Jazz quand tu nous tiens…

Chanteuse, un curieux destin.

Un cri pour débuter, d’alarme, d’alerte. Les programmateurs et programmatrices semblent resté-e-s attaché-e-s aux styles que producteurs et distributeurs leur proposent sans chercher à savoir si, dans d’autres cases, d’autres boîtes, il n’existe une perle qui ferait la nique à la plupart des chanteuses dites de variété d’aujourd’hui.
Il serait temps qu’il et elles sortent de leur tour de triage et regardent les réalisations qui s’agitent sous le terme « jazz », un terme qui fait peur. Faudrait-il l’appeler « musique » pour lui trouver une porte d’entrée dans ce château-fort ? Musique certes mais jazz indique des filiations, des mémoires partagées.
Léa Castro a une voix qui devrait lui donner l’accès à tous les médias pour lui permettre d’avoir un succès mérité. Il suffit de mettre sur sa platine « Here comes the sun », de George Harrison pour s’apercevoir de ce que le public potentiel rate. Lire la suite

Jazz, quand un saxo rencontre un autre saxo…La folie n’est pas loin…

Un, deux, trois Jazz ?

Lionel Martin, saxophoniste, est attiré par la transe, celle d’un Albert Ayler par exemple et du free jazz. Je commence mal, je sais. Le Free fait peur. Plus que peur, il panique. Il fait fuir avant même de mettre une oreille dans cette musique. Il fait équipe avec le pianiste Mario Stantchev. Ensemble, ils ont réalisé un album d’hommage à Louis Moreau Gottschalk, un ancêtre du ragtime et donc du jazz. Une idée originale de rhabiller ses compositions moins éloignées qu’on ne le croit de notre modernité.
Il a rencontré, dans un festival, George Garzone, professeur réputé et saxophoniste ténor qui sait tout de l’instrument, à l’aise dans tous les contextes. Ses albums sont convaincants. « Madness Tenors » est le nom du groupe, une dénomination qui tient ses promesses et fait écho au titre d’un album de Sonny Rollins. Benoit Kellet à la contrebasse et Ramon Lopez à la batterie – un batteur à l’énergie percussionniste – complètent le quintet. « Be Jazz For Jazz » est la déclinaison du précédent « Jazz Before Jazz ». Être jazz pour le jazz est une devise difficile à tenir. Faut-il sembler trahir le jazz pour mieux le servir ?
Écoutez ce groupe, mettez un instant de côté vos préjugés, vos idées toutes faites sur la musique. Entrez, n’hésitez pas. Vous ne le regretterez pas. Notre monde moderne est gagné par le vent de la folie barbare. Dans cet album la folie est fraternelle et un appel pour un autre monde.
Nicolas Béniès.
« Be Jazz For Jazz », Madness Tenors, Ouch!Records pour le Vinyle et Cristal Records pour le CD.

JAZZ, un curieux album

Le jazz peut-il se raconter ? Se dire ?

Alexandre Pierrepont suit les pas de Michel Leiris, comme un passage de témoin. Anthropologue et ethnologue, il se projette dans le « champ jazzistique » – pour reprendre le titre de son premier ouvrage, aux éditions Parenthèse – pour construire son imaginaire à force de mots. On dira poète pour aller vite. Les mots sont souvent traîtres, ils disent et se reprennent en confinant la chose ou l’être à sa dénomination. Il arrive que, comme chez Alice, la résistance s’organise en sortant des mots avec d’autres mots ou la musique.
La musique est ici construite, improvisée par le batteur Denis Colin. L’autre protagoniste de cette aventure. Il fait aussi sortir la batterie – instrument emblématique du jazz rappelons-le – de son strict rôle qui lui est assigné pour aller voir ailleurs si elle ne peut pas bâtir d’autres mondes, d’autres ambiances. Lire la suite

JAZZ, Rattrapages : qu’il est difficile de commencer 2017 sans avoir, un peu, soldé 2016

Oiseau pour qui chantes-tu ?

Hermeto Pascoal, brûleur de chandelles par tous les bouts s’il en fut, musicien hors norme né au Brésil concepteur de collages culturels les plus divers, free-jazzman à ses heures, patriarche d’une famille de musiciens venants d’horizons différents laisse un patrimoine en forme de montagne, un héritage qui attendait Didier Labbé et cet album « o grito de passarinho » pour revivre vivifié par les compositions du quartet. Lire la suite

JAZZ, Rattrapage (encore…)

La bande à (et de) Bonnot

Laurent Bonnot, bassiste électrique de cette Fender Bass (du nom de son inventeur, dans les années 1950 utilisée pour une des premières fois par Monk Montgomery), a réuni, autour d’un rêve d’ermite, quelques figures du jazz français pour les faire se dialoguer. Il s’est réservé un double rôle, compositions (sauf une de Pierre Perchaud) et assise rythmique pour indiquer les métriques qu’il juge nécessaires. Il prend, ce faisant, la place du batteur qui disparaît. Lire la suite

JAZZ, Rattrapages (toujours..)

Échos du 20e siècle.

Le 4 décembre 1999 – un quasi anniversaire – se retrouvaient sur la scène du jazz club de Neuburg – en Allemagne – le « Birdland », Lee Konitz, saxophone alto comme toujours et Kenny Wheeler, trompette et bugle (flugelhorn sonne mieux) pour un échange en forme de mémoires. L’un arpente le monde de Lennie Tristano (Lennie’s, une des compositions de Lee Konitz), l’autre celui de la scène britannique des années 60 et d’Anthony Braxton pour se libérer de tout le poids du passé et pénétrer de plein pied dans le 21e siècle. Saxophoniste et trompettiste savent que le dialogue produit des étincelles. Surtout à ce niveau. « Olden Times » est le titre choisi par les producteurs, une composition de Kenny Wheeler, qui résument à la fois le projet – un solo du trompettiste faire écho à des compositions multiples, presque un quiz – et le temps qu’il a fallu pour faire paraître cet album. Lire la suite

JAZZ , Ménage à trois.

Chansons réelles ?

Lorsqu’un pianiste compositeur rencontre une chanteuse, italienne de surcroît, de formation classique et de jazz – plus tard comme il se doit – sur des paroles de la compagne du pianiste ça donne un album au titre étrange sans doute pour interpeller un monde plus étrange encore « Is It Real », est-ce réel ? Une interrogation de chaque instant devant les bouleversements dont nous sommes souvent les spectateurs.
Les textes s’appuient sur des musiques qui se veulent simples – quelque fois un peu trop sans aspérités et sans souffle – pour permettre les improvisations des participants, de ceux qui racontent des histoires courtes et là quelques réussites émergent donnant à la chanteuse la possibilité de se mettre en valeur. Il arrive que, à force de vouloir coller trop de musiques diverses, l’auditeur perde le fil qu’Ariane ne leur tend plus.
Le pianiste/compositeur, Olivier Hutman, la chanteuse Alice Ricciardi, le saxophoniste Olivier Témine, le guitariste Gilad Hekselman, le bassiste Darryl Hall et le batteur Gregory Hutcherson forment cette entité pour donner vie à ces chansons trop réelles pour être vraies.
Nicolas Béniès.
« Is It Real ? », Olivier Hutman meets Alice Ricciardi, Cristal Records, distribué par Harmonia Mundi.
Concert de sortie le 18 janvier 2017 au New Morning

JAZZ, Batteur et compositeur, Thomas Grimmonprez

Voyages sans visa.

Thomas Grimmonprez est batteur d’abord et longtemps il l’est resté. Depuis quelques temps, il s’est fait compositeur vagabond traversant les genres, les mesures, les cadences pour, sans doute, se trouver ou retrouver des sensations, des plaisirs, des douleurs qui l’ont transformé.
« Kaléidoscope » porte bien son titre, les climats changent d’une composition à l’autre. A l’auditeur de reconstruire le puzzle pour trouver une trajectoire qui sera différente de l’une à l’autre. Chacun-e apportant sa propre expérience, ses propres sensations et émotions à celles qui sont ici proposées. Lire la suite

JAZZ, Rattrapage (suite)

Faites du bruit, mais en rythme.

Nicolas Folmer, trompettiste et compositeur a constitué « The Horny Tonky Expérience », les excités du bastringue pour une traduction approximative, pour une sorte de retour aux sources de sa proche jeunesse, le jazz-rock, celui de Miles Davis souvent et un peu « Weather Report », une musique qui sait ce que tapage organisé veut dire. Une musique de la danse – il faut remarquer que ce retour vers le corps est une constante chez les compositeurs d’aujourd’hui, un bonne chose – avec ce qu’il faut de two beat et de balancement joyeux.
Dans le même temps, le retour aux choses simples, à la terre, au vent, au safari pacifique, à Pangea – le titre d’un album de Miles Davis dans sa période électrique, aussi le nom d’un continent -, au vent, au soleil et au reste. Lire la suite

JAZZ de la fin d’année 2016

Rattrapages, pour terminer l’année 2016 en beauté !

Frédéric Viale est accordéoniste. Je vous entends, le chœur antique « Encore », oui encore. C’est vrai que cet instrument un temps délaissé fait un retour en force. C’était nécessaire. Maintenant, il faudrait simplement l’ajouter au paysage du jazz contemporain.
Viale, pour en revenir à lui, s’est adjoint Nelson Veras, guitariste et guitariste combatif décidé à faire tourner le monde qui ne sait plus se balancer au rythme d’une musique qui prend un peu dans toutes les traditions pour refaire danser. Natallino Neto à la basse et Zaza Desiderio à la batterie apportent ce qu’il faut d’énergie pour faire de cette fête une aventure même si l’accordéon se fait trop sage. « Les racines du ciel » est le titre de cet album pour dire qu’il ne se contente pas de ce qu’il connaît mais recherche une mémoire spécifique pour construire ces compositions.
On trouvera ici ou là des références saillantes du côté de Gus Viseur notamment ou des musiques latinos mais le tout est assez réussi. Lire la suite