Le coin du polar

De l’Amérique de Trump à celle de 1950, en passant par Parme.

L’Amérique de Trump
Curieuse histoire que raconte Frédéric Andrei dans « La reine des putes », un titre qui attire l’attention mais aussi la détourne. Une histoire de San Francisco, de ces anciens hippies qui atteignent la cinquantaine et ne veulent pas abandonner les rêves de leur adolescence tout en tombant, une fois encore, dans l’amour. Une autre trajectoire rencontrera la précédente de laissés pour compte de cette société inégalitaire. Le tout synthétisé par deux figures de femme. La révolte est drainée par ces sociétés pétrolières qui exploitent le gaz de schiste responsables de dégâts durables sur l’environnement. Lecture essentielle qui guérit de toutes les publicités sur la nécessité d’explorer cette ressource. Le ,prix à payer est énorme non seulement sur les terres arables mais aussi sur la population. Continuer la lecture

Le coin du polar

Un cri de révolte.
« Vanda », un prénom bizarre issu d’une chanteuse des années 1960, Wanda Jackson bien oubliée de nos jours, est une jeune femme, mère célibataire volontairement, femme de ménage dans un hôpital psychiatrique. Précaire, elle est variable d’ajustement de la rentabilité de l’établissement et sujette aux convocations de la DRH. Marion Brunet fait le constat de la brutalité des relations sociales et de travail comme de la situation de ces établissements laissés trop souvent à l’abandon par les gouvernements. La grève est la seule réponse possible. La manifestation est sauvagement réprimée.. Portrait, surtout d’une féministe en butte à tous les préjugés, y compris celui de la paternité via son ancien amant qu’elle a quitté. Son fils, qu’elle a appelé Noé, serait-il la solution à la crise climatique qui exerce ses effets dans cette localité prés de Marseille ?

Malaise islandais
Arnaldur Indridason est le grand auteur de polar mondialement reconnu. Il a créé un nouvel enquêteur, Konrad, un policier à la retraite. Trois meurtres sont à son menu. Deux jeunes femmes, l’une en 1947, l’autre plus récemment et celui de son père. Conduire ces trois enquêtes est un travail à plein temps. S’entremêlent vivants et fantômes dans cette histoire où la police n’a pas cherché plus loin que le bout de son nez. Ne dit-on pas qu’un vivant est entouré d’au moins 6 fantômes qu’il trimbale en lui soufflant dans le cou et les oreilles des pensées étranges ? « Les fantômes de Reykjavik » est une ballade dans le temps en un espace réduit pour rendre compte du malaise dans la civilisation.

New York, 1912
« Une mort sans importance » est la deuxième enquête de Jane Prescott, dame de compagnie de la famille Benchley mise en scène par Mariah Fredericks dans l’ambiance de New York de 1912, traumatisé » par le naufrage du Titanic. Le contexte : la lutte des classes entre « aristocratie » – ici les Tyler – et classe ouvrière, la main mise de la mafia sur la ville et ses activités souterraines et New York à l’aube de la domination des Etats-Unis sur le monde. Un portrait historiquement juste. Le meurtre d’une nurse italo-américaine, de cette immigration marquante de ces débuts du 20e, servira de révélateur des secrets de la classe dominante par l’intermédiaire de la grande détective qu’est Jane.

Anti colonialiste
1885 dans le Queensland, Australie. Sécheresse – une plaie structurelle – qui conduit à la faillite cette famille de colons installé dans cette région. L’assassinat du père et de la mère conduira à une chasse à l’homme forcément aborigène sous le commandement de l’inspecteur Edmund Noone chargé d’imposer la terreur aux indigènes pour faire respecter l’ordre colonial. Paul Howard est dans la lignée de Arthur Upfield, créateur du polar ethnologique et anticolonialiste patenté. « Le diable dans la peau » permet à Paul Howard de crier sa haine de la colonisation tout en réalisant un véritable travail d’historien. Pour comprendre l’Australie d’aujourd’hui.
Nicolas Béniès
« « Vanda », Marion Brunet, Albin Michel ; « Les fantômes de Reykjavik », Arnaldur Indridason, traduit par Eric Boury, Métailié/Noir ; « Une mort sans importance », Mariah Fredericks, traduit par Corine Derblum, 10/18, Grands Détectives ; « Le diable dans la peau », Paul Howard, traduit par Héloïse Esquié, Folio/Policier.