Le Jazz quand même….


Frontières, je vous hais !

Hubert Dupont, bassiste et contrebassiste, est en train de construire une musique d’un temps qui fait des explosions une manière de survivre en détruisant. Le chamboule tout est devenu le sport à la mode.
Est-il possible de créer dans cet environnement mortifère ? Comment vivre et résister tout en appelant à un monde fraternel de rencontres de cultures pour forger une modernité ? Il a voulu relever le gant en se servant des cultures des opprimés, des cultures qui restent populaires tout en étant savantes. Il a forgé un groupe et des compositions pour répondre aussi à un projet politique, la lutte des Palestiniens pour faire reconnaître leurs droits. « Golan » – dont c’est le volume 2 – en est résulté. Golan est une question de frontières et de définition aussi du possible État palestinien. Un symbole. Lire la suite

Musique et chansons venues d’ailleurs

Vers d’autres rencontres.

« Les voyageurs de l’espace » est le nom d’un trio composé de Didier Petit, violoncelliste/compositeur – mais aussi créateur du label In Situ -, de Claudia Solal aux chants et Philippe Foch aux percussions mais aussi un projet : raconter l’aventure spatiale,, le voyage interplanétaire. Les paroles disent clairement ce projet.
Ces trois là pourraient venir d’ailleurs pour remplir l’espace de musiques errantes avec l’espoir de communiquer de cet espoir fou de visiter d’autres mondes.
Chantons notre départ en s’échappant de soi-même comme ils nous le conseillent pour devenir notre propre passager clandestin dans un espace sans amarres pour visiter les planètes anciennes nouvellement découvertes par le gros œil des terriens.
La musique habille ces paroles d’une force rêvée, sidérée par la voie lactée pour monter et descendre vers une planète qui s’appelle la terre et ses paysages curieux.
S’éclipser discrètement est toujours difficile surtout lorsqu’il s’agit de chanter que monde est merveilleux (« Wonderful ») repris d’un des derniers albums de Louis Armstrong pour tirer une bizarre révérence.
« Les voyageurs de l’espace » nous convient à un festin fait de contes, d’expériences et d’utopies d’une vie meilleure. Pour tout vous dire, ils nous font chanter… avec l’aide de plusieurs paroliers, des chansons inscrites dans un espace différent. Attachez vos ceintures, départ pour d’autres planètes et pour voir la notre d’un œil neuf.
Nicolas Béniès.
« Les voyageurs de l’espace », Claudia Solal, Didier Petit, Philippe Foch, Basta/Buda Musique

Jazz un piano qui ronfle

Un moderne classique.ou l’inverse

Vincent Bourgeyx, pianiste, a conservé le goût pour la pulsation du jazz classique tout en intégrant dans son jeu, ses compositions la modernité du jazz comme celle des musiques dites contemporaines. Quelque chose de la folie meurtrière des Oscar Peterson, Monty Alexander et autre Chick Corea passe dans sa manière d’aborder le piano. Ces références ne viennent pas appesantir un climat où la relaxation, la confiance réciproque du trio permet la naissance d’une musique qui ne se refuse rien.
Vincent Bourgeix retrouve le bassiste de ses débuts discographiques en 2002, Matt Penman et fait découvrir un batteur très demandé paraît-il, Obed Calvaire, batteur capable de toutes les métriques. Deux invités transforment ce trio en quartet, David Prez saxophoniste et flûtiste et la vocaliste Sara Lazarus pour trois standards qui sont autant de références et d’insertion dans le classique du jazz.
« Short Trip » invite à ces voyages que l’on dit immobiles, de ces rêves qui peuplent notre vie pour la rendre pleine de possibilités. La musique est une ouverture onirique qui métamorphose nos expériences.
Nicolas Béniès.
« Short trip », Vincent Bourgeyx, Fresh Sound New Talent/Socadisc

Jazz quand tu nous tiens…

Chanteuse, un curieux destin.

Un cri pour débuter, d’alarme, d’alerte. Les programmateurs et programmatrices semblent resté-e-s attaché-e-s aux styles que producteurs et distributeurs leur proposent sans chercher à savoir si, dans d’autres cases, d’autres boîtes, il n’existe une perle qui ferait la nique à la plupart des chanteuses dites de variété d’aujourd’hui.
Il serait temps qu’il et elles sortent de leur tour de triage et regardent les réalisations qui s’agitent sous le terme « jazz », un terme qui fait peur. Faudrait-il l’appeler « musique » pour lui trouver une porte d’entrée dans ce château-fort ? Musique certes mais jazz indique des filiations, des mémoires partagées.
Léa Castro a une voix qui devrait lui donner l’accès à tous les médias pour lui permettre d’avoir un succès mérité. Il suffit de mettre sur sa platine « Here comes the sun », de George Harrison pour s’apercevoir de ce que le public potentiel rate. Lire la suite

Jazz, quand un saxo rencontre un autre saxo…La folie n’est pas loin…

Un, deux, trois Jazz ?

Lionel Martin, saxophoniste, est attiré par la transe, celle d’un Albert Ayler par exemple et du free jazz. Je commence mal, je sais. Le Free fait peur. Plus que peur, il panique. Il fait fuir avant même de mettre une oreille dans cette musique. Il fait équipe avec le pianiste Mario Stantchev. Ensemble, ils ont réalisé un album d’hommage à Louis Moreau Gottschalk, un ancêtre du ragtime et donc du jazz. Une idée originale de rhabiller ses compositions moins éloignées qu’on ne le croit de notre modernité.
Il a rencontré, dans un festival, George Garzone, professeur réputé et saxophoniste ténor qui sait tout de l’instrument, à l’aise dans tous les contextes. Ses albums sont convaincants. « Madness Tenors » est le nom du groupe, une dénomination qui tient ses promesses et fait écho au titre d’un album de Sonny Rollins. Benoit Kellet à la contrebasse et Ramon Lopez à la batterie – un batteur à l’énergie percussionniste – complètent le quintet. « Be Jazz For Jazz » est la déclinaison du précédent « Jazz Before Jazz ». Être jazz pour le jazz est une devise difficile à tenir. Faut-il sembler trahir le jazz pour mieux le servir ?
Écoutez ce groupe, mettez un instant de côté vos préjugés, vos idées toutes faites sur la musique. Entrez, n’hésitez pas. Vous ne le regretterez pas. Notre monde moderne est gagné par le vent de la folie barbare. Dans cet album la folie est fraternelle et un appel pour un autre monde.
Nicolas Béniès.
« Be Jazz For Jazz », Madness Tenors, Ouch!Records pour le Vinyle et Cristal Records pour le CD.

JAZZ, un curieux album

Le jazz peut-il se raconter ? Se dire ?

Alexandre Pierrepont suit les pas de Michel Leiris, comme un passage de témoin. Anthropologue et ethnologue, il se projette dans le « champ jazzistique » – pour reprendre le titre de son premier ouvrage, aux éditions Parenthèse – pour construire son imaginaire à force de mots. On dira poète pour aller vite. Les mots sont souvent traîtres, ils disent et se reprennent en confinant la chose ou l’être à sa dénomination. Il arrive que, comme chez Alice, la résistance s’organise en sortant des mots avec d’autres mots ou la musique.
La musique est ici construite, improvisée par le batteur Denis Colin. L’autre protagoniste de cette aventure. Il fait aussi sortir la batterie – instrument emblématique du jazz rappelons-le – de son strict rôle qui lui est assigné pour aller voir ailleurs si elle ne peut pas bâtir d’autres mondes, d’autres ambiances. Lire la suite

JAZZ, Rattrapages : qu’il est difficile de commencer 2017 sans avoir, un peu, soldé 2016

Oiseau pour qui chantes-tu ?

Hermeto Pascoal, brûleur de chandelles par tous les bouts s’il en fut, musicien hors norme né au Brésil concepteur de collages culturels les plus divers, free-jazzman à ses heures, patriarche d’une famille de musiciens venants d’horizons différents laisse un patrimoine en forme de montagne, un héritage qui attendait Didier Labbé et cet album « o grito de passarinho » pour revivre vivifié par les compositions du quartet. Lire la suite

JAZZ, Rattrapage (encore…)

La bande à (et de) Bonnot

Laurent Bonnot, bassiste électrique de cette Fender Bass (du nom de son inventeur, dans les années 1950 utilisée pour une des premières fois par Monk Montgomery), a réuni, autour d’un rêve d’ermite, quelques figures du jazz français pour les faire se dialoguer. Il s’est réservé un double rôle, compositions (sauf une de Pierre Perchaud) et assise rythmique pour indiquer les métriques qu’il juge nécessaires. Il prend, ce faisant, la place du batteur qui disparaît. Lire la suite

JAZZ, Rattrapages (toujours..)

Échos du 20e siècle.

Le 4 décembre 1999 – un quasi anniversaire – se retrouvaient sur la scène du jazz club de Neuburg – en Allemagne – le « Birdland », Lee Konitz, saxophone alto comme toujours et Kenny Wheeler, trompette et bugle (flugelhorn sonne mieux) pour un échange en forme de mémoires. L’un arpente le monde de Lennie Tristano (Lennie’s, une des compositions de Lee Konitz), l’autre celui de la scène britannique des années 60 et d’Anthony Braxton pour se libérer de tout le poids du passé et pénétrer de plein pied dans le 21e siècle. Saxophoniste et trompettiste savent que le dialogue produit des étincelles. Surtout à ce niveau. « Olden Times » est le titre choisi par les producteurs, une composition de Kenny Wheeler, qui résument à la fois le projet – un solo du trompettiste faire écho à des compositions multiples, presque un quiz – et le temps qu’il a fallu pour faire paraître cet album. Lire la suite

JAZZ , Ménage à trois.

Chansons réelles ?

Lorsqu’un pianiste compositeur rencontre une chanteuse, italienne de surcroît, de formation classique et de jazz – plus tard comme il se doit – sur des paroles de la compagne du pianiste ça donne un album au titre étrange sans doute pour interpeller un monde plus étrange encore « Is It Real », est-ce réel ? Une interrogation de chaque instant devant les bouleversements dont nous sommes souvent les spectateurs.
Les textes s’appuient sur des musiques qui se veulent simples – quelque fois un peu trop sans aspérités et sans souffle – pour permettre les improvisations des participants, de ceux qui racontent des histoires courtes et là quelques réussites émergent donnant à la chanteuse la possibilité de se mettre en valeur. Il arrive que, à force de vouloir coller trop de musiques diverses, l’auditeur perde le fil qu’Ariane ne leur tend plus.
Le pianiste/compositeur, Olivier Hutman, la chanteuse Alice Ricciardi, le saxophoniste Olivier Témine, le guitariste Gilad Hekselman, le bassiste Darryl Hall et le batteur Gregory Hutcherson forment cette entité pour donner vie à ces chansons trop réelles pour être vraies.
Nicolas Béniès.
« Is It Real ? », Olivier Hutman meets Alice Ricciardi, Cristal Records, distribué par Harmonia Mundi.
Concert de sortie le 18 janvier 2017 au New Morning