 ; « Enfants de la Meute », Jérémy Bouquin, Rouergue Noir.

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