Le coin du polar (2)


La guerre de 100 ans vue par des Angles – le nom des Anglais – habitants de Paris.

Jean d’Aillon poursuit les chroniques d’Edward Holmes et Gower Watson inspirées par Conan Doyle – il faut reconnaître l’intrigue – et habillées par les descriptions de la situation politique et militaire de la guerre qui se poursuit entre les armagnacs et les Bourguignons.
« La danse macabre » se situe en 1425 et voit Holmes – un clerc rappelons-le – et Watson s’affronter à leur ennemi redoutable, « le César du crime », James Moriarty qui se présente comme un mage pour faire couleur locale. Jean d’Aillon reprend la double fin de Doyle. Dans un premier temps il avait tué son personnage de détective un peu encombrant pour le réanimer ensuite sous la pression du public et de sa mère.
L’auteur sait réinvestir dans le contexte les intrigues de Doyle et en profite pour décrire vêtements, habitations, environnement tout autant que l’histoire de cette période pour le moins troublée. Jeanne d’Arc arrivera bientôt…
« La maison de l’abbaye », situé un peu avant, fin 1424, tient dans la rationalité de deux assassinats de femmes dans la même maison presque simultanément. Que s’est-il passé ? Qui est coupable ? L’une d’entre elle a été dépecée, l’autre nom. Etrange n’est-il pas ? Grâce à une loupe, Holmes expliquera ce double meurtre. Jean d’Aillon se laisse quelquefois aller à un cours d’architecture ou d’histoire du vêtement sans lasser le lecteur qui aime voir reculer la solution pour savourer ses intuitions.
Nicolas Béniès.
« La danse macabre », « La maison de l’abbaye », Jean d’Aillon, 10/18.

U.P. Économie du 7 janvier 2020

Bonjour,

Une décennie s’achève. Elle avait commencé par une grande mobilisation sur… les retraites. Sarkozy, alors président, n’était pas allé au bout se son projet de déstructuration mais des coins avaient été enfoncés tout en conservant le système de retraite par répartition. Déjà la capitalisation s’avançait pour le plus grand profit des sociétés d’assurance. La capitalisation restait confinée malgré tout.
De ce point de vue la France restait « en retard » par rapport à tous les pays de l’Union Européenne. Les mouvements sociaux avaient bloqué une partie des contre réformes.
Le gouvernement de Macron veut rattraper ce « retard » marqué par la survivance de ce qu’on appelle « l’État-providence », une mauvaise traduction de l’anglais « Welfare state ». La forme sociale de l’État fait partout l’objet d’attaque. Les régimes collectifs de protection sociale ne rentrent pas dans les schémas du néolibéralisme. Dans son dernier rapport sur la France, l’OCDE encourage Macron à ne pas céder pour combler son « retard » dans le processus de déstructuration des garanties collectives.
Je vous propose donc pour cette première de l’année de revenir sur l’idéologie néolibérale et de ses fondements pour appréhender les fondements des contre réformes actuelles qui portent sur la retraite mais a été précédé par la mise en cause des droits des chômeurs pour élargir la précarité.
En référence, mon article sur le néolibéralisme que vous trouverez sur ce site.

La politique économique néolibérale a pour effet d’accentuer les contradictions du capitalisme et provoquer la récession qui risque de se transformer en dépression dans un contexte de crise financière latente. Les mesures des banques centrales ont permis de différer la crise mais pas de la combattre. Dans le basculement du monde en cours, il faudrait d’autres politiques économiques, sociales et environnementales. Les discours actuels sont soit silencieux sur les enjeux des crises soit démagogiques soit même mensongers. Que vaut un « compromis » quand il s’agit d’imposer une contre réforme ? Que vaut un discours sur les mutations climatiques lorsqu’il n’est pas suivi d’effets ?

Vous ai-je souhaité une bonne et heureuse année ?

Nicolas.

Des cadeaux à (se) faire.

Le Père Noël n’est pas toujours nécessaire pour faire des cadeaux. Toutes les périodes de l’année sont propices. Par les temps qui courent – et vite – il est nécessaire de se référer plutôt à la Mère Noël, c’est plus sur. Les cadeaux les plus importants ne sont pas forcément les plus chers ni les plus en vue. Il faut toujours se méfier d’un produit, d’un bien qui plait immédiatement. Il vaut mieux viser le moins évident, le plus hermétique pour un cadeau qui durera.
Mais ne gâchons pas le plaisir. Celui d’offrir bien sur. Un bon moyen de lutter contre la dépression qui vous prend devant la profusion de marchandises. Un cadeau, ce peut être un livre de poèmes. Il faut savoir y penser. Continuer la lecture

« Le premier Âge du capitalisme », tome 3 « Un premier monde capitaliste »

Quand le passé cogne sur le présent.

Alain Bihr clôt son monumental essai sur l’analyse historique, sociologique, économique, sociale de la formation du capitalisme dans la période 1415-1763. Il propose, dans ce troisième tome, à la fois une démonstration théorique des fondements du capitalisme et une vision du développement inégal et combiné du monde pour expliquer les centres mouvants de l’Europe, successivement le Portugal, l’Espagne, les Pays-Bas, la France et l’Angleterre et les « semi-périphéries ». Une revue pays par pays ou groupe de pays pour mettre en évidence l’ordre social : le poids de la noblesse et de la monarchie absolue et les révolutions qui permettent aux nouvelles classes sociales de prendre le pouvoir. C’est le cas de la révolution batave très peu mise en évidence dans beaucoup d’ouvrages. Une révolution oubliée. Continuer la lecture

UP jazz du 11 décembre 2019

Bonjour,

Comme annoncé nous restons dans les images sonores de Blue Note de la ville de New York. Un saxophoniste alto sera une des voix de la Ville.
Jackie McLean, né à New York le 17 mai 1931 – à Harlem exactement – voulait jouer du saxophone ténor. Sa mère n’a pu lui acheter qu’un saxophone alto. Déception du gamin. Il n’aura de cesse que de faire sonner son alto comme un ténor. Sa sonorité déchire gorgée qu’elle est de « trips », de rêves, de cauchemars, de racisme au quotidien, d’une vie qui ne trouve sa place que dans le jazz en incarnant le jazz. Jackie, junky – Le Bird est malheureusement passé par là, il n’a fait que s’envoler – connaîtra les tréfonds de la société. Il sait les évoquer admirablement. Il descend lui, il ne s’envole pas. Le pied au plancher. la vitesse de New York c’est la sienne, les déréglemente de la Ville sont les siens, les échappées loin de tout le font déraper sur un sol déjà mouillé. Il commence à s’éloigner du hard bop pour ouvrir des portes nouvelles vers la révolution des structures du jazz, abordant les rives dessinées par la « Révolution d’octobre » initiée par Cecil Taylor en compagnie notamment de Archie Shepp. Son saxophone crie, gémit, rit pour se trouver sur une longueur d’onde différente qui lui permettra de faire équipe avec Ornette Coleman, le type même de l’artiste maudit. Ornette fera, un temps, partie de l’écurie Blue Note. Ornette et Jackie se servent de la tradition dans ce « New and Old Gospel » pour faire surgir la modernité, une autre manière de la servir. il fallait la dynamiter pour la rendre actuelle. Continuer la lecture

Un premier roman, musical, « La dissonante »

Sortir des mythes de l’enfance.

Tristan, chef d’orchestre d’une petite ville, est en quête de l’interprétation parfaite, celle qu’il entend dans sa tête. Il n’arrive pas à tirer de l’orchestre ni des incarnations de Tristan et Isolde – l’opéra de Wagner – les sons tirés de son imaginaire. Il sombre dans la mélancolie à l’orée de cette soixantaine qui n’est plus l’âge de la retraite. Le sauvetage passe par l’amour – forcément – de Mathilde, une chorégraphe. Continuer la lecture

Thomas Mayeras trio « Don’t Mention It »

Un trio classique qui épuise les bornes.

Un trio piano, Thomas Mayeras, contrebasse, Nicola Sabato – digne représentant de ses aînés, Ray Brown en particulier -, batterie, Germain Cornet – héritier du batteur Charles « Lolo » Bellonzi -, du déjà entendu pensera-t-on. Ce serait un tort. Les trios d’apparence classique savent receler d’étranges contenus. Lorsque les trois réussissent le tour de force d’être passionnés par la musique en partageant la même esthétique, de se secouer l’un les autres tout en prenant un plaisir visible, essentiel à jouer, le classique se cache pour imposer la joie de l’écoute. Pour outrepasser ses propres limites. La gourmandise est une qualité difficile à contester lorsqu’on entend ce trio. Ils ne se refusent rien même pas de se servir de thèmes connus pour les faire disparaître dans l’énergie dont il font preuve. Ils veulent tout prendre, tout saisir, tout goûter pour se précipiter dans les excès les plus nécessaires.
Ce trio là prend, un peu, beaucoup, à Monty Alexander tout en bouleversant les influences en faisant référence aux pianistes be-bop comme « Sonny » Clark – qu’il faut savoir réécouter – ou à Charlie Parker lui-même (le début de « Devil’s Scare ») ou à d’autres. L’énergie communicative dont ils font preuve est un chaudron qui leur donne la possibilité de dépasser tous leurs affluents en se déversant dans la grande mer du jazz.
Un moment rare.
Nicolas Béniès.
« Don’t Mention It », Thomas Mayeras trio, Cristal Records, distribué par Sony.

Frédéric Borey « Butterflies trio »

Dites-le avec des fleurs;;;musicales.

Frédéric Borey aime le trio cher au cœur de Sonny Rollins, saxophone ténor/contrebasse/batterie qui suppose une mise en commun pour un engagement de tous les instants. Cette modalité de trio a été aussi utilisée par Warne Marsh, saxophoniste un peu oublié mais pas du trio, Damien Varaillon à la contrebasse et Stéphane Adsuar à la batterie.
La proposition est explicite : le vol des papillons en escouade serrée pour butiner les fleurs du jazz qui sont autant de « fleurs du mal » pour inviter à la rêverie, pour sortir, de notre routine qui institue le gris comme seule référence. Le trio survole le monde habituel des conventions pour s’affranchir de la pesanteur, voleter autour de nos habitudes, faire semblant de les respecter pour, par l’intermédiaire d’une violente douceur, faire perdre pied, imposer la lévitation. Continuer la lecture

UIA Caen le 2 décembre 2019

Bonjour,

La semaine dernière nous avons distingué souvenir et mémoire. Le souvenir est ce qui reste dans la mémoire individuelle et collective comme flash, comme image pour qualifier une situation. Ainsi en est-il de « In The Mood » de l’orchestre de Glenn Miller. Ce thème, composé par Joe Garland (saxophoniste ténor, ts) est le résultat de « riffs » de grands orchestres, est la référence musicale clé de la Libération, « fête folle ».
Le souvenir occulte la mémoire qui suppose un travail pour retrouver le mouvement du jazz pendant les années de l’Occupation et avant. Le paradoxe de la flèche de Zénon se retrouve. Si l’on photographie la flèche à différents moments de sa trajectoire, la flèche est semblable à elle-même. Le mouvement, le processus de sa trajectoire permet de se rendre compte des contraintes qu’elle subit. la force du vent, la traction du tireur… vont changer notre vision de la flèche.
Pour la mémoire, pour ce travail nécessaire, le mouvement est essentiel. Pour la remettre dans l’Histoire, dans le contexte général de la période considérée. Il faut retrouver les documents, les textes, les enregistrements (pour ce qui concerne le jazz) pour rendre compte de la réalité d’une époque. Continuer la lecture

Pour Django

Django Reinhardt, créateur d’un pan de la culture française.

Notre époque est paradoxale et notre monde moderne pétri de contradictions. Cette année 2010 l’a montré une fois encore et sous des couleurs cruelles. Janvier a été marqué par le centenaire de Django Reinhardt, guitariste manouche, génie de la musique en général et du jazz en particulier, juillet a vu s’ouvrir la chasse aux Roms, aux Tsiganes dont fait partie intégrante les Manouches. Comme si Sarkozy voulait détruire une partie de la culture française comme mondiale. C’est d’autant plus réel que le « jazz manouche » est désormais joué, rejoué, interprété par une grande partie des jeunes gens et jeunes filles qui font ou écoutent de la musique. Regardez autour de vous. Sanseverino, Thomas Dutronc et beaucoup d’autres utilisent les compositions de Django et sa formule, le quintet du Hot Club de France – une trouvaille de Charles Delaunay, le premier discographe du jazz – pour convaincre les foules de son actualité, de sa présence continue. Continuer la lecture