Travail de plaisir et de mémoire.

Le rêve d’une époque

La Bastoche, t’en souviens-tu ? Comme on dansait au son de l’accordéon au Balajo, rue de Lappe, une petite rue, à gauche, en montant la rue de la Roquette vers la Bastille et juste avant cette place. A cette époque – laquelle ? Tu as le choix – on dansait aussi au Massif Central – aujourd’hui un magasin de bricolage – à la piste de danse accueillante. Toutes les filles se faisaient belles pour ces rencontres d’un soir, d’une vie. Les mecs, un peu apaches – on les appelait de ce nom, issu des westerns sans doute, nous étions plutôt du côté des « Indiens » – tortillait des hanches plus que les nanas… On dansait aussi à Nogent, dans les guinguettes… La danse, son allégresse était une soupape nécessaire.
Cette musique conservait la part de rêve et d’espoir des grandes grèves de 1936 lorsqu’on dansait dans les usines occupées et de la Libération où on dansait encore et encore pour se persuader que le monde ne serait plus le même.

L’accordéon ? un accordéon qui avait entendu le jazz et savait se faire swinguant. Jo Privat, Gus Viseur, Louis Ferrari ont été touché par la grâce de cette musique. Django en a été un des grands propagateurs. Le pionnier de ces musiciens, Emile Carrara, en avait eu la prescience.
Le quintet Art Sonic, conduit par le clarinettiste Sylvain Rifflet et le flûtiste Joce Mienniel ont voulu renouer avec ce temps qu’ils ne peuvent pas connaître. Un travail de mémoire qui se mêle au plaisir de jouer ces valses musettes en, même temps que swing et qui cachent bien leur air populaire leur culture savante.
Un quintet qui s’est adjoint – il le fallait bien – un accordéoniste, basque pour épaissir le mystère, Didier Ithursarry. L’alliage flûte/clarinette/hautbois et cor anglais de Cédric Chatelain/Baptiste Germser au cor/Sophie Bernado au basson et accordéon laisse intact notre souvenir des chansons tout en dégageant cette étrange familiarité qui fait toute la différence. Une musique qui nous oblige à chanter nos souvenirs, réels ou imaginaires, des souvenirs de « Bal Perdu », titre de cet album. « Non, je ne me souviens pas du nom du bal perdu »… ce dont je me souviens c’est de cet embrassement des corps, de ces accordéonistes capables de nous faire tourner encore et encore. Cette musique populaire des faubourgs de Paris reste encore vivante. La preuve…
Nicolas Béniès.
« Bal Perdu », Art Sonic, Drugstore Malone/L’autre distribution.

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