Travail de plaisir et de mémoire.

Le rêve d’une époque

La Bastoche, t’en souviens-tu ? Comme on dansait au son de l’accordéon au Balajo, rue de Lappe, une petite rue, à gauche, en montant la rue de la Roquette vers la Bastille et juste avant cette place. A cette époque – laquelle ? Tu as le choix – on dansait aussi au Massif Central – aujourd’hui un magasin de bricolage – à la piste de danse accueillante. Toutes les filles se faisaient belles pour ces rencontres d’un soir, d’une vie. Les mecs, un peu apaches – on les appelait de ce nom, issu des westerns sans doute, nous étions plutôt du côté des « Indiens » – tortillait des hanches plus que les nanas… On dansait aussi à Nogent, dans les guinguettes… La danse, son allégresse était une soupape nécessaire.
Cette musique conservait la part de rêve et d’espoir des grandes grèves de 1936 lorsqu’on dansait dans les usines occupées et de la Libération où on dansait encore et encore pour se persuader que le monde ne serait plus le même. Lire la suite

Partir… Loin…

Voyage immobile dans notre mémoire.

Django ? Le surnom suffit. Possible d’ajouter Reinhardt si vous voulez. Guitariste manouche lit-on de temps en temps comme si cette dénomination suffisait à épuiser le génie d’un musicien accompli qui a su révolutionner les mondes du jazz et se révolutionner en permanence. Son surnom, « J’éveille » en français, lui a fourni une feuille de route. Jusqu’à sa mort en 1953, il a montré plusieurs figures n’ignorant en rien la révolution bebop. Un de ses derniers thèmes, « Deccaphonie », est d’une puissance tellurique. Elle laisse sur le carreau un Martial Solal dont c’est la première entrée en studio.
Pourquoi rappeler ces données ? Pourquoi redire une fois encore que Django est un génie qui a su renouveler continuellement son langage, qu’il a même devancé Miles Davis sur le chemin du modal en enregistrant « Flèche d’or » ? Qu’il ne s’est pas contenté de créer le « Jazz Manouche » qu’il faudrait appeler « le jazz Django du quintet du Hot Club de France » ?
le voyage de DjangoPour présenter un album signé par Dominic Cravic et ses amis qui nous invitent à un voyage dans nos souvenirs, souvenirs de ce 20e siècle, souvenirs aussi des Paris disparus. Lire la suite

Nuits câlines sans être de Chine

L’accordéon au cœur de la Corrèze pour des nuits de nacre à Tulle.

nuits-de-nacre27 ans que Tulle vit une histoire d’amour avec l’accordéon, appelé aussi le « piano du pauvre », un pauvre capable de faire découvrir des paysages bizarres, de la musique dite classique au jazz en passant bien sur par la valse musette.
L’accordéon a eu ses figures de proue, comme Jo Privat longtemps associé au Balajo du côté de la Bastille. Frémeaux et associés lui rend un hommage mérité dans un coffret de trois CD : « Le gitan blanc – l’accordéoniste de Paris, 1945 – 1958 ». Il fera sans doute partie de cette thématique du festival qui veut aussi « Raconter l’accordéon ».
C’est un instrument qui marque la culture française bien qu’il soit d’origine allemande. La valse musette «est largement associée au « jazz manouche ». Le premier métier de Django Reinhardt, avant l’incendie de sa roulotte en 1929, fut banjoïste de ces orchestres qui faisaient danser Parisiennes et Parisiens. Après la guerre et jusque dans les années 60, on allait danser le samedi soir dans ces « dancings » aux grandes pistes en bois pour permettre toutes les figures et toutes les rencontres. C’est une image qui s’est perdue. Une mémoire en friche.
« Les primitifs du futur », invités aussi à ce festival, ont voulu faire renaître cette tradition, en la bousculant comme il se doit pour la garder vivante, sans répéter le passé. Frémeaux et associés a réédité récemment deux de leurs albums, « Cocktails d’amour » et « World Musette », un titre programme.
Pour leur prestation, le jeudi 18 septembre, une sorte d’inaugurationn du festival, ils seront en compagnie de Thierry Roques, accordéoniste né en 1960 dans le Lot et personnalité centrale de cette année. Il sera partout et avec tout le monde. Une sorte de fil d’Ariane pour faire la démonstration de toutes les facettes d’un instrument trop souvent décrié. Il faudrait pourtant réécouter Gus Viseur pour s’apercevoir qu’il peut swinguer…
Les lycéens ne seront pas publiés. Un concert et une rencontre leur seront dédiées pour découvrir ces musiques et les musiciens. Le jazz manouche sera bien sur de la partie avec Ludovic Beier, le bal guinguette sans oublier l’apéro ou le marché des producteurs de pays.
Bref, un festival qui brillera de tous ses feux pour enflammer de nouveau la ville de Tulle du jeudi 18 au samedi 20 septembre.
Ne manquez pas ce rendez-vous, d’autant que l’été indien le rendra encore plus lumineux.
Nicolas Béniès.
« Les Nuits de Nacre », « raconte-moi un accordéon », Tulle du 18 au 21 septembre, renseignements 05 5520 28 54, www.nuitsdenacre.com
CD cités : « Jo Privat, 1945 – 1958, le gitan blanc – l’accordéoniste de Paris », livret de Dany Lallemand ; « Blues Story & the new blue 4 », « World Musette, c’est la Goutte d’Or qui fait déborder la valse ! », Les Primitifs du Futur, Frémeaux et associés.