La France à un goût de rock

Le rock américain débarque… à l’Olympia forcément.

Octobre 1958. La guerre d’Algérie provoque des traumatismes durables dans une grande partie de cette jeunesse partie combattre pour conserver une colonie sous la direction de généraux et de colonels qui ont perdu le sens de l’honneur. Le Général de Gaulle arrive comme le Sauveur. Il est présenté ainsi par le Président René Coty qui ne nomme, après un coup d’État – au moins un ! – Président du Conseil. Début octobre, un référendum constitutionnel permet l’avènement de la Ve République. La guerre se poursuit et le Général dira, en une formule ambiguë : « Je vous ai compris ». Il n’avait pourtant pas compris les aspirations d’une jeunesse en train de trouver un langage commun, une musique générationnelle de tous ces ados, ces « teens » comme on disait de l’autre côté de l’Atlantique, le « rock and roll » déjà bien installé aux Etats-Unis avec Elvis Presley, Gene Vincent et beaucoup d’autres.
En France cette musique était dénigrée par les amateurs de jazz dont Boris Vian et Henri Salvador qui avaient fait des tubes de rock « comiques » à leur grand étonnement. Lire la suite

Polar, Promenade dans Paris, 1944

« L’affaire Petiot » revue et corrigée.

Jean-Pierre de Lucovich poursuit son investigation du Paris de la guerre. « Satan habite au 21 » fait clairement référence aux crimes de Marcel Petiot. Le 21 de la rue Lesueur était un petit château aménagé par Petiot pour se débarrasser de ses victimes, attirés là par la perspective d’un voyage vers l’Argentine pour fuir les nazis et la milice. Petiot, un as du déguisement, a longtemps échappé – comme son trésor – à toutes les polices. Il se fera prendre en 1946, victime du péché d’orgueil, et guillotiné malgré une plaidoirie de 6 heures de Maître René Floriot – sa carrière commence -, le 25 mai 1946. Beaucoup de zones d’ombre restent. Le trésor de Petiot, sa fuite, ses identités successives… De quoi broder pour présenter des hypothèses. Qui portent même sur la mort de Petiot… Lire la suite

Jazz, Paris, 1958 et 1960. De la peur à la peur et la joie du jazz.

JATP à Paris, Olympia et Pleyel.

JATP à ParisLe Jazz At The Philharmonic est l’idée personnelle de Norman Granz. Avant d’être producteur de disques de jazz et créateur de labels indépendants – NorGran, Clef, Verve et Pablo -, il avait voulu ouvrir les Philharmonic au jazz. Mis à part les concerts au Carnegie Hall, dés 1937 avec Benny Goodman, et surtout les « From Spiritual To Swing » de décembre 1938 et 1939 organisés par John Hammond, critique de jazz mais aussi membre d’une des grandes familles américaines, les Philharmoniques étaient fermées au jazz, considéré comme une musique de bordel.
Le 2 juillet 1944, Norman organise son premier concert avec la volonté de faire cohabiter, sur scène des styles, des musiciens différents pour faire surgir… on ne sait quoi. La lumière ? La nouveauté ? Le miracle ? S’il fallait choisir j’opte à coup sur pour cette dernière solution. Plus l’opposition était forte, mieux c’était…
En 1958 – le 30 avril – la formule était rodée. Le public parisien, clairsemé – la période est trouble, les coups d’État menacent, la IVe république est en train de mourir, la guerre d’Algérie menace la République – assiste à un concert qui réunit deux monstres sacrés, Coleman Hawkins, l’inventeur du saxophone ténor et Roy Eldridge dit « Little jazz », trompettiste capable de franchir toutes les limites pour gagner la première place – même s’il ne sait pas de quel concours il s’agit. Se rajoute Sonny Stitt, saxophoniste alto et ténor, plus original au ténor qu’à l’alto, en tournée en France et que Norman a recruté pour l’opposer à Coleman Hawkins, un peu plus de sel dans les confrontations qu’il aime, et une section rythmique conduite par le pianiste Lou Levy avec Herb Ellis à la guitare, Max Bennett à la contrebasse et Gus Johnson à la batterie. Lire la suite

Jazz, Louis Armstrong, 1962

Un concert à Paris (Olympia) le 24 avril 1962.

Louis Armstrong à ParisLouis Armstrong transporte son « All Stars » de villes en villes, de pays en pays depuis la fin des années 1940. Partout, il est accueilli comme un roi. Ce qu’il est sans conteste. Roi des Zulus que la Nouvelle Orléans élit tous les mardi gras, roi de ce royaume superbe et inconnu, le jazz. Louis est le génie tutélaire du jazz à n’en pas douter. La folle créativité fut sienne dans les années 20-30 à s’en péter les lèvres.
Dans les années 50/60, il se répète en reprenant les thèmes habituels d’un jazz appelé traditionnel ou dixieland. Il reste une voix inspiré par des muses étranges qui arrive à nous charmer. Les sirènes avaient-elles sa voix rocailleuse ? Boris Vian, à juste raison, sera déçu de la prestation du all star armstronien. Il s’attendait à un Dieu flottant sur les temps, il n’eût que le trompettiste ayant largué toutes ses bombes. Il restait Louis Armstrong malgré et contre tout. Sa biographie ne dit pas tout. Les légendes sont si nombreuses qu’il faudrait plusieurs livres pour les combattre. A quoi bon, vous connaissez la formule de John Huston : « Quand la légende est plus belle que la réalité, il faut imprimer la légende ». Souvent, se multiplient les anachronismes. Telle citation de Dada n’est pas remise dans son contexte, telle appréciation n’est pas vérifiée et le tout à l’avenant. On le sait, on ne prête qu’aux riches…
Le répertoire du all star change peu, le spectacle non plus. La multiplication des enregistrements publics le montre à l’évidence. Pourtant, il en est qui sortent du lot et celui là, à Paris ce 24 avril 1962, en fait partie.
Paris est une des capitales du jazz en ce temps là. Louis y est déjà venu. Deux fois. En 1934 – et il n’a pas pu rencontré Django – et en 1948. L’Olympia, un lieu particulier dans ces années 50/60, en lien avec Europe 1 et « Pour ceux qui aiment le jazz ». La jeunesse inonde les fauteuils de cette salle, prenant possession des lieux. Ce sera sa caverne, plus saine que le Tabou. Elle y cassera les fauteuils dés 1955 pour un concert de Sidney Bechet. Lire la suite

Le coin du polar.

Le polar est un genre en train de tellement se diversifier que, bientôt, il faudra abandonner cete classification. De plus il s’introduit dans toutes les sphères de la littérature à croire qu’il est le seul à être encore un peu soit peut vivant.
Pour cette sélection, trois types de polar donc. Historique et sociologique – un peu artistique – pour faire revivre ce Paris étrange, celui de l’Occupation, littéraire avec Benjamin Black qui recrée la figure de Philip Marlowe en s’inspirant de Chandler pour continuer son œuvre prenant une dimension abstraite faute de définir la chronologie mais ce flou procure de nouvelles sensations et, enfin, pénétrer dans notre monde moderne de plus en plus barbare avec un nouveau personnage, un enquêteur de 27 ans, « Zack » – titre aussi de ce roman écrit à 4 mains dans la Série Noire – capable d’incarner les vices qui rongent nos sociétés comme la suédoise.
Une confrontation étrange. Les méthodes d’investigation sont très différentes. Malgré le contexte de l’Occupation, l’enquête est classique, la barbarie est extérieure pour « Occupe-toi d’Arletty », cependant que Black investit la barbarie intérieure – une nouvelle contrée – et Kallentoft/Lutteman la déstructuration de la société suédoise, une société comme la plupart des autres totalement corrompue.
Peut-être dans ce partage de la barbarie trouve-t-on la cause principale de la victoire du polar. Ce genre s’est fait connaître par l’utilisation de la violence, la description de la société « réelle » pour créer des personnages un pied – quelque fois plus – hors de ce monde. Il faut de la distance pour être un détective privé à la sauce Hammett ou Chandler, avec un code de vie qui ne permet pas de céder aux corrupteurs, une distance nécessaire pour décrire toutes les barbaries. Lire la suite

Mai juin 1962 à Paris…

Paris, Ville Lumière du jazz.

La fin des années 1950 et le début des années 60 sont des années fastes pour le jazz, la soul music comme le rock. Paris, capitale des capitales, prend toute sa place dans ce déferlement de création. Le public parisien fera du « Genius », Ray Charles, la grande vedette, la star de la soul music qu’il sera jusqu’au bout de sa vie.
raycharlesCette collection, « Live in Paris », fait la preuve de sa nécessité majeure à la fois pour faire un travail de mémoire fondamental et pour redonner vie à ces concerts qui ont marqué de son empreinte indélébile toute une génération.
Ray et son orchestre de jazzmen se produisent au Palais des Sports – c’est complet – les 20-21 octobre 1961. Une date sanglante pour la France. Le FLN a décidé de manifester et la répression fut sanglante. La Seine allait charrier des corps d’Algériens morts et Charonne allait laisser sur le carreau des manifestant(e)s venu(e)s protester contre cette résurgence d’une période que les contemporains croyaient appartenir au passé. Michel Brillié, responsable de ces publications, cite une extrait de l’autobiographie de Ray Charles qui prétend – faut-i le croire ? – avoir reçu des assurances du FLN que ses concerts ne seraient pas perturbés. Il arrive que la réalité fasse preuve de plus d’imagination que l’imagination la plus fertile. Curieuse relation entre jazz et politique dans la France de ce temps où les jeunes manifestants étaient aussi des jazzfans conséquents. Lire la suite

Des vrais et faux polars

Illustrations de la diversité du polar.

Trois types de polar sont illustrés par des parutions récentes. Le polar journalistique tout d’abord avec « Le dossier Odessa » de Frederick Forsyth. Odessa est le nom d’une organisation de réinsertion des anciens nazis dans les rouages de l’économie, de la finance ou de la politique allemande après la fin de la guerre. Peter Miller est un jeune journaliste allemand qui mène l’enquête comme l’auteur l’a fait avant lui. Le prisme de l’intrigue permet à la fois la fiction lorsque les preuves manquent, une fiction rationnelle, convaincante et d’organiser la démonstration. Ce livre, publié en 1972 et retraduit, n’a pas vieilli dans la mise en évidence des collaborations et de cette volonté, pour le capitalisme, de se servir de tous les leviers. Une image de l’Allemagne mais aussi du cynisme de toute une société désertée par l’éthique. Lire la suite