Comportements barbares.

Un travail de mémoire.

Raphaëlle Branche la torture et l'armée pendant la guerre d'AlgérieRaphaëlle Branche, dans « La torture de l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962 », a épluché les archives enfin ouvertes de cette période et a recueilli des témoignages de « survivants » qui commencent seulement à parler. Jusque là, cette guerre qui n’a jamais dit son nom, a été enterrée pour éviter le bilan des gouvernants. Ils ont ainsi tué la mémoire. L’auteure livre un travail qui tient autant de l’anthropologie que de l’histoire politique tout en donnant de la place à celle des mentalités pour expliquer l’acceptation de la torture. Elle situe cette guerre non pas dans la continuité de la Résistance – contradictoirement – mais dans celle de la guerre d’Indochine. Les mêmes méthodes se retrouvent. Le fonctionnement de l’Institution militaire s’entremêle avec les comportements individuels et la violence de la guerre pour arriver à faire voler en éclats les barrières de la conscience et de notre humanité. Une analyse qui permet de comprendre la guerre d’Algérie, le silence coupable des survivants, la haine inscrite dans les affrontements, la vengeance… Une guerre coloniale qui se traduit par le racisme, l’exclusion, le sentiment de supériorité de cette armée chargée de la répression et l’oubli de cette affreuse barbarie voulue et organisée par les pouvoirs en place.
En même temps, cette description est universel. Toutes les guerres ont les mêmes conséquences. Les civils ne veulent pas reconnaître leur responsabilité, celle d’avoir laissé faire et laisse sur le bord de la vie les soldats chargés d’une mission barbare… pour gagner une guerre qu’ils ne pouvaient que perdre…
Pour retrouver la mémoire…
N.B.
« La torture de l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962 », Raphaëlle Branche, Folio/Gallimard.

Jazz, Paris, 1958 et 1960. De la peur à la peur et la joie du jazz.

JATP à Paris, Olympia et Pleyel.

JATP à ParisLe Jazz At The Philharmonic est l’idée personnelle de Norman Granz. Avant d’être producteur de disques de jazz et créateur de labels indépendants – NorGran, Clef, Verve et Pablo -, il avait voulu ouvrir les Philharmonic au jazz. Mis à part les concerts au Carnegie Hall, dés 1937 avec Benny Goodman, et surtout les « From Spiritual To Swing » de décembre 1938 et 1939 organisés par John Hammond, critique de jazz mais aussi membre d’une des grandes familles américaines, les Philharmoniques étaient fermées au jazz, considéré comme une musique de bordel.
Le 2 juillet 1944, Norman organise son premier concert avec la volonté de faire cohabiter, sur scène des styles, des musiciens différents pour faire surgir… on ne sait quoi. La lumière ? La nouveauté ? Le miracle ? S’il fallait choisir j’opte à coup sur pour cette dernière solution. Plus l’opposition était forte, mieux c’était…
En 1958 – le 30 avril – la formule était rodée. Le public parisien, clairsemé – la période est trouble, les coups d’État menacent, la IVe république est en train de mourir, la guerre d’Algérie menace la République – assiste à un concert qui réunit deux monstres sacrés, Coleman Hawkins, l’inventeur du saxophone ténor et Roy Eldridge dit « Little jazz », trompettiste capable de franchir toutes les limites pour gagner la première place – même s’il ne sait pas de quel concours il s’agit. Se rajoute Sonny Stitt, saxophoniste alto et ténor, plus original au ténor qu’à l’alto, en tournée en France et que Norman a recruté pour l’opposer à Coleman Hawkins, un peu plus de sel dans les confrontations qu’il aime, et une section rythmique conduite par le pianiste Lou Levy avec Herb Ellis à la guitare, Max Bennett à la contrebasse et Gus Johnson à la batterie. Lire la suite

Un témoignage inestimable sur la guerre d’Algérie.

Un enfant du 20e siècle.

Né en 1915, avoir vécu 1936 puis devenir instituteur dans le bled algérien en 1940 pour ensuite enseigner à Bougie et avoir vécu la guerre d’Algérie en France est un parcours personnel qui rejoint l’Histoire. Gaston Revel a conservé ses carnets, sa correspondance et ses photographies mis à la disposition du public et présentés par Alexis Sempé, professeur d’Histoire. « Un instituteur communiste en Algérie » est sans doute un titre trop modeste qui ne dit pas l’importance du contenu. Pourtant, c’est bien d’enseignement et d’engagement pour la laïcité, pour la défense des droits qu’il s’agit. Instituteur et communiste, c’était être placé au premier rang pour comprendre « les événements » comme on disait à l’époque. Un témoignage inestimable sur l’école, la République, la nécessité de l’engagement et du combat.

N.B.

« Un instituteur communiste en Algérie. L’engagement et le combat (1936 – 1965) », présentation et notes par Alexis Sempé, préface de Jacques Cantier, La Louve Éditions.