Jazz, une musique qui n’oublie rien.

Mémoires d’avenir

« Lucky Dog » – pourquoi les chiens ne seraient pas heureux ? – est un groupe à géométrie variable fondé par le saxophoniste, ténor et soprano, Frédéric Borey. Il suit la voie ouverte par le groupe de Don Cherry, « Old and New Dream », une devise qui lui sied à merveille. Lui et ses compagnons, qu’il entraîne dans son infortune, nous baladent entre vieux et nouveaux rêves, dans un espace qu’ils arrivent à rendre particulier et qui demande à être visité. Chacun, dans le groupe à la fois suit son inspiration et la partage avec les trois autres pour créer un son d’ensemble. Manière de lier l’individuel et le collectif en processus créatif. Lire la suite

JAZZ, Faire frucifier l’héritage

Pianoless quartet

Un quartet sans piano ? Une des réponses possibles, Gerry Mulligan avec Chet Baker ? Mais là, vous auriez tout faux. Pour ce qui est des références. Non pas que Yoann Loustalot ; le trompettiste du groupe, refuserait l’influence de Chet mais, à l’écoute, nous pencherions plutôt de Don Cherry mâtiné – c’est difficile à éviter – de Miles Davis et un peu d’Art Farmer pour la douce sonorité du bugle. Don Cherry ? Vous êtes sur la voie. Le pianoless quarter est plutôt celui de Ornette Coleman de ces années 60 où il recevait un tombereau de légumes divers lui évitant de faire le marché…
Lucky DogFrédéric Borey, l’âme de ce quartet et saxophoniste ténor, a décidé de faire vivre cette musique, cette tradition sans copier les illustres ancêtres. Ses compositions, comme celles de Yoann Loustalot, dessinent un monde différent de celui des années 60. l’angoisse, l’incertitude profonde qui marque notre environnement, les mutations climatiques, écologiques obligent à s’interroger sur notre avenir. Yoni Zelnik, bassiste rigoureux et gardien du rythme permet à chacun de pouvoir s’envoler tandis que Frédéric Pasqua dessine des climats à l’image de Billy Higgins chez Ornette.
Appeler son groupe « Lucky Dog » en affichant un chien à l’œil triste qui pourrait vous sauter à la gorge pour calmer sa peine, sa mélancolie mais ce peut-être aussi – comme le laisse deviner le recto de la pochette – un appel à la tendresse, à la caresse, sorte d’oxymore qui décrit bien le contexte dans lequel nous nous agitons, la barbarie qui tente d’envahir notre quotidien. Suffirait-il de renouer avec la fraternité.
Cette musique est drôle, intelligente, caressante et inhumaine faite de ce rire qui provient autant de l’angoisse que de l’allégresse.
A découvrir et à suivre. Ils sont en concert en ce moment.
Nicolas Béniès.
« Lucky Dog », Fresh Sound New Talent.