Aspects de la guitare contemporaine, en jazz (?)

Où est passé Chet Baker ?

Joe Barbieri est guitariste et un peu vocaliste. Pour le 25e anniversaire de sa mort, il a voulu rendre hommage à Chet Baker. « Chet Lives », titre de cet album. Pour le rendre vivant, il faut un peu le bousculer. Le meilleur hommage est celui qui refuse toute copie.

Giuseppe – c’est son prénom – est né à Naples en 1973 et a dû entendre parler du séjour mouvementé de Chet en Italie. Cette histoire a été racontée dans un livre paru en 2004, « Un été avec Chet », signé par Massimo Basile et Gianluca Monastra (traduit en français par Clément Baude, Galaade éditions).

Rendre hommage ne veut pas dire enterrer. Il chante comme Chet, avec cette voix androgyne, un peu fausse, un peu tremblée et Luca Aquino l’imite à la trompette tout en jouant mieux, techniquement parlant, que Chet. Même en invitant Nicola Stilo qui a joué avec Chet – quelques enregistrements pirates en témoignent – la magie n’y est pas. Pire, cette imitation me laisse envahi par la mélancolie et le blues. Je suis reparti pour aller entendre Chet…

Un essai raté qui ne permet pas de se rendre compte de son talent de guitariste…

« Chet Lives », Joe Barbieri, Le Chant du Monde distribué par Harmonia Mundi.

La guitare suisse ? Loin d’être neutre.

Christy Doran, guitariste qui utilise toutes les techniques nouvelles, fait partie de la scène du jazz depuis les années 1970. Suisse avec des racines irlandaises, il a décidé de jouer les surprises en se basant sur des intervalles inusités. Cette musique ne se refuse rien. Ni le rock, ni la pop, ni les jazz, ni la musique indienne. McLaughlin n’est pas très loin tout en refusant la joliesse et la virtuosité pour la virtuosité. Il a constitué un groupe, « New Bag », composé d’une vocaliste – la meilleure chanteuse que la Suisse compte dans ses rangs si l’on en croit la présentation – qui fait partie intégrante du groupe, d’un claviériste Vincent Membrez qui fait partie de la nouvelle génération de musiciens et Lionel Friedlii, batteur qui commence à être reconnu. L’originalité est d’avoir intégré la voix dans l’ensemble. La chanteuse est musicienne et au même titre que les autres membres du quartet, elle participe du background. Le titre, « Mesmerized », fasciné, est bien trouvé.

Une musique qui hérissera vos oreilles dans un premier temps, une musique exigeante et vous prendra tout votre temps si vous voulez pénétrer dans ce curieux univers. Le guitariste-compositeur cherche sans toujours trouver mais il participe à la prochaine définition d’une musique du 21e siècle.

« Mesmerized », Christy Doran’s New Bag, Double Moon Records, distribué par DistrArt.

Le bon air du Sud…davisien

Jean-Philippe Raillot se réfère à tous les grands guitaristes qui l’ont précédé comme à Miles Davis dont on entend la voix bizarre dans ce « Sud Miles Interlude » pour une musique aérée qui sent l’aridité de l’Ardèche et le soleil de plomb. « Sud » est le titre qui s’imposait.

Un quartet qui s’entend bien, des idées qui circulent mais une esthétique un peu trop datée. Il faut écouter le batteur, Nicolas Charlier qui a le sens du tempo tout en s’associant avec le bassiste, Hugo Barré permettant au guitariste, comme au trompettiste, Brice Moscardini de briller. Il faudrait juste qu’ils se lâchent davantage. La technique a trop pris le pas sur la création. Il faut accepter l’échec, la fausse note pour l’intégrer dans un ensemble et épaissir le mystère. On a oublié que la musique devait garder une part d’inconnu.

« Sud », JP Raillot quartet, Rev production – jazz collection, www.jpraillot.com

Où est passée la Turquie ?

Timuçin Sahin est turc et guitariste. Il a émigré en Hollande lorsqu’il était ado et a continué ses études musicales à la Manhattan School of Music. Il est donc devenu citoyen du monde. Sa musique est pourtant très influencée par celle d’Ornette Coleman tout en gommant une partie des provocations du saxophoniste-créateur d’un univers particulier. Il permet aussi de découvrir le saxophoniste alto, John O’ Gallagher qui fait preuve d’une belle énergie tout en restant dans les clous des compositions du guitariste. Les batteurs de nos jours font preuve d’une belle technique et d’une inventivité remarquable. Comme si la batterie, instrument emblématique du jazz, restait un centre de créativité. Tyshawn Sorey vient renforcer cette évidence. Christopher Tordini fait de la basse, le soubassement rythmique nécessaire pour le groupe. Invité de cet album, « Inherence », Le trompettiste Ralph Alessi.

Dans un autre style, cette musique est sans surprise pour qui connaît l’univers colemanien. Il lui manque la flamme, l’ironie, le rire qui fait tout le sel des compositions d’Ornette.

A écouter pour se faire une idée des tendances actuelles et de l’éclatement des références comme des influences. Et pour un groupe prometteur qui ne déçoit pas.

« Inherence », Timuçin Sahin quintet, Between the lines, distribué par DistrArt.

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