Polar versus policier

Un polar nécessaire.

Houston (Texas) et son univers impitoyable est la toile de fonds de ce polar plus sociologique et politique que ne le donne à lire ce titre, « Marée noire », un peu trop en référence à nos plages polluées par les déversements des immondices des pétroliers ou par les naufrages de tankers.

Houston, tout comme Dallas, est une ville organisée autour du pétrole et des magnats de cette industrie qui font la pluie et le beau temps. Une ville qui, comme la Nouvelle-Orléans, a des bayous navigables et, comme toutes les autres villes de ces États-Unis, un ghetto noir.

Nous sommes en 1981, Ronnie – Ronald Reagan – vient d’être élu. Martin Luther King, Malcom X ont été assassinés. Le FBI, mais même Edgar J. Hoover est mortel, a infiltré le PCA comme tous les autres groupes liés au « Black Power ». Beaucoup sont morts eux aussi assassinés par ce pouvoir paranoïaque qui a engendré une paranoïa plus profonde et permanente chez ces militant(e)s des droits civiques. La prison pour d’autres et l’emprisonnement dans leur passé pour ceux et celles qui restent.

Jay Porter, avocat, fait partie de ceux-là. Il voudrait bien oublier mais ses souvenirs résistent.

Attica – ses parents, militants dans les années 60 et 70 l’ont ainsi prénommée en souvenir des George Jackson et des tués de la prison d’Attica, il faut aussi écouter le « Attica Blues » d’Archie Shepp dans l’album Impulse au titre éponyme – Locke a construit ce personnage comme une synthèse des espoirs déçus de toute une génération militante réduite au silence par la répression et l’incapacité à dégager une ligne politique pour agir sur la société américaine. Un paranoïaque déçu qui a intériorisé la défaite et veut quand même faire sa place dans une société capitaliste qui le refuse. Un portrait sociologiquement et politiquement juste. L’auteure permet de comprendre les évolutions d’une « classe moyenne » – pour employer ce terme bizarrement à la mode – qui refuse de considérer son passé. Qui veut l’oublier et voudrait bien que tout le monde l’oublie. Tout en sachant que c’est impossible.

Jay Porter donc. Ancien militant, orateur doué a fait partie du groupe de Carmichael, un autre paranoïaque quelque fois à juste raison, veut être reconnu comme avocat. Il offre pour l’anniversaire de sa femme, enceinte, une « croisière » dans les bayous. Il sauve une femme blanche de la noyade et ne dit rien aux flics. Un homme noir et une femme blanche, il sait que le cocktail est explosif même dans ces années 1980.

Une histoire, explique l’auteure dans une postface, qui provient d’un épisode qu’elle a vécu avec son père sur un bateau navigant dans les bayous de Houston.

Une intrigue qui mêle habilement le suspense – il faut dire que Jay Porter subit une grande pression morale et physique -, la description de cette ville étrange, les itinéraires militants, les grèves de dockers – on se souvient peut-être que le premier acte de Reagan, président, a été de licencier touts les aiguilleurs du ciel en grève dont le syndicat avait appelé à voter pour lui -, le poids des pasteurs et tous les éléments qui permettent de comprendre le fonctionnement de cette société américaine. Une grande leçon d’histoire et politique.

Nicolas Béniès.

« Marée noire », Attica Locke, Folio/policier.

 

Le roman policier à la française.

Maurice Leblanc avait créé un de ces personnages qui restent dans la mémoire collective. Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur. A l’instar de son modèle britannique, Sherlock Holmes, il donne l’impression d’avoir existé. Mais personne ne peut en faire la description. Lui-même, lorsqu’il se regarde dans une glace, ne se reconnaît pas, dira-t-il à son biographe. Il faut dire qu’il peut prendre différentes identités, revêtir différents costumes. Il est le révélateur de la société qu’il cambriole.

L’intérêt dans ce « Folio plus classiques », est double. D’une part le dossier de Étienne Leterrier permet à la fois de se faire une idée de la vie littéraire avant la première guerre mondial, de suivre l’auteur à sa table de travail et de lire quelques textes de cette période pour juger de l’air de ce temps. D’autre part Pierre Favory propose de s’arrêter sur une photographie de Jacques-Henry Lartigue d’une Delage, une automobile prise en pleine course pour un cours sur la photographie et Lartigue.

Cette collection dirigée vers les collégiens servira d’introduction aux aventures de l’Arsène ou de remise à niveau pour tous les amoureu(ses)x de ce cambrioleur oh combien français.

Nicolas Béniès.

« Maurice Leblanc, Arsène Lupin gentleman-cambrioleur », texte intégral, dossier par Étienne Leterrier et lecture d’image par Pierre Favory.

 

 

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