Jazz, les années d’Occupation revisitées

Coucou, revoilà Django !

Je ne sais si le film « Django » a suscité des vocations mais les publications des enregistrements de Django Reinhardt ne se sont pas taries. Il faut dire que la plupart sont tombés dans le domaine public. Le film précité de Étienne Comar suit le périple du guitariste en cette année 1943, année terrible pour les Tsiganes massivement déportés après la rafle du Vel d’Hiv qui a visé les Juifs en France et par la police française. Le film suit Django pour mettre l’accent sur la volonté des fascistes de tout poil d’anéantir les Roms, partie de l’histoire de la seconde guerre mondiale oubliée.
La musique du film est revisitée. Le label « Ouest » a voulu rendre compte de la musique originale de Django dans ces années d’Occupation en proposant les enregistrements originaux du « nouveau quintette » formé par Django séparé de Stéphane Grappelli resté à Londres. Il a raté le dernier bateau. Le violoniste vivra la guerre sous les bombardements, jouant dans les clubs avec, notamment le pianiste aveugle George Shearing qui faisait ses premiers pas.
« Les années de guerre (1940-1943 », sous titre de ce double album, démarre avec « Rythme futur », du 1er octobre 1940 – pour le label Swing créé par Charles Delaunay – et se termine avec « Blues clair » du 26 février 1943, sur le même label. Une visite du Django de ces années qui se métamorphose pour dépasser le « jazz manouche » qu’il a créé dans les années 1930 en compagnie de Stéphane Grappelli. Le génie du compositeur intimement lié à l’interprète éclate à chaque instant. Désormais ce sont les clarinettes qui jouent le rôle d’interlocuteurs et le batteur vient ajouter la touche originale par rapport au quintet précédent.
Pendant cette période, le public connaît surtout « Nuages » dont deux versions ont paru qui se retrouvent dans cette compilation. Django préférait celle à deux clarinettes qu’il est possible de juger plus « lourde » que la version avec une seule, celle d’Hubert Rostaing. Mais pourquoi choisir ?
L’essentiel n’est pas là. Il est dans toutes ces compositions, dans tout le déploiement du génie de Django comme libéré des contraintes du quintet avec Stéphane qui fonce vers l’inconnu à grandes enjambées. Le jazz français existe sans le soutien de ses inspirateurs américains. Il vit. Django y participe pleinement aux côtés des autres musicien-ne-s comme le montre le bonus « Festival Swing » du 26 décembre 1940. C’était Noël pour cette rencontre étrange.
Au total, la musique gagne. Ces faces ont été plusieurs fois rééditées. Elle reste d’une étonnante jeunesse. Le plaisir est au rendez-vous. Une fois encore. Il faut souligner la qualité technique de la reproduction qui contribue grandement à cette sensation d’une inquiétante familiarité.
Nicolas Béniès.
« Django Reinhardt. Le nouveau quintette. Les années de guerre », compilation réalisée par Max Robin et Samy Daussat, Label Ouest/L’autre distribution.

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