Un simple trio…

…de jazz.

Un trio c’est une entité, une unité faite de diversité. Elle s’effeuille. Un-e contre (tout contre en même temps) deux ou un contre l’un et l’autre pour que chacun-e arrive à vivre sa propre vie sans pour autant faire de l’ombre aux autres soleils et se transcender pour faire sonner l’ensemble. Pour dire que rien n’est acquis, que la bascule pourrait intervenir à tout moment.
Ce trio là, Damien Groleau au piano, compositeur, entraîneur, Sylvain Dubrez, contrebasse et Nicolas Grupp, batterie, se situe entre toutes les influences de notre présent, entre classique et jazz. Pour l’art du trio, il est difficile d’éviter Keith Jarrett et l’influence principale qu’il revendique – comme Herbie Hancock, Chick Corea – Bill Evans. D’autres affluents sont perceptibles. Erroll Garner comme « découvreur » du jazz pour Damien, rencontré par l’intermédiaire d’un disque et on ne dira jamais assez quel grand pianiste fut l’Erroll. Eddie Gomez pour la rondeur, Gary Peacock sont des noms qui viennent à l’esprit à l’écoute du contrebassiste comme celui de Jean-François Jenny-Clark dont on ne parle plus assez. Roy Haynes, Kenny Clarke mâtiné de Jack DeJohnette – sans l’aspect un peu m’as-tu-vu que son jeu prend souvent – sont ceux qui résonnent à l’écoute du batteur. Références qui n’empêchent pas les trois de se pousser hors de toutes ces contraintes, de synthétiser tous ces échos sous la forme de jeux de mémoire.
« Jump » – saute –, titre de cet album, tient de la devise de ce trio. Sauter pour faire chanter les expériences, pour passer d’un style à l’autre, pour éviter la monotonie et la répétition. La musique atteint un « je ne sais quoi », pour employer un concept cher à Vladimir Jankélévitch, l’âme peut-être, pour susciter des couleurs qui tiennent aux bleus d’un jazz qui ne pourra jamais passer de mode. Il faut savoir entendre à la fois la mélancolie, très sensible dans le dernier thème, un standard, « You’ve Changed » qui doit beaucoup à Billie Holiday, et la joie de vivre une fois encore pour crier au monde que ce trio est là et qu’il est temps qu’il prenne sa place.
Comme souvent, une part de mystère dans la rencontre de l’auditeur avec la musique. Pourquoi ce trio nous fait-il voyager ? La rationalité ne suffit pas comme explication. Il se passe autre chose.
N’hésitez pas, entrer. Pour faire connaissance, pour découvrir, pour adopter.
Cerise sur la musique, le trio enregistre pour un label indépendant, Little Big Music, dont c’est la première incursion dans les mondes des jazz. Ce ne devait pas être la dernière.
Nicolas Béniès.
« Jump », Damien Groleau trio, Litttle Big Music distribué par Sony Music.

Jazz. A trois, c’est parti…

Un trio.

Il est rare que trois musiciens arrivent à se transcender pour arriver à la fois à un dialogue – un trilogue ? – et à une osmose qui laisse croire à la fraternité. Un trio étrange à première vue, mélange de celui de Nat King Cole et de celui classique de Bill Evans. Ici, piano – François Chesnel -, guitare – Pierre Durand – et batteur (producteur en plus) – Davis Georgelet – mêlent idées, sonorités, phrasé pour flatter l’imagination de l’auditeur devenu partie prenante de cette création. Les images succèdent aux sons de ce voyage immobile au plus profond de nous-même. Chacun est tour à tour leader et accompagnateur pour forger un son original tout en intégrant la mémoire du jazz.
Osons une parenthèse. Si ce trio n’était pas « de jazz » mais de « musique » aurait-il plus d’auditeur-e-s ? Si oui, il faudrait abandonner l’étiquette « jazz » même si cette musique née quasiment avec le 20e siècle charrie le patrimoine de tout ce siècle. Une mémoire trop souvent abandonnée comme en friche. Mais le terme ne fait rien à l’affaire… Lire la suite

Jazz, un trio

Un trio.

Sophia Domancich , pianiste aux influences monkiennes perceptibles comme celles de Mal Waldron – un de ces pianistes qu’il ne faudrait pas oublier -, Jean-Jacques Avenel, contrebassiste, longtemps compagnon de Steve Lacy dont les mondes sont proches et de Monk et de Cecil Taylor et Simon Goubert très profondément marqué par Elvin Jones forment un trio soudé qui fait circuler la musique, les improvisations. Lire la suite