Jazz, Les vocalistes à l’honneur sur la Côte Ouest.

Un passé très présent.

Longtemps, la critique de jazz, française notamment, a fait fi d’une grande partie du jazz de ces années 1950 sous prétexte qu’il était « blanc » et provenait de la West Coast, de cette Californie idéalisée par ces États-uniens en quête de plages, de soleil, d’un Eden.
Boris Vian, en particulier, aimait beaucoup ce rôle, dénigrant Chet Baker pourtant proche parent de Bix Beiderbecke qu’il faisait profession d’aimer – il jouait dans son style – , ou Gerry Mulligan, saxophone baryton qui savait que le jazz était synonyme de liberté. La « West Coast » ainsi ne trouvait guère droit de cité. Les disques restaient dans les bacs, invendus, malgré les efforts de Daniel Richard, à cette époque chez « Lido Musique » sur les Champs-Élysées. Lire la suite

La virtuosité humaniste d’Oscar Peterson.

La geste du piano

Oscar Peterson, le piano dans toute sa plénitude, dans toute sa rigueur qui sait parcourir les 88 touches à la vitesse d’un champion olympique de 100 mètres. Oscar, un « Dieu » bis. « Dieu » premier – pour le piano -, Art Tatum, fut ainsi qualifié par « Fats » Waller un soir où Tatum entrait dans un club où officiait Fats. Une anecdote peut-être apocryphe qui dit bien le respect et plus encore de tous ces grands artistes envers la virtuosité tatumienne. Même le plus grand ne pouvait rivaliser. Lire la suite

Rééditions d’une musique disparue,

Bonjour Fantômes…

Un film sorti en 1972, « L’aventure du jazz, voulait rendre hommage au « vrai jazz ». Il était réalisé par Louis et Claudine Panassié et « préfacé » par l’ayatollah de Montauban Hughes Panassié, ex critique de jazz. Ne reculant devant aucun superlatif, il rendait un hommage un peu trop appuyé aux réalisateurs. Famille oblige me direz-vous. La musique de ce film avait fait l’objet de deux publications préalables dont la dernière en deux CD séparés sous le titre générique de « L’aventure du jazz » agrémenté d’inédits par rapport à la première publication, sous le label « Jazz Odyssey ». En 2001, moment de cette réédition, beaucoup de ceux et celles qui étaient filmés avaient disparus. Lire la suite

JAZZ: Elvin Jones !

Batteur de génie 

Elvin – son seul prénom suffit, le deuxième était Ray, 1927-2004 – est connu comme le batteur du quartet historique de John Coltrane qui a révolutionné dans les années 1960 les mondes du jazz. Aujourd’hui – en 2017 – peu de saxophonistes échappent à l’emprise coltranienne. Il faut se souvenir que certains se sont perdus dans Coltrane. Art Pepper le raconte mais aussi « Tina » – surnom qui venait, semble-t-il de sa petite taille, Harold pour l’état civil – Brooks à la fin de sa vie n’enregistrait plus jouant comme Coltrane. Le « comme » est à prendre au sens fort. Art Pepper demandait à ses interlocuteurs lors de son dernier retour, à la fin des années 1970, s’ils reconnaissaient le son de son saxophone alto comme étant le sien, celui qu’il avait avant le pénitencier et la chute dans Coltrane.
Souvent, est oublié le batteur. Alain Tercinet pose la question à la fin du livret dans le volume « The Quintessence » consacré à Elvin Jones : « Sans Elvin Jones, Coltrane aurait-il été Coltrane ? », question rhétorique : on ne peut pas revenir en arrière. Mais les indices ne manquent pas. Lorsque Elvin n’est pas là, comme, par exemple les faces enregistrées par Trane avec Roy Haynes – qui ne démérite pas -, la magie n’est pas là, celle de la transgression, celle de la liberté, celle qui conduit tout droit dans les nuages, dans les rêves, dans l’impossible.
L’alchimie de la rencontre est l’un des secrets les mieux gardés du jazz. Les couples sont nécessaires au dépassement de l’un et de l’autre. Des exemples ? Stéphane Grappelli et « Django » Reinhardt, Billie Holiday et Lester Young, Charlie Parker et « Dizzy » Gillespie et bien d’autres encore. « Diz » le dira dans une interview à Jazz Hot. J’avais mon style, Bird avait le sien notre rencontre a été l’étincelle du génie. Ce ne sont pas les termes exacts mais l’idée est celle là. On pourrait appliquer cette équation à tous les couples… du jazz ! Lire la suite

Jazz, Déjà la fin ? La saga Bird tire sa révérence.

Un patrimoine vivant et toujours en devenir.

Dans « Le Sax » – « The Horn » dans l’original -, John Clellon Holmes décrit les derniers instants de Charlie Parker par l’intermédiaire de son personnage, Edgar Pool, qui emprunte aussi quelques traits à Lester Young réunissant ces deux créateur soumis au dur régime d’une société excluante, surtout les génies par définition dérangeants de l’ordre naturel des choses de ce monde capitaliste et conservateur. Un bon génie est un génie mort ! John Clellon marque les étapes de cette descente aux enfers qui connaît quelques rémissions, le génie refusant de rentrer dans sa bouteille. Les doutes sur sa capacité de continuer à créer, les drames personnels – pour Bird, la mort de sa fille Pree -, l’alcool, la drogue qui demandent leur tribut sans parler des ennuis d’argent faute d’assurer les engagements, les engueulades avec les patrons de clubs, la désespérance… Lire la suite

A propos de la « Beat Generation »

Retour d’expo, traces discographiques et littéraires.

Beaubourg a proposé une exposition sur la « Beat Generation ». Pas totalement réussie, elle avait pourtant le mérite de remettre dans l’actualité ces écrivains et poètes. Une « génération » qui fait partie de notre patrimoine ne serait-ce que par la création du terme « Beatnik » pour signifier une profonde révolte de la jeunesse face à cet ordre dit « établi » qui brisait tous les élans créatifs et d’espérances d’une vie moins routinière. Ce terme, qui a marqué la fin des années 1950, marquait une nouveauté, la place des « teens », des ados. Ces années 1950s verront l’avènement du rock, que les amateurs de jazz ont trop souvent rejeté sans comprendre la révolte dont il était porteur. Elvis Presley en sera la figure tutélaire. Il ne rejetait ni le blues, ni la « country » mais en faisait une dialectique pour construire une nouvelle voie. La mémoire du futur s’assoit sur celle du passé…
Les termes ensuite évolueront pour figurer des changements, changements de forme. Il sera question, plus tard et dans le contexte des mobilisations contre la guerre du Vietnam, de « Hippie ». Comme le note Alain Blum dans le coffret Frémeaux, « Beat Generation, l’anthologie musicale », on avait aussi, dans les ghettos noirs, de « Hep Cat » ainsi que, dans cette jeunesse débridée, de « Hipsters ». Il fallait dans cette fin des années 30 – il faut entendre Cab Calloway inventeur du « Za-Zu-Za » qui donnera « Zazous » – « être hip » pour être dans le coup.

Un duo emblématique
Le groupe, le duo, emblématique de cette fin des années 30 est celui constitué par Slim Gaillard et « Slam » Stewart, bassiste chantonnant à l’octave de son jeu d’archet cependant que Slim s’active principalement à la guitare mais aussi au vibraphone, au piano, aux saxophones… Lire la suite

Jazz, Paris, 1958 et 1960. De la peur à la peur et la joie du jazz.

JATP à Paris, Olympia et Pleyel.

JATP à ParisLe Jazz At The Philharmonic est l’idée personnelle de Norman Granz. Avant d’être producteur de disques de jazz et créateur de labels indépendants – NorGran, Clef, Verve et Pablo -, il avait voulu ouvrir les Philharmonic au jazz. Mis à part les concerts au Carnegie Hall, dés 1937 avec Benny Goodman, et surtout les « From Spiritual To Swing » de décembre 1938 et 1939 organisés par John Hammond, critique de jazz mais aussi membre d’une des grandes familles américaines, les Philharmoniques étaient fermées au jazz, considéré comme une musique de bordel.
Le 2 juillet 1944, Norman organise son premier concert avec la volonté de faire cohabiter, sur scène des styles, des musiciens différents pour faire surgir… on ne sait quoi. La lumière ? La nouveauté ? Le miracle ? S’il fallait choisir j’opte à coup sur pour cette dernière solution. Plus l’opposition était forte, mieux c’était…
En 1958 – le 30 avril – la formule était rodée. Le public parisien, clairsemé – la période est trouble, les coups d’État menacent, la IVe république est en train de mourir, la guerre d’Algérie menace la République – assiste à un concert qui réunit deux monstres sacrés, Coleman Hawkins, l’inventeur du saxophone ténor et Roy Eldridge dit « Little jazz », trompettiste capable de franchir toutes les limites pour gagner la première place – même s’il ne sait pas de quel concours il s’agit. Se rajoute Sonny Stitt, saxophoniste alto et ténor, plus original au ténor qu’à l’alto, en tournée en France et que Norman a recruté pour l’opposer à Coleman Hawkins, un peu plus de sel dans les confrontations qu’il aime, et une section rythmique conduite par le pianiste Lou Levy avec Herb Ellis à la guitare, Max Bennett à la contrebasse et Gus Johnson à la batterie. Lire la suite

Jazz, Louis Armstrong, 1962

Un concert à Paris (Olympia) le 24 avril 1962.

Louis Armstrong à ParisLouis Armstrong transporte son « All Stars » de villes en villes, de pays en pays depuis la fin des années 1940. Partout, il est accueilli comme un roi. Ce qu’il est sans conteste. Roi des Zulus que la Nouvelle Orléans élit tous les mardi gras, roi de ce royaume superbe et inconnu, le jazz. Louis est le génie tutélaire du jazz à n’en pas douter. La folle créativité fut sienne dans les années 20-30 à s’en péter les lèvres.
Dans les années 50/60, il se répète en reprenant les thèmes habituels d’un jazz appelé traditionnel ou dixieland. Il reste une voix inspiré par des muses étranges qui arrive à nous charmer. Les sirènes avaient-elles sa voix rocailleuse ? Boris Vian, à juste raison, sera déçu de la prestation du all star armstronien. Il s’attendait à un Dieu flottant sur les temps, il n’eût que le trompettiste ayant largué toutes ses bombes. Il restait Louis Armstrong malgré et contre tout. Sa biographie ne dit pas tout. Les légendes sont si nombreuses qu’il faudrait plusieurs livres pour les combattre. A quoi bon, vous connaissez la formule de John Huston : « Quand la légende est plus belle que la réalité, il faut imprimer la légende ». Souvent, se multiplient les anachronismes. Telle citation de Dada n’est pas remise dans son contexte, telle appréciation n’est pas vérifiée et le tout à l’avenant. On le sait, on ne prête qu’aux riches…
Le répertoire du all star change peu, le spectacle non plus. La multiplication des enregistrements publics le montre à l’évidence. Pourtant, il en est qui sortent du lot et celui là, à Paris ce 24 avril 1962, en fait partie.
Paris est une des capitales du jazz en ce temps là. Louis y est déjà venu. Deux fois. En 1934 – et il n’a pas pu rencontré Django – et en 1948. L’Olympia, un lieu particulier dans ces années 50/60, en lien avec Europe 1 et « Pour ceux qui aiment le jazz ». La jeunesse inonde les fauteuils de cette salle, prenant possession des lieux. Ce sera sa caverne, plus saine que le Tabou. Elle y cassera les fauteuils dés 1955 pour un concert de Sidney Bechet. Lire la suite

JAZZ, Les aventures de l’Oiseau se poursuivent

Parker 11e (clap de fin 1952)

Intégrale Charlie Parker volume 11A l’écoute de ce coffret, le 11e donc que consacre Frémeaux (et surtout Alain Tercinet), « This Time the Dream’s on Me » aux aventures de Charlie Parker, Bird, deux évidences s’imposent. La première est connue et je ne fais que la rappeler tellement elle pourrait s’oublier, le Bird est la figure du génie de ce 20e siècle. Un génie de grande envergure. Une fois encore – je me répète, je le sais bien – Julio Cortazar, dans « L’homme à l’affût », avait saisi la singularité du créateur et de celui-là en particulier. La deuxième évidence en découle. Elle se trouve aussi chez Cortazar. Le temps avec Parker se distend, s’étend, se transforme, s’accélère. Né à Kansas City en 1920, il s’impose en 1945 sans contestation possible. L’éclosion d’un génie déjà sur de ses possibilités et capacités. Son champ s’élargit. Il s’envole. L’enthousiasme, l’allégresse de la découverte baignent les enregistrements.
En 1952, là où nous amène ce volume, c’est déjà la fin de cette jeunesse. L’art de Parker se stabilise. Devient adulte. Les envolées sont plus maîtrisées. Il s’impose. Personne, à cette époque, n’est capable de le suivre dans les stratosphères où il a pris position. Il a des émules, des suiveurs, des copieurs. Il suscite des réflexions mais aussi la nécessité de définir de nouveaux territoires, lunaires et ensoleillés, là où il ne règne pas. Miles Davis, absent pendant cette année essaiera, à partir de 1954, de fréquenter d’autres contrées. Lire la suite

Jazz, Volume 2 de la collection Quintessence consacrée à Sonny Rollins pour les années 1957-1962

Sonny Rollins, l’inclassable new-yorkais

Sonny Rollins 2 Fremeaux.Walter Theodor – pour l’état civil – Rollins est l’une des incarnations du jazz. Ses méandres, ses oxymores, un moderne/traditionnel, ses retournements, sa volonté de vouloir toujours être ailleurs dissimule sans doute, comme Alain Gerber le laisse entendre dans son essai « Un ailleurs où aller » – qui ouvre le livret du volume 2 -, un manque de confiance en soi comme la nécessité de ne pas se laisser embaumer, enfermer dans une case. Il aurait pu refaire, sa vie durant, les improvisations de l’album « Saxophone Colossus » dont ce « Blue Seven » contenu dans le volume 1 de cette collection « Quintessence » dirigée par Alain Gerber et enregistré le 22 juin 1956 pour le label Prestige. Il refusa pour continuer à vivre et à créer. A surprendre. Pour ce faire, il se tourna le dos. Lire la suite