La renaissance de Harlem

Redécouvrir Langston Hughes

Christine Dualé propose, dans « Langston Hughes et la renaissance de Harlem », une véritable fresque du Harlem des années 1920, véritable centre culturel qui irradie le monde et influence écrivains, essayistes, photographes, musicien-ne-s. Harlem, sous la pression des Antillais fête même le 14 juillet. Elle n’oublie pas les grandes littératrices comme Zora Neale Hurston. Elle parle des voix de Harlem comme « une nouvelle tradition littéraire noire » mêlant jazz, blues – Langston Hughes n’aura de cesse de rendre toute sa place à la poésie des blues -, révolte et revendication de dignité. La « Negro Renaissance », la négritude comme on dira quelque fois en France pour valoriser cet apport, est partie intégrante de ces « années folles », « Roaring Twenties », « Âge du jazz » suivant les auteurs pour dire la libération des corps, l’appel désespéré à une autre société, l’espoir fou que le monde bascule sur ses bases pour faire place à un monde solidaire sans guerre. Le féminisme est partie prenante de toutes ces libérations.
Christine Dualé rappelle ce contexte et le le lien entre Harlem, Paris, les Antilles. Aimé Césaire ou Senghor feront partie de ce mouvement de fierté noire.
Elle propose ensuite une plongée dans la vie et les œuvres de Langston Hughes pour le rendre vivant. « Émergence d’une voix noire américaine » est le sous titre pour qualifier la place de ce poète globe trotter et militant des droits civiques. Influencé par le gospel, le blues et le jazz, ses poèmes sonnent la révolte. Il veut faire reconnaître les anti-arts que sont jazz et blues comme partie prenante du patrimoine de l’Humanité. L’influence de ces musiques est indéniable sur la littérature, la peinture et la poésie. Ce livre incite à (re)découvrir tous et toutes ces écrivain-ne-s liés à la Renaissance de Harlem qui rythme les années 1920, les années Jazz.
NB
« Langston Hughes et la renaissance de Harlem », C. Dualé, L’Harmattan.

UP Jazz dernière pour l’année 2017-2018, le 21 mars, jour d’arrivée théorique du printemps.

Bonjour,

Finalement je nous ai fait rester sur la côte Ouest. Je n’arrivais pas à me résoudre au départ. Trop de musiciennes et de musiciens un peu trop ignoré-e-s, pas assez entendu-e-s. La conséquence sera, pour l’an prochain, de prendre l’avion pour débarquer à New York. Enfin, entends-je de tout côté.
Pour ce 21 mars, veille de ce 22 mars à la fois historique pour ce 50e anniversaire de mai 68 dont on nous saoule un peu trop et veille d’une grande manifestation, la première contre les déstructurations mises en œuvre par le gouvernement Macron.
En ce printemps étrange qui régresse vers un hiver qui se croyait dépassé, le blues fera un timide retour avec Chris Cain, un de ces musiciens qui ne font pas de bruit – c’est relatif – et largement ignoré du public français.
Nous ferons aussi une part à Sonny Rollins venu, en cette année 1956, enregistrer pour Contemporary – de Lester Koenig – un album, « Way Out West » avec le contrebassiste Ray Brown et le batteur Shelly Manne. Un trio assez révolutionnaire pour cette époque.
En 1956, « Gus » – Ronald Bernard pour l’état civil -, jeune musicien de 23 ans né à Rochester (dans l’état de New York), réalise son premier enregistrement sous nom pour le label Fantasy (de la Côte Ouest). Multiinstrumentiste, il joue aussi bien de la batterie, du piano mais choisi un curieux instrument usité dans les fanfares, le baritone horn (euphonium). On le retrouvera en quartet, avec Cal Tjader, vibraphoniste, percussionniste et ici batteur avec Eddie Duran à la guitare, Vince Guaraldi au piano, Richie Kamuca au saxophone ténor ou Joe Romano qui a enregistré avec Art Pepper.

A tte.

Nicolas. (à suivre)

UP Jazz du 7 mars 2018, La Côte Ouest au féminin

Bonjour,

J’ai dû annuler la session de ce jour, 7 mars. Le Café Mancel est en réfection. J’avais demandé la salle du bas pour recevoir les auditeurs, auditrices. Mais le personnel – heureusement pour lui – est en vacances dans ces vacances scolaires. Ce n’était pas une chose à faire. Une prévision qui ne tient pas compte des vacances, on se demande… Désolé pour cette erreur dont je suis le seul responsable.

Pour cette session annulée, nous allons écouter quelques musiciennes de jazz
A commencer pâr Lorraine Geller qui eut une vie trop brève (1928-1958). Née Winifred Walsh, elle épousera le saxophoniste alto Herb Geller et s’installe à Los Angeles (L.A.)
Début 1958, elle se produira au festival de Monterey
En 1954, elle enregistre une de ses compositions « Clash by night » en compagnie de Leroy Vinnegar (b) et « Bruzz » Freeman (dr)

Toshiko Akiyoshi, pianiste elle aussi et futur chef d’orchestre, participe pleinement de la Côte Ouest, du Pacifique même si elle commence à enregistrer à Boston. Elle y épousera son prof, Charlie Mariano, saxophoniste alto, classé lui aussi dans les « west coasters ».
En 1956, elle enregistre une de ses compositions « Pee, Bee and Lee », en compagnie de Oscar Pettiford (b) Roy Haynes (dr)

Joyce Collins (1930-2010), autre pianiste, s’est installée à L.A. où elle devient la première femme à diriger le local47 du syndicat des musiciens.
En 1960, avec Ray Brown (b) et Frank Butler – un des grands batteurs de la Côte Ouest. Un standard, « Just In Time »

Dexter Gordon, né là à Watts – ghetto de Los Angeles – enregistre en 1947 avec la tromboniste Melba Liston. Charles Fox (p) Red Callender (b) Chuck Thompson (dr). Une commpo de Dex, « Mischevious Lady »

La trompettiste et vocaliste Clora Bryant, en 1957, Roger Fleming (p), Ben Tucker (b) « Buzz » Freeman (dr), « This can’t be love »

« Vi » Redd, saxophoniste alto et vocaliste, est avec Russ Freeman (p)Herb Ellis (g)Bob Whilock (b) Richie Goldberg (dr), 1962 pour « If I Should Lose You »

Quelques chanteuses
D »abord pour les musiques de film. Peggy Lee chante « Johnny Guitar », pour le film au titre éponyme, mars 1954

Marilyn Monroe, dans le film « Les hommes préfèrent les blondes », elle chante « Diamonds Are A Girls Best Friend ». Elle partageait l’affiche avec Jane Russell. Enregistrement de 1953

Lena Horne fut aussi une des vocalistes de la Côte Ouest. Son interprétation de « The Lady is A tramp », avril 1948, orchestre dirigé par son mari Lennie Hayton.

Nicolas (à suivre)

Un simple trio…

…de jazz.

Un trio c’est une entité, une unité faite de diversité. Elle s’effeuille. Un-e contre (tout contre en même temps) deux ou un contre l’un et l’autre pour que chacun-e arrive à vivre sa propre vie sans pour autant faire de l’ombre aux autres soleils et se transcender pour faire sonner l’ensemble. Pour dire que rien n’est acquis, que la bascule pourrait intervenir à tout moment.
Ce trio là, Damien Groleau au piano, compositeur, entraîneur, Sylvain Dubrez, contrebasse et Nicolas Grupp, batterie, se situe entre toutes les influences de notre présent, entre classique et jazz. Pour l’art du trio, il est difficile d’éviter Keith Jarrett et l’influence principale qu’il revendique – comme Herbie Hancock, Chick Corea – Bill Evans. D’autres affluents sont perceptibles. Erroll Garner comme « découvreur » du jazz pour Damien, rencontré par l’intermédiaire d’un disque et on ne dira jamais assez quel grand pianiste fut l’Erroll. Eddie Gomez pour la rondeur, Gary Peacock sont des noms qui viennent à l’esprit à l’écoute du contrebassiste comme celui de Jean-François Jenny-Clark dont on ne parle plus assez. Roy Haynes, Kenny Clarke mâtiné de Jack DeJohnette – sans l’aspect un peu m’as-tu-vu que son jeu prend souvent – sont ceux qui résonnent à l’écoute du batteur. Références qui n’empêchent pas les trois de se pousser hors de toutes ces contraintes, de synthétiser tous ces échos sous la forme de jeux de mémoire.
« Jump » – saute –, titre de cet album, tient de la devise de ce trio. Sauter pour faire chanter les expériences, pour passer d’un style à l’autre, pour éviter la monotonie et la répétition. La musique atteint un « je ne sais quoi », pour employer un concept cher à Vladimir Jankélévitch, l’âme peut-être, pour susciter des couleurs qui tiennent aux bleus d’un jazz qui ne pourra jamais passer de mode. Il faut savoir entendre à la fois la mélancolie, très sensible dans le dernier thème, un standard, « You’ve Changed » qui doit beaucoup à Billie Holiday, et la joie de vivre une fois encore pour crier au monde que ce trio est là et qu’il est temps qu’il prenne sa place.
Comme souvent, une part de mystère dans la rencontre de l’auditeur avec la musique. Pourquoi ce trio nous fait-il voyager ? La rationalité ne suffit pas comme explication. Il se passe autre chose.
N’hésitez pas, entrer. Pour faire connaissance, pour découvrir, pour adopter.
Cerise sur la musique, le trio enregistre pour un label indépendant, Little Big Music, dont c’est la première incursion dans les mondes des jazz. Ce ne devait pas être la dernière.
Nicolas Béniès.
« Jump », Damien Groleau trio, Litttle Big Music distribué par Sony Music.

En attendant « Le souffle de la révolte », des compléments

La préhistoire du jazz.

L’Histoire commencerait avec l’écriture, dit-on. Il est donc des peuples sans Histoire, des peuples cachés, heureux. Les ethnologues combattent cette idée en insistant sur l’oralité.
Curieusement, le jazz ne sait pas quoi répondre concernant son histoire qui s’inscrit dans l’Histoire. il ne se refuse ni à l’écrit, la partition, ni à l’oralité qui forge le propre de son originalité. Mémoire orale, il s’apprend par l’écoute. Répétons que c’est la raison pour laquelle l’enregistrement est essentiel. Lire la suite

En attendant « Le souffle de la révolte », un arrêt au « Bœuf sur le toit »

Bonjour,

Suivant les bruits qui circulent, « Le souffle de la révolte » donnera naissance à deux livres. Le manuscrit est trop « lourd ». Il dépasse un peu trop les formats précédents du « Souffle bleu » et du « Souffle de la liberté ». Il faudra donc de la patience et du travail pour l’auteur et l’éditeur. La première sortie est prévue en avril.
Pour attendre, quelques compléments – pour un livre qui tarde, joli retournement – sur les années 1920 en France, à Paris plus précisément.
Alexandre Tharaud, pianiste, a voulu rendre hommage à Clément Doucet et à Jean Wiener, introducteurs du piano jazz, du ragtime en même temps que des compositeurs contemporains comme Alban Berg que leurs deux pianos mélangeaient affectueusement. Dans ce temps là, les frontières n’étaient pas codées, les « Nations » musicales n’existaient pas. Les découvertes multipliaient les vies. Vite s’approprier la nouveauté, vite vivre surtout la nuit. Les frontières commenceront à apparaître dans les années 1930s, années de différenciation entre jazz et musique de variété, sans compter tous les faux débats entre « vrai » jazz et les autres.

La pochette du disque à droite. A gauche, une reproduction qui ouvre le livret d’une partition de Clément Doucet intitulée « Chopinata », « fantaisie musicale sur des motifs de Chopin » comme il est noté sur la partition. Alexandre Tharaud reprend cette « composition » en ouverture.

Le spectacle donné à la Cité de la Musique, à l’Ircam et Salle Colonne à Paris en 2012 et le disque ont pris comme nom « Le bœuf sur le toit ». Le pianiste et organisateur a convié ses ami-e-s, Madeleine Peyroux, Juliette, Nathalie Dessay, Bénabar, Guillaume Gallienne (qui chante aussi), jean Delescluse, le pianiste Frank Braley pour les duos Doucet/Wiener, le banjoïste, pour l’occasion, David Chevallier et le percussionniste Florent Jodelet. Alexandre Tharaud ne » copie pas. il donne sa version aussi étrange que les originales sans doute. Il est concertiste classique et pas pianiste de jazz. Il n’essaie pas de l’être. Une musique différente, une approche ni de jazz donc ni vraiment classique mais celle de Wiener, à cheval sur toutes les catégories. En ce sens, il permet de faire revivre ce musicien oublié, enfoui sous toutes les musiques qu’il a servi le mieux possible. Alexandre Tharaud dit, dans le livret, qu’il a rencontré Wiener lorsqu’il avait… 8 ans. Son grand-père a été violoniste dans l’orchestre de Ray Ventura entre autres et qu’il a participé aux balloches de ces années trente. Lire la suite

Deux chanteuses qui arrivent et prennent leur place

De nos jours – comme pour, sans doute les jours passés – les chanteuses, dans le jazz comme ailleurs, suivent le même parcours et leurs voix ont tendance à se ressembler. Faire preuve d’originalité est difficile dans ce monde qui n’aime pas être dérangé dans son existence. Rompre les amarres risque fort de se traduire par un naufrage commercial. Or, il faut vendre pour continuer à produire. La résistance est grande à l’inhabitude.
Deux chanteuse sortent du lot, en ce moment, pour fêter le début de cette nouvelle année, Yaël Angel et Sarah Lancman. Lire la suite

« Sons d’hiver »

Un festival de jazz

« Sons d’hiver » fête sa 27e année et veut réchauffer notre corps et notre esprit non pas au coin de l’âtre mais en nous faisant bouger aux sons du jazz. Il nous fera aussi visiter plusieurs villes autour de Paris, Arcueil, Vincennes, Villejuif… et même Paris 14e. Un itinéraire jalonné de découvertes et de musiciens confirmés à commencer par le bassiste William Parker. On notera le retour de David Murray, Jacques Schwarz-Bart saxophonistes-ténor, le trio Portal/Humair/Chevillon, le pianiste superbe Stephan Oliva, la Compagnie Lubat, Ursus Minor et, pour finir, le blues de Big Daddy Wilson, Eric Bibb et Bad Fat. De quoi alimenter la vitesse de notre sang par de nouvelles particules invisibles mais tellement nécessaires.
NB
Du 26/01 au 17/02, rens 01 46 87 31 31 www.sonsdhiver.org

Picasso rencontre un trio de jazz

Peinture et musique.Quel rapport entre Picasso – plus exactement quelques-unes de ses œuvres – et un trio qui s’appelle « Unitrio », une redondance pour affirmer le primat du collectif sur l’individuel tout en permettant aux individus – Damien Argentieri à l’orgue, Frédéric Borey au saxophone ténor et Alain Tissot à la batterie – de s’exprimer à la fois comme soliste et comme compositeur. Lire la suite

Jazz, les années d’Occupation revisitées

Coucou, revoilà Django !

Je ne sais si le film « Django » a suscité des vocations mais les publications des enregistrements de Django Reinhardt ne se sont pas taries. Il faut dire que la plupart sont tombés dans le domaine public. Le film précité de Étienne Comar suit le périple du guitariste en cette année 1943, année terrible pour les Tsiganes massivement déportés après la rafle du Vel d’Hiv qui a visé les Juifs en France et par la police française. Le film suit Django pour mettre l’accent sur la volonté des fascistes de tout poil d’anéantir les Roms, partie de l’histoire de la seconde guerre mondiale oubliée.
La musique du film est revisitée. Le label « Ouest » a voulu rendre compte de la musique originale de Django dans ces années d’Occupation en proposant les enregistrements originaux du « nouveau quintette » formé par Django séparé de Stéphane Grappelli resté à Londres. Il a raté le dernier bateau. Le violoniste vivra la guerre sous les bombardements, jouant dans les clubs avec, notamment le pianiste aveugle George Shearing qui faisait ses premiers pas. Lire la suite