Polar, Avant-première

Cavale, le vieux monde te rattrapera…

L’intrigue n’est pas nouvelle. Elle est même éculée. Un homme de main est envoyé par son patron chez un syndicaliste pour lui faire peur. Sans arme a-t-il dit. Méfiant, Roy Cady – c’est son nom – prend ses précautions. Bien lui en prend. Il trouve là une jeune prostituée à l’histoire compliquée et qui ment pour se sauver. La cavale commence qui va de la Nouvelle-Orléans au Texas. « Galveston », une bourgade de cet Etat, sert de titre à Nic Pizzolatto pour situer son propos : des histoires de famille dans ces petites villes où divorces et remariages créent des groupes étranges dans lesquels sexe, violence et haines vont bon train.

La cavale c’est aussi franchir des distances, transformer son environnement. Les paysages se succèdent. Une sorte de descriptions de ce Sud des Etats-Unis en continuelle mutation.

Cette superposition de trames fait tout l’intérêt de cette cavale qui, bien sur, se terminera mal. Un oubli que le lecteur attentif détectera sans faire faiblir d’intensité ce train lancé à grande vitesse sans pilote. L’auteur agrémente son propos d’un portrait de jeune femme qui essaie désespérément de se sortir de la nase et d’en sortir sa fille de trois ans. Cette dernière permettra de faire une fin de 20 ans de cet homme de main devenu par la grâce d’on ne sait quoi, de plusieurs rencontres, une sorte d’oncle bienfaisant tout en apportant le malheur. Quelque chose de biblique passe dans ce roman. Comme souvent chez les auteurs américains.

Pourquoi ces personnages deviennent-ils sympathiques ? Une sorte d’énigme, le sel de ce noir qui envahit tout pour ne plus laisser qu’une petite lumière éclairant l’avenir. N’est-elle pas une illusion ?

L’écriture transporte, oblige le lecteur à s’intéresser à ces destins. Elle dessine une empathie. Pourtant, ce qui va arriver est prévu et il faudrait continuer à croire que ces trois là pourront s’en sortir, que chacun pourrait mettre en cause le système…

Nicolas Béniès.

« Galveston », Nic Pizzolatto, 10/18, parution le 5 septembre 2013.

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