1917-2017, Guerre et Révolution

Anniversaires : des centenaires !

Les cinq membres de l’ODJB
En dessous James P. Johnson

1917 est une grande année ! Une année d’architecture de ce 20e siècle balbutiant et baignant dans le sang de ces jeunes gens sacrifiés à une cause sordide, le partage du monde. Ils croyaient se battre pour la liberté, l’égalité et la fraternité. En 1917, leur « rage ne cessait de redoubler de férocité » pour citer Kateb Yacine qui parlait d’autres jeunes gens, plus tard mais la barbarie est la même. Ils allaient déserter, fraterniser et seront fusillés… Lire la suite

JAZZ, Du Monk et du bon

Histoires de film et de musique.

S’en souvient-on ? Dans la fin des années 1950, les réalisateurs français de films appelés « noirs » faisaient souvent appel à des groupes de jazz pour la musique de leur film. La collaboration la plus connue – et réussie – fut celle de Louis Malle et de Miles Davis pour « Ascenseur pour l’échafaud », un film sorti en 1958. Les Jazz Messengers d’Art Blakey, Kenny Dorham furent aussi sollicités. Souvent, Barney Wilen – saxophoniste americano-niçois – était souvent de cette partie.
Roger Vadim, auréolé du succès de « Et Dieu créa la femme » où éclatait la sexualité de Brigitte Bardot éclaboussant toute la morale étriquée des biens-pensants, se lançait dans « Les liaisons dangereuses ». Par l’intermédiaire de Marcel Romano – il faut (re)lire les notes de pochette du CD qui reprend la musique proposée par Miles Davis pour comprendre qui est Marcel Romano – Vadim demanda à Thelonious Monk la musique de son film. Monk accepta. Il devait revenir à Paris pour visionner le montage pour répandre ses compositions à nulle autre semblable. Les photos du livret montrent les deux acteurs du film : Gérard Philippe et Jeanne Moreau et on peut penser que Monk aurait été touché par ces deux corps en action. Lire la suite

Jazz, Un continent oublié

Les dames du jazz.

Les femmes, d’une manière malheureusement un peu trop générale, sont les grandes oubliées de toute histoire et de l’histoire culturelle en particulier. C’est le cas dans les mondes du jazz mais il est trop facile de mettre en cause le « machisme » du blues comme du jazz pour expliquer cet ostracisme. Les exemples sont multiples ailleurs. Ce rejet a des causes sociales et politiques bien mises en lumière dans l’essai de Roland Pfefferkorn, « Genre et rapports sociaux de sexe », coédition Syllepse/Page deux.
Il fallait bien tenter de remédier à cette absence, la combler pour commencer un travail de mémoire absolument nécessaire. Oublier les femmes c’est se priver d’une partie du patrimoine de l’Humanité, c’est une amputation volontaire et sans excuse. Heureusement chercheurs et chercheuses ont permis de redécouvrir une partie de ces créatrices. Il en reste par trop.
Pour le jazz, le travail avait commencé avec un double CD du label Jass Records intitulé simplement « A double disc feminist restropective », « Forty Years of Women in Jazz » qui permettait de découvrir toutes ces musiciennes laissées de côté par les maisons de disques comme ce grand orchestre « The International Sweethearts of Rhythm » ou la trompettiste Dolly Jones et beaucoup d’autres. Depuis cette parution, d’autres ont suivi moins virulents dans leur présentation pour continuer à découvrir ces trésors cachés.
Encore aujourd’hui, les femmes dans le jazz sont difficilement reconnues. Sauf les chanteuses qui ont droit, dans la plupart des histoires du jazz, à leur chapitre à part comme si elles ne faisaient pas partie intégrante de cette construction culturelle. Bizarre, et d’autant plus bizarre que chacune de ces chanteuses est une musicienne accomplie. Il est possible de démontrer que Bessie Smith – dite l’impératrice du blues – n’a pas seulement influencé les autres chanteuses mais aussi les musiciens. Bud Freeman, saxophoniste ténor contemporain de Bix Beiderbecke, le reconnaissait affirmant toute son admiration à la chanteuse. Billie Holiday a eu une influence profonde sur tous les instrumentistes qui ont suivi…
Pour dire que ce coffret de trois CD, « Jazz Ladies », vient renforcer à la fois notre connaissance et rafraîchir la mémoire défaillante de cette société qui n’arrive pas à présenter son patrimoine culturel. Jean-Paul Ricard, auteur du livret dans lequel il donne les renseignements nécessaires sur chacune des musiciennes, propose une lecture en trois parties. D’abord les pianistes où brillent Lil Hardin Armstrong et Mary Lou Williams, ensuite les autres instrumentistes – les femmes jouent de tous les instruments y compris de la batterie au grand dam des « machistes » – et, enfin les groupes uniquement composés de femmes, les « All Girls Band » dont celui cité plus haut ou ceux réunis par Beryl Booker, pianiste engagée par Billie Holiday pour sa tourné en Europe au début des années 1950…
Les découvertes sont au rendez-vous. Je suis sur que vous ne connaissez pas la trompettiste Clora Bryant ou la pianiste Pat Moran… Ouvrez ce coffret, un double plaisir vous y attend, celui de la surprise et celui de l’écoute…
Nicolas Béniès.
« Jazz Ladies. 1924-1962 », présenté par Jean-Paul Ricard, coffret de trois CD, Frémeaux et associés.

Note : ce coffret vient illustrer un article ancien que j’avais commis sur « les femmes du jazz » que vous trouverez sur ce site.

Réflexion : en regardant sur Google en faisant « Ladies of Jazz », on tombe surtout sur des chanteuses. les clichés ont la vie dure.

Jazz, Les vocalistes à l’honneur sur la Côte Ouest.

Un passé très présent.

Longtemps, la critique de jazz, française notamment, a fait fi d’une grande partie du jazz de ces années 1950 sous prétexte qu’il était « blanc » et provenait de la West Coast, de cette Californie idéalisée par ces États-uniens en quête de plages, de soleil, d’un Eden.
Boris Vian, en particulier, aimait beaucoup ce rôle, dénigrant Chet Baker pourtant proche parent de Bix Beiderbecke qu’il faisait profession d’aimer – il jouait dans son style – , ou Gerry Mulligan, saxophone baryton qui savait que le jazz était synonyme de liberté. La « West Coast » ainsi ne trouvait guère droit de cité. Les disques restaient dans les bacs, invendus, malgré les efforts de Daniel Richard, à cette époque chez « Lido Musique » sur les Champs-Élysées. Lire la suite

Jazz « Supersonic » Thomas de Pourquery

Vues de l’espace

Que faire lorsqu’un premier album devient « Meilleur Album de l’Année » aux Victoires du Jazz 2014 ? Dissoudre le groupe et aller voir ailleurs si la musique est plus étrange est une des solutions possible. Thomas de Pourquery y a songé pour son groupe « Supersonic » qui avait repris des compositions de Sun Ra dans le bien nommé « Play Sun Ra ». En réaliser un deuxième était un rêve de producteur mais pas celui du saxophoniste alto/chanteur qui voulait vivre de nouvelles aventures. Lire la suite

Jazz et pas Jazz : Ripcord

Accords communs

« The Volunteered Slaves » est le nom du groupe qui a maintenant 15 ans d’âge – comme le temps passe… Il vient de commettre un nouvel album qui veut faire éclater toutes les frontières, toutes les identités et convaincre des générations successives qu’il est possible de construire des références communes, des accords fraternels à travers toutes les musiques. Pour ce faire, Olivier Témine au saxophone ténor et soprano, Emmanuel Dupré au piano, claviers et programmation, Akim Bournane à la contrebasse et à la basse, Julien Charlet à la batterie et Arnold Moueza aux percussions se sont adjoint un slammeur de Chicago Allonymous, Mafé, Rapahaëla Cupidin, Indy Eka et Kiala Ogawa au chant sans compter les invités Emmanuel Bex à l’orgue, Hervé Samb aux guitares, Géraud Portal à la contrebasse et Stephan Moutot au saxophone ténor pour « The Gambler » qui ouvre cet album « Ripcord ».
Pour l’essentiel des compostions originales sauf trois « reprises » pour constituer des paysages qui se veulent de notre temps sans oublier le passé, la mémoire du jazz en particulier Roland Kirk qui ne s’écoute plus suffisamment ces temps-ci. Les environnements sont mouvants pour faire bouger les corps tout en interrogeant l’air du temps. Lire la suite

Jazz Manouche autour de la « Selmer #607 »

Du côté de chez Django…

Django Reinhardt ne peut pas mourir. Un film vient rappeler à la fois le guitariste et la déportation des Tsiganes dans les camps de concentration pour remettre dans l’actualité son héritage. Au festival de jazz de Coutances, un hommage lui a été rendu avec tout ce qu’il faut de vitesse d’exécution et de cœur par une partie de ceux qui sont réunis sur cet album.
Pour ce groupe, « Selmer # 607 » – le nom de la guitare fabriquée il y a tout juste 70 ans -, un groupe à géométrie variable, le répertoire varie en allant de Michel Fugain à Sonny Rollins en passant par Henri Salvador, mais le style général reste attaché bien évidemment à Django Reinhardt, au jazz dit Manouche.
Pour ce volume III, « Anniversary Songs », Adrien Moignard, Sébastien Giniaux, Rocky Gresset, Noé Reinhardt cède un peu de place au nouveau venu Antoine Boyer qui ne dépare pas, pour se partager la fameuse guitare au fil des plages.
Dans ce genre un peu trop sollicité ces derniers temps, un album fait la preuve qu’il est possible de convaincre de sa sincérité.
Nicolas Béniès.
« Anniversary Songs », Selmer # 607, Cristal Records distribué par Harmonia Mundi.

Jazz, pianiste et chanteuse Tamara Mozes

La Hongrie du jazz.

Le jazz parle-t-il hongrois ? Une langue philosophique prétend Imre Kertesz que le hongrois. Peut-il se transformer en un rythme ? La réponse de la chanteuse/pianiste et compositeure Tamara Mozes, pour son premier album, « Moozing », se résout souvent dans le scat avec des onomatopées empruntées aux sons de sa langue natale.
La difficulté de cette langue tient à sa faible diffusion. Il fallait bien se faire reconnaître et connaître et, de ce point de vue, composer avec l’anglais est nécessaire. Composer est à prendre dans tous les sens…
Elle nous parle de beauté, une beauté qui se forge, qui s’impose, de ritournelle de l’amour en passant par la marche du travail à la manière des 7 petits nains de Blanche-Neige façon Walt Disney et le « ping pong »… Un voyage qu’elle offre, qu’elle nous offre sans apprêts et sans artifices.
Il est toujours possible de trouver des références dans les voix féminines – elle cite Patricia Barber, Shirley Horn notamment – mais il vaudrait mieux évoquer un collage des voix « classiques » et des voix du jazz, de la pop et du rock. Il lui manque un peu de la décontraction lié au swing face à son éducation classique.
Un premier album qui se conjugue au présent et ouvre un champ futur ouvert vers des chemins différents. A écouter et à voir.
Nicolas Béniès.
« Moozing », Tamara Mozes, Yolk Music, distribué par l’Autre distribution.

La virtuosité humaniste d’Oscar Peterson.

La geste du piano

Oscar Peterson, le piano dans toute sa plénitude, dans toute sa rigueur qui sait parcourir les 88 touches à la vitesse d’un champion olympique de 100 mètres. Oscar, un « Dieu » bis. « Dieu » premier – pour le piano -, Art Tatum, fut ainsi qualifié par « Fats » Waller un soir où Tatum entrait dans un club où officiait Fats. Une anecdote peut-être apocryphe qui dit bien le respect et plus encore de tous ces grands artistes envers la virtuosité tatumienne. Même le plus grand ne pouvait rivaliser. Lire la suite

Le centenaire du premier disque de jazz, 1917 une année clé dans l’histoire du monde et du jazz.

Rendez-vous à Coutances le jeudi 25 mai, aux Unelles, 18h30

Bonjour,

Cette année, l’horaire n’est pas au top – comme on dit à la télé, je sais il ne faudrait pas l’utiliser – et le jour non plus même s’il s’agit d’Ascension. Une ascension vers la mémoire du jazz, la mémoire du 20e siècle. Le jazz s’inscrit dans l’histoire du 20e, il en rythme les ruptures.
Il s’inscrit aussi dans la naissance du 20e siècle. La guerre, la Première Grande Boucherie Mondiale, marque la fin du 19e siècle qui avait duré de 1750 à 1914, un long 19e de naissance et de développement du capitalisme industriel. La première révolution industrielle, la machine à vapeur, avait révolutionné le travail et les emplois. Le partage du monde entre les grandes puissances industrielles, la Grande-Bretagne d’abord, la France ensuite, via le colonialisme allait dessiner une nouvelle planète et construire de nouvelles idéologies, la Nation lié à un récit linéaire de l’Histoire et le racisme comme l’antisémitisme. Lire la suite